La gauche fançaise a un nouvel ennemi : le « libéralisme ». Rien de disposait pourtant cette doctrine à souffrir de l’animosité des réformistes en France. La gauche américaine, du reste, se prétend « liberal » (ce qui consiste, pour les conservateurs, à friser dangereusement le gauchisme). La gauche française à l’épreuve du libéralisme ? A moins que ce ne soit le contraire.
La question qui a agité beaucoup des débats sur le referendum est celle du caractère libéral du traité constitutionnel. Sans doute ce point méritait-il d’être discuté.
Mais bien davantage, le libéralisme – économique – est apparu comme une doctrine et un terme chargé de menaces. L’antithèse du socialisme.
Peut-être, cependant, la doctrine libérale, y compris économique, mérite-t-elle mieux que l’incompatibilité radicale qu’on lui prête avec le socialisme. Le réformisme doit-il nécessairement s’abstraire de la doctrine libérale ?
Encore faut-il s’entendre sur ce que recouvre le libéralisme. Cela mérite d’être discuté.
Il est faux d’opposer libéralisme et progressisme, car il suffit de lire Adam Smith en entier, Stuart-Mill, Rawls ou A.Sen pour être convaincu du contraire;
Il est faux de confondre le libéralisme et son contraire: le despotisme du capital financier spéculatif déjà dénoncé par A.Smith et les autres cités ci-dessus.
il est politiquement suicidaire d’opposer le libéralisme politique et le libéralisme économique pour légitimer par la bande un capitalisme d’état dont on sait d’expérience qu’il est nécessairement destructeur de la démocratie et liberticide. Tout le pouvoir politique et économique à l’état-patron tout puissant et bonjour la pseudo-sécurité totalitaire.
Il n’ y a pas à choisir entre un capitalisme financier à tendance monopoliste et un capitalisme d’état monopoliste, tous deux sont à la fois anti-libéraux et anti-sociaux. ce sont deux variantes de la domination politico-économique. Mais tant que que le premier « tolére » le jeu démocratique il reste préférable dans la mesure ou ce jeu permet de s’y opposer légalement.
Vous aviez compris, je crois, que je trouve l’opposition entre libéralisme et progressisme peu pertinente ni juste.
Je suis plus mesuré avec votre seconde assertion : « le despostisme du capital financier spéculatif« . En effet, en toute rigueur, cela signifierait que le capitalisme financier dispose d’un quelconque pouvoir (ce qui lui suppose une volonté). Or, s’il est possible de décrire la finance comme un système, il est bien plus malaisé de l’identifier comme un être autonome, doté d’une quelconque volonté. Il ne s’agit, au mieux, que de la collection de comportement décentralisés.
Je conçois, il est vrai, que la métaphore puisse être employée, mais c’est au risque de l’assigner à des groupes de personnes, ou des personnes. Ainsi, aujourd’hui, des Etats (les Etats-Unis), ou des multi-nationales ; plus anciennement, les juifs. Notez dérechef que je ne veux pas vous faire dire autre chose que ce que vous dites ; mais il me semble que la métaphore que vous employez peut emporter avec elle un discours équivoque. Il convient donc de se méfier.
Ce d’autant que, si l’on s’intéresse aux mécanismes du financement de l’économie (privée et publique), on observe que les détenteurs de capitaux se révèlent in fine (par de multiples mécanismes), les individus ordinaires qui affectent leur épargne, à leur retraite, peut-être, à la constitution d’un capital destiné à l’achat d’un logement, ou que sais-je encore…
Je n’estime donc pas qu’il est pertinent de traiter un système d’un point de vue moral (ou politique si vous voulez), mais d’un point de vue technique : un simple mécanisme, avec des effets qu’il convient d’évaluer.
Ce que j’apelle despotisme du capital financier ce n’est rien d’autre que le fait que ce pouvoir, en effet anonyme et pluriel, des investisseurs purement spéculatifs est dépourvu de toute autre finalité que le retour quasi-immédiat sur investissement dans des proportions de 15 à 20%, ce qui interdit de se soucier de responsabilité économique à moyen ou long terme et peut du jour au lendemain, sans aucun espace de négociation possible avec les autres acteurs des entreprises et leurs clients, condamner une activité et ceux qui en vivent.
Tout pouvoir sans contre-pouvoir est despotique; ce n’est pas une métaphore, c’est la définition même du despotisme prise au sens large depuis Montesquieu et c’est la leçon fondamentale du libéralisme politique. Un tel pouvoir financier, s’exerçant dans de telles conditions, est nécessairement anti-libéral pour qui n’y participe pas directement (et même pour ceux qui y participent en un autre sens: en leur imposant une stratégie unique dépourvue de marge de manoeuvre). (« liberté du renard libre dans le poulailler libre »). Qu’il soit « aveugle » renforce son caractère anti-libéral, c’est à dire despotique et irresponsable, et accroît le risque de catastrophe systémique; en détruisant sa base économique, comme l’indiquait déjà A. Smith, il peut s’auto-détruire à terme et accroître le risque de violence sociale ou mondiale qui pourrait l’engloutir.
La liberté sans règles de limitation et de régulation est nécessairement liberticide.
cf 3 ans plus tard !