String de gauche, string de droite

24/05/2007
Par

Ou, apologie politique du string.

La République des blogs, comme toute réunion festive, s’accompagne parfois de paris absurdes ou d’engagements farfelus. Ce fut hier mon cas lorsque bravache, je m’engageai in facie ecclesia à délivrer d’ici lundi une dissertation politique sur le string. Une bonne âme m’en souffla le titre.

Dès le réveil, ce matin, je songeai éperdument à la tâche ; ainsi qu’aux turbulences que j’allais faire naître dans un lectorat plus habitué aux voltes lourdes du juriste qu’aux fantaisies de potaches.

Qu’ils me suivent, cependant, sur le terrain étroit de l’indispensable accessoire de la féminité moderne, qui divise en toute matière, les esprit comme les hémisphères.

Car le string divise, voyez-vous. Parangon léger de la bipolarisation nationale. Il y a des partisans et des adversaires.

Mais, gauloisement, les divisions essaiment à l’infini, à gauche et à droite, chez les hommes et chez les femmes. Petite revue d’arguments entendus deci-delà, sur quelques centimètres carrés de tissu léger qui déchaînent les passions les plus diverses.

Commençons, voulez-vous, par les adversaires du string.

Les femmes invoquaient autrefois l‘inconfort de la chose.

C’était autrefois, il y a dix ou douze ans. Une éternité. Une façon, on le découvrit plus tard, de rationaliser les hésitations devant les séductions encore un peu transgressives.

Car il est un fait que le string, aujourd’hui encore, s’accointe avec le dévoilement d’alcôve. Il laisse songer à des projets nocturnes imaginés dès le matin. De là que l’on trouverait sans doute discutable qu’il en soit produit – et porté – par des jeunes filles impubères.

Autour de cette transgression liée au désir féminin, deux variantes.

A droite, un peu de pudibonderie. Le string fait « garce« .

A gauche, de l’aversion pour la coquetterie bourgeoise. Le string apparaît comme une frivolité bien peu compatible avec l’averse des problèmes du monde.

Dans l’un et l’autre cas, le masque des moeurs sociales pour solidifier les résistances d’une éducation morale à des moeurs sexuelles désormais exigeantes quant à leur droit de cité. A ce point exigeantes d’ailleurs qu’on pourrait les croire impériales.

Autre contestation féminine, empreinte de féminisme.

Le port du string répond à une mâle sollicitation. Le string est une inféodation au désir masculin, avec ce qu’il a de dominateur. Autrement dit, il s’agit d’une contre-offensive en 120 grammes dans la guerre des genres.

D’autres on rétorqué que le string pouvait n’être pas destiné au regards d’iceux. Il s’agissait bien au contraire de l’expression d’une liberté. Celle de se sous-vêtir de façon séduisante pour le seul plaisir d’une invisible séduction de soi-même. Cela fleure le narcissisme.

Mais surtout, la dictature du désir masculin a emprunté les chemins souterrains des prescription de la mode. Il est probable aujourd’hui que les femmes sont moins sensibles à l’expression brutale des attentes masculines qu’à celles plus sinueuses, mais non moins prescriptives, de la mode féminine. Avec cet argument génialement pervers de promettre une forme de pouvoir séducteur comme autant de liberté.

Qui a lu le Corbeau et le renard sait que le goût du pouvoir est un asservissement. Et un asservissement encore que celui d’une liberté qu’on est tenu d’exercer. Servitude volontaire du string, aurait grogné La Boétie.

Du côté des hommes, maintenant.

Le string est laid. Voilà ce qu’on peut entendre parfois ; ainsi qu’une ode au slip simple et blanc.

En creux, la crainte d’être soupçonné de concupiscence. C’est que le désir masculin, en ces temps de décadence morale tant de fois dénoncée par notre nouveau Président, n’est pas moins lourd à porter que le désir féminin. On aura donc égard, ès qualité d’homme d’aujourd’hui, à parler du sexe de façon détachée mais investie. Pas comme d’une partie de squash, mais enfin…

Le goût du dessin aguicheur du string laisse penser qu’on pourrait céder à l’intérêt. Ce qui est déchoir. Un homme à l’eau de cologne transparente et au déodorant diaphane prend le sexe pour ce qu’il est, sans fanfreluches. Ou alors, comme l’expression d’un jeu raffiné. Mais point trop.

Sous le slip blanc, donc, la revendication d’une sexualité franche – presqu’une camaraderie. Au delà, peut-être, l’affirmation d’une masculinité inquiète : je n’ai pas besoin d’accessoire pour témoigner de ma puissance virile.

