Les déséquilibres de la finance internationale
Devrai-je offrir à ma grand-mère les déséquilibres financiers internationaux pour Noël ?
Non, elle préfère les chocolats, et c’est fort regrettable.
Car le synthétique petit opus d’Anton Brender et Florence Pisani, proposé au Prix du livre d’économie du Sénat – pour lequel, vous l’avez compris, j’ai vendu mon âme contre un bon repas chaud, s’efforce de répondre à deux questions troublantes :
- Pourquoi les pays émergents en viennent-ils à financer massivement les dépenses des pays développés ?
- Cette situation est-elle soutenable, ou doit-on craindre des ajustements brutaux, avec crise de l’économie mondiale, appauvrissement collectif, et enfants morts dans les rues pavées du libéralisme le plus échevelé ?
La situation de la finance mondiale est caractérisée aujourd’hui caractérisée par transfert massif de l’épargne mondiale – en particulier des pays producteurs de pétrole et de l’Asie manufacturière – vers les États-Unis, avec, en corollaire, un endettement impressionnant de ces derniers.
L’on conçoit évidemment que les habitants des pays développés – des États-Unis en particulier – ne soient pas près à renoncer à un niveau de vie menacé par la hausse des matières premières et les tensions déflationnistes qui s’exercent sur les emplois peu qualifiés[1].
On comprend plus mal pourquoi les économies émergentes acceptent de transférer l’épargne nées de leur croissance aux pays développés au lieu d’élever leur niveau de vie ou d’accroître leur patrimoine individuel et collectif.
Les auteurs montrent que les apparences sont trompeuses.
L’économie des pays émergents repose sur une activité productive élevée et un système financiers fruste, qui ne permet pas à l’épargne dégagée de trouver à un emploi[2]. En effet, l’épargne dégagée est considérable[3] et le système bancaire ne peut affecter les dépôts qu’il reçoit sans prise de risque excessive. Les pays émergents ont donc intérêt à stimuler l’endettement des pays développés. Pour cela, ils jouent sur le taux de change.
En réalité, donc, les économies émergentes ont besoin d’écouler une épargne abondante liée à la faiblesse de leurs infrastructure financières. A défaut, ils risque une correction brutale de leur modèle de développement.
Du côté des États-Unis et des pays développés, ce n’est pas tant le maintien d’une consommation excessive que la constitution d’un patrimoine immobilier ou le réaménagement de la dette qui justifie la poursuite de l’endettement à l’égard du reste du monde. Et il convient de noter à cet égard, que les déficits courant des pays développés dépendent principalement du comportement d’endettement des ménages[4].
Il se trouve cependant que les déficits sont largement concentrés aux États-Unis, de sorte que la pérennité du système dépend très largement de leur possibilité d’accumuler de la dette.
Les auteurs examinent enfin les raisons qui pourraient conduire à un effondrement du système :
- Que se passerait-il si les pays créanciers des États-Unis choisissaient de maintenir leur épargne sur leur marché domestique, et d’en priver, donc, les emprunteurs américains ?
En réalité cette hypothèse ne constitue pas un problème, répondent Brender et Pisani, car les États-Unis n’ont pas un comportement dépensier par nature. Le système financier américain s’adapterait en augmentant le coût du crédit. Ce qui diminuera l’évolution de la dépense américaine, mais pas au prix de l’évolution de la dépense mondiale. Il y aura un rattrapage du reste du monde sur les États-Unis.
« Loin d’être un problème, la disparition des excédents d’épargne du reste du monde, est, au contraire, une solution« , concluent les auteurs.
- Que se passerait-il si un pays – la Chine, par exemple – choisissait de ne plus prêter aux États-Unis leur épargne excédentaire ?
Et bien, pas grand chose. L’épargne excédentaire finirait par des voies tortueuses à alimenter la dépense américaine : un effet de la globalisation financière. Ceux qui ont absorbé l’épargne étrangère finiront par la prêter aux États-Unis, moyennant une modification légère de la propension à dépenser de ces derniers.
- Que se passerait-il, enfin, si le monde entier doutait de la solvabilité des États-Unis et devenait réticent à leur prêter ?
Le risque est que les États-Unis doivent financer la charge de leur dette par des emprunts nouveaux, ce qui aurait un « effet boule de neige » dangereusement critique pour les système international.
En réalité, cette hypothèse inquiétante fait l’économie des effets de la globalisation financière. En effet, le solde déficitaire net de la balance courante des États-Unis ne fait pas apparaître les actifs détenus par les américains sur le reste du monde[5].
