On n’attrappe pas les mouches avec du vinaigre, ni avec des citations latines. C’est en substance l’une des observation qu’Eolas ma infligée il y a quelques temps, alors que mes visiteurs se faisaient plus rares. Ajoutez à cela que je n’ai pas encore titré de billet sur Nicolas Sarkozy – ce qui est proprement scandaleux ; je m’en offusque moi-même.
Il est temps de réparer l’injure du silence.
Le ministre de l’intérieur est promis aux plus hautes destinées ; c’est un fait que nul vancancier doté de jugeotte ne saurait ignorer aujourd’hui. A peine la presse fatiguée d’un pluvieux été s’essaye-t-elle à un doute commercial, quoique fort civil, comme ces jeunes filles qui ajustent leur corsage en rougissant d’espérer qu’on aura bel et bien remarqué leur brève impudicité.
Nicolas Sarkozy, donc, vaincra, comme Thémistocle à Salamine, et Alexandre à Issos.
Ou plutôt, ce n’est pas la fracture avec la jeunesse qui inquiètera son élection.
D’abord parce que la jeunesse n’est pas, il s’en faut de beaucoup, une population unie par les liens de l’âge et de l’affection. Une partie d’entre elle est bourgeoise ; la seconde part est faubourgeoise, mais vraiment urbaine. La première manifeste contre les contrats destinés à la seconde. La seconde est victime de la mode et des discriminations.
Prompte aux emportements de son âge, cette seconde s’est émue d’un jugement porté, un peu à l’emporte-pièce[1], par le ministre de l’intérieur lors d’une visite ultra-citadine. Avec cette orgueilleuse susceptibilité qui caractérise les âmes anxieuses, il y a eu quelques athlètes pour blâmer le chef des forces de l’ordre. N’écoutant que les sirènes de la popularité, ce dernier rétorqua. Mal lui en a pris, s’il faut en croire Le Monde. Lesdits athlètes représentent la Nation sur les terres étrangères et suscitent l’admiration du peuple.
Cela dit, la jeunesse, qui devant l’injustice n’hésite pas à délaisser les salles de classes, est paresseuse au vote. En particulier cette partie de la jeunesse qui a pu se sentir désignée par le verbe de Nicolas Sarkozy. Admettons, par goût de la spéculation, qu’elle adopte un comportement plus amène devant le scrutin républicain, rien n’assure que son vote nuise au candidat futur de l’UMP. Doit-on penser, en effet, que son choix se portera vers l’adversaire principal du ministre, ou ne peut-on imaginer d’autres bénéficiaires[2] ? Il est d’anciens amuseurs qui ont de sérieuses raisons d’espérer[3]. Au premier compte, c’est donc le candidat du parti socialiste qui pourrait souffrir d’un vote hostile à Nicolas Sarkozy. Par dispersion des suffrages.
Ajoutons à cela que la jeunesse bourgeoise n’a pas nécessairement trouvé dans le comportement de certains faubourgeois des raisons de vivifier une solidarité de l’état civil. Aussi bien Brice Hortefeux, bucéphale auvergnat, doit-il s’inquiéter de tout. C’est son rôle. Mais Nicolas Sarkozy n’a pas de vrai raison de douter.
Si ce n’est…
Si ce n’est que je suis, c’est un fait avéré par de nombreuses tentatives, un pronostiqueur désastreux aussi bien que constant. On pourrait dire que j’ai rarement perdu l’occasion de me tromper dans les prévisions que je formais en matière politique[4] : En 1987, je donnais de bonnes chances à Raymond Barre. En 1994, je m’affligeais du succès promis à Edouard Balladur[5]. En 2002, Lionel Jospin ne pouvait perdre. Voyez-y une forme de fidélité à l’échec qui me range, il est vrai, aux côtés d’Alain Duhamel ; sauf que je n’ai pas de scooter, et que j’abhorre les mèches.
Bref. Il faut craindre mon avis comme des grecs les présents funestes.
Notes
[1] Et rapporté de la même façon par la presse.
[2] Voyez sur le comportement électoral de la jeunesse cette étude réalisée par Anne Muxel – avec la collaboration de Viviane Le Hay – du Cevipof.
[3] Pejora juvenes facile praecepta audiunt ; désolé.
[4] En revanche, je m’en tire beaucoup mieux en météorologie divinatoire.
[5] Je l’ai regretté quelques mois plus tard.
