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A propos de la lecture d’une lettre : L’émotion, la raison et l’État

Que l’émotion soit un moteur de l’action, cela n’est guère contestable.

Que l’émotion guide l’action vers des résultats souhaitables mérite plus de circonspection.

Que l’on justifie, comme Henri Guaino, la lecture de la lettre de Guy Môquet dans les écoles par son caractère émouvant devrait encore troubler davantage.

Car, est-il de la mission de l’État d’émouvoir ?

On peut, à la hache, dégager trois moteurs de l’action :

- Les sens, qui invitent, par exemple, à dégager sa paume d’une plaque de cuisson lorsque la douleur de la brûlure vient au cerveau.

- L‘émotion, qui crée un inconfort moral et appelle une réaction compensatrice.

- La raison, qui suppose de déterminer – autant que faire ce peut – l’état d’une situation et les nécessité de l’action à mener pour la faire évoluer.

C’est à la raison que l’on se réfère – c’est l’usage – pour en appeler aux fondements de la République française. Disons, d’un mot bref, les lumières de la raison. A la raison, et non point à l‘émotion.

La critique de la raison froide vint du romantisme. L’apologie de la spontanéité, des sens et de l’émotion. Car la raison entrave les passions. Ainsi Henri Guaino s’interroge-t-il :

De quelle expertise a-t-on besoin pour ressentir la vérité et la profondeur humaine de ce texte ?

D’aucune, sans doute.

Mais appartient-il à l’État de « faire ressentir la vérité et la profondeur humaine » d’un texte ?

Il est parfois plus aisé de tisser les liens de l’amour que de dénouer l’écheveau de la déraison.

N’oublions pas, à cet égard, que l’État a besoin de contribuables et de soldats. Les premiers ont le secours de la raison comptable pour se méfier l’impôt – ou l’aimer, mais surtout pour les autres. Ils n’ont pas toujours celle de la raison économique. Les seconds doivent trouver quelque raison de risquer la mort. Et la raison seule y est parfois rétive.

Bref, on glisse dans les enseignements quelque raison de ne point détester ses frontières. Et de mourir pour elle et les siens.

On me rétorquera que le rôle de l‘éducation ne se limite pas à l‘instruction. Ou, comme en dispose l’alinéa 2 de l’article L. 111-1 du Code de l’éducation :

Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République.

Les valeurs de la République.

Il faut que l’État sache ne point trop imposer ses valeurs. Voyons ce qu’en dit Condorcet, dans son premier mémoire sur l’instruction publique.

D’ailleurs, l’éducation, si on la prend dans toute son étendue, ne se borne pas seulement à l’instruction positive, à l’enseignement des vérités de fait et de calcul, mais elle embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses. Or, la liberté de ces opinions ne serait plus qu’illusoire, si la société s’emparait des générations naissantes pour leur dicter ce qu’elles doivent croire. Celui qui en entrant dans la société y porte des opinions que son éducation lui a données, n’est plus un homme libre; il est l’esclave de ses maîtres, et ses fers sont d’autant plus difficiles à rompre, que lui-même ne les sent pas, et qu’il croit obéir à sa raison, quand il ne fait que se soumettre à celle d’un autre.

Rien de tout cela, finalement, n’est véritablement contemporain[1]. Mais tout y est fort moderne. C’est la synthèse romantique du XIXe siècle : entre le positivisme rationaliste et la spontanéité barrèsienne.

A bien y regarder, la lettre de Guy Môquet ne dit rien. Et seul l’énoncé du contexte – peu scientifique – de la barbarie nazie lui donne sa raison. On aurait pu lui en donner d’autres. Et je suis bien persuadé que l’on trouverait chez d’autres condamnés à mort, moins honorables[2], des signes d’affection pour leur famille[3].

Le problème n’est pas seulement que cette lecture dirige la passion au service d’une idéologie. C’est surtout qu’elle enchaîne l’esprit à la tyrannie de l’émotion.

Il est bien difficile à l’institution scolaire de résister aux flots de passion en torrents qui se déverse du spectacle contemporain. De la publicité commerciale aux divertissements sportifs ; des faits divers sanglants au théâtre de la misère humaine.

