Une scission du PS ?

23/08/2005
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Michel Rocard, aujourd’hui suivi par Bernard Kouchner, suggère que le désaccord né du referendum peut (ou doit) se traduire dans une scission du PS. La rupture idéologique que constatent M. Rocard et B. kouchner avait suscité la naissance de ce bloc-note ; une telle proposition mérite donc quelques commentaires.

scission au PS

  • Observation préliminaire :

J’appellerai « gauche radicale » les adversaires du Traité constitutionnel. Je mesure combien cette dénomination ne correspond pas à des personnes telles que Laurent Fabius ou Arnaud Montebourg (au vu de leurs contributions au congrès du PS) ; cependant, il me semble qu’elle traduit la volonté d’une affirmation nette (mais peut-être trop exclusive) de l’identité de gauche.

J’appellerai « gauche modérée » les partisans du Traité constitutionnel. Sans doute cette dénomination correspond-elle mieux au positionnement de ceux que l’on se plait parfois à décrire comme « sociaux-libéraux », malgré leurs dénégations. Il ne faut cependant pas entendre cette désignation comme l’expression d’un refus d’appartenance à la gauche.

(Sur la question générale de l’identité de gauche, voir une note précédente relative aux positions de J.-M. Bockel)

  • Y a-t-il rupture idéologique entre les socialistes ?

Il est certain qu’il existe des différents idéologiques qui ne sont pas que techniques.

Si les uns et les autres admettent sans doute que la Révolution n’est pas possible, certains semblent le regretter quand les autres s’en contentent.

Ainsi, les partisans d’une gauche radicale trouvent un moteur idéologique dans la sémantique de la transformation. La transformation du monde est possible et elle peut résulter d’une oeuvre de volonté politique. Aussi, ceux qui ne partagent pas cette conviction sont conçus comme des adversaires du changement social. L’argument est le suivant : si le changement peut résulter de la volonté politique, l’absence (ou l’insuffisance) de changement résulte également d’une volonté politique. In fine, les critiques de la gauche radicale sont des libéraux (ie conservateurs) masqués et ne méritent pas d’être admis dans le rang des progressistes (voir le traitement réservé à T. Blair).

A l’inverse, les tenants de la gauche modérée se refusent à établir un lien direct entre la volonté politique et la rhétorique de la transformation. Ils considèrent que la volonté politique s’inscrit dans un champs des possible limité. Aussi, le progès social ne saurait résulter de la seule bonne volonté ; il doit tenir compte des contraintes. Parmi ces contraintes, il faut avoir égard aux intérêts et volontés contraires à la transformation sociale. En d’autres termes, ils estiment que les intérêts des conservateurs doivent être respectés ; à défaut, on est conduit à sacrifier les exigences de l’état de droit. Le progrès social résultera donc du compromis et de l’argumentation, plutôt que du seul effet de la volonté politique.

Pour résumer cela un peu brutalement : les modérés estiment que le respect de la démocratie et l’état de droit sont des impératifs auxquels les exigences de progrès doivent se soumettre. Les radicaux estiment que l’état de droit est un impératif de valeur égale (voire légèrement inférieure) à celle du progrès social. Ainsi, des atteintes (voire des renoncements) à l’état de droit peuvent être admises.

A titre personnel, je crois que de telles positions sont difficilement conciliables en pratique, même si les discours idéologiques peuvent être infléchis de façon à satisfaire des aspirations des électeurs. Ainsi, D. Strauss-Kahn me semble vouloir répondre à l’aspiration radicale en invoquant l’idée d’une « égalité réelle » (même si celle-ci n’est pas dépourvue de contenu). De même, lorsque Henri Weber (qui soutient Laurent Fabius) critique M. Rocard en se réclamant du « réformisme », il donne un gage aux modérés qui pourraient être tentés de ne plus voir en L. Fabius, qu’un héraut de la gauche radicale.

