Pluralisme et atteinte aux sentiments religieux

03/02/2006
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Presse et Blogosphère bruissent ces jours derniers de l’affaire des caricatures Danoises. Les faits sont connus :un organe de presse avait publié des caricatures représentant le prophète Mahomet. Plusieurs organisations musulmanes, d’abord, puis le monde musulman plus récemment ont fait connaître leur indignation, parfois assortie de menaces contre les organes de presse qui ont publié les dessins litigieux.

Le débat au sein des nations européennes hésite entre la protection de la liberté d’expression (ou de la liberté de la presse lorsque la presse s’intéresse à la question), et le souci de ne pas blesser autrui. Jacques Chirac et Dominique de Villepin, par exemple, s’efforcent de proposer une position équilibrée. Comme le savent les juristes, cependant, il faut bien trancher ; et lorsqu’il existe une incompatibilité entre l’exercice de la liberté d’expression et l’atteinte aux sentiments religieux d’autrui, que nous faut-il préférer ?

Frédéric Rolin rappelle que la Cour européenne des droits de l’homme s’est prononcé récemment sur cette question. Il semble par ailleurs que des associations musulmanes ont décidé de porter l’affaire en justice. La question, peut-être, mérite un éclairage juridique.

Le problème, me semble-t-il partiellement occulté par beaucoup de débats, est que la protection de la liberté d’expression suppose de choquer ou heurter autrui. C’est là même l’objet d’une telle protection juridique que d’assurer à celui qui s’exprime la garantie qu’il ne sera pas inquiété lors de cet exercice. Pour éclairer ce principe, je propose un détour préalable par les analyses de la Cour suprême des Etats-Unis

  • L’analyse de la Cour suprême

L’affaire Hustler Magazine inc. v. Falwell présente cet intérêt particulier que le requérant, télévangéliste célèbre, attaquait le journal Hustler à raison de la caricature grossière qui avait été faite de sa personne. Le juge Rehnquist, qui délivrait l’opinion majoritaire, posa le problème : « Ce cas nous met en présence d’une nouvelle question intéressant les restrictions au Premier Amendement (droit à la liberté d’expression) qui peuvent être apportées par l’autorité publique lorsqu’elle s’efforce de protéger ses citoyens contre la provocation intentionnelle d’une détresse émotionnelle. Nous devons décider si une personne publique peut obtenir une indemnisation pour la souffrance morale causée par la publication d’une caricature agressive, indiscutablement grossière et répugnante aux yeux de la plupart des gens« . (librement traduit par votre serviteur)

Le juge Rehnquist présentait alors l’analyse traditionnelle des limitations apportées à la protection conférée par le Premier Amendement. Il rappelait ainsi la position de juge Frankfurter (in Baumgartner v. United States) : « L’une des prérogatives de la citoyenneté américaine est le droit de critiquer les personnes publiques et leurs mesures« . Rehnquist ajoute que « de telles critiques, inévitablement, ne seront jamais raisonnées ou modérées ; les personnes publiques comme les personnes exerçant des fonctions publiques seront sujettes à des attaques véhémentes, caustiques, et parfois déplaisantes« .

Seule la diffamation est susceptible de faire l’objet d’un contrôle. Or, la diffamation consiste pour l’essentiel dans une assertion fausse. A l’inverse, la caricature « est souvent basée sur l’exploitation d’une infortune physique ou d’événements politiquement embarrassants – une exploitation souvent calculée pour blesser les sentiments du sujet de la personne objet du portrait. L’art du caricaturiste n’est pas raisonné ou tempéré mais brutal et univoque« . Or, si la caricature cause indiscutablement un dommage d’ordre moral à celui qui en fait l’objet, elle est nécessaire à la vie démocratique qui serait « bien plus pauvre sans elle« .

Il a cependant égard à l’argument de Falwell selon lequel ce qui distinguait la caricature litigieuse était son caractère particulièrement outrageant. La Cour rejette également cet argument : « La caractère outrageux dans le discours politique et social présente une subjectivité inhérente qui imposerait à un jury d’établir une responsabilité sur le fondement des opinions et goûts des jurés, ou peut-être de leur dégoûts d’une expression particulière« . L’argument est décisif. Le caractère bénin ou outrageant de la caricature ne saurait constituer un critère, car il suppose de s’en référer à la propre sensibilité du juge. Autrement dit, il n’y a pas de standard de l’outrage ou de l’offense. Elle ne saurait donc sans arbitraire assurer l’application de la règle de droit.

