Les deux dernières remarques de Tony Blair

27/06/2007
Par

Avant que d’achever son mandat sur une ovation longue de la Chambre des Communes, Tony Blair a satisfait à ses obligations constitutionnelles en répondant de son action devant les membres du Parlement.

Pour humer le parfum de la démocratie britanique – et quelques bribes de sa grandeur modeste – voici les derniers mots qu’a prononcés l’ancien Premier Ministre de sa majesté :

Mister speaker, if I may just finish by saying two very brief remarks.

Firstly to this House, that I’ve never pretended to be a great House of Commons man, but I can pay the house the greatest compliment I can by saying that from the first to last, I’ve never stopped fearing it.

And that tingling apprehention I felt at three minutes to 12 today, I felt as much 10 years ago and every bit as acute. And it is in that fear that the respect is contained.

And the second thing I would like to say is about politics to all my collegues from different political parties :

Some may belittle politics. We know, who are engaged in it, that it is where people stand tall.

Although I know that it has its many harsh contentions, it is still the arena that sets the heart beating a little faster and if it is on occasions the place of low skulduggery, it is more often the place for the pursuit of noble causes.

And I wish everyone, friend or foe, well. And that is that, the end.

Ovation générale. Tous les parlementaires sont débout.

Rien ne vaut cependant qu’on l’écoute. Et profitant de la licence que m’offre le copyright de la couronne, j’offre à mes bons lecteurs auditeurs, les quelques secondes qui ont donné lieu à cette transcription. J’ai laissé courir les longs applaudissement autant que l’enregistrement original. Ils se sont poursuivi davantage encore.

Contrairement à mon usage, j’ai proposé à la lecture le texte original. Ceux qui goûtent la langue anglaise apprécieront. Qui veut la traduction devra en pardonner la maladresse. J’ai pris quelques libertés et y reviendrait peut-être, car le propos est bien tenu, et je lui vole un peu de son âme.

Monsieur le Speaker, si je puis finir par deux brèves remarques…

A la Chambre des Communes, d’abord ; je n’ai jamais prétendu être le plus grand des hôtes de la Chambre, mais je puis l’honorer de mon meilleur compliment en disant que je n’ai jamais cessé de la craindre.

Et ce pincement d’appréhension que j’ai ressenti trois minutes avant midi aujourd’hui, je l’ai ressenti de la même façon il y a dix ans, en tout point aussi piquant. C’est dans cette crainte que réside le respect.

La seconde chose que j’aimerais dire, sur la politique, c’est à mes collègues des différents partis politiques.

Il en est pour diminuer la politique. Nous le savons, qui sommes engagés, que c’est en elle que les homme se grandissent.

Même si je sais qu’elle est faite de luttes violentes, elle demeure l’arène où le coeur bat plus vite ; et si elle abrite parfois de basses manoeuvres, elle est encore plus souvent ce lieu où l’on poursuit les nobles causes.

Je vous souhaite, mes amis, mes adversaires, du bien. Et c’est ainsi, la fin.

14 commentaires to Les deux dernières remarques de Tony Blair

  1. GroM le 27/06/2007 à 18 h 29 min

    Quelle belle langue; et quelle belle fin.

    Je rêve d’un tel climat en France, sans y croire.

  2. PEG le 27/06/2007 à 18 h 41 min

    Effectivement, c’est très impressionnant.

    Deux remarques: 1- C’est encore mieux de regarder la vidéo (je l’ai trouvée sans problème sur le site de Channel 4 en tapant « Tony Blair last PMQ » dans Google), on voit et on sent l’émotion véritable de Blair.

    2- Préciser que cette standing ovation est d’autant plus remarquable que, en théorie, l’applaudissement est interdit dans l’enceinte des Commons. C’est sans précédent.

  3. Sébastien G le 27/06/2007 à 19 h 05 min

    C’est sûr, c’est d’une autre classe que le dernier discours de Chirac… et le compliment de Blair à la Chambre me laisse rêveur !

  4. jules (de diner's room) le 27/06/2007 à 19 h 13 min

    Applause : Yea Yea

    Chirac : Ney Ney

  5. Facultatif, coiffeur en ville le 27/06/2007 à 21 h 42 min

    C’est qu’en France, le Président ne craint pas le parlement : il ne fait, au besoin, que le remercier.

    Le fait de porter une incompréhensible affection à celui qui vous tient est un symptôme qui porte un nom : le syndrôme de Stockholm. Je crois que nos députés n’en sont pas encore là.

