En ouvrant Libération ce matin – du moins, la page web – j’apprends que Jean-Louis Borloo « ne lâchera pas » sur l’étiquetage du prix en carbone des produits de grande consommation.
- Qu’est-ce à dire ? Quel est ce casus belli qui justifie les mâles engagements du ministère de l’écologie ?
Et bien, il s’agit d’imposer l’information du consommateur quant au coût en émission de CO2 de certains produits. Histoire de lui faire prendre conscience de la gravité de l’affaire.
Cela étant, entre une mention en caractère 6 faite d’acronymes obscurs et de jolis emballages ciselés par des agences de communication, je me demande où s’arrête le regard du consommateur.
Un peu comme la bande discrète mangerbouger.com au long des réclames pour les produits agroalimentaires. De quoi assurer le succès de la lutte contre l’obésité, c’est certain.
Hier soir, je voyais en différé la nouvelle émission de la chaîne parlementaire « ça vous regarde » qui s’efforce – difficilement – de faire interagir les téléspectateurs et les invités de plateau. Elle était consacrée à la commission d’enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares.
Il s’en évince trois arguments étrangement contradictoires :
1. - Cécilia Sarkozy n’a sans doute pas grand chose à raconter. Roland Blum (UMP) :
- Est-ce que l’audition de Cécilia Sarkozy apporterait beaucoup plus de réponses aux questions qu’on se pose ? Ca, je ne peux pas le savoir. Donc, pour l’instant, j’imagine mal que madame Sarkozy soit obligée de venir s’expliquer devant la commission.
Je hoquette : si l’on ne connaît pas le rôle exact, ni l’implication d’une personne, le mieux que puisse faire une commission d‘enquête est de s’en enquérir. Car c’est bien du doute que naît la justification de la commission.
2. - Il serait bon que Cécilia Sarkozy témoigne car elle a des choses à dire ; mais si elle ne veut pas témoigner, on ira pas la chercher. C’est autant pour le respect du parlement.
- Nous le souhaitons. Nous souhaitons qu’elle vienne. Pourquoi, parce qu’elle s’est déjà exprimée dans la presse – notamment l’Est républicain – et puis, il y a des interprétations (…) différentes de son action. Qu’a-t-elle fait exactement ? Avec qui ? comment ? Qui a-t-elle vu ? (…) Donc, soyons clairs. Nous souhaitons et nous demandons l’audition de Cécilia Sarkozy. Mais nous sommes des gens responsables et courtois, il ne s’agit pas d’envoyer la force publique. Très franchement, de notre part, ce ne serait pas convenable.
Permettez, je retiens mes bras. Ils choient.
Si donc je comprends bien, la Commission d’enquête trouve un intérêt à entendre Cécilia Sarkozy, mais si elle ne veut pas, on ne la forcera pas car « ce n’est pas convenable« .
Imagine-t-on une seconde qu’un juge d’instruction renonce à entendre un témoin car celui-ci refuse ?
Une commission d’enquête, à laquelle l’assemblée donne mission d’éclairer la représentation nationale, ne poursuivra pas ses investigations au nom de sa « responsabilité« ?
Et je dois avaler ça ?
3. - Le même François Loncle (PS) souligne combien la création d’une commission d’enquête parlementaire est bonne pour le rôle du parlement :
- Là, il y a un progrès qui est à l’honneur du parlement. Et bien, allons jusqu’au bout. Il n’y a rien à craindre.
Roland Blum abonde :
- Pendant trop longtemps, dans cette cinquième République, le parlement n’a pas été assez considéré, n’a pas eu assez de pouvoirs. (…) Le rôle du Parlement, surtout quand on va vers un régime qui a de plus en plus tendance à se présidentialiser, il faut des contrepoids, et le parlement doit constituer ce contrepoids.
Oui, allez-donc jusqu’au bout. Et lorsqu’une personne convoquée déshonore le parlement en refusant de se rendre à une audition, faites-donc appliquer les moyens que la loi pénale a mise au service de cet honneur.