  • La position de la Cour EDH

Il convient de la rappeler brièvement : Dans l’arrêt I. A. c. Turquie, la Cour a admis que la liberté d’expression pouvait trouver une limite dans l’exercice de la liberté religieuse dès lors que « les croyants peuvent légitimement se sentir attaqués de manière injustifiée et offensante des passages suivants« . Le professeur Rolin a ainsi proposé un commentaire fort critique de cette décision, engageant un débat avec Paxatagore ; débat sur lequel on s’était prononcé ici-même.

Il convient toutefois de faire état du principe rappelé au paragraphe 28 : « Pluralisme, tolérance et esprit d’ouverture caractérisent une « société démocratique » (Handyside, précité § 49) ; et ceux qui choisissent d’exercer la liberté de manifester leur religion, qu’ils appartiennent à une majorité ou à une minorité religieuse, ne peuvent raisonnablement s’attendre à le faire à l’abri de toute critique. Ils doivent tolérer et accepter le rejet par autrui de leurs croyances religieuses et même la propagation par autrui de doctrines hostiles à leur foi (Otto-Preminger-Institut, précité, § 47).« 

Autrement dit, l’expression d’une opinion, fut-elle religieuse ou politique, s’accompagne nécessairement d’un devoir de souffrir la critique, voire l’hostilité. Cependant, la Cour avait établit une distinction relative au sujet de l’atteinte. En effet, « il ne s’agit non seulement des propos qui heurtent ou qui choquent, ni d’une opinion « provocatrice », mais d’une attaque injurieuse contre la personne du prophète de l’Islam« . A la différence de l’affaire américaine, donc, ce n’est pas une personne qui est attaquée, mais un personnage religieux qui fait l’objet d’un culte. D’où la Cour peut déduire que « lorsqu’il s’agit de la critique des dogmes religieux, les croyants peuvent légitimement se sentir attaqués de manière injustifiée et offensante« .

Ce qui, comme on l’avait précédemment exposé dans un précédent billet, pose problème ici, c’est que la critique d’un personnage religieux doit entraîner l’atteinte à la liberté religieuse de ceux qui adoptent son culte. On peut soutenir, certes, que la critique contre un tel personnage a vocation à porter sur la religion dans son ensemble. Pour autant, il est loisible de contester qu’une religion fasse l’objet d’une protection particulière. Si, en effet, les croyances religieuses sont protégées par la Convention, ce n’est pas au titre de leurs seule existence, mais au regard de la liberté de leur exercice. Autrement dit, les pratiques religieuses et la liberté de croyance sont protégées, mais rien ne justifie que le confort moral soit assuré aux croyants.

  • Le pluralisme dans une société démocratique

En effet, c’est bien de confort moral (ou de souffrance morale) qu’il s’agit. Sans doute, comme KoZ, peut-on faire valoir (assez courageusement, jugé-je, au regard de l’esprit du jour) que la sensibilité d’autrui mérite égard. On ne s’honore pas nécessairement à prendre à parti la religion musulmane en tant que telle. Il me semble cependant que l’offense constitue le prix à payer d’une croyance dans une société pluraliste (et j’abandonne ici le terrain strictement juridique). En effet, on ne peut préjuger de ce qui peut constituer une offense pour autrui. Elle est, comme le rappelait Rehnquist, éminemment subjective. Reconnaître une valeur autonome aux bleus à l’âme en cette matière conduit inévitablement à assécher le débat public. Inviter à la politesse et la prudence est une chose (ce que fait KoZ); faire de cette politesse l’objet d’une obligation en est une autre (ce que ne fait pas Koz).

On peut ajouter pour finir que pèse sur la question (médiatique et juridique) une ambiguïté sur la nature de l’atteinte portée par l’offense.

La croyance religieuse, d’un point de vue juridique intéresse l’opinion de la personne lorsqu’il s’agit de protéger la liberté religieuse. Elle intéresse son identité lorsque des mécanismes discriminatoires sont à l’oeuvre. En effet, se réclamer d’un culte emporte tout à la fois l‘adhésion à un système de croyances et le sentiment d‘appartenance à une communauté religieuse. Les mesures de protection juridique, cependant, ne sont pas identiques.

Si l’on peut admettre, en effet, de protéger les éléments d‘identité de la personne contre les agressions dont elles peuvent faire l’objet, la croyance religieuse ne mérite pas la même garantie. Elle fait l’objet d’un choix ou d’une adhésion de la personne qui peut y renoncer. Du point de vue d’une société démocratique donc, il est concevable de la soumettre au débat public, à la caricature, voire à des attaques pas nécessairement du goût le plus assuré. A l’inverse, la discrimination (ou la provocation à la haine) fondée sur une appartenance religieuse exigent en droit continental, un examen plus scrupuleux.

