Des saveurs du savoir

07/06/2005
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Lors des débats sur le Traité constitutionnel, l’une des critiques des adversaires du Traité portait sur l’arrogance de ses partisans. La critique était appuyée sur la prétention au savoir de ces derniers. Il y a lieu de s’interroger, pourtant : la critique portait-elle sur la réalité du savoir des partisans du traité, ou portait-elle sur la valeur du savoir lui-même ?

Un peu des deux, peut-être.

En effet, le traité était un texte juridique. Difficile à lire ; à comprendre parfois. Cette seule considération aurait du qualifier les discours des juristes. Ils en dirent peu. On ne les écouta guère ; ou, bien distraitement.

Il me semble que les juristes sont plus compétents dans leur domaine que les citoyens, ce, même si les citoyens sont seuls compétents pour décider de l’avenir d’un texte juridique. Je ne peux m’empêcher, cependant, de constater avec une certaine incrédulité que les analyses de spécialistes étaient rejetées sur le fondement de leur élitisme.

Non, du reste, que les juristes aient été uniformément partisans du traité. Ils étaient divisés. Mais on eurait pu s’épargner un certain nombre d’arguments absurdes – pour n’en citer qu’un : les risques pesant sur la liberté de l’avortement. Il était aisé de s’adresser à n’importe quel professeur de droit, sur une question si aigue.

Pourtant, cet argument fut entendu… On n’en demanda pas compte aux spécialistes de l’interprétation des textes.

Comment se fait-il que dans un débat technique, le discours de l’ignorant puisse prétendre à la même valeur que celui du savant ?

Je veux croire qu’un texte ou une politique doit faire l’objet de choix. Mais, lorsque la décision recèle des aspect techniques, je ne vois guère pourquoi on devrait se priver de l’avis des experts. En économie, il est permis d’écouter les économistes. Il arrive que la communauté des économiste s’accorde sur l’absurdité ou la pertinence d’un argument économique. Il en va de même en droit, ou tout autre domaine dans lequel le citoyen ne peut prétendre à un savoir précis.

C’est pourtant un état du débat politique en France. Les détenteurs du savoir, disqualifiés par leur élitisme ne sont guère entendu ni sollicités. Il y a sans doute à dire sur ce désenchantement du savoir. Car, on voit mal que la République – ou la démocratie en général – puisse souffrir cette méfiance de la connaissance que nous a semblé révéler parfois le débat sur le traité – et dont on dit qu’elle diffuse à l’école.

Un commentaire to Des saveurs du savoir

  1. Névo le 11/06/2005 à 15 h 29 min

    Les mots des maux.

    Le propre du discours politique (moderne à tout le moins) reste néanmoins de s’accaparer un simulacre de savoir technique afin d’en restituer un écho à des fins le plus souvent très dévoyée del’objet initial de ce savoir. Sur le thème de la constitution , il n’aurait pas été vain d’interroger les juristes (pas les avocats) sur la forme et le contenu constitutionnel.

    Où l’on aurait vu que formellement une bonne partie du traité ne pouvait prétendre à cette qualité. A cela s’ajoute la troupe déconcertante des faux-experts qui se sont classiquement succédés: avocat pour le juriste, ambulancier pour le médecin, vague énarque pour l’économiste. Mais cela c’est la forme de la parole politique qui semble l’imposer.

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