Cela germe depuis quelques temps déjà.
Ce matin, j’ai entendu l’admiration de Ghislaine Ottenheimer pour le « style provocateur » de Nicolas Sarkozy, « un peu voyou« , qui ne boutonne jamais sa veste et fait le baise-main à Madame Bush en extérieur – ce que les convenances préviennent.
Cet après-midi, je lis dans Le Monde que « chacun cherche à échapper au cadre du collectif. Au point que le « nous » disparaît du vocabulaire« . « Symptôme de malaise » pour le Parti socialiste, cette attitude rappelle la volonté de conquête de l’investiture par Ségolène Royal.
Bref, l’air est à la transgression des cadres et des formes. Ce n’est peut-être pas pour le mieux.
D’un côté, donc, Nicolas Sarkozy qui s’efforce de faire valoir combien il n’est pas tenu d’une allégeance aux traditions.
Voyez la rhétorique vibrante de la rupture, qui va de l’ouverture aux socialistes au tutoiement en Conseil des ministres. En passant par le jogging et cette façon particulière de ponctuer ses propositions d’un point d’interrogation bravache.
De l’autre, Ségolène Royal[1] qui n’a pas cessé de montrer sa défiance à l’endroit du Parti socialiste pour mieux se réclamer de la gauche.
Elle évita le congrès de La Rochelle ; elle concouru du bout des lèvres à l’investiture. Elle forgea ses propres troupes hors du parti. Une simple question d’opportunisme, dira-t-on. Elle y avait trop d’ennemis.
Sans doute, mais la stratégie de l’ailleurs se poursuivit pendant la campagne ; et tout de suite après la défaite. Et d’une certaine façon, aujourd’hui encore. Voyez la fête de la rose organisée par Ségolène Royal avec la fédération PS des Deux-Sèvres. L’invitation fût faite via Désirs d’avenir qui demeure – l’avez-vous noté ? – le site de Ségolène Royal. Une personne et un mouvement[2] identifiés. Ce n’est pas la tradition du Parti socialiste.
Somme toute, deux types de violation des formes qui plaisent.
Car la transgression plaît. Il y a une jubilation dans le mépris des choses convenues et des structures solides. Comme au carnaval, où le plaisir naît des formes renversées ou détournées. Travestissements et renversement des ordres. Les maîtres sont serviteurs et les serviteurs commandent aux maîtres.
Il ne faut pas haïr les formes cependant, qui tissent la laine sociale. Même artificielles – surtout artificielles – elles témoignent de l’attention portée à autrui. Et qu’est-ce que la brutalité sinon le mépris des formes ?
Fascinante brutalité, ô combien.
La courtoisie a quelques vertus à faire valoir, pourtant. Elle habite les choses petites ; elle niche dans le minuscule. Elle prévient d’aller trop vite et retient que l’on bouscule. Et c’est ainsi qu’elle préserve d’écraser ce qui est faible et sans voix. Ou trop faible et mutique. La non rétroactivité des lois, a dit Carbonnier quelque part, est une manière de respecter les vieillards ; ceux qui souffrent plus que les autres des changements de régime.
Parce que l’État est si puissant, il est bon qu’il soit courtois. Et l’on doit parfois préserver la masure de la ruine ; même si elle tremble de tous côtés. Ne serait-ce que parce qu’elle est peuplée de mémoires.
Même le carnaval connaît des règles. Et le Carnaval s’achève par une musique triste et belle[3]. Car chacun doit rentrer chez soi.

Ne brûle-ton pas le bonhomme Carnaval avant de rentrer, tristement, chez soi ?
Ah, qu’il est difficile d’être l’apôtre de la modération…
En fait, tu fais plutôt l’éloge de la courtoisie que du conformisme. Et je préfère cela.
Car rien n’impose à l’iconoclaste d’être discourtois. Au bout du compte, ce qu’il faut changer, c’est le fond, on peut garder la forme.
Ne dit-on pas ‘ô combien’?
Dear Diner’s room,
Dans le mesure où de nombreux internautes lisent votre blog en même temps que celui-ci d’Eolas, je me permets d’exercer ici le droit de réponse que le sieur Eolas me refuse.
Peut-on se prétendre avocat et refuser le droit de réponse sur son blog ? Il semble que oui. En tous cas, c’est très choquant et décevant de s’apercevoir qu’un homme de justice respecte aussi peu le débat contradictoire.
A l’heure où de nombreux avocats sont encouragés à créer leur propre blog (cf. la Blogosphère du CNB), j’aimerais bien connaître votre avis sur la question.
Donc voici un petit aperçu de la façon dont votre confrère gère (ou manipule) son blog :
http://www.maitre-eolas.fr/2007/08/23/699-l-enfer-des-comparutions-immdiates#co message 44 : maître Eolas exerce son droit de réponse à mon commentaire. Puis il bloque tout message en provenance de mon ordinateur (adresse IP).