Pour le string, maintenant.

Du côté des femmes, on a pu faire valoir l’avantage de ne point révéler le dessin d’un sous-vêtement. Une forme de pudeur pratique. Une rationalisation en guise d’apaisement moral, également, pour passer de l’ère du slip à l’empire du string.

Car il est des absences qui se devinent. Ou comme le chante Julio Iglesias du sourire, « qui en dit long sans vraiment le dire« . Aussi bien, la discrétion visuelle est une indiscrétion fantasmatique.

On ne reviendra pas sur l’argument de la liberté sexuelle[1] et du désir de se plaire, l’un et l’autre teintés d’ambiguïté. Parce que le regard de l’autre – et des autres – emprunte souvent le chemin du regard sur soi. Oui, le port du string est un existentialisme.

A droite, par une modernité libérale. A gauche, par un libéralisme revendiquant.

Du côté des hommes : je laisserai à mes bons lecteurs masculins le soin d’interroger leur âme pour y déceler les raisons de leur faveur pour ce trait de tissu qui déshabille plus qu’il ne vêt. Car c’est bien dans la sinuosité de sa conscience que l’on niche les espoirs déposés sur autrui.

On me pardonnera, je l’espère, d’avoir esquissé une forme de sociologie de comptoir, faite d’affirmations brutes et de frivolités. Pour ma défense, on aura noté l’appel à La Fontaine, La Boétie et Sartre sur une si mince affaire, osé-je.

Notes

[1] « Je fais ce que je veux.« 

22 commentaires to String de gauche, string de droite

  1. Tonton le 24/05/2007 à 12 h 48 min

    Et la volonté de Ségolène de l’interdire à l’école?? http://mitterrand.2007.over-blog.com

  2. Laurent le 24/05/2007 à 13 h 36 min

    « Indispensable accessoire de la féminité moderne » – Les hommes ont aussi droit au string !

  3. Paul le 24/05/2007 à 14 h 19 min

    String de droite et string de gauche, le string est par sa nature même antirépublicain, il souligne et encourage la division de notre pays en deux, ne sépare-t-il pas sans ambigüité la fesse gauche de la fesse droite?

    Seule la culotte est à même de rassembler notre pays comme elle sait le faire fermement pour magnifier le galbe splendide de la chute de reins de nos concitoyennes!

  4. MarQ le 24/05/2007 à 14 h 22 min

    Les hommes y ont certes aussi droit, mais il se fait semble-t-il moins indispensable (mais qui sait ce que nous réserve l’avenir… ?)

  5. EL le 24/05/2007 à 14 h 40 min

    Mais, voyons, le string n’est ni à droite, ni à gauche, mais bien au centre!

  6. Rien le 24/05/2007 à 15 h 23 min

    Ne négligeons pas le rôle du progrès technique dans l’évolution de la société.

    Comparez les matières dans lesquelles se faisaient les strings il y a douze ans et les merveilleux assemblages de polasthane et microfibre (plus quelques matières brevetées DdN) et l’on comprendra aisément la réintroduction chez l’homme-ou-la-femme de gout d’un gadget que l’inconfort et la vulgarité réservaient autrefois aux garçons-et-aux-garces, et, par voie de conséquence, leurs enfants.

    One again, it’s the economy.

  7. OlivierJ le 24/05/2007 à 15 h 44 min

    Mazette, quel mois de mai 2007 ! Après l’auteur socialiste d’un pamphlet contre Sarkozy qui devient membre de son gouvernement, et notre blogueur philosophe juriste qui nous pond le présent billet, que nous réserve la suite ?

    Note plus terre à terre : il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir porter des strings, c’est vite laid si la personne n’est pas dotée d’un fessier adapté¹ (et d’une taille au tour contrôlé). Idem pour les messieurs. Illustrons notre propos par un exemple ou deux : http://www.aubade.com/lecons/im/maxis/45.jpg http://www.aubade.com/lecons/im/maxis/9.jpg (wahou ça c’est du site qui fait du bien aux yeux).

    (¹) de fesses « de déesse », comme j’aime à le dire

  8. Martin P. le 24/05/2007 à 16 h 32 min

    On pardonnera aussi les grosses ficelles…

    rien n’est plus horripilant qu’un cul bien fait défiguré par la marque d’un slip inadapté.

    le bonjour après une rapide entrevue à la rdb hier soir

    Martin

    http://sauce.over-blog.org/

  9. MamboJoel le 24/05/2007 à 16 h 58 min

    J’en suis un peu revenu, aujourd’hui je suis plus sensible aux charmes naïfs d’une petite culotte en coton. Il faut se rendre à l’évidence, 95% des ports de string tournent à l’avantage de la vulgarité.

