Prix du livre d’économie du Sénat
Voyez-vous, chers bons lecteurs, j’ai comme Jeeves un « réveille-mort » qui sait rafraîchir les tempes lourdes des lendemains de République des blogs.
On sait qu’il y a un oeuf dans celui de Jeeves. Je livrerai le contenu du mien lorsque je l’aurai achevé : il s’agit de la lecture des déséquilibres financiers internationaux de Brender et Pisani.
- la chère âme, songez vous. Il s’est procuré un triture-méninges pour échapper au presse-cervelle des constitutions fragiles.
Et bien non, je ne me le suis pas procuré. Il m’a été livré par coursier il n’y a guère, avec les compliments de la Présidence du Sénat, s’il vous plaît – regard goguenard du factotum devant ma tenue débraillée, en passant.
- Quoi Jules, On émarge aux oeuvres de la République ?
Non pas, on participe au Prix du livre d’économie du Sénat. De sorte qu’il n’est rien d’indigne à ce que je reçoive l’objet de mon travail.
Aussi bien que son fruit, d’ailleurs, puisque j’ai accepté de participer au déjeuner offert au Sénat pour célébrer l’événement.
On ne propose pas impunément à un goinfre notoire[1] de souffrir les succulences de la République.
Somme toute, il m’est demandé de faire la promotion de l’événement, ce dont je m’acquitte aujourd’hui avec le plus grand des plaisirs. J’engage donc mes bons lecteurs à se rendre sur le site et voter pour celui qui lui semble mériter les lauriers de la Chambre haute.
- Mais, vous indignez-vous, comment pourrions-nous voter alors que nous n’avons pas eu le privilège de recevoir les ouvrages, que nos maigres ressources nous interdisent de nous les procurer tous, et que le temps nous fait défaut pour en prendre connaissance. Car, outre notre pénible labeur, nous devons chaque soir sacrifier à la messe païenne de la star ac’.
Certes, certes, conviens-je.
Mais rien ne vous interdit pourtant de déférer à la sollicitation que je vous fais, en prenant exemple sur Alexandre Delaigue, des éconoclastes, qui se prononce pour le seul ouvrage qu’il ait lu… Tout en ne manquant pas de commenter les autres. Un concours précieux pour votre information maigre.
Et puis, vous pouvez me suivre sur le chemin périlleux du choix.
Voici la présentation qui m’a été faite par Sophie Bataille, en charge pour l’agence Sixandco, de conduire le projet :
Ce prix a pour vocation de concourir à une meilleure diffusion de la culture économique, en distinguant un ouvrage scientifiquement incontestable et accessible au grand public.
« Diffusion de la culture économique« , « Scientifiquement incontestable » et « accessible au grand public« . Voici les trois critères.
Le premier critère nous permet derechef et sans lecture, d’éliminer l’ouvrage de Laurent Mauduit, qui ne traite que de très loin d’économie. Il en va également ainsi du livre de Jean-Marie Pelt : C’est vert et ça marche !, dont le caractère économique m’est apparu des plus incertain.
Le second critère emporte joyeusement les 130 – petites – pages de Denis Olivenne – pamphlet contre la gratuité, et fait peser des doutes sur celles de François Lenglet, d’Alain Villemeur et de Paul Jorion. Mais une lecture s’impose[2].
Restent les travaux de Pierre Dockès, d’Aglietta et Berrebi, de Delpla et Wyplosz et de Brender et Pisani.
Le Brender et Pisani est incontestablement un livre d’économie stimulant. Mais je ne dirais pas qu’il est accessible au « grand public« . Il en va peut-être ainsi dAglietta et Berrebi, mais je n’ai pas reçu l’ouvrage. Le Dockès et le Delpla et Wyplosz[3] me semblent accessibles au public. Sinon « grand« , au moins, à celui des honnêtes hommes.
J’ai choisi faire reposer mon choix sur deux qualités alternatives.
La première est celle qui a été proposée par Alexandre Delaigue en parlant du Delpa et Wyplosz:
[C]‘est l’exemple typique du livre qui fait date, parce qu’il contient une idée simple mais fondamentale : parce que les réformes font des perdants, il est légitime de songer à les indemniser.
Bien sûr, je n’ai pas une culture économique assez importante pour déterminer ce qui « fait date« ; mais j’aime bien le principe de lidée simple, avec laquelle on s’envole, comme chacun sait, vers l’orient compliqué.
Car l’économie est une science ardue qui s’efforce de décrire une réalité plus complexe encore. Il faut se prêter au jeu de la difficulté, ou se résoudre à des dénonciations rageuses. Des hommes, du monde et parfois, de la science économique elle-même.
La seconde est dérivée de la mission assignée au prix :
Compte tenu de la culture économique qui sévit dans nos belles prairies françaises, il me semble qu’un ouvrage à distinguer viendrait contredire la profusion d’idées reçues qui émaillent la doxa économique du grand public français.
Aussi bien une explication descriptive d’un ordre économique[4] peut opportunément éclairer – aveugler peut-être – qui erre dans une obscurité peuplée de fantômes et de fantasmes. Vous et moi[5].