Or, observent les auteurs, « [le] passif [des États-Unis] est moins bien rémunéré que [leur] actif. » Entendez par là que les États-Unis placent dans le reste du monde une épargne mieux rémunérée que celle qu’ils absorbent. De ce fait, la charge nette de l’emprunt qui devrait être financée par des emprunts nouveaux est loin d’être atteinte.
Ce d’autant que la baisse du dollar a pour effet de diminuer la charge des emprunts libellés en dollars et d’accroître la rémunération de leurs actifs en devise.
Le problème véritable, donc, est celui de la solvabilité des résidents américains qui empruntent l’épargne mondiale, et en particulier des ménages[6].
Or, selon les auteurs, la dette des ménages américains n’est pas détenue directement par le reste du monde, mais par les agents domestiques. Les risques ne pèsent donc pas directement sur les prêteurs étrangers, mais sur les prêteurs américains.
Une analyse cependant partiellement démentie par les tension nées de la crise des subprimes qui a mis au jour l’investissement direct d’institutions étrangères dans le marché du crédit américain, via les procédés de titrisation.
Certes, notent les auteurs, certains ménages ont eu un comportement risqué de crédit hypothécaire en spéculant sur la hausse des prix immobiliers, mais la prudence des institutions de crédit devrait permettre de limiter l’impact des emprunts douteux.
Ce à condition toutefois que l’économie américaine demeure au plein emploi. Car il est des raisons de penser que la demande intérieure américaine devrait ralentir, ce qui pèsera directement sur l’emploi, les revenus, et donc la solvabilité de ménages fortement endettés.
La solution, estiment Brender et Pisani, viendra de la baisse du dollar et de la demande mondiale. Mais la baisse du dollar pourrait engendrer des tensions importantes.
La conclusion que tirent les auteurs est celle d’un relatif optimisme à moyen terme. Certes, des risques pèsent sur l’économie mondiale, mais ceux-ci sont compensés par les forces de stabilisation actuelles ainsi que les espoirs raisonnables d’un développement des systèmes financiers des pays émergents et exportateurs de pétrole.
Cependant, notent-ils, l’Europe n’est pas convenablement armée pour mener une politique monétaire active[7]. En effet, la disparité des situations financières entre les pays européens conduit à minorer mécaniquement l’effet de la politique des taux sur la demande et l’endettement interne.
Un avis final.
Les goguenards jugeront que l’optimisme de l’ouvrage est rapidement contredit par l’épisode récent de la crise des subprimes.
Mais on peut juger au contraire remarquable que les auteurs aient pointé le risque principal du système tout en soulignant l’efficacité des autres mécanismes stabilisateurs.
Je ne recommanderai pas la lecture de l’ouvrage au « grand public« , cependant.
Il fait appel à des notions économiques connues des lecteurs, et donc peu explicitées. Et ne disons pas qu’il se lit comme de l’eau. Bref, un livre d’économie pour les économistes par des économises.
Il mérite cependant quelques notes de lecture et la diffusion d’icelles ; ne serait-ce que pour montrer combien la finance mondiale, loin de pousser le monde dans un tourbillon de lucre et de pauvreté, machine folle, agit au contraire comme un stabilisateur remarquable des risques portés par l’économie dite « réelle« .
Notes
[1] La division internationale du travail pèse aujourd’hui sur les revenus des emplois peu qualifiés.
[2] Il en va ainsi des pays producteurs de pétrole, sauf l’activité productive.
[3] C’est l’effet d’un système financier qui ne parvient pas, notamment, à proposer des produits en rapport avec son développement économique : les épargnants sont fortement incités à thésauriser.
[4] Aux États-Unis, l’endettement des ménages dépend principalement du niveau des taux d’intérêt de long terme, avec une grande élasticité. En Europe, les comportements sont plus hétérogène et la réactivité à la variation des taux d’intérêts est plus faible.
[5] Les auteurs montrent que la globalisation financière a pour effet la diversification des actifs et des risques ; de sorte que les américains – comme les européens – affectent l’épargne qu’ils dégagent à des actifs en dollar, mais aussi en devises, lorsqu’ils investissent à l’étranger.
[6] Les banques, les entreprises et les administrations publiques ne présentent pas une situation particulièrement inquiétante.
[7] A supposer même qu’elle le veuille : la BCE, en effet, n’a pour fonction exclusive que le maintien de l’inflation, ce qui, dans une période de pression mondiale déflationniste, n’est pas si malaisé.