Cependant, comme le juge J.-M. Bockel (et, peut-on le penser, M. Rocard et B. kouchner), il paraît difficile de proposer un programme politique susceptible d’être mis en oeuvre lorsqu’il est construit sur de telles ambiguïtés. Il fabriquera mécaniquement une impuissance politique et des frustrations lors d’un exercice à venir du pouvoir.

  • La question stratégique

A l’évidence une scission du PS serait un très grand risque.

A court terme, il faut prévoir un échec électoral car il n’est pas dit qu’une telle scission permette un report efficace des voix lors d’un second tour d’élections présidentielles ou législatives.

A moyen terme, les perspectives ne sont guère brillantes : si on admet que la campagne référendaire a révélé deux aspirations idéologiques divergentes, il est douteux qu’une telle divergence ne puisse se résoudre autrement que par la disparition de l’une d’entre elles. Cette disparition ne peut résulter que du succès ou de l’échec de la politique des uns et/ou des autres. Or, les conditions électorales de l’exercice du pouvoir ne seront pas réunies. Par fatigue de l’opposition, on doit attendre, peut-être, une recomposition de synthèse, factice et improductive.

Le mieux serait sans doute d’espérer que deux lignes bien établies coexistent au sein d’un parti électoralement puissant. La tendance qui l’emporte gouvernerait selon ses convictions et promesses électorales et la tendance minoritaire admettrait ce compromis électoral. C’est, semble-t-il, le fonctionnement des autres démocraties qui ne sont pas moins diverses idéologiquement que la nôtre. Le compromis, toutefois, n’est pas une valeur mise en avant dans la culture politique française. Il est donc peu probable qu’une telle règle soit ratifiée par les électeurs.

  • Quelques observations finales

Les positions exprimées ici n’ont pas fait grand cas des stratégies individuelles, qui, sans doute, ne sont pas absentes des prises de positions de chacun (il s’en faut de beaucoup). Ces stratégies devraient contribuer à opacifier le débat tel qu’il se dessine. Le problème est que l’espoir d’une victoire électorale ne devrait pas inciter les leaders à proposer une clarification idéologique. Les divergences devraient être, autant que possible, réduites à des aspects purement formels qui permettent des alliances finales.

Un constat bien pessimiste donc. Et l’on se prend à imaginer, que peut-être, l’espoir d’une reconstruction de la gauche passera par les mutations qui s’opèrent en ce moment à droite.

7 commentaires to Une scission du PS ?

  1. Jan le 23/08/2005 à 17 h 00 min

    D’accord sur l’essentiel de l’analyse – y compris sur les chances positives d’une éventuelle scission, en terme électoral et, donc, politique. Je pense toutefois qu’il faut envisager les propos de Rocard et de Kouchner de façon sensiblement différente : sur le plan de la rhétorique – et donc de l’idéologie. Je ne crois pas, au fond, qu’ils croient réellement à ce qu’ils disent ; mais ils disent ce qu’ils croient : c’est-à-dire que le PS ne peut plus continuer sur la pente d’une confusion idéologique. Le PS est devenu, avec les débats internes (et externes) sur le TC, un véritable fourre-tout, propice à toutes les dérives ou à toutes les stratégies personnelles. Il faut une clarification, qui n’a jamais eu lieu, à la différence de ce que l’on a pu voir en Allemagne, par exemple – y compris, peut-être, aujourd’hui encore (d’aucuns diraient, contre Lafontaine, hélas !). Faut-il attendre un Bad Godesberg français ? Peu probable et invraisemblable dans la tradition politique française. Mais il n’est pas impossible, en revanche, d’un nouveau jeu d’alliances au sein du PS se mette en branle, alliant les tenants d’une « gauche modérée » et ceux qui, au sein du NPS, ont prôné le « non » tout en développant un discours suffisamment solide pour être crédible. La « scission », de ce fait, est davantage une scission idéologique que politique. Ce ne sont pas deux « partis » qu’il faut distinguer, mais deux visions du socialisme moderne. On pourrait rétorquer que l’on retrouve ici de vieilles lunes, celle de la deuxième gauche qui, il faut l’admettre, a échoué. Hé bien : considérons que la guerre n’est pas terminée, et que les événements prochains constitueront l’acte II d’une pièce qui se joue, malheureusement, depuis trop longtemps, et qui pèse lourdement sur le destin d’une gauche française trop repliée sur son passé.

