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Une gauche si populaire ?

Emmanuel signe aujourd’hui un billet critique sur les analyses de la gauche sociale-démocrate. Il note en effet que les électeurs attendent la victoire d’un candidat de gauche à la présidentielle, ce malgré l’évolution idéologique de la gauche française. Passant ironique, il juge que les soc-dem se fourvoient lorsqu’ils prédisent le pire à cette gauche issue du referendum de mai 2005 et le la synthèse du PS.

Tout d’abord, on sait que la popularité ne garantit nullement à son bénéficiaire un succès électoral. C’est d’ailleurs l’enjeu d’une controverse récente sur Ségolène Royal. Les sondeurs d’opinion font en effet le départ entre l’image d’une personne dans l’opinion et sa vocation à incarner l’espoir d’une pratique gouvernementale. Inversement, on ne peut déduire des espoirs de victoire d’un camp ou de l’autre qu’il bénéficie d’une popularité particulière. Aussi bien, ce n’est pas parce que les électeurs espèrent la victoire d’un candidat de gauche que la gauche présente une bonne image dans l’opinion. Au mieux, on peut dire que son image n’est pas pire que celle de la droite.

Ensuite, l’élection présidentielle, comme on aime à le rappeler, est l’élection d’une personne, non pas d’un parti ou d’une tendance politique. Sans doute les allégeances respectives comptent, mais elles ne font que participer du choix et ne le déterminent pas absolument. Aussi bien, la gauche devra se doter d’un candidat suffisamment crédible pour emporter un vote. Or, il est notable que si la gauche recueille les espoirs des électeurs selon le sondage cité par Emmanuel, les candidats qui la représentent bénéficient d’intentions de vote contrastées. Si l’on écarte le cas de Ségolène Royal (sur lequel il est difficile de se prononcer en raison de la nouveauté de son intervention), ce sont Lionel Jospin, Jack Lang et Bernard Kouchner, dans l’ordre, qui recueillent l’attention des sympatisants socialistes. Sans vouloir spéculer ni prétendre à une jugement solide, il est permis d’y renifler l’adhésion molle à des candidats improbables.

On peut ajouter à cela que la gauche électorale est sans doute encore divisée. La pomme de discorde européenne me paraît avoir compoté. Les réactions militantes que l’on a pu entendre à l’occasion du Congrès du Mans, coiffées par une synthèse qui ne recueille guère de satisfaction, n’apparaissent pas propice à la composition d’une unité électorale solide. Si l’on doit admettre que les électeurs de gauche escomptent une victoire de la gauche, c’est bien de « leur » gauche, nécessairement plus belle que celle du voisin. Une observation qui n’est pas contredite par la structuration des blogs politiques telle que la présente Versac.

D’un côté, la minorité sociale-démocrate/libérale favorable au traité ; de l’autre, la majorité (sans doute grande) anti-libérale, très investie dans la protection du modèle social français. Les uns et les autres pourraient estimer qu’à tout prendre, on préfère ne pas voir « l’autre gauche » les représenter. Les partisans du Traité constitutionnel voteront-ils contre le PS ? Peut-être pas ; ils pourraient être sensibles à l’avertissement de Curd Jurgens dans Michel Stroggoff : « Il vaut mieux se coucher avec de regrets que se lever avec des remords. » Mais un centre droit critique pourrait les tenter. Les anti-libéraux pourraient préférer la gauche libérale à une droite décomplexée, mais sans doute pas avec une mobilisation qui permettra la victoire électorale.

Si bien que l’on peut suivre Emmanuel lorsqu’il tient que ce n’est pas l’option blairo-centriste qui sauvera électoralement la gauche (il s’en faut de beaucoup), mais on n’en déduira pas que la gauche traditionnelle peut prétendre à mieux.

8 Commentaires

  1. j’espère que vous avez raison et qu’ils se fourvoient. Comme vous me semblez plus averti que moi j’en accepte l’augure

  2. Je ne sais pas si vous suivez mon opinion ou celle d’Emmanuel, mais je puis vous assurer que je ne suis guère plus averti que vous, comme en témoigne une implacable constance dans l’erreur de prédiction.