J’aimerais être totalement convaincu par votre optimisme et votre confiance en une analyse économique qui, bien qu’impressionnante d’exhaustivité, oublie cependant quelques détails de poids. A commencer par l’emploi fait des capitaux étranger investis aux US. Ces capitaux dans le soucis de générer un certain pourcentage sont réinvestis de suite dans les pays européens (et autres) liant un ensemble de forces économiques entre elles, le circuit financier allant jusqu’à réinvestir l’argent emprunté chez l’emprunteur.
L’exploitation de cette argent pour compenser une dette qui pèse aux différents états reste pour le moment acceptable, pourtant elle crait une dépendance malsaine qui, elle, ne peut laisser une situation d’équilibre temporaire complètement sereine. L’économie financière globalisée se trouve nettement en porte à faux, il suffirait d’un déséquilibre quelconque, ne prenons pas l’exemple de la Chine qui s’enchaine d’elle même à la mécanique, mais plutôt d’une instabilité politique pour que l’ensemble connaisse une remise en question.
Quand aux faits internes aux USA, il me parait plus interessant de considérer la crise des subprimes comme un fait économique annonciateur et non pas comme une réalité menaçante. Certes, l’insouciance des investisseurs étrangers, principalement le réseau bancaire, ouvre des pays qui étaient en apparence extérieur au fait à connaitre une passable vulnérabilité. Mais le problème étant que l’ensemble du circuit financier s’est développé et à grandit jusqu’à la Chine, une certaine théorie du chaos ne laisse présager rien de bon: L’affaire ne sera plus totalement économique, elle devient dès à présent politique. Et plus politique qu’elle ne l’était auparavant! Les investisseurs répugnent à placer dans un Etat où la situation n’est pas maintenue stable, car les tensions nuisent aux bénéfices, mais dés lors qu’il ne s’agit plus de tensions mais bien d’une vague quelconque qui toucherait tout le réseau financier on peut sans risque considérer que le circuit mondiale connaitrait des phases d’incertitudes et voir même de décadence.
Le destin économique est entre les mains de l’homme me diriez vous? Ainsi en est il, mais combien d’homme sont en mesures de comprendre et d’user des ressources culturelles économiques permettant à ceux ci de s’approprier une part du circuit financier consciement et, par conséquent, de participer à son équilibre sachant que le déséquilibre nuirait à ses propres affaires. Je ne pense pas qu’il faille déconseiller le livre à un certain public mais bien au contraire pousser tout un chacun à comprendre les règles de l’économie et de la finance dans ses bases sensiblement poussées. Sinon, toute la jolie théorie présentée plus tôt n’annonce en vérité qu’une stabilité à court terme, c’est à dire, jusqu’à ce que la machine s’enraille pour des raisons principalement d’ordre politique (état, sociale, population, etc…).
Au plaisir de vous lire. O.
Mon compte-rendu n’est certainement pas exhaustif. En témoigne d’ailleurs votre remarque initiale sur le réinvestissement des capitaux empruntés.
La question est envisagée par les auteurs qui y voient un facteur de stabilisation de la finance mondiale.
En particulier parce que – je m’efforce de l’expliquer – ces capitaux sont plus rémunérateurs que les capitaux investis aux États-Unis. De sorte que le risque d’un embalement de la dette et réduite.
En fait, la globalisation financière, avancent les auteurs, ne garantit rien, mais porte en elle des facteurs de stabilisation.
L’argument politique est examiné par les auteurs qui considèrent que l’épargne finirait pas se retrouver investie aux États-Unis par des voies détournées.
En fait, le seul problème véritable est le risque d’insolvabilité des emprunteurs américains. Risque que mesurent et arbitre les agents de la finance ; avec plus ou moins de réussite, certes, mais une certaine réussite si l’on examine l’effet mineur de crises financières importantes depuis une dizaine d’année.
Certes, mais crises mineures puisqu’isolées!