Et c’est bien, me semble-t-il, l’ambiguïté du débat tel qu’il se dessine. Les uns entendent que la caricature de Mahomet constitue une agression contre l’identité des personnes. Les autres tiennent la croyance religieuse pour une affaire d’opinion seule. Il est vrai que la tendance moderne est à réduire la religion à un seul élément de définition identitaire qu’il convient de protéger. Cet élément identitaire, du reste, fait l’objet d’attaques qui ressortissent à la xénophobie ou au racisme, ce qu’il est d’usage d’écarter de la protection de la liberté d’expression en Europe.

Puisqu’il faut choisir, cependant, on peut faire valoir que le prix à payer de ce tropisme identitaire de la croyance religieuse se révèle bien élevé du point de vue de la liberté d’expression.

15 commentaires to Pluralisme et atteinte aux sentiments religieux

  1. all le 04/02/2006 à 7 h 51 min

    Bonjour. La tendance de cette dernière décennie est d’assimiler critique d’une religion à discrimination ou même racisme (Loi n° 2004-1486 du 30 Décembre 2004-Loi Halde). De même que des propos défavorables à l’homosexualité sont considérés comme une discrimination à l’égard des homosexuels. Pente dangereuse à mon avis.

  2. somni le 04/02/2006 à 13 h 59 min

    Voici quelques extraits du « cours familier de philosophie politique » de Pierre Manent :

     »{{« le respect s’adresse à la personne, et on peut, et on doit respecter toutes les personnes. Mais on ne peut pas et on ne doit pas approuver, apprécier, valoriser, applaudir tous les contenus de vie, tous les choix politiques, moraux, religieux, des personnes. Si tous les choix de vie devaient approuvés par tous, la vie deviendrait vraiment ennuyeuse et même sinistre, car cela signifierait que que nos choix personnels sont sans importance et sans signification. Le choix que je fais ne peut avoir de valeur pour moi que si vous réagissez à ce choix les uns par l’approbation, certes, mais d’autres par la désapprobation, ou même l’indignation, d’autres encore par l’incompréhension, bref, si le choix que je fais comporte le risque, aussi minime soit-il, qui est inséparable de la liberté ».

    « Il est inévitable que l’athée considère le croyant comme affecté d’une certaine faiblesse morale-il a un besoin de croire- il a un besoin de consolation ; réciproquement, il est inévitable, et pour autant légitime, que le croyant considère l’athée comme un aveugle volontaire, qui refuse orgueilleusement de reconnaître sa véritable condition. le croyant peut et doit respecter l’humanité, la personne de l’athée ; on ne saurait lui demander de « respecter son athéisme », formule à laquelle il ne saurait donner de sens. L’athée peut et doit respecter l’humanité, la personne du croyant ; on ne saurait lui demander de « respecter sa croyance », formule à laquelle il ne saurait donner de sens »

    Sinon, d’accord avec vous, Jules. cela étant, il est sans doute plus facile pour nous d’accepter les critiques, y compris violentes, contre les religions, dans la mesure où nos sociétés sont marquées par la distanciation par rapport au religieux, ce qui est loin d’être le cas encore des pays à majorité musulmane.

    Cette remarque ne vaut pas invitation au relativisme culturel et à une protection des droits et libertés à géométrie variable fonction du contexte culturel. Elle signifie simplement qu’à mon sens, la sécularisation est une condition du plein développement de la liberté d’expression et donc de critique, même acerbe.

  3. Sylvain Reboul le 05/02/2006 à 10 h 29 min

    Il me semble que vous mettez toutes les critiques dans le même sac: celles qui ne sont pas des critiques mais des insultes à l’égard d’un ensemble d’hommes globalement identifiés au mal (violence) et traités en tant que tels (ex: musulmans) avec mépris, comme c’est le cas dans les caricatures anti-sémites aujourd’hui interdites au nom de la liberté d’expression et celles qui argumentent et ciblent les idées et les comportements, voire les croyances d’hommes clairement identifiés. On peut sans problème caricaturer Ben-Laden ou le Pape pour ce qu’ils pensent ou font, mais c’est autre chose que de caricaturer le Christ ou Mahomet qui sont des symboles religieux fondamentaux; par contre critiquer la croyance que le dénommé Jesus a réellement ressuscité ou que la vierge était réellement vierge avec des mots et non des images offensantes pour les personnes qui peu ou prou s’y identifient c’est autre chose, car on ne les insultent pas elles-mêmes: on fait au contraire appel à leur sens critique et à la possibilité pour elles de réfléchir tout en en leur reconnaissant le droit de répondre à ces critiques par des mots phrases ou arguments; ce qui est une marque de respect…Je ne vois toujours pas la différence entre des caricatures anti-sémites et celles, anti-musulmanes, en question.