La stratégie de segmentation de l’électorat ne marche pas. Je ne pense pas que le candidat providentiel qui de mon point de vue n’arrive pas à la cheville d’un de Villepin puisse faire oublier d’un coup ses dérapages, ses incohérences, l’instrumentalisation d’une question aussi sérieuse que la sécurité, son échec au ministère de l’économie, etc.
L’idéal pour lui serait de reprendre la main à l’occasion d’une crise interne, toujours relative à la sécurité. Les clips à l’américaine sont très drôles, mais une succession d’images et de sermons ne font pas un programme politique, ni un lifting pour un régime à bout de souffle.
Bref, je pense que les électeurs vont sûrement voter par défaut, encore une fois, mais sûrement pour porter à la tête du pays, monsieur sarko.
Bon, on verra si la stratégie de segmentation est un échec. Cela dit, je ne comprends pas très bien. Vous donnez bien des raisons d’un échec de Nicolas Sarkozy, mais concluez à sa victoire.
Au fait, êtes-vous un bon ou – comme moi – un désastreux pronostiqueur ?
Notez que pouvoir prédire la météorologie exacte région par région du jour du premier tour de l’éction présidentielle aide à prédire l’issue de l’élection.
La méthode est peut-être hétérodoxe, mais appréciable.
Pensez-vous par ailleurs que l’hypothèse de voir des chefs de partis passant publiquement consigne aux maires de favoriser ou défavoriser l’inscription sur les listes électorales de citoyens actuellement non-inscrit puisse influencer le résultat de l’électorat (je blague… quoi que…)
En l’occurrence, si je me réfère au problème que cela a pu poser pour J.-M. Le Pen en 2002, je peux inférer des effets d’un tel comportement sur l’élection. Mais sur ce sujet, billet suivant.
Je donne des raisons de ne pas croire que ce ministre, petit napoléon s’il en faut, ne fait pas que dans la productivité, mais laisse derrière lui beaucoup de déchets.
Sur les chances de victoire du petit napoléon : j’avoue me baser sur la propension de mes concitoyens à élire et réélire des gens de peu de valeur. La vitrine suffit à attirer le chaland même si la marchandise est avariée.
Oui, il suffit d’une crise, d’un bel incident quelques semaines ou quelques jours avant les élections pour donner un bon coup de turbo à notre ami. La lucidité dans ses moments n’étant pas la faculté la mieux partagé, je parie sur le front non pas de l’emploi (question pourtant centrale) mais sur le front de la sécurité avec en arrière fond, l’actualité internationale.
Néanmoins, la crise des banlieues a été l’occasion de l’inscription d’un nombre d’électeurs non négligeable. À cela s’ajoute une saturation, une usure du pouvoir qui peut conditionner un clivage plus accentué.
Oui, notez que mon estimation est que la rancoeur résultant de la crise des banlieues profitera à des candidats qui ne seront pas ceux du PS ; donc des petits candidats alternatifs qui serviront plus N. Sarkozy qui ne le gêneront.
Cela dit, je suis un déplorable prévisionniste.
Et Libération, ce jour, semble contredire mon analyse.
ô mon cher, ne changez rien, continuez à être mauvais prophète. Je serais trop humiliée si vous aviez raison
« on verra si la stratégie de segmentation est un échec. »
(contribution un peu provocatrice qui ne trompera certainement personne ici…)
à noter : les méthodes orthodoxes de sciences politique telles qu’enseignées en France échouent à prédire ou expliquer la politique française depuis Maastricht/1991. (à noter que j’ai tendance à considérer que la très grosse implication personnelle du Président est certainement ce que sauva l’honneur des universitaires es-sciences politiques à cette occasion). Une mauvaise langue vous dirait d’ailleurs que Jospin n’aurait jamais connu le destin politique que le destin lui prêta si les méthodes orthodoxes avaient pu prédire les circonstances qui, dit-on, découlèrent de l’audacieuse stratégie chiraquienne de 1995 (mais qui ne saurait s’étonner d’une telle erreur de la part du camp de celui qui reste probablement le plus grand animal politique français vivant ?). On notera d’ailleurs avec intérêt que toute la terminologie relatives aux « élites » mystérieusement apparue sur le devant de la scène publique début 2005 n’a probablement pas été inventée par les objets d’étude de la science politique, mais ceux qui font de leurs concitoyens en démocratie des objets d’étude.
Au vu du soutien que certaine personne lui apporte. Visitez http://sarkozyvagagner.french-avenue.eu/