Bref, aidez-moi donc par votre vote à éviter que le Prix de l’économie du sénat ne déchoie dans des grognements pamphlétaires de cent cinquante pages imprimées en caractère 14 ou dans l’apologie immodérément simplificatrice. Pire encore, dans la réduction de l’économie à des sommes en dollar et quelques pourcentages.
Notes
[1] Et autre, mais je promets d’en faire le rapport.
[2] Pas pour celui de Villemeur, que je n’ai pas reçu.
[3] Je concède une certaine tendresse pour Charles Wyplosz, qui a su apaiser mes souffrances d’étudiant par un remarquable Macroéconomie, en collaboration avec Michaël Burda. Je le recommande bien sûr à toute personne. Cela ne se boit pas comme de l’eau, mai cela s’étudie avec reconnaissance.
[4] Par exemple, la finance internationale.
[5] Moi, peut-être un peu moins, ayant eu l’occasion de mortifier mes préjugés en ma matière dans un amphithéâtre.

J’ai voté pour Delpla et Wyplosz un peu pour les mêmes raisons que tout le monde. C’est le seul que j’ai lu et je salue leur effort pour sortir l’économie du tout-conflictuel.
Est-il légitime que des fonds publics servent à organiser un Prix des Lecteurs du livre d’économie ? A acheter des livres et à les faire porter à un blogueur influent ? A nourrir le blogueur influent précité ?
Le susdit blogeur influent a-t-il vendu son âme et son indépendance pour un déjeuner sous les ors du Sénat ?
Enfin, les bons lecteurs peuvent-ils encore lire la prose dudit blogeur influent sans le soupçonner de connivence avec ses généreux donataires ?
(Sinon, pour commenter sur le sujet du billet, je n’ai rien lu et n’ai donc pas d’opinion.)
Mon indépendance est bien à vendre, mais personne ne m’a sollicité jusqu’alors.
Sinon, le développement de la culture économique me paraît une justification acceptable aux dépenses engagées ; si j’étais certain de leur succès.
Il est vrai cependant, que ce serait plutôt la mission de l’éducation nationale ; mais l’état de la situation montre qu’elle faillit très largement dans ce rôle.
Donc, à tout prendre, pourquoi pas le Sénat, relayé par un blogueur dont l’influence est à mesurer à l’aune du nombre étique de commentaires sur le sujet du jour.
un blogueur dont l’influence est à mesurer à l’aune du nombre étique de commentaires sur le sujet du jour.
eh oh, j’ai voté! dans la discrétion, certes, mais j’aide le maître des lieux
Question économie, je viens de lire sur le site du monde que notre cher président venait d’accorder une exonération de charges sociales (salariales et patronales) aux marins-pécheurs pour compenser l’augmentation du fioul ! .. et après on entendra « La sécu est en négatif.. » faudra m’expliquer le lien entre le pétrole et les charges chargées de payer la santé et la retraite. Quand on veut mettre à mort un système on est prêt à toutes les bassesses..
Vous trouverez en incise, chez Hugues, la réponse à votre question : les marins pêcheurs n’acquittent pas de taxe sur les produits pétroliers.
De sorte que la hausse du prix du pétrole se répercute plus violemment encore sur leurs coûts d’exploitation.
C’est un peu le même problème qu’aux États-Unis. Lorsque les taxes ne sont pas importantes, l’effet d’une augmentation du produit est très perceptible.
Mais compte tenu de la structure de la fiscalité française sur le pétrole – et pour faire dans le simple , si le pétrole voit son cours augementer de 20 ou 30 %, le prix du litre de carburant n’augmente pas de beaucoup :
Supposons un litre d’essence à 1 €.
Il est composé pour 15 cents de carburant et le reste de taxes.
Si le prix du carburant croît de trente trois pour cent, la part dans le litre passe de 15 à 20 centimes.
Mais les taxes n’augmentent pas à proportion. Disons, de 80 à 82.
Bref, le prix du litre passe de 1 € à 1, 07 €, ce qui fait une augmentation de 7,5 % du prix à la pompe alors que la matière première a augmenté de 30 %.
(Je sais, je schématise)
Toujours est-il que pour les marins pêcheurs, le coût est de 30% net.
Comme ils n’acquittent déjà pas de taxe, ils souffrent pleinement de la hausse.
D’où des mesures d’aides sans lien apparent.
La question est : en quoi le Sénat est-il légitime à faire un Prix du Livre d’Economie, ou diverses manifestation sa grand rapport avec son rôle légisaltif (ex. Tremplin-Entreprises, etc.). En fait, s’acheter la réputation (?) du Sénat pour diverses manifestations « placées sous le patronage du président du Sénat » n’est guère difficile : mais quel rapport avec le rôle constitutionnel du Sénat ? Est-il tant mal aimé qu’il doice recourir à cela, à renfort de fonds publics ?
Bon, il reste en lisse: – Désordres dans le capitalisme mondial, AGLIETTA Michel et BERREBI Laurent – L’enfer ce n’est pas les autres : bref essai sur la mondialisation, DOCKÈS Pierre – Petits conseils, MAUDUIT Laurent