Bayrou pour candidat ?

02/09/2005
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Dans un billet récent, Gabriel Cohn-Bendit tire des leçons du 21 avril 2002 et du rejet du traité Constitutionnel quant à la recomposition des forces politiques en France, et l’élection présidentielle à venir. bayrou

Son analyse est qu’il faut, dès le premier tour, faire le choix d’un candidat susceptible de passer le second tour (une analyse qui semble désormais s’imposer après les dernières élections présidentielles). Il se réjouit de ce que l’extrème gauche est incapable de s’unir pour proposer une candidature susceptible d’emporter suffisamment de suffrages (telle que celle de José Bové). Il juge que la situation au PS suscitera sans doute deux candidats (dont Laurent Fabius), et que les divisions des électeurs du PS interdisent en pratique que celui-ci soit présent au second tour. Il se décide donc à opter pour une candidature issue d’un centre social-libéral : celle de François Bayrou.

Je confesse que je ne suis pas certain de partager tous les pronostics, ni les choix de Gabriel Cohn-Bendit.

En premier lieu, je crois que le candidat issu du parti socialiste a de bonnes chances de participer au second tour de l’élection présidentielle. Je juge même que si Laurent Fabius était l’unique candidat du PS, le ressentiment des partisans du traité serait insuffisant à faire oublier les risques de cette blessure honteuse qu’à pu représenter l’élimination de Lionel Jospin au profit de Jean-Marie le Pen en 2002. En conséquence, je ne vois pas que nombreuses soient les voix de ceux qui renoncent à une candidature socialiste.

Au reste, si comme je l’imagine pour l’instant, une courte majorité se dessine qui porte Dominique Strauss-Kahn ou Jack Lang à la candidature, ces derniers gauchiront (à deux égards) leur discours pour ne pas heurter la sensibilité des adversaires du Traité. Ils réuniraient donc, du bout des doigts, des électeurs suffisamment nombreux pour leur assurer la seconde place au premier tour.

En second lieu, je ne suis pas certain que le choix de François Bayrou soit en mesure de réunir suffisamment de voix de gauche. Quoique je ne méjuge pas ses qualités, il me semble qu’il importe aux électeurs de gauche, pour des raisons culturelles ou symboliques (ou affectives), de se voir représentés par un candidat issu de la gauche institutionnelle. Après 2002, ils préfèreront sans doute un candidat décevant, mais issu de la gauche, à un candidat du centre prometteur.

En troisième lieu, on sait les français fort réticents à opter pour une inflexion libérale. Ils tiennent également à conserver la protection que leur apparaît offrir le modèle social français. Si la tentation d’un changement leur venait, je gage qu’elle devrait être portée par une personne qui leur assurera que pas les exigences élémentaires de la protection des plus faibles seront respectées. Non que françois bayrou soit suspect d’indifférence à la misère sociale et aux risques qu’entraînerait un changement de modèle, mais je ne tiens pas qu’il figure aux yeux des électeurs(de gauche) une garantie suffisante. Lui-même a du reste entrepris de proposer une image plus acceptable à cet égard, au vu de ses critiques estivales du gouvernement.

En dernier lieu, François Bayrou me semble davantage proposer un modèle de synthèse, respectueux de la tradition démocrate/chrétienne-sociale, qu’une véritable alternative politique et économique qui questionne le modèle français, avec sa révérence pour l’institution de l’Etat centralisateur, pour l’égalité formelle, et cette jalousie (empreinte d’amertume) de son rôle de Puissance internationale.

Pour ces raisons, je juge que François Bayrou apparaîtrait pour les électeurs de gauche (rénovateurs – osons le mot), malgré les voeux de Gabriel Cohn-Bendit, comme l’expression d’une vague espérance, teintée de regrets solides. Rien de quoi, donc, assurer l’espoir d’une option de gouvernement alternative.

La question est également discutée chez Versac, avec une opinion différente.

4 commentaires to Bayrou pour candidat ?