    Le liberté d’expresssion ne peut être absolue car aucune liberté ne peut valider l’irresponsabilité et l’incitation à la haine raciale ou religieuse; sauf à préparer la violence extrême et le fin du droit à la libre expression des opinions. Le liberté sans limite (celle que réclament à tort une majorité de journalistes losqu’il s’agit de musulmans qui ne sont pas de leurs lecteurs habituels, sans du reste la pratiquer vis-à-vis de leurs supposés lecteurs ou investisseurs) est au fond liberticide dès lors qu’elle compromet le paix civile et l’ordre public.

  4. jules le 05/02/2006 à 12 h 58 min

    Sans doute avez-vous raison. Il y a une différence entre la critique et l’offense. Mais comment décider ?

    En effet, l’offense dépend pour une bonne part de celui qui la subit. C’est du reste l’analyse exposée par Rehnquist.

    Par ailleurs, il y a certainement une différence entre caricature antisémite et une caricature anti-musulmane. Je puis abjurer ma foi musulmane. Même si, comme je l’ai souligné, on a tendance à faire de la dimension religieuse un critère identitaire.

    Sur votre second point, il y a matière à discussion. La liberté peut tout à fait justifier que l’incitation à la haine raciale ne soit pas pénalisée. La seule limite, me semble-t-il, réside dans l’appel au meurtre ; mais c’est une autre discussion.

    Je ne vois pas de lien mécanique entre l’incitation à la haine raciale (ou religieuse) et la violence extrème. Cela peut advenir, mais rien ne l’assure.

    Je trouve toujours dangereux que l’on justifie l’atteinte à mes droits et libertés par la violence que leur exercice pourrait susciter chez autrui. Filons votre argument. Admettons (et on peut l’admettre) que la liberté de se vêtir qui est concédée aux femmes offense un religieux. Admettrez-vous de restreindre cette liberté au motif qu’elle engendrera la violence ?

    C’est un problème de limite, me direz-vous. Mais pratiquement, comment entendez-vous l’établir de façon certaine ?

    Pour le reste, je ne vois pas en quoi l’ordre public constitue une condition de la liberté. Il est plutôt d’usage de considérer qu’il s’agit d’une atteinte à la liberté.

    Que cette atteinte soit justifiée est une autre question, mais je trouve fort dangereux de prétendre que les restrictions de liberté relèvent de la liberté. Quelle sera votre limite, encore ?

  5. Sylvain Reboul le 06/02/2006 à 10 h 44 min

    1) L’absolue ou totale liberté d’expression n’existe pas en France, ni dans aucun pays démocratique raisonnable pour des raisons d’ordre public: le négationnisme est interdit en France, ainsi que les publications nazis, l’appel à la violence ou l’incitation à la haine raciale et religieuse , l’insulte et la diffamation etc… car toutes peuvent être sources de violences collectives ou individuelles.

    2) La violence ne se limite pas au meurtre mais inclue tout autant la violence morale qui humilie et méprise un groupe d’homme sur la seule base de sa race et de sa religion. C’est souvent l’humiliation qui génère la violence physique meurtrière des deux côtès et aucune agression physique n’est par elle-même violente si elle respecte les droits de son adversaire (ne serait-ce que le droit non seulemeemt à la vie, mais d’exister et d’être reconnu comme partie prenant d’un possible dialogue, y compris physique, comme dans un combat de boxe par exemple…

    3) Je suis tout autant que vous opposé radicalement au délit d’apostasie pratiqué par une certaine interprétation de l’Islam; mais justement s’il s’agit de faire reculer cet obsurantisme, il ne faut pas utiliser l’amalgame tout aussi obscurantiste qui consite à insulter tous les musulmans bien plus divers sur cette question que vous ne semblez le penser sans discernement. C’est ce que la principale caricture à fait lorsqu’elle a fondu la religion miusiulmane en elle-même avec le terrorisme. Et ce n’est pas ici affaire d’interprétation personnelle, car il n’ y aucune ambiguïté possible sur le sens de ce dessin représentant la prophète reconnu par tous les musulmans en porteur de bombe.

