Quellles qu’en soient les modalités, j’éprouve toujours ce sentiment d’agacement devant les blocage des universités.
En particulier lorsqu’il se proclame de la défense des intérêts des étudiants.
C’est que l’accès aux cours semble être une condition du bénéfice du droit à l’éducation. En sorte qu’entraver cet accès ne consiste guère qu’à priver autrui de ses droits aux seules fins de satisfaire ses propres exigences. Ou pire encore, prétendre que l’on fait le bien d’autrui en lui nuisant.
Mais le corrélat s’ensuit d’évidence : pourquoi s’ennuyer de l’opinion des tiers lorsque l’on est persuadé de tenir entre ses mains la raison universelle.
Passons rapidement sur le mépris que cela révèle de son semblable pour aller directement aux évennements récents.
Hier au soir, un vote à bulletins secrets organisé à l’Université de Rennes se prononça pour la cessation du blocage.
Qu’à cela ne tienne, estimèrent les perdants, procédons par une assemblée générale. Sitôt dit, sitôt fait. Et de voter derechef l’occupation de l’université. Ce qui conduