Tout commence dans un supermarché avenant des côtes françaises, entre les anis et le vin rosé, par un beau mois de juillet.
Vous – oui vous – profitez de la climatisation en traînant parmi les rayons, vaguement lassé de la guerre familiale sur les parfums de crème glacée. En sortant, il faudra penser à se procurer l’Équipe et trois cartes postales.
- Et si on prenait de la Fêta ? on va faire une salade grecque.
- Oh non, on avait dit des frites !
Pendant que vous poussez le chariot des courses, le serpent publicitaire chemine dans votre conscience assoupie. D’une main distraite, vous vous saisissez d’un soda magnifié la veille lors d’un intermède de réclame.
C’était hier, sur le Tour de France.
Vous avez regardé la fin de l’étape, après la sieste, saisi de l’intensité un peu surjouée du journaliste de la chaîne de télévision publique. Hier, il évoquait parfois, d’un ton ennuyé, les « soupçons qui pèsent » sur quelque coureur. Pour faire son travail, un peu. Pour tenter d’expliquer la médiocrité des résultats nationaux, un peu. Car il faut bien en parler.
Ailleurs, des chaînes de télévision allemande ont décidé de ne point retransmettre l’épreuve. Dans les rédactions françaises, on s’interroge. Souvent, mais pas très longtemps.
Il faut rester. On peut faire cohabiter la retransmission de l’épreuve sportive et les interrogations sur le dopage. Et puis, ne serait-ce pas injuste pour ceux des coureurs qui ne se dopent pas ? Et « l’engouement populaire » – fantastique ? Il faut « sauver le tour« .
Bref, du dopage, on en parlera. Mais du vrai cyclisme, on ne cessera pas d’en parler. On demandera à notre consultant. D’une voix gênée[1], il pleurera sur les tricheurs en soulignant les vertus de la présomption d’innocence.
- Page de pub’, et on revient tout de suite en direct pour suivre l’ascension du Pic de la Soif.
Et c’est ainsi que le souci d’une information sûre le cède devant les exigences de la distraction sportive et des équilibres économiques qui l’accompagnent.
Alors, rasséréné par la politique éditoriale des médias, faite d’embarras léger et de compromis subtils, vous vous installez dans le confort d’une information sportive certifiée et continuez de regarder les brèves incursions publicitaires des annonceurs qui guideront vos aspirations, ce soir, là où la vie est moins chère que pas chère.
Revenons quelques semaines en arrière. Chez les sponsors, on s’interroge encore. Doit-on chercher à profiter de l’image sportive attachée aux mollets des coureurs, ou s’inquiéter des tricheries et mensonges incessants ?
Ma foi, une bonne politique de communication devrait surseoir au risque. Du moins provisoirement. Et si la presse suit – comme les fédérations sportives – on pourrait s’en sortir sans trop de dommages.
- Faisons une charte !
Oui, une charte de bonne conduite sportive. Des engagements et un plan média pour l’accompagner. Ça devrait nous garantir quelque virginité.
A la veille du tour, dans les équipes, on s’interroge aussi. Des doutes traînent. A quoi bon courir contre cette équipe. On les devine dopés. Faut-il s’associer avec eux ?
De toutes les façons, on ne peut quitter le Tour. Songeons au sponsor. Et puis l’on ne risque pas une sanction sportive sur des doutes. On ragera lors d’une éventuelle découverte. On insinuera sans dénoncer. Que faire d’autre ?
C’est l’avant dernière étape de montagne. Trois des favoris ont été décrochés dans l’ascension du ballon de Loches. Le champion emmène dans sa roue son principal concurrent. Il y a trois jours, il souffrait comme un damné.
- Bel exploit !, ose-t-on à la télévision.
Lire aussi : La coupe est vide, chez Versac.
Notes
[1] Ou pas du tout.
Coucou,
Désolé pour le tour de France de la daube, pardon,de la dope.
Merci d’être présent dans la blogosphère désormais envahit par les dieudonnistes.
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