    Du reste ces dessins ne sont pas des arguments critiques, dès lors qu’ils affichent un mépris certain pour les idées et les comportements réels de millions d’hommes qu’ils excluent par là de toute possibilité de réflexion, ils ne peuvent qu’apporter de l’eau au moulin des pires adversaires en miroir de la liberté d’expression , qu’ils soient islamistes ou islamophobes; la suite des évênements est là pour nous le prouver: cette provocation ne sert en rien les libertés, mais favorise la violence de part et d’autre. Oui à la critique des idées et des comportements réels et ciblés, non à la caricature insultante et fausse d’une religion dans son ensemble qu’il faut toujours considérer comme susceptible d’évolution sous la diversité des interprétations de ses références symboliques. Ce qui s’est produit chez nous peut se produire ailleurs et nous devons favoriser la liberté critique en respectant les autres dans leur intimes convictions, sans donc les exclure a priori de cette nécessaire évolution vers la tolérance.

    Il n’ y a pas de liberté possible sans la condition de respecter autrui et pas de liberté d’expression qui prétendrait stigmatiser aveuglément un groupe humain sous le prétexte que ses opinions ou croyances religieuses seraient définitivement et intrinsèquement violentes.

    D’où venons-nous nous-même? À-t-on oublié notre propre histoire? Les journalistes se sentent-ils tout à fait libres d’insulter leurs lecteurs habituels ou les investisseurs de leur journal? En l’occurence ils ont traités les autres (musulmans) en ennemis méprisables; de deux choses l’une: ou ils étaient inconscients des conséquences de leur provocation et alors ils sont nuls; ce que je ne crois pas; ou ils en étaient conscients et alors ils ont cherché les violences qu’ils ont provoqié et ils sont alors d’autant plus justifiables des lois qui exigent que la liberté soit respactueeuse des autres et donc de l’ordre public qu’il ne faut surtout pas systématiquement opposer.

    <b>Quelle liberté individuelle peut survivre lorsque n’importe qui peut agresser n’importe qui impunément? La liberté sans règle et limite est liberticide; c’est un des fondements de la société libérale. Rien n’est absolu, sauf la violence extrême et c’est au nom de l’absolu que l’on s’autorise la terreur</b>

  6. jules le 06/02/2006 à 11 h 29 min

    Pardonnez-moi, mais vous me semblez procéder parfois par affirmations gratuites.

    1) Ainsi, dans quelques nations démocratiques qui ont quelques leçons à nous donner (le Royaume-Uni et les Etats-Unis), la liberté d’expression est bien plus étendue qu’en France, où cette dernière est loin de constituer une tradition. Le négationnisme y est couvert, de même que l’incitation à la haine raciale ; seule la diffamation et la provocation à commettre un délit sont traditionnellement exclues du champs de la protection.

    Je ne vois pas de quel Olympe vous vous prévalez pour les juger raisonnables ou déraisonnables.

    2) La violence peut être morale, nul n’en disconvient, mais cela pose encore un problème de limites. Vous semblez faire bon ménage de ce que l’humiliation est un sentiment qui n’appartient qu’à celui qui la subit. De sorte que si tel est votre critère, vous abandonnez le jugement de la violence à celui qui s’en prétend victime.

    3) Je m’efforce d’agir avec discernement. Je n’ai insulté personne, sauf à considérer que préférer la liberté d’expression constitue une insulte. Et, contrairement à ce que vous dites, je n’ai rien exposé sur les musulmans « en général ».

    4) Je n’ai pas vu les dessins, et ils ne m’intéressent guère. Peu me chaut qu’ils soient ambigus ou pas ; tel n’est pas l’objet de ce billet.

    5) Si vous vous entendez contenir la liberté d’expression aux seuls arguments critiques, vous aurez bien du travail. La seule expression d’opinions, fussent-elles choquantes ou offensantes, relève (ou devrait relever) de la protection de la liberté d’expression.

    6) Je n’entends pas, comme vous, faire « évoluer vers la tolérance » une religion. Je ne lui demande même pas d’être tolérante. A dire vrai, je ne lui demande rien. Au reste, comme philosophe, je vous suggère de méditer cette phrase de Mirabeau : « « Le mot de tolérance me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même puisque l’autorité qui tolère pourrait ne pas tolérer.« 

    7) La liberté ne s’accompagne pas nécessairement du respect d’autrui, comme vous rsemblez le tenir pour acquis. La seule question est la limite que nous imposons à ce devoir de respect. Ainsi, losque vous signifiez que je m’exprime sans discernement, je ne me sens pas très respecté.