Je crois qu’il y a erreur quand à cette épargne qui serait source de stabilisation. Un phénomène sociologique vérifiable est le mouvement de panique qui prend les investisseurs et particuliers dés lors où ceci ont conscience que leur capitaux personnels ont servi à un gaspillage (par exemple la question du crédit aux Etats Unis) et que le risque se fait présent que jamais ils ne pourraient les récupérer. Considérons un instant le cas de cette banque anglaise la Northern Rock qui faillit disparaitre, absorbée par le mouvement de masse inquiet de serrer entre ses doigts ses propres capitaux. Pour sauver de la faillite ces banquiers trop gourmants notre BCE a réinjecté une certaine quantité d’argent. Que se passerait il si un tel phénomène se généralisait? Considérons maintenant le cas de BNP Paribas qui, comme je l’envisageais depuis cet été, traverses une passe réellement difficile… (Et bien non, Md.Lagarde, la France n’est pas invulnérable dés lors où le circuit financier a brisé les frontières de la politique et des lois bancaires)
On assiste ici à un « avertissement » populaire: si un mouvement de panique d’ordre politique, comme je l’évoquais, venait à paralyser la confiance en l’épargne alors tout le système financier risquerait une crise mondiale. Les Subprimes nous amènent à nous poser beaucoup de questions. Et, très honnêtement, je doute de voir les USA sortir vainqueur d’une telle crise, d’un tel phénomène.
Et l’ensemble reste bien d’ordre politique, l’emballement de la dette restera toujours d’ordre politique. Economiquement parlant, tout irait pour le mieux si on vivait dans un monde en paix et économiquement équilibré (que se soit dans un libéralisme modéré, une globalisation totale ou alternative, tant qu’un équilibre existe). Et surtout, que le système financier se voyait dominé, non pas par les grosses entreprises, mais par une institution puissante et mondiale. Or, il n’en est ainsi, par conséquent l’instabilité est et restera de mise. Et la notion d’équilibre naturelle n’est que fabulation puisque rien en économie n’est stable. C’est d’ailleurs un non sens de la part des auteurs de parler d’équilibre dans une structure présente puisque c’est le jeu des cycles (montagnes russes!) qui permet la croissance et les profits.
L’effet mineur des crises évoquées en fin de votre réponse ne démontre rien, il établit seulement que les crises s’accélèrent (l’équilibre serait il déjà rompu?) et qu’à présent les arbitres financiers passe leur temps à courir après les solutions plutôt que de prévoir stratégiquement les actions futurs et les équilibres de demain. On peut, sans difficulté, anticiper qu’il arrivera prochainement un moment où l’une de ces crises ne sera traité que partiellement et activera une mécanique auto-destructrice. Il y avait un temps, je considrais que Marx était un rêveur en parlant de l’autodestruction du capitalisme sauvage, maintenant j’en viens à penser qu’il n’était pas aussi illuminé… c’est curieux comme on peut changer d’avis!?!
Bon, je ne puis défendre éperdument le propos des auteurs. Le mieux serait peut-être que vous preniez connaissance du détail de leur argumentation, car nous tombons dans les généralités.
Mais ceux-ci n’écartent pas l’instabilité ; ils considèrent cependant que le système actuel contient des éléments de stabilité qui endiguent les risques de crises liés à l’assymétrie des comportement d’épargne.
On peut tout de même dire que les risques politiques n’ont pas tendance à déstabiliser les pays développés, mais bien au contraire à renforcer l’incitation des agents à se tourner vers leurs systèmes financiers. c’est en tout cas l’analyse des auteurs, et on peut la suivre.
« Il mérite cependant quelques notes de lecture et la diffusion d’icelles ; ne serait-ce que pour montrer combien la finance mondiale, loin de pousser le monde dans un tourbillon de lucre et de pauvreté, machine folle, agit au contraire comme un stabilisateur remarquable des risques portés par l’économie dite « réelle ». «
à vous lire, on croirait presque que la finance internationale est devenu le prolongement du colonialisme par d’autres moyens.
Pourquoi ?
La situation coloniale – ou post coloniale – se caractérise par l’exportation de produits manufacturés des pays industriels vers les pays producteurs de matières premières ; et réciproquement.
L’équilibre contemporain n’est guère comparable.
La situation coloniale se caractérisait essentiellement par le financement du train de vie des citoyens des pays colonisateurs par le travail des citoyens des pays colonisés.
La mondialisation de la finance se caractériserait par le financement du train de vie des citoyens des pays riches par l’épargne résultant du travail des citoyens des pays colonisés
Les pays colonisés ne dégageaient pas d’épargne qui puisse être investie dans les pays colonisateurs.
Les situations ne sont pas – et de très loin – comparables.
Par ailleurs, ce sont aujourd’hui les pays émergents qui s’efforcent d’inciter les pays développés à absorber leur épargne. Contrairement à l’idée selon laquelle les pays développés privent les pays émergents de leur faculté à investir dans leur propre pays.