  6. Turing le 27/06/2007 à 23 h 33 min

    @PEG: L’émotion est audible. Le timbre bien plus grave que d’habitude m’a frappé dès les premiers mots.

  7. Pilou le 28/06/2007 à 10 h 26 min

    On doit souligner la circonstance totalement exceptionnelle de l’évennement : un chef d’état quittant volontairement sa fonction, en pleine forme.

    Qu’il tienne une vieille promesse ne diminue pas son mérite.

    Mais on est plus serein quand on ne subit pas.

  8. Pascal le 28/06/2007 à 11 h 31 min

    Il n’est pas parti de son plein gre, et il ne supporte pas Brown (et sa femme encore moins, qui s’est fait surprendre en train de traiter ce dernier d’hypocrite lors de la derniere conference du Labour).

    Blair (ou bliar) a perdu tout credit depuis la guerre d’Irak et l’histoire des dossiers sur les armes.

    N’oubliez pas aussi qu’il est 1er ministre, et non pas president meme si il s’est comporte plutot comme s’il en etait un.

    C’est un discours d’adieu assez respectable, mais n’oublions pas aussi que c’est lui qui a reduit les PMQ a la portion congrue. Quand a craindre la chambre, c’est bien beau mais la realite c’est qu’il l’a bien ignore tout au long de ses 10ans, quand il n’y a pas raconte des histoires. Bien typique de Blair ce genre de discours.

    Et puis il va recevoir l’equivalent de £300K a vie par an, sans compter le reste.

    Bon debarras.

  9. Pascal le 28/06/2007 à 12 h 07 min

    Voici ce que dit Boris Johnson, un parlementaire Tory qui generalement dit la verite (et qui se fait reprendre par sa hierarchie regulierement): « The whole thing was turning into a blubfest of nauseating proportions. First we had the Pyongyang-style standing ovation, in which hundreds of hypocritical parliamentarians clapped their hands sore in celebration of Tony Blair – when a great many of them have spent the past 10 years actively trying to winkle him out of Downing Street, a group that includes many on his own side, and above all his successor. »

    Le reste est la http://www.boris-johnson.com/archives/2007/06/goodbye_to_blair_1.php#more

  10. alphonse le 28/06/2007 à 15 h 44 min

    Meric pour le papier et la traduction, c’est effectivement remarquable et bien loin de ce que nous connaissons.

    Quant à Pascal, pour un bilan plus équitable, je lui recommande l’article suivant http://boule2neige.com/2007/06/27/fin-ou-debut-du-blairisme/

  11. Irul le 28/06/2007 à 16 h 07 min

    Il y aussi qu’un homme politique sachant se retirer des affaires publiques après dix ans, cela laisse rêveur.

    Chez nous, la tendance est plutôt au copinage, népotisme jusqu’à ce que la mort les sépare (l’homme, de son fonctionnariat politique).

  12. âne le 28/06/2007 à 17 h 39 min

    un chef d’état quittant volontairement sa fonction, en pleine forme.

    pour être remplacé par un type qui n’a pas été « élu » (à la tête d’un parti pour remporter des élections générales), c’est très moyen.

  13. Pascal le 29/06/2007 à 9 h 23 min

    Alphonse, pour le bilan plus equitable vous repasserez, ca fait 21 ans que je vis a Londres, le bilan equitable je le vis (et surtout le paye) tous les jours !

    Blair n’est pas parti de son plein gre, il a ete vire par son parti suite aux actions de Brown pendant l’ete dernier. C’est vraiment du Iznogoud, devenir calife a la place du calife.

    N’oubliez pas que lors des dernieres elections (en 2005), il avait bien dit qu’il resterait jusqu’aux prochaines en 2010, et passerait le baton a ce moment la. C’est d’ailleurs pour ca que Brown devrait avoir des elections maintenant (qu’il n’est pas sur de perdre d’ailleurs, mais ca c’est une autre histoire).

    Je reconnais que sa sortie est pas mal, mais je ne pensais pas du bien de lui avant hier, et ca n’a pas change. De toute facon, il n’est pas a la rue, et devrait etre plusieurs fois millionaire en sterlings d’ici peu (il l’est deja en immobilier d’ailleurs).

  14. Matclair le 05/07/2007 à 14 h 32 min

    A Pascal:

    L’Angleterre, on l’aime ou on la quitte.

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