    8) Je n’ai pas observé que la stigmatisation que vous évoquez ait été aveugle. Mais eut-elle été lucide, auriez-vous admis les offenses ?

    9) La question n’est pas de savoir s’il faut opposer ou pas la liberté et l’ordre public car la vocation de l’ordre public est de limiter la liberté. C’est, à proprement parler, un instrument de limitation de la liberté individuelle.

    10) Il faudrait peut-être mesurer le terme « agression« . Il me semble que vous exagérez un peu et utilisez un vocabulaire équivoque. Il existe un certain nombre d’autres actes qui autorisent cette qualification de façon plus pertinente. Mais, en ignorant la mesure, vous parvenez à placer sur le même plan (moral ?) des agressions physiques, et l’expression d’opinions (si offensantes soient-elles).

    11) Le fait que vous souhaitiez apporter des restrictions à la liberté ne signifie pas que la liberté est « sans règle et sans limite » lorsqu’on ne reconnaît pas ces limites.

  7. KoZtoujours... tu m'intéresses le 06/02/2006 à 14 h 59 min

    Pathétique Occidental

    Ainsi, un quotidien danois a-t-il eu le courage insigne, pour “tester la liberté d’expression au Danemark“, de caricaturer, dans dix dessins, le prophète Mahomet. Et un autre quotidien, norvégien, celui de lui emboîter solidaireme…

  8. Sylvain Reboul le 06/02/2006 à 15 h 24 min

    Citation de mon texte: « Du reste ces dessins ne sont pas des arguments critiques, dès lors qu’ils affichent un mépris certain pour les idées et les comportements réels de millions d’hommes qu’ils excluent par là de toute possibilité de réflexion »

    Evidemment je parlais des caricatures qui assimilent tout musulman à un terroriste et non de vos propos tout à fait raisonnables. je ne comprends pas comment une telle confusion sur le sens de ma réponse a pu être commise de votre part; sauf… (lire la fin)

    D’une part le délit de blasphème existe encore en Angleterre… mais ne vaut que pour les chrétiens selon un réinterprétation récente qui fait jurisprudence!…

    Plaisanterie mise à part, je pense que si notre droit reconnaît un certain de nombre de limites à la liberté d’expression, c’est en vertu d’une principe de réciprocité positif très rationnel: nul ne peut impunément faire usage de sa liberté pour agresser de son mépris et humilier publiquement d’autres hommes qui globalement ne sont coupables de rien, sauf à confondre encore une fois (argument que vous rejetez sans explication) terroristes islamistes et musulmans. En effet assimiler le prophète à un terroriste c’est diffamer tout musulman qui n’est pas terroriste. Si on suit votre propos sur l’absolue liberté de publier des propos offensants , pourquoi en exclure la diffamation et l’appel à la haine contre un groupe qui n’est en tant que tel coupable de rien? Il y a violence dès lors qu’un musulman est objectivement considéré comme un terroriste dangereux sans avoir rien dit ni fait pour « mériter » un telle agression.

    Le droit est toujours à la croisée d’exigences très souvent contradictoires entre elles et on ne peut donc affirmer aucun de ses principe comme ayant une valeur absolue (inconditionnelle); il n’est qu’à relire la déclaration des droits de l’homme dans son article premier sur l’égalité pour s’en convaincre ; du reste aucun philosophe de la liberté n’ a jamais prétendu que la liberté devait s’exonérer de toute responsabilité; bien au contraire la liberté nous rend d’autant plus responsables des conséquences de nos actes ou propos vis-à-vis des autres et je le redis de l’éventuel climat de violence qu’entraine forcément un sentiment justifié (voir plus haut) d’humiliation provoqué par une pure provocation insultante.

    Toute religion est susceptible d’évoluer de l’intérieur dans le cadre d’une relation de dialogue critique avec l’extérieur; c’est le cas du christianisme chez nous par rapport à la pensée démocratique ; il y a un siècle le droit au divorce, voire à l’avortement, aurait suscité des réactions d’une extrème violence de la part des catholiques les plus croyants, mais ce n’est en insultant en permanence leur christianisme que la tolérance est devenue une valeur reconnue par eux. La violence aveugle (en cela qu’elle met tous les individus sans distinction dans le même sac au nom d’une prétendue croyance commune consédérée comme intrinsèquement violente) dans ce domaine ne peut qu’engendrer dev représailles et une surenchère croissante dans la riposte violence et l’on sait déjà qui en profite.