  1. pikipoki le 03/09/2005 à 2 h 10 min

    Je suis assez d’accord sur votre analyse concernant la crédibilité qu’aurait Bayrou aux yeux de l’électorat socialiste. Et je crois très peu en ses chances en 2007 de profiter de l’espace laissé au centre par les radicalisations des partis traditionnels sur leurs flans. Enfin, je crois aussi qu’il y a une chance, qu’on écarte trop vite, qu’un candidat PS soit bel et bien au deuxième tour.

    Et pourtant je rejoins assez peu la logique qui semble selon vous rendre possible ceci. Je crois en effet assez peu aux vertus du vote « utile » qui voudrait que dès le premier tour on ne réfléchisse qu’en terme de « qui a vraiment ses chances au second tour? ».

    Si l’on ne peut qu’adhérer à cet logique à court terme (qui semble la plus efficace pour écarter Le Pen au second tour), je crois en revanche qu’elle représente un risque à plus long terme d’une certaine caricaturisation de la politique qui se développerait alors de plus en plus de façon binaire, appauvrissant ainsi le débat politique.

    Tout le défi à mon sens est donc bien que le candidat PS sache, sans pour autant user de démagogie, proposer un programme qui soit en lui-même une « meilleure » proposition que celui des autres. En 2002, la campagne de Jospin était mauvaise, trop molle, peu convaincante, sans enthousiasme. Il me semble d’ailleurs que si l’argument du vote utile et de la peur du FN au second tour est trop agité par le candidat socialiste, ce sera un très mauvais point pour lui.

  2. jules le 03/09/2005 à 3 h 55 min

    Nous ne sommes pas, je crois, en désaccord (ou me suis-je mal exprimé ?).

    Je ne trouve pas qu’une candidature de synthèse soit à ce jour la meilleure chose dont puisse profiter la gauche. Je l’ai du reste fait valoir dans un billet récent.

    Cependant, j’estime qu’entre le choix d’un candidat du centre droit et d’un candidat de gauche, le choix sera celui du candidat de gauche. Et je crois même que la rupture idéologique qui est apparue le 29 mai s’affadira au jour des présidentielles en raison d’un vote utile.

    Je le regrette, pour ma part, car je préfèrerai que le vote utile soit assumé idéologiquement :

    - Qu’il soit fait un choix de personne et de contenu lors du choix des candidats et que la minorité se plie à ce choix en attendant des jours meilleurs pour elle.

  3. pikipoki le 05/09/2005 à 15 h 58 min

    Peut-être ai-je surintérprété maladroitement votre post :o ) Je crois en effet que nous nous rejoingons sur l’essentiel: candidature de synthèse peu emballante, candidat de gauche plus « crédible » pour l’électorat socialiste, et également sur un affadissement (sic?) des dissensions du 29 mai en faveur d’un vote utile.

    En fait, de mon côté je redoute surtout que la candidature PS qui émergera ne me convienne pas en elle-même et que je me retrouve devant la problématique « vote utile ou vote de conviction (sur un programme que je trouverais plus juste) »

  4. jules le 05/09/2005 à 16 h 36 min

    Voici ma crainte :

    • une candidature de synthèse avec discours antilibéral mou.

    contre

    • Une candidature de Dominique de Villepin, gaulliste façon J. chirac, avec un discours social compassionnel, et une sérieuse intention de ne pas faire grand chose.

    Je lui préfèrerais :

    • Une candidature du PS issue des rangs des adversaires du TC, anti-libérale ou/ une canditature de gauche réformiste assumée (à laquelle je ne crois guère).

    contre

    • Une candidature de N. Sarkozy, ostensiblement libérale, hostile à l’Etat et aux taxes.

    Je crois en effet que si N. Sarkozy applique la doctrine à laquelle il semble adhérer, il y aura sans doute des effets pernicieux, mais également quelques succès et laissera savoir qu’un changement de modèle est possible, et que la gauche et la droite doivent modifier le contenu des débats qu’ils engagent.

    Je crois également qu’il faudra sans doute solder, un jour ou l’autre, l’hypothèse d’une politique de rupture (pour employer les termes de Pataxagore) ou de gauche telle que la gauche radicale . Et, quoi que cela me déçoive sans doute, peut-être le succès électoral d’un Laurent Fabius coinstitue-t-il une étape nécessaire.

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