C’est une dépêche de l’AFP qui attire aujourd’hui mon attention, il est vrai, un peu légère.
Après le retrait de José Bové du jeu des candidats, c’est désormais Marie-George Buffet qui suscite l’adversité des autres postulants. Mais il semble que cette dernière ne soit pas déterminée – pour le moins – à céder sa place.
La presse se plait à souligner combien le processus de désignation d’un(e) candidat(e) unitaire est émaillé d’incidents et d’incertitudes. La faute, sans doute, à une procédure indéterminée.
C’est pourquoi je suggère aujourd’hui d’adopter les règles d’un jeu qui a fait la joie de millions de telespectateurs avertis : le maillon faible.
Les candidats seraient sommés de répondre à une série de questions d’ordre général pour ajouter au pot commun électoral. Chaque session serait ponctuée de l’élimination d’un candidat.
Ainsi :
L’animateur : – Quelle est la cause de la pauvreté ?
Clémentine A. : – Le libéralisme
Olivier B. : – La mondialisation ultra-libérale
José B. : – La mondialisation ultra-libérale
Patrick B. : – Le libéralisme
Marie-George B. : – Le libéralisme
Arlette L. : – La bourgeoisie capitaliste
Yves S. : – La mondialisation ultra-libérale
L’animateur : – La bonne réponse était… Le Libéralisme ! <mode agressif> Arlette, « la bourgeoisie capitaliste« , « LA BOURGEOISIE CAPITALISTE« , Arlette ? Mais la bourgoisie, ça n’existe plus. On dit « bobo, » maintenant. Et le capitalisme, Arlette, c’est has been comme tout.</mode agressif> Bon, alors, qui est-ce que vous choisissez d’eliminer ?
Clémentine A. : – José B. Il a une chance.
Olivier B. : – José B. Il a une chance.
José B. : – Personne. Je trisse.
Patrick B. : – José B. Il a une chance.
Marie-George B. : – José B. Il a une chance.
Arlette L. : – José B. Et tous les autres. Et les patrons.
Yves S. : – José B. Il a une chance.
L’animateur : – Bon, bon, José B. s’est désisté. <mode agressif> Le lâche ! </mode agressif> On va pas vous laisser comme ça, qui vous choisissez d’éliminer ?
Clémentine A. : – Marie-George. Elle s’est prononcée pour un vote. C’est que le PC a noyauté les collectifs.
Olivier B. : – Pas mieux.
Patrick B. : – Pas mieux.
Marie-George B. : – Olivier B. doit se désister dans une perspective unitaire.
Arlette L. : – Je me présenterai pour barrer la route aux patrons capitalistes.
Yves S. : – Il faut une désignation unitaire par consensus.
L’animateur : Ca ne veut rien dire.
Ce que vous venez de lire, chers bons lecteurs, est l’illustration de la théorie des jeux. Il résulte de chacun des comportements individuels une solution collective sous-optimale. Pourquoi ? Mais parce que les règles du jeu n’ont pas été respectées, et d’une. Parce que les candidats n’ont guère à gagner individuellement à leur désistement, de deux. Parce que les différents joueurs ont formé des anticipations sur le fonctionnement du jeu lui-même, de trois.
C’est ainsi qu’il en est pour espérer un vote des collectifs, estimant qu’ils ont à y gagner. Mais d’autres essayent de jouer sur les résultats du vote en raison de leur capacité à mobiliser des électeurs. En bref, après avoir éreinté les candidats les plus susceptibles de rassembler, les restants guignent les restes.
A part cela, je déteste le terme « collectif« .
Au fait, avez-vous remarqué que le jeu du maillon faible lève bien plus fréquemment que tous autres systèmes le paradoxe de Condorcet ?
Un outil bien trop utile pour être employé en politique, sans doute.
Ne soyez pas pessimiste, un autre Monde est possible…
C’est quoi « le paradoxe de Condorcet » ?
Sans vouloir exagérément faire dans le pro domo, voici un billet ancien, avec quelques références en lien sur la question.
C’était un excellent billet ancien. En fait soumettre un texte complexe a référendum est une ânerie de première grandeur; la démocratie représentative a été instaurée pour couvrir précisément ce genre de cas.
Quand a l’absence de candidat anti-libéral (!!) unique il s’agit tout autant d’un problème de personne que d’un problème de programme et de tactique. Assez peu de ces gens sont réellement candidats au pouvoir car tout comme Le Pen ils se situent dans une posture de recours en cas de chaos. La réalité du pouvoir démontrerait trop abondamment l’inanité de leurs projet politique.
La candidature unique était une lubie un peu utopique de Bové, qui est sans doute le seul à rechercher réellement à gouverner éventuellement, c’est à dire, s’il s’évrait capable d’obtenir une majorité d’électeurs sans avoir à se compromettre.
Le PCF a simplement toujours refusé les conditions de l’intraitable sphynx du Larzac. Je suppose que les dix mille élus du PCF ayant obtenu leurs sièges grâce au PS ne sont pas étrangers à l’affaire.
En ce qui concerne la gauche contestataire au sens commun des choses, la multiplicité des candidatures n’aurait rien de nuisible, bien au contraire. Chacun d’eux ira tôt ou tard négocier son soutien auprès du PS en temps et heure, hormis Arlette, bien entendu.