Ségolène Royal, hier, faisait part aux élus socialiste de sa volonté de changer de République.
Comment ?
Par une démocratie parlementaire revivifiée qui va mettre fin au cumul des mandats.
On s’en pourlèche. Comme du reste les participants en tribune, qui l’applaudissent sans désemparer.
« Cette République nouvelle dont vous êtes les acteurs à l’avant-garde, cette République nouvelle nous la réussirons.«
Diable, l‘avant-garde. Cette horde de héros chargés de souffrir le feu de l’ennemi poitrail ouvert.
Voyons-les de plus près.
A commencer par la candidate elle-même : députée de la Nation et Présidente de la région Poitou-Charentes.
Viennent les grognards, que l’on dit éléphants :
Lionel Jospin ne cumule point de mandat, faute d’en avoir sollicité depuis 2002.
François Hollande est député et maire de la bonne ville de Tulle.
Dominique Strauss-Kahn est député et adjoint au Maire de Sarcelles.
Laurent Fabius est député et adjoint au Maire de Grand-Quevilly.
Pierre Mauroy est sénateur, conseiller municipal de Lille, et Président de la Communauté urbaine de Lille.
Edith Cresson n’est qu’adjointe au Maire de Châtellerault.
Henry Emmanuelli est député et Président du conseil général des Landes.
Bernard Kouchner n’a pas de mandat.
Bertrand Delanoë n’est que Maire de Paris.
Gérard Collomb est sénateur, Maire de Lyon et Président de la Communauté urbaine du Grand Lyon.
Martine Aubry est maire de Lille et vice-présidente de Lille Métropole.
Yvette Roudy n’a plus de mandats électifs[1]
Jean-Marc Ayrault est député, Maire de Nantes et Président de la communauté urbaine de Nantes.
Jean-Pierre Bel est sénateur et Maire de Lavelanet.
François Rebsamen n’a qu’un mandat public : il est maire de Dijon. Mais il est également administrateur de Deixa crédit Local[2].
Jean-Louis Bianco est député et Président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence.
Et ceci pour la garde rapprochée de la, seulement.
Je laisse donc à mes bons lecteurs le soin de juger de ces grandioses proclamations.
A moins qu’ils ne veuillent se laisser guider par le bon Claude Bartolone – député et adjoint au Maire du Pré-Saint-Gervais :
« C’est montrer qui est vraiment l’alternance (…) Un truc pareil, ça vieillit Bayrou d’un coup« .
En passant, Ségolène Royal dit qu’elle ratifiera la charte des langues régionales. Cela suppose, il est vrai, de modifier la Constitution de telle façon que le français ne soit plus la langue de la République, comme l’a rappelé le Conseil constitutionnel dans une décision du 15 janvier 1999.
Demain, un peu de Bayrou-bashing, avec sa proposition de grand ministère du tout et du rien.
Et tu en oublie, Jules. Rebsamen n’est que maire de Dijon parce qu’il a été battu aux législatives en 2002, de même qu’Yvette Roudy, battue en 2001 aux municipales et en 2002 aux législatives.
Le seul à avoir joué le jeu est Delanoé, qui a abandonné son mandat de sénateur quand il a été élu maire de Paris.
François Rebsamen est aussi président de la communauté de communes du Grand Dijon :
http://www.grand-dijon.fr/regards-sur/institution/les-elus/liste-684.jsp
« poitrail ouvert ». Comme a priori tu n’évoques pas la largeur de leur cage thoracique, s’ils ont déjà le poitrail ouvert le feu de l’ennemi est un moindre mal. Lorsque tu oublies de remonter ta braguette, tu ne t’exclames pas « zut, j’ai encore le bas-ventre ouvert », si ? Je pense que voulais dire « dépoitraillés ».
Assez impressionnant, bravo ! J’ajoute que Ségolène Royal n’est pas toujours très claire sur le non cumul. A ma connaissance, elle conserverait la possibilité d’un mandat local, à condition qu’il ne s’agisse pas d’une fonction exécutive (voir mon billet sur les positions des sur ce sujet).
Mais le fait qu’elle est « sautée le pas » de la VIe République est plutôt nouvelle encourageante !
Je ne comprends pas bien le sens de la démonstration. Si le cumul des mandats est aujourd’hui autorisé ne seraient ils pas idiots de s’en priver ?
Après tout on peut aussi considérer qu’ils font la promesse d’un beau sacrifice.
Encore que, il est à noter qu’elle promet se changement par la voie du référendum.
Donc ils peuvent se dire :
- Que de toute façon elle va perdre. – Que de toute façon ils lui feront rater le référendum.
Oui, Capello. On me pardonnera la métonymie approximative, non ?
Avant-garde, Clems.
Oui, Alinea, j’avais oublié.
Authueil, j’ai fait le crédit aux sus-cités d’imaginer la démission de leur mandat précédent, pariant sur la vertu républicaine.
Il y en avait, qui en 2004, on pensé abandonner leur mandat de parlementaire pour se consacrer à leur présidence de Région. C’est le cas de Jean-Yves Le Drian, président de la Région Bretagne. On lui a fait comprendre que ce n’était pas une initiative heureuse, en tout cas pas vis à vis de ses petits camarades présidents de Région qui n’avaient pas eu cette idée…
« • Se dit des gens qui sont en avance sur les idées de leur temps ».
Les idées, pas les actes, on ne passe plus tout le monde au fil de l’épée… Comme quoi proclamer que l’on est contre le cumul cela suffit pour être à l’avant garde. Il est vrai que du coté de l’ump on défend l’idée du cumul (pour le coup d’arrière garde) en expliquant qu’il est important pour bien assurer sa mission de parlementaire de posséder un ancrage local.
Enfin bref, ils doivent prier pour qu’elle se plante. L’avant garde n’est pas forcément héroïque cela doit rejoindre votre analyse
Je recopie, donc, la défintion de wikipedia :
« Terme militaire, qui désigne les troupes envoyées en avant de la progression d’une armée, pour explorer et assurer le terrain.«
« Le terme avant-garde désigne, depuis le XIXe siècle, des personnes qui entreprennent des actions nouvelles ou expérimentales, en particulier dans les arts et la culture.«
Je ne dirais pas que l’exporation et l’expérimentation caractérise l’action de l’avant-garde socialiste.
Signalons aussi que la charte des langues régionales n’est pas que contraire au fait que le français soit la langue de la République.
Elle a aussi été déclarée contraire à l’article 1 car portant atteinte à l’indivisibilité de la République, à l’égalité des citoyens devant la loi ainsi qu’à l’unicité du peuple français.
Rien que des broutilles, donc.
Quant à l’avant-garde, il est bien connu que depuis la fin des guerres napoléonienne, les officiers supérieurs (les généraux…) n’en font plus partie, il y a trop de risques que ces hommes de valeur soient tués au front.