  10. Marc_B le 24/05/2007 à 18 h 06 min

    L’objectif entre l’utilisation du string et la pratique de la politique est le même : faire croire que la lune est plus belle qu’elle ne l’est en réalité

  11. Humbert Humbert le 24/05/2007 à 18 h 08 min

    La majorité des fessiers gagnent au port du string. Pour les trop imposants, rien n’y fait, string ou culotte… N’en parlons plus. Avantage considérable sous les vêtements collants, les pantalon en lin (si la couleur a été choisie de manière adaptée, mesdames cessez de porter du noir sous un pantalon blanc, sinon je ressors mes chaussettes de sport blanches.

    Une grosse culotte moche (y’en a-t-il d’autres ?) fait les fesses moches et ne leur rend pas justice en les déformant. Il en va ainsi des collants qui boudinent et des slims trop ajustés.

    Que dire de la mort annoncée par la presse féminine du string, par son joli petit frère le boxer qui se décline également en version string (rien n’est perdu)? Je n’y crois guère pour le moment.

    Je conspuerai enfin les adeptes du « confort à tout prix » qui préfèrent les culottes et les ballerines, même si ces accessoires les rendent aussi sexy qu’une blanquette de veau en train de refroidir.

  12. SM le 24/05/2007 à 18 h 14 min

    Bon, je serai à la prochaine république des blogs. J’ai le sentiment que les discussions peuvent finalement m’intéresser.

  13. zziboo le 24/05/2007 à 19 h 22 min

    Le mois de mai chauffe les esprits. Alors accompagnons le potache d’une devinette graveleuse: comment se nomme cet instrument de musique à une corde qu’affectionnent nos consoeurs? La réponse est dans l’intitulé de cet article .

  14. Prosper le 24/05/2007 à 22 h 27 min

    Je suis impressionnée par cette analyse sociologique du string. J’ai l’impression que son auteur avait déjà longuement étudié la question avant d’accepter ce pari…

  15. roxane le 24/05/2007 à 22 h 31 min

    Il n’y a pratiquement que des hommes qui commentent… C’est instructif ! lol

  16. Guillermo le 24/05/2007 à 23 h 25 min

    Joli et bien vu… et une pensée émue pour tes nouveaux amis envoyés par Google. Je vois déjà les requêtes « Sarkozy port du string » ou « Royal en string ». Bien du plaisir ;)

  17. Nev0 le 25/05/2007 à 12 h 14 min

    Il faut bien dire que la devise de l’objet pourrait être « diviser pour séduire ». Finalement ne serait-ce pas au centre qu’inviterait ce charmant fil d’Ariane…

  18. Melanchthon le 25/05/2007 à 12 h 54 min

    Je pense qu’après s’être penché attentivement sur la question, il faut prendre un peu de recul. Politiquement, faut-il interpréter la vogue du string comme le retour triomphal des sans-culottes, ou bien traduit-elle une tendance libertarienne où le string, comme l’Etat, doit se réduire à protéger l’essentiel ?

    
            
  19. Verel le 25/05/2007 à 17 h 53 min

    Bravo! Je ne m’attendais pas à un tel exploit! Mais je vais chipoter pour le plaisir: j’avais compris que tu publierais lundi et non pas d’ici lundi

  20. Jules (de diner's room) le 26/05/2007 à 12 h 46 min

    Bon, je vois que personne ici ne s’est privé d’un abandon à la métaphore.

    Il va de soi que je m’efforçais, par ce one shot, de réveiller l’attention des visiteurs sur la République des blogs et tout à la fois sur ce blog, usant pour ce faire des turpitudes mercatiques les plus élémentaires.

    Il est vrai que le quotidien électoral et politique n’est pas des plus affriolant.

  21. Humbert Humbert le 28/05/2007 à 12 h 17 min

    Cher Verel, j’en ai référé à Jules et je confirme qu’il avait bien dit qu’il publierait lundi. Ce qui me laisse penser que le sujet lui tenait particulièrement à cœur pour qu’il publie moins de 12h après.

  22. Surfing le 12/06/2007 à 9 h 01 min

    moi, je porte des strings car c plus joli et ca met les fesses plus en valeur. une fois que vous avez essayé les strings, vous ne pouvez plus mettre de slip ni de caleçon.

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