  2. synapse - le bloc-notes le 23/08/2005 à 22 h 07 min

    PS ne signifie plus Pax Socialista….

    Très intéressant article de Jules pour comprendre ce qui se passe chez les camarades socialistes [fr]. Je crois l’avoir déjà dit ici:…

  3. koz le 24/08/2005 à 10 h 13 min

    De prime abord, déjà, ce genre de déclarations pré-congrès me semblent relever davantage du positionnement et du round d’observation que de véritables intentions.

    On peut penser qu’elles sont davantage destinées à dissuader les « nonistes » d’être trop exigeants.

    Sur le plan plus profondément politique (que politicien), toutefois, les divergences me semblent tout de même très fortes. Et si la politique requiert de la cohérence, pour être crédible (ce qui n’est pas forcément démontré), je trouve difficile à concevoir que ces tendances divergentes coexistent dans le même parti.

    Cela dit, comme je l’ai lu dans deux analyses différentes (une ds le nouvel obs’, l’autre dans La Croix), le PS est un parti d’élus peu sujets à ce genre de clashs.

  4. Jan le 24/08/2005 à 11 h 12 min

    C’est juste, et c’est en partie ce que je voulais souligner : le règlement de comptes aura sans doute lieu à l’intérieur du parti, l’idée étant qu’il est nécessaire de procéder à une clarification – une décantation pourrait-on même dire, en renvoyant au procédé chimique.

  5. egdltp le 24/08/2005 à 12 h 16 min

    Il me semble qu’une des particularités du PS est que s’il est un parti d’élu, il garde un fort bouillonnement militant au moins au niveau intellectuel, ceci via le système des motions. Un parti a du mal a vivre sans élu, mais a du mal à trouver un écho pérènne auprès des électeurs sans propositions. La politique française est malade de s’être concentrée sur les élus plus que sur les programmes. 95-97 et 2002-2007 en sont de glorieux exemples. Le congrès du Mans saura-t-il éviter ces écueils ? Le PS est déjà passé par là : Rennes, Dijon…

  6. jules le 24/08/2005 à 14 h 49 min

    Je ne suis pas certain que que le congrès permette d’éviter les ecueils.

    • Pour que le congrès ne s’achève pas par une scission, il faudrait que la majorité l’emporte de beaucoup. Et encore.

    - Si une majorité Hollande se dégage, je vois mal laurent fabius ne pas faire un pari électoral lors des présidentielles, qui serait alors le moment structurant du PS.

    - Si L. Fabius l’emporte, il est possible qu’un certain nombre de militants et d’élus ne puissent pas pardonner à Fabius ses prises de position lors du referendum. Qu’ils s’arrangent pour présenter une candidature de témoignage (genre Kouchner) ou qu’ils choisissent la scission ne changera pas grand chose.

    • admettons que le résultat du congrès ne se résolve pas dans une scission.

    Cela suppose d’admettre une synthèse idéologique, contradictoire et insusceptible de fournir un programme de gouvernement pratiquable.

    De plus, si une synthèse peut agréger des adhésions, elle peut tout autant aggréger des rancoeurs et défiances, comme il en est allé du Traité constitutionnel.

    Il n’est ainsi pas certain qu’une synthèse ne favorise pas, électoralement, une partition au profit de la gauche radicale (de José Bové, par exemple, ou de tout autre personnalité opportuniste au PS), et au profit de la droite modérée de François Bayrou, par exemple.

    Quant à un hypothétique processus de décantation, on peut l’espérer, mais je l’imagine difficilement sans scission…

    By the way, discussion concurrente sur Paxablog

  7. François Brutsch le 25/08/2005 à 19 h 44 min

    Bizarre, le trackback renvoie un message « URL invalide ». Alors je fais un trackback manuel sur Un swissroll:

    http://swissroll.info/?2005/08/25/369-rocard-et-le-congres-du-mans

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