Les discrétions avouables de Jack Lang

17/08/2006
Par

Jack Lang est de cette race d’homme qui change de cravate comme de chemise. Mais contrairement aux apparences, je ne lui en compte pas plus d’une dizaine cette saison.

Jack Lang est entré en politique comme on entre au claque. Avec bonne humeur et nonchalance, mais avec les plus grandes espérances. Il en sortira de pareille façon, avec la vague déception d’amours auquelles on n’a pas vraiment cru, et s’en retournera vers un foyer dépourvu de passion : le droit public.

Mais pendant ce temps Jack Lang aura eu la passion du peuple heureux. Heureux et aimant. A Rome, il eut excellé.

Jack Lang est amène, Il a la gravité frivole et paraît s’ennuyer lorsqu’il se passionne. Il porte une mine qui devrait être rayonnante et un hâle hors-saison. On le dirait revenu des Indes ; il arrive de Dunkerque, et semble cacher les stigmates d’une nuit de patachon. Voyez la bannière, sur son site. De prime abord, les étoiles du drapeau de l’Union lui font comme une couronne angélique ; mais les plissures donnent une impression de froissé. En d’autres temps, il eut fait profession d’oisiveté.

Il porte la culture en bandoulière et se trouve prêt à distribuer des bons sentiments comme l’on distribue des bons points. On y croit un peu, et avec de l’indulgence. Il n’est pas aimé de la droite, qui voit en lui le général d’une armée de gauche caviar – mais on me murmure qu’il préfère le hareng et sa laitance. Il est suspect à gauche pour ses propensions festives et festivalières. C’est que toutes ces manifestations et enthousiames ont un léger parfum de décadence morale. On lui confia le ministère de la Culture, il emprunta celui de la parole.

Aujourd’hui, Jack Lang répond aux questions de Claude Askolovitch dans le Nouvel Observateur[1]. La fadeur des réponses n’a d’égale que celle des questions ; aussi, ne blâmons pas le Vice-Président du Conseil régional du Pas-de-Calais, dont les administrés sont bien sympatiques, y compris les préposés des postes que personne ne m’empêchera de saluer ici. Il y tient les propos que voici :

« J’étais l’autre jour au Festival des Vieilles Charrues. Un événement extraordinaire, inventé, porté par des bénévoles. La preuve de la vitalité de ce pays, qui n’attend qu’une délivrance… On m’attrapait dans les allées. « On sera avec vous l’an prochain, débarrassez-nous de cette droite ! » Je suis monté sur scène pour saluer Jamel Debbouze. 50 000 jeunes m’ont applaudi. Ils criaient, « Jack président ! »« 

Bon, c’est entendu, Jack Lang n’est pas l’ennemi de l’emphase. On croirait le triomphe d’un César venu délivrer la ville des affres pompéiennes. Crânement, pour satisfaire aux exigences minimales des civilités, il monte sur scène et sur ses grands chevaux, encore. C’est une forme exquise de désinvolture. On l’imagine déjà en président :

« Comme je passais à Pekin chercher un vase Ming pour la fête des fleurs – que j’ai inventé en 1970, j’en ai profité pour faire quelques corrections à la constitution chinoise. Le gouvernement m’a remercié avec effusion. Ils s’étaient mépris sur les droits de l’homme ; une bête erreur de traduction.« [2]

Edit du 18 août : On murmure que le génie de Jack Lang l’a poussé à étendre démesurément son étendard de campagne : Du conquérant « Inventions demain« , le candidat a conclu qu’on pouvait tout aussi bien inventer « hier« . En effet, les « Jack Lang Président » n’ont semble-t-il jamais résonné qu’à ses seules oreilles, s’il faut en croire cet article[3]

Pourtant, Jack Lang est aussi un professeur de droit. On lui doit entre autres un amendement à la loi nº 2000-516 du 15 juin 2000. Il s’agit de la révision d’une condamnation pénale consécutive au prononcé d’une arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme. Autrement dit, lorsque la France se voit flétrie par le haute Cour à raison de la violation de la Convention européenne des droits de l’homme, il est loisible au condamné de faire réexaminer sa cause ; dans des conditions fort restrictives, il est vrai, mais c’est un début.

En toute discrétion, donc, Jack Lang a pu infléchir la législation, de peu sans doute, mais dans un sens qu’apprécieront les amants des droits de l’homme. Pour ceci, il doit être loué.

Toutefois, qu’il me soit permis de souligner combien l’hommage se trouve ici rendu à la furtivité de l’ouvrage. Je tiens donc que le meilleur de Jack Lang ne s’exerce jamais que dans la clandestinité. Clandestinité à laquelle la Présidence de la République ne dispose guère.

Notes

[1] Cet entretien est repris sur le site du candidat.

[2] Que nul n’aille douter de la fictivité de ce pendable pastiche.

[3] signalé dans les commentaires par Christophe, ce jour.

7 commentaires to Les discrétions avouables de Jack Lang

  1. Toto le 17/08/2006 à 19 h 07 min

    Cette article est complètement faut. Jack Lang ne met pas de cravate avec ses chemises :)

  2. jules (de diner's room) le 17/08/2006 à 19 h 14 min

    Cette visite officielle vous convaincra du contraire.

    Mais je note que son col a été opportunément masqué sur la photographie qui orne la bannière de son site ; de sorte de ses allégeances au col ouvert ou au noeud traditionnel demeurent incertaines.

  3. brigetoun le 17/08/2006 à 20 h 01 min

    de toute façon je l’aime bien, et je regarde avec une curiosité un peu triste mais amusée ses tours de piste actuels en me demandant s’il y croit lui même

  4. Christophe le 17/08/2006 à 23 h 00 min

    A propos de l’épisode des vieilles charrues. Il semble que des personnes présentes au concert ce soir là conteste la version donnée par Jack Lang dans cette interview. L’ancien ministre de la culture, bienfaiteur des arts et ami de la jeunesse ne serait pas monté sur scène et n’aurait donc pas bénéficié de l’acclamation de la foule en délire. voir l’article du nouvel obs.

  5. jules (de diner's room) le 18/08/2006 à 13 h 26 min

    C’était de la licence poétique : il fallait bien sûr traduire.

    J’avais décidé de me montrer dans une manifestation couverte par les médias et la jeunesse. En plus un truc, associatif, des fois qu’on m’interroge – de toutes les façons, j’aurais trouvé le moyen de le placer.

    Alors que je passais deux billets de cinquante aux videurs pour accéder derrière la scéne, un cinquantenaire qui accompagnait sa nièce de quatorze ans m’a reconnu, et il m’a dit : « Vous ou un autre, du moment que c’est pas la gonzesse à Hollande ». J’ai réussi à entrer dans la loge de Jamel Debbouze en me faisant passer pour Darry Cowl (sur un malentendu).

    Ensuite, j’ai joué le roadie en allant ajuster son micro sur scène, et quand Jamel a été applaudi, j’ai salué la caméra. Et puis, Il y a deux gars qui m’ont hurlé ensemble « Jack, une bière ! »

  6. Nibor le 18/08/2006 à 15 h 28 min

    Je confirme que Jack n’est pas monté sur scène pendant le show de Jamel, et qu’il n’a pu entendre les hourras des 50 000 jeunes présents…

    d’ailleurs il se serait plus renseigné, il aurait su qu’on était 55 000 au spectacle de Jamel… il a donc menti lors de cet entretien.

    Il était aux vieilles charrues mais est resté coté coulisse puis en VIP. Il n’y a eu aucun mouvement de foule en sa faveur. Personne ne savait qu’il était là !

  7. Humbert Humbert le 31/08/2006 à 12 h 51 min

    @ Jules : « Darry » Cowl, pas « Dari » (paix à son âme). Cette petite bévue est largement excusée par la qualité des dialogues.

    corrigé

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