Pourtant ma réponse n’avait rien d’insultant. Vous pourrez en juger par vous-même, et elle vous instruira sur les pratiques de votre confrère:
@Eolas « Je n’ai à faire qu’à la police… » (#19) « ne serait-ce que le temps de s’assurer qu’ils ne plaident pas au lieu de babiller » (#44) Eolas, où est passé votre bel esprit agile et impertinent ?
Quoiqu’il en soit, un sociologue pourra étudier avec intérêt la façon dont le maître de ces lieux censure certains messages d’un acerbe « Hors sujet », puis se laisse aller à « butiner sur des idées qui en amènent d’autres ».
Autre sujet d’étude: la façon dont vous allez réagir à tout ce contenu qui vous échappe…
@villiv Je vous renouvelle mes remerciements pour #698/30 car vous n’avez pas été en mesure de lire #699/15: le maître de ces lieux a retardé la mise en ligne de mon message. Vous vous étiez remis au travail quand il est apparu hier. Au moins, j’aurai appris sur le fonctionnement d’un blog et la façon dont le cours des évènements peut être manipulé.
@praetor J’aimerais bien savoir de quel box ou tribune vous contemplez « les efforts déployés par un avocat pénaliste ». Etes-vous juge, procureur ou client ? Dans la mesure où Eolas n’a pas osé censurer vos messages, je suppose que vous faites partie de la « grande famille » de la justice.
@tous les autres Personnellement je n’avais pas l’intention d’insulter le métier d’avocat. Alors considérons ces petites escarmouches comme une sorte de sous-Berryer, qui elle-même constitue un sous-match d’improvisation. Je vous renvoie au commentaire de diling #664/23 (10 juillet 2007). Hélas, c’est sans doute peine perdue, car les avocats semblent peu ouverts à la critique ou à la remise en question. Peut-être est-ce une déformation professionnelle nécessaire, en raison de la grande confiance en soi qu’il faut afficher à tout propos. (Ah, le beau cliché !)
Un billet idéalement mené : contraction du front en pensant à notre président-flic-ou-voyou, pour finalement nous consoler par cette chanson qui est une merveille…
Ce goût de la rupture dont vous nous parlez me rappelle la communication sous l’étiquette ‘New Labour’ du parti (et du gouvernement, ensuite) de Tony Blair, maître de style de nos deux candidats à l’élection présidentielle. Le ‘New’ fit son temps, et tomba en désuétude.
En ce qui concerne Nicolas Sarkozy, j’aimerais évoquer deux autres transgressions:
Le fameux défilé du 14 juillet dont on pourrait dire qu’il l’a transformé en carnaval.
Et puis un autre grand moment de « serrage de mains », le jour de sa victoire aux élections. Fascinante brutalité avec laquelle il bouscule le policier chargé de sa sécurité, au motif que les mesures de protection l’empêchent d’aller vers le peuple.
Le Président de la République passe outre l’armée et la police pour la plus grande joie du peuple. Le manque de courtoisie plaît et paie. Pour parler dans une langue que vous avez l’air d’affectionner, he gets away with it.
En ce qui concerne le message #4, vous évoquez à juste titre la courtoisie bloguesque, qui voudrait également que l’on accorde un droit de réponse. Face au manque de courtoisie, j’ai transgressé à mon tour parce que votre conformisme discret ne paie pas, même s’il me plaît. Je vous envie de jouir du détachement nécessaire pour être capable d’en faire l’éloge.
Hm,
Le droit de réponse bénéficie à celui qui est visé par l’auteur d’un texte publié. Mais il ne signifie pas que l’on soit tenu de faire une place à un contre-argument.
Pour le conformisme, il paie dans une monnaie que je goûte : des conversations intéressantes et apaisées ; ainsi que la fierté de les faire naître.
On aboutit de toutes façons à un conformisme de l’anti-conformisme, qui rend tout cela aussi prévisible que le respect du protocole et autres habitudes présumées « conformistes ».
@ coco
Il y a peut-être quelque chose qui m’échappe dans votre usage du mot « conformisme » , mais j’ai l’impression qu’on y perd la notion de courtoisie.
A force de jongler avec les mots, leur valeur peut se déprécier :
Si vous parlez du conformisme de l’anti-conformisme, alors le conformisme de Jules pourrait être décrit comme un anti-conformisme. Voire un anti-conformisme de l’anti-conformisme. Etc, etc.
Mais je vous rejoins sur le caractère très prévisible de toutes ces entorses au protocole.
@ Jules
Si l’existence juridique d’un droit de réponse sur internet vous intéresse :
http://www.pigeon-bormans.com/Droit-de-reponse-Internet.html
Mais il me semblait que nous étions plutôt sur le terrain de l’étiquette bloguesque : à ce niveau, la courtoisie voudrait que le blogueur accepte les commentaires contradictoires, au lieu de réduire ses visiteurs au silence « l’espace d’un clic de souris» (Eolas #664/25).
Il reste que je vous présente mes excuses pour avoir troublé le cours paisible de votre conversation.