    Calmer le jeu peut donc être un devoir politique pour qui veut raison garder et éviter le cycle infernal et liberticide de la violence: le fait que vous ayez cru que je m’en prenais à vos propos et non aux caricatures manifeste bien à quel niveau la passion idéologique peut perturber, chez un esprit aussi éclairé que le vôtre, le jugement critique et produire les amalgames les plus insensés

    Enfin un croyance religieuse n’est pas une simple opinion mais un engagement de toute l’existence ( en particulier face à la mort) indissociable d’un lien social identitaire qui valorise les individus qui y adhèrent. On ne peut insulter le fondement de leur croyance (mais on peut, en choisissant ses termes montrer en quoi celui-ci est douteux pour qui raisonne) sans les insulter eux-mêmes (cf Hume); on ne peut que tenter par la pratique de montrer que la tolérance (que vous écartez un peu vite) est nécessaire au dialogue qui permet chacun de se redéfinir d’une manière plus autonome. Ce genre de provocation provoque non l’autonomie citoyenne mais le renforcement pulsionnel du lien fusionnel. elle est donc anti-libérale dans son résultat; or on juge un arbre à ses fruits.

  9. jules le 06/02/2006 à 15 h 55 min

    Je retiens que vous ne visiez pas mes propos ; condédez-moi cependant qu’ils pouvaient prêter à confusion :

    « il ne faut pas utiliser l’amalgame tout aussi obscurantiste qui consite à insulter tous les musulmans bien plus divers sur cette question que vous ne semblez le penser sans discernement« . (je souligne)

    D’où, peut-être, une réaction un peu vive.

    Pour le reste, je ne suis pas favorable à une « absolue liberté« , mais je juge qu’on peut préférer les limites anglo-saxonnes aux critères français qui ne nous épargnent pas les risques de glissements sur la ‘pente dangereuse » (pour reprendre un argument américain).

    La diffamation consiste à présenter comme vrai une contre-vérité. Malgré mon hostilité sur les appels à la haine, il ne me semble pas qu’ils devraient être exclus de la protection de la liberté d’expression. Il en va différemment de la provocation au crime ou au délit, qui suppose d’appeler non pas à la haine d’autrui, mais à la commission d’une infraction.

    Il me semble que vous excluez, dans vos propos, le caractère spécifique de la caricature, qui même à vous suivre, devrait bénéficier d’un statut particulier. La caricature repose sur la démesure et l’outrage, par principe, dirai-je.

    Aussi, me semble-t-il, ne peut-on déduire de la rapidité caricaturale la conclusion qu’un musulman est nécessairement un terroriste.

    Mais admettons, même. Si vous estimez qu’il faut se garder par la loi des jugements généraux et à l’emporte pièce, il y aura du travail pour les juges.

    Cela dit, pour que notre discussion ne s’égare pas, pourriez-vous me précisez une chose. J’entends vos propos et les tiens pour pertinents. Ce qui me fais douter, c’est la portée juridique que vous leur donnez. Car, si vous invitez à de la mesure dans le débat public, je ne puis que vous suivre. Si vous entendez imposer cette mesure par la force du droit, je suis, vous l’avez compris très réticent.

    Quelques observations pour finir.

    Vous tenez que la croyance religieuse est un « engagement de toute l’existence ». C’est peut-être vrai à l’échelle d’un individu. Cela ne saurait l’être d’un point de vue juridique. La liberté de conscience suppose que l’on puisse abandonner ses croyances, et en changer comme bon semble. Aussi bien les croyances religieuses doivent être traitées comme toutes croyances, politiques, superstitieuses, ou que sais-je.

    Je crois enfin qu’on peut contester votre dernier critère ; on ne juge pas nécessairement un arbre à ses fruits.

    C’est adopter une perspective tout à fait substantielle. La philosophie libérale (dans laquelle vous vous reconnaissez, je crois) se veut procédurale. Autrement dit, ce n’est pas parce que mes propos ont un quelconque mérite que je bénéficie de la liberté de les proférer. Et ce n’est pas parce qu’ils sont déplaisants ou stupides que je devrais être interdit de les dire.