Et l’on demande d’être froid devant un monde si brûlant, enfiévré de sentiments. De tous côtés.

Ce qui devrait fâcher les professeurs n’est sans doute pas qu’on leur demande d’en appeler aux valeurs de la République – aussi ténues soient-elles dans le texte considéré. Après tout, la loi en fait autant.

Il devraient s’inquiéter davantage d’une raison muette devant les larmes, ne serait-ce que pour une poignée de secondes.

Notes

[1] On notera du reste que Condorcet se méfie du « corps enseignant » : « La puissance publique doit donc éviter surtout de confier l’instruction à des corps enseignants qui se recrutent par eux-mêmes. Leur histoire est celle des efforts qu’ils ont faits pour perpétuer de vaines opinions que les hommes éclairés avaient dès longtemps reléguées dans la classe des erreurs; elle est celle de leurs tentatives pour imposer aux esprits un joug à l’aide duquel ils espéraient prolonger leur crédit ou étendre leurs richesses.« 

[2] Et moins honorés.

[3] Pourquoi ne pas trouver – il doit en exister – de semblables courriers de collaborateurs condamnés à mort ?

29 Commentaires

  1. Je suis tout à fait d’accord avec vous, sauf sur un point : pour retirer la paume de la main de la plaque, heureusement que le message ne passe pas par le cerveau, ce serait trop lent. La moelle épinière s’en charge fort bien, et beaucoup plus rapidement !

    Pour revenir au sujet, il est clair qu’une lettre écrite par un résistant eut été bien plus forte à mon sens. Et plus sensée.

    Eric

  2. Exactement : on est en plein émotivisme, l’idée que le juge de l’action sont les émotions, pas la raison. Mais on y baigne depuis un sacré moment. Quand on exprime l’idée que « vouloir la croissance » la fait magiquement apparaître, ou que l’on doit faire des lois parce qu’un fait divers déplaisant vient de se produire, on est aussi en plein émotivisme. La lettre du camarade Môquet n’est qu’un symptome d’un mal plus profond et ancré.

  3. Je ne vois pas ce que cette lettre apporte de plus dans le débat public. Faire lire aux élèves en cours d’année le journal d’anne franck, par exemple, serait bien plus instructif. – la lettre n’est pas si émouvante que ça (du genre j’espère que mon frère récupérera mes pantalons, super) – elle n’est pas écrite par un résistant maispar un communiste – la lecture publique pose un problème de manipulation politique : pourquoi la lire tous le même jour, si ce n’est pour faire parler encore et toujours de notre bien-aimé président? Pourquoi ne pas juste la mettre en exergue, en encadré, dans les prochains livres d’histoire made in hachette land? – et les profs, quoi qu’en dise Guaino, ont un devoir d’obéissance à l’Etat, pas au président de la République. Ils ne sont pas là pour lui servir la soupe. Pas là pour combler ce « désir d’émotion ».

    Ce débat, au fond, est intéressant dans la mesure où il permet de s’interroger sur le contenu de l’instruction publique, comme vous dites. Sur ce qui relève ou non de l’école. Sur les limites de ce que peut imposer le politique. Là, on va vraiment trop loin. Guaino

  4. Tout est discutable et en particulier le bien fondé de la requête du président. Mon avis sur le sujet n’intéresse d’ailleurs personne. Seule question qui mérite débat : est -il légitime – j’ai pas dit moral ou légal, que le président puisse s’adresser aux élèves via le corps enseignant.

    Nul doute qu’une bafouille pondue par Mitterrand et ventant les bienfaits de la « résistance » aurait été lu par le corps enseignant laïc sans état d’âme, et qu’aurait-on entendu si l’enseignement privé avait fait de la résistance.

    Comme quoi pas de rupture coté clivages : ils ont la vie dure, sans doute une limite à l’ouverture à laquelle n’avait pas songé Sarkozy en préconisant cette lecture.

    
    
          
         
  5. « Exactement : on est en plein émotivisme, l’idée que le juge de l’action sont les émotions, pas la raison. »

    Certains médias font dit-on profession de rendre le cerveau disponible : disons plus simplement perméable. Sous-entendu, réactif plus que raisonné.

    Peut-être s’agit-il de donner au système éducatif la mission de compléter l’oeuvre évangélisatrice de l’industrie de la communication ?

  6. Après la note de coportement, à quand la note d’ »émotivité » sur les carnets de nos chères têtes blondes…. Ou alors des redoublements pour « coeur de pierre » décidés en conseil de classe !

  7. Il semble que vous avez été entendu ; je lis que Marie George buffet souhaite faire de la lecture de la lettre de Guy Moquet une contestation contre le gouvernement. La raison ne restera donc pas « muette devant les larmes, ne serait-ce que pour une poignée de secondes. »

  8. Vous ne manquez pas d’un certain esprit sarcastique.

  9. @john reed : C’est déjà un peu le cas. Aujourd’hui, un élève un peu réservé est considéré comme ne maitrisant pas les « compétences émotionnelles et relationnelles » nécessaires.

  10. @Jules: « Pourquoi ne pas trouver – il doit en exister – de semblables courriers de collaborateurs condamnés à mort ? »

    Mais naturellement, à commencer par les « Poèmes de Fresnes », de René Brasillach…

  11. Brasillach était antisémite et d’ailleurs Cher N. Holzschuch, je n’ai jamais réussi à lire les poèmes qu’il avait écrit dans son journal « je suis partout »…

    Ceci dit, la directive de Sarkozy a le mérite de susciter le débat. Sarko est dans le registre de l’émotion, il choisi cette lettre, certes très touchante, mais qui ne comporte aucune allusion politique

    Si on veut rester dans la Résistance, pourquoi ne pas choisir parmi des personnes qui ont donné leur vie à la France par rejet du nazisme et par adhésion aux valeurs républicaines alors même qu’elles étaient de nationalité étrangère ?

    Pourquoi ne pas donner à lire la lettre de Missak Manouchian : http://perso.orange.fr/pcf.evry/manoulettre.htm

  12. On peut trouver discutable de lire cette lettre, et on peut s’interroger sur le pourquoi d’une telle lecture.

    Par contre, je trouve beaucoup moins normal que des agents de l’administration, les professeurs en l’occurence, refusent pour des raisons politiques de se plier aux injonctions de l’Etat. C’est ce qu’on appelle un facheux precedent.

  13. « Ceci dit, la directive de Sarkozy a le mérite de susciter le débat. »

    Pourquoi ? Vous trouvez que 2 débats ouverts à chaque journal (13h et 20h) ce n’est pas assez ?

    Et si on commançait par donner des conclusions aux débats ouverts avant d’en ouvrir tant d’autres ?

    Dispersion n’est pas raison.

  14. Votre analyse de la question est tout à fait intéressante. En ce qui me concerne, je me pose la même question que je ne trouve guère exprimée dans les médias (mais peut-être l’a-t-elle été ? Auquel cas merci de me détromper): pourquoi s’est-on réduit à ce texte là ? Pourquoi ne pas avoir décidé la lecture d’un texte décidé par le président en exercice, texte qui serait changé chaque année ? Voilà qui aurait évité de focaliser tout le monde sur Guy Môquet pour en faire un acte de réflexion sur des textes considérés (à tort ou à raison mais laissons cela) comme important pour la république. un acte de réflexion et non d’émotion. Voilà qui aurait tout changé.

  15. @pas perdus : Pourquoi ne pas donner à lire la lettre de Missak Manouchian : http://perso.orange.fr/pcf.evry/manoulettre.htm

    Je ne connaissais pas cette lettre et je trouve effectivement que sa lecture serait un meilleur choix que celle de G. Môquet. Manouchian était un véritable résistant (ce qui n’est absolument pas le cas de Môquet) et sa lettre est tout aussi émouvante. Merci pour ce lien.

  16. Pourquoi ,devoir lire cette lettre en particulier ?Ce jeune de 17 ans malheureusement ,avait des idéaux ,comme beaucoups de jeunes a son âge .Pris dans cette tourmente de l’époque ,celui ci n’a pas ressentit de part ses convictions ,qu’il défendait certe des libertés ,mais surtout ,surtout des intêrets .Mort pour rien si l’on peut dire ,si ce n’est que par la fougue de sa jeunesse au détriment et pour ceux qui ne seront jamais au grand jamais modestes !Nous ne sommes jamais que des hommes et des femmes qui vivons sur terre !

  17. @ Sylvain :

    Les enseignants doivent obéir à l’état vous avez raison mais à l’état pas au président de la république… De là à faire le raccourci que le président de la république est l’état dans votre réflexion j’ai l’impression qu’il n’y a qu’un pas. je suis d’accord pour dire que cette rebellion me semble plus idéologique qu’autre chose mais tout de même pour avoir lu la lettre de G. Moquet, elle n’amène pas grand chose au niveau connaissance de la période. La lecture du journal d’Anne Franck serait beaucoup plus intéressante. J’ai malheureusement la facheuse impression d’un coup de pub de notre président (1 parmis tant d’autres vous me direz) et je ne crois pas pour les bonnes raisons Enfin concernant Gaino je crois que définitivement il devrait se taire

  18. Une question juridique pour Jules : quel est le caractère juridique de l’instruction faite au professeurs de lire la lettre ? C’est une instruction du ministre de l’EN ? Sur quelle base juridique repose-t-elle? Quel est son caractère contraignant ?

  19. @ Sylvain : « C’est ce qu’on appelle un facheux precedent ». Ou un acte de résistance. Et quel plus bel hommage à la résistance que de résister ?

  20. Jules, je pense que vous avez très exactement mis le doigt sur le problème.

    Sarko et Guaino sont en phase avec l’air du temps, mais le job du dirigeant n’est pas de souffler dans la même direction que le vent.

    @Sylvain: vous confondez enseignants et militaires.

  21. (Je reprends mon texte en corrigeant quelques fautes. Mille excuses. La version précédente peut être supprimée)

    @Sylvain and Co

    1/ Le président n’a pas le pouvoir de donner des ordres directs, me semble-t-il, aux fonctionnaires des divers ministères (sauf cas d’usage de l’article 16 de la Constitution).

    2/ Ici, le ministre en charge de l’Éducation a demandé la lecture de cette lettre (et/ou d’autres) dans les établissements. Il n’est pas dit, sauf erreur, que ce sont aux enseignants de la lire, et dans les faits, diverses solutions ont été adoptées dans les établissements.

    3/ Le ministre aurait-il pu (ou pouvait-il) donner aux enseignants et/ou aux divers fonctionnaires l’ordre de lire cette lettre ou une autre ? Je n’en suis pas sûr.

    Normalement, il y a des consultations obligatoires de divers conseils (CSE) avant l’édiction des arrêtés fixant les programmes scolaires. C’est une condition de régularité de l’arrêté.

    4/ Bien sûr, un fonctionnaire doit obéir aux ordres de sa hiérarchie, sauf cas d’ordre manifestement illégal et portant une atteinte grave à l’ordre public… et ici, il n’y a pas, a priori, de telle atteinte.

    5/ Sur le fond, une sensibilisation aux valeurs de la République, à celles de la Résistance, etc. est certainement souhaitable, du moins je le crois, mais dans le cadre d’un travail de réflexion, par exemple en histoire ou en philo, et conformément à des programmes ayant fait l’objet des consultations et des débats prévus à cet effet lors de leur élaboration.

    Je ne suis pas sûr que la « volonté » du président de la République, quelque que soient ses motifs, suffise à rendre légitime aux yeux de tous la lecture de cette lettre (ou d’une autre).

  22. J’ajoute à ce que dit Fred.

    Le Chef de l’État n’est pas constitutionnellement le chef de l’administration ; cela dit, la pratique institutionnelle veut qu’il la dirige en fait par l’autorité qu’il exerce sur le gouvernement.

    Ce n’est pas le Président, mais le ministre de l’éducation nationale qui est l’auteur de l’instruction.

    Les professeurs de l’enseignement secondaire sont libres de leur enseignement sauf le respect des programmes et des instructions de leur ministre.

    Question : s’agit-il d’une instruction du ministre ?

    Sans doute. Mais répond-elle à la mission du ministre de l’éducation nationale.

    Cela peut se discuter.