A défaut, on pourrait craindre que l‘honneur du parlement se limite à exercer le quart de la moitié de ses pouvoirs, lorsque la Présidence lui en donne l’autorisation.
Bernard-Henri Levy déclarait hier sur France culture.
- C’est peut-être plus important de trouver ce livre que de lire le mien : Jan Valtin, Sans patrie ni frontières.
J’aime le « peut-être« .
Du même, l’art de la diplomatie :
- La Chine elle a un problème, elle en a pas deux. Elle a une croissance qui va trop vite et elle a un deuxième problème qui est les jeux olympiques. Mais attendez, quand on est un pays, un grand pays avec cette grande voix, quand on a les droits de l’homme au coeur, on va voir les chinois, les yeux dans les yeux (…) et on leur dit : « attendez les gars, vous faites usage de tout votre pouvoir sur ces salopards de soudanais, ou on vous vous fout vos jeux olympiques en l’air. » Ca, c’est jouable.
Ok, Bernard-Henri, remets-moi la petite soeur.
Au fait, le dernier opus de Bernard-Henri Lévy est chroniqué sur nonfiction.fr par Frédéric Martel. C’est un peu moins complaisant que la réception un peu doucereuse[1] des matins.
Notes
[1] Ou l’on entendit Alexandre Adler et Catherine Clément délaisser le voussoiement. Gourmandée par Ali Badou au nom des conventions radiophoniques. Défendue par Bernard-Henri Lévy au nom de la transparence.
Le consommateur paiera de toute façon la facture (carbone, mais aussi, financière) de ce bel affichage. L’exemple-type d’accompagnement aux frais du consommateurs des désordres nés d’une économie de marché sciemment dérégulée.
Borloo serait-il en fait le dernier socialiste ? Un DSK de 2005 n’aurait certainement pas renié une telle mesure (même si, comme le remarque désormais même Trichet, une telle manoeuvre, assimilable à un prélèvement obligatoire indirect, est intrinsèquement inflationniste… mais un socialiste en a-t-il quelque chose à foutre ?)
Je suppose pareillement que l’idée de laisser faire la société civile plutôt que de créer un énième comité de calcul du coût carbone affichable est intrinsèquement incompatible avec la pensée anti-libérale de gauche qui semble animer Borloo.
Bon, mais Borloo, quand il fulmine, ça fait combien de g. de CO2?
Et tous ces ministres, ne sont-ils pas la copie carbone du Président, et à ce titre va-t-on aussi devoir les étiqueter?
« Un peu comme la bande discrète mangerbouger.com «
D’ailleurs, Jules, je me demande s’il ne conviendrait pas que vous accompagniez votre panneau « No jogging » d’un renvoi sur mangébougé.com pour vous conformer à l’esprit de l’époque : pensez donc que si le législateur, magnanime, a souhaité laisser aux citoyens quelque temps pour s’habituer et se conformer aux impératifs de défense d’une telle cause nationale, toute inaction de votre part pourrait hélas le contraindre à faire preuve d’un peu plus de fermeté envers les citoyens irresponsables que nous sommes.
Ces cretins qui nous gouvernent…
Ce n’est pas Borloo qui faisait la gueule quand on lui a donne l’environement ? Et maintenant, il se prend pour qui cet abruti ?
C’est quand meme bizarre que ce soit disant danger aussi enorme qui va conduire a l’extinction des humains dans les 20ans n’est finalement ete decouvert par nos gouvernants que grace a un documentaire bidon, fait par un loser.
Et maintenant, ils sont devenu experts dans la supercherie.
« Il se prend pour qui ? »
Un politicien ordinaire ?
Borloo a quand même un CV béton en matière de brassage d’air : n’oublions pas que la politique sociale du dernier quinquénat est son oeuvre.
Son art consommé à prétendre croire faire quelque chose à rien me sidèrera toujours. Voilà qui le désigne à l’évidence comme un super-ministre de l’écologie, et le compagnon de route idéal d’une Roseline Bacheliot.