  10. Sylvain Reboul le 07/02/2006 à 7 h 47 min

    Le point de vue juridique n’écarte pas le respect des croyances religieuses, lesquelles je le répète sont considérées par la loi et le droit comme également respectables, c’est à dire garanties dans leur liberté de culte (loi sur la laïcité de 1905); de plus elles sont protégées de tout appel à la haine par la loi qui condamne toute incitation à la haine raciale, ethnique et religieuse. Les caricatures dont nous parlons peuvent être interprétées comme haineuses dès lors qu’elles amalgament la religion musulmane dans son ensemble et le terrorisme islamique (prophète-bombe). C’est le seul sens possible de ces dessins. Donc je ne vois pas pourquoi ils ne seraient pas justiciables en droit.

    De plus en tant que citoyen j’ai parfaitement le droit de ne pas être solidaire d’un usage perverti de la liberté d’expression insultant vis-à-vis d’un groupe humain qui vit avec et parmi nous et qui en tant que tel n’est en rien criminel. Même aux USA, le Klu Klux Klan est interdit d’expression comme le sont en France la pub « Il y a Bon Banania » ainsi que les publications négationnistes ou nazis ce qui me semble cohérent avec une vision juste du libéralisme; celui-ci implique nécessairement la possibilité du dialogue, c’est à dire le refus de la violence physique ou verbale, et l’usage d’argument critique précisément ciblés (une caricature n’est pas un argument), y compris contre tel ou tel aspect de telle ou telle croyance présentée comme religieuse.

    Laissons le justice décider, mais j’ai le droit de dire ce que je pense, avec des arguments juridiquement et philosophiquement pertinents, devoir être une juste décision.

  11. jules le 07/02/2006 à 12 h 18 min

    Vous aurez du mal à me faire admettre que des caricatures portent atteinte à la liberté de culte.

    Les caricatures suscitent des amalgames. Mais je doute qu’on doive nécessairement les interpréter comme haineuses.

    Vous pouvez n’être pas solidaire (comme vous dites) d’un usage de la liberté d’expression. Mais ne pouvez affirmer qu’il vise un groupe humain. Vous insinuez que les croyances sont constitutives de l’identité, en quoi, vous niez le fondement même de la liberté d’opinion.

    Le Ku klux klan n’est pas interdit aux Etats-Unis.

    Et la liberté d’opinion n’est pas réductible aux seuls arguments. je ne vois pas du reste, comment vous sauverez une quelconque caricature de la prohibition si vous vous en tenez au seul critère de l’offense.

    Vous avez le droit de dire ce que vous voulez (et même militer contre la liberté d’expression), mais vos arguments, qui ne reposent pas sur des textes ni sur leurs interprétation, sont juridiquement fragiles. Cela étant, une position nouvelle de la jurisprudence européenne donne quelque support à votre argumentation. Voyez-en le commentaire chez Frédéric Rolin.

  12. etmaintenant le 07/02/2006 à 15 h 24 min

    Sur « l’affaire des caricatures »

    Bien s?il devrait s’agir de part et d’autre d’affirmer des principes, et nous pouvons lire des d?ts de qualit?ans ce sens, notamment entre Versac et Koz. Mais au fond de moi, je ne me r?gne pas ?evoir faire un choix entre deux positions qui…

  13. bituur esztreym le 08/02/2006 à 12 h 02 min

    cette affaire suscite énormément de commentaires, tout autant d’interrogations, vu les remous provoqués.. cherchés ?.. aaahh! « conspiration », hein ? eh bien.. pas forcément, ou pas comme l’on croit, selon xymphora qui s’y connaît un peu dans le domaine, et commence son billet ‘Cartoonish conspiracies’ ainsi : « You know that it has hit the fan when you start to see alternative conspiracy theories in an attempt to deflect attention from the real conspiracy »…

  14. jules le 08/02/2006 à 12 h 57 min

    Hmm

    Mon anglais est un peu fatigué, mais je ne vois pas très bien ce qu’une perpective conspirationniste anti-coccidentale, anti-américaine, teintée d’anti-sémitisme apporte à la question de la liberté d’expression, sinon l’inévitable conclusion selon laquelle les medias ne parlent pas assez des douleurs des uns et des autres, et ne méritent donc pas la liberté qu’on leur accorde.

    Bref, c’est argumentativement pauvre et idéologiquement douteux.

  15. Monsieur F. le 09/02/2006 à 0 h 14 min

    Encel est bon

    Ce soir, sur Mots croisés l’émission d’Yves Calvi, il a été bien évidemment question de petits Mickeys.Si tout le monde s’accordait sur la vacuité de ces désormais célébres caricatures, chacun défendait son pré carré : Philippe Tesson…

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