  3. Tous ces sondages et ces prédictions à plus d’un an de l’échéance, c’est un peu de la mousse. On remplit deux baignoires avec un gramme de savon pour occuper les médias, car chez eux, le vide ne doit pas exister. Quand l’actualité (la vraie) n’est pas assez abondante ou assez sanguinolente, on l’invente. La montée de Ségolène Royal est un exemple typique: quelques sondages (vrais ou arrangés?) flatteurs, balancés dans les médias à un moment de vide et c’est parti, l’ensemble de la machine reprend en choeur et plus on en parle, plus les sondages montent (phénomène de surexposition médiatique). le soufflé peut très bien retomber, nous ne sommes qu’au début de la course.

  4. Je vais envisager une hypothèse audacieuse.

    Pourrait-on envisager que les électeurs de gauche prennent la décision pour le moins radicale de voter pour un candidat…. de gauche !

    Je veux dire par là un candidat au sujet duquel on puisse raisonnablement penser que son adhésion à la lettre du programme du parti (établi tel qu’établi selon les règles applicables au parti concerné qu’importe) qu’il représente est sincère et non pas circonstanciée ?

    A parti de là, il est assez aisé d’imaginer, pour les partis qui ont au moins le mérite d’avoir rédigé leur programme ou faisant fonction, de voir qui adhère sincèrement au programme proposé.

    Est-il donc si délirant d’imaginer que l’électeur, même bête au point de s’imaginer voter à gauche, puisse lire le programme qu’on lui proposer et jauger si la candidat qui prétendra le mettre en oeuvre est crédible ?

  5. J’entends bien l’ensemble de ces arguments qui ne s’appliquent qu’aux militants et aux sympathisants très (chaud pour la cause réformiste), c’est quoi déjà, être réformiste et socialiste, dixit, Jospin.

    Concernant Ségolène, Objet médiatique sans programme, c’est qui ? c’est quoi son programme ? La troisième voie à la Giddens, pourquoi pas (DSK, Fabius) mais pourquoi ne pas le dire franchement.

    Enfin, les Lang, bref, l’ensemble des vieux de la vieille, je leur conseille de laisser la place à la nouvelle génération et de se cantonner aux rôles de conseillers.

    Je pense pour ma part, qu’étant donné le contexte actuelle de la gauche « réformiste », beaucoup de gens de gauche vont choisir par défaut un de Villepin.

    Ajoutons, à cela le retard considérable en matière d’innovation pour attirer de nouveaux militants, d’agressivité politique, et de lisibilité du programme et il ne sert à rien d’attendre encore septembre pour les entendre dire, voilà, nous avons un programme et un candidat du PS et non pas de la gauche et surtout manquer de courage politique au dernier moment.

    
    
          
         
  6. @ Non d’emprunt : c’est beau.

  7. oui joli. Le problème étant de trouver le quidam ou la ? (comment dit-on ?) capable de prendre à son compte en toute sincérité les idées de toute la gauche

  8. brigetoun: en ce qui me concerne, je n’aurais pas d’objection à voter pour un inconn-u-e, à supposer, par exemple, que le-la-di-t-e inconn-u-e daigne se prêter à se laisser …heu…. analyser ? jauger ? répondre ? sur les questions qu’on aimerait poser à ceux qui aspirent à nous représenter. Par exemple, sur la relation à créer entre le programme présenté et l’action menée. A vrai dire, je ne vois même que des avantages à laisser sa chance à des inconn-u-es pas trop démago, ne serait-ce que la possibilité de lui demander clairement s’il/elle adhère au programme qu’elle portera.

    Sinon, je vois bien quelques individus de gauche parmi des gens jugés peu fédérateurs dont la sincérité ne fait à mes yeux aucun doute, même si la nature de leur engagement semble parfois moins modéré que je n’aurais aimé qu’elle soit. La gauche a cette chance que la droite n’a guère et n’a jamais vraiment cherché à en tirer profit, signeant malhabilement la droite dans son pragmatisme et son cynisme.

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