    Cela dit, la circulaire – je crois que ce doit être la nature du texte – est destinée au chef d’établissement qui doivent organiser la lecture. A ceux-ci de l’imposer – ou pas – aux professeurs ; ou de solliciter des lecteurs extérieurs, comme le suggère le texte.

    Mais je ne suis pas certain qu’ils puissent s’y opposer.

    Sur le principe, les fonctionnaires obéissent à leur ministre pour ce qui concerne leur mission ; les militaires comme les autres.

    Et seuls l’enseignement supérieur est libre dans le secteur public.

  23. Banderille n°167 : Hussards contre Grognards

    Vive la Résistance (et le Führerprinzip) Le Monde a très bien résumé ce qui m’a traversé l’esprit en découvrant la bronca des professeurs à propos de la lettre de Guy Mocquet : “Les professeurs n’aiment pas qu’on …

  24. Il y avait,samedi,bien mieux à faire:interwiever Thao Mbeki,Président de la république sud africaine ,et vétéran de la lutte anti apartheid.En un jour de victoire,il avit certainement des choses importantes à dire sur le combat pour l’égalité et la construction d’une nation……

  25. Ce livre « Le nouvel ordre narratif », dont voici la conclusion, permet sans doute d’expliquer beaucoup de choses sur cette dictature de l’émotion en politique :

    http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/Le-nouvel-ordre-narratif.html

  26. @ Jules (suite eu commentaire 22)

    1/ Le fait et la pratique créent-ils le droit ? 2/ Un décret réglementaire signé par le président et non par le premier ministre serait entaché d’incompétence ; de même un arrêté réglementaire concernant l’éducation nationale signé par le président et non par le ministre de l’Éducation le serait également… Ces actes seraient annulables sans difficulté par le Conseil d’État. 3/ Bien plus, très souvent, le ministre ne peut décider sans consultations obligatoires précédents l’acte réglementaire. L’acte serait annulable si ces consultations n’ont pas eu lieu.

  27. J’ai trouvé le texte de la circulaire du ministre de l’Education nationale ici – avec des annexes pas inintéressantes.

    Je découvre à cette occasion qu’il y avait un argument spécieux pour ne pas procéder à la lecture de la Lettre. Je cite : Le 22 octobre 2007, le président de la République commémorera le souvenir de Guy Môquet, cet élève résistant du lycée Carnot arrêté à 16 ans en octobre 1940, puis fusillé le 22 octobre 1941 après avoir adressé, la veille de sa mort, une lettre poignante à sa mère. (…) Le ministère de l’éducation nationale entend s’associer avec force à la commémoration du 22 octobre.

    Peut-on s’associer à une commémoration du Président de la République qui n’a en définitive pas eu lieu ?

    Sinon, très intéressant billet de Frédéric Rolin sur le sujet.

  28. Jean-Pierre Thimbaud meurt avec Guy Môquet en criant « Vive le Parti communiste allemand ! », et Manoukian écrit, magnifié par le vers d’Aragon : « Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand ».

    Il est bien triste de nous avoir imposé, tout comme les nazis français (Pucheu, ministre de l’intérieur) et allemands, l’émotion désirée en faisant abattre un gamin de 17 ans (on portait encore des culottes courtes à cet âge et à cette époque), alors qu’une réflexion en profondeur sur le totalitarisme et la Résistance (toutes les résistances, d’hier et d’aujourd’hui) est par définition indispensable. De plus, comme le dit si bien Jules, cette émotion n’a rien de pédagogique. On la trouvera chez tous ceux, et jusqu’au plus monstrueux assassin, à qui on annonce que « c’est pour maintenant ». Nul ne peut voir la mort sans émotion. Seule la Raison, l’analyse, la réflexion, la mesure, la distance… permettent la construction de l’opinion éclairée, partant la tentative d’aller vers mieux, vers meilleur, vers plus d’humanité. N’est-ce pas ce que nous devons tous chercher, inlassablement ?

  29. Dire que dans un mois la lettre de Guy Môquet , on l’aura tous publiée.

    Dommage pour tous les gosses qui tombent ,chaque jour ,comme le jeune Guy, récupération ou pas.

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