La faute à une structure financière fruste qui n’assure pas l’épargnant contre le risque et une aversion au risque élevée.
Là est effectivement la différence : dans les pays colonisés, la main d’oeuvre indigène n’était pas ou peu rémunérée : l’introduction de l’économie de marché fait qu’en contrepartie de la collaboration cette fois volontaire et non plus forcée de l’indigène, on lui permet d’épargner : c’est économique, car, du coup, on a plus besoin d’entretenir les forces de police et d’occuppation des anciennes colonies.
Reste que l’épargne accumulée par les indigènes est effectivement sans intérêt s’il n’existe pas de force puissante pour la défendre et la garantir.
Les anciens pays colonisateurs se distinguent effectivement par le fait qu’ils érigent la défense de la propriété en principe social fondateur, ce qui n’est que bien plus rarement le cas dans les pays émergents, pour d’évidentes raisons de developpement : la propriété consiste en effet à interdire certains usages à certains citoyens, alors que le developpement consiste général à permettre des usages non-imaginés jusqu’alors : propriété et developpement sont donc, d’une certaine mesure, contradictoires.
La rareté des biens (immobilier, foncier, propriété intellectuelle, droits, brevets, patentes, diplômes octroyés à l’issue d’études financées donnant accès à des professions protégées) effectivement couverts par les garanties offertes par la puissance d’états stables disposant de forces de police et d’un système judiciaire (financé par les citoyens de ces pays au bénéfice des épargnants, lesquels ne sont pas forcément les mêmes personnes..) tout orienté vers la défense des droits de propriété rend effectivement les pays riches attirants pour l’épargne, surtout si on considère qu’on peut accéder à la propriété de la plupart des biens à droits de propriété garantis par la monnaie et le marché.
Mais le colonisé reste prisonnier du principe par lequel d’un côté, le périmètre des biens dont la propriété est défendue par l’état s’étend beaucoup moins vite que la masse monétaire, dont l’expansion ne fait d’ailleurs plus l’objet d’aucun réel contrôle au profit d’une simple gestion de l’inflation par les taux d’intérêts, précisément destiné à organiser l’absorbtion de l’épargne des ex-colonisés en contrepartie d’une cession aussi limitée que possible des biens (fonciers, immobiliers, etc.) des ex-pays colonisateurs : et donc, que le colonisateur récupère d’une main ce qu’il avait laissé filé de l’autre en décolonisant. Avec une conséquence indirecte intéressante : une déconnexion croissante entre les cours des biens supports d’épargne, dont les cours montent au régime de la croissance mondiale et les revenus du travail, montant eux, au régime beaucoup plus faible de l’inflation (au mieux).
Mais ce n’est pas si gênant puisque le système repose effectivement, comme vous le dites, sur la croissance phénoménale de l’épargne dans les pays en cours de developpement et non pas sur le volume de l’épargne lui-même. Tôt ou tard, cette croissance se ralentira.
Et une dernière conséquence importante : le fait que les citoyens des pays riches ont tout intérêt à ne pas se tromper en constituant leur épargne retraite : notamment, ils ont tout intérêt à suivre les investisseurs des pays émergents dans leurs choix, l’effet de masse étant à lui seul suffisant pour garantir que tout autre placement que ceux choisis par les investisseurs des pays émergents decotera immanquablement par rapport à ceux choisis par les investisseurs des pays émergents.
Monaco et l’Andorre se sont bâtis grâce au capital massif venu de l’étranger. La seule chose que la mondialisation change vraiment, c’est que, désormais, il faut des nations bien plus grosses que Monaco ou l’Andorre pour absorber la masse monétaire créée. C’est le pari de Dubai, et sans doute ce qui arrivera à ce pays dans lequel il fait bon vivre qu’est la France.
à ce sujet, Eurotrib signale fort à propos que la première entreprise cotée à atteindre les mille milliards de capitalisation boursière est chinoise et cotée en Chine.
http://www.eurotrib.com/story/2007/11/5/84651/3587
« The massive demand for the PetroChina offering is the latest sign of the stock market frenzy in mainland China where share prices have increased almost six fold over the past two years. PetroChina attracted $456bn of subscriptions from retail and institutional investors in China. »
« système financier frustre » disions-nous me semble-t-il ? Voyons donc voir ce qu’il en est exactement de la capacité de nos belles institutions financières à garantir le bon usage de l’épargne :
http://www.eurotrib.com/story/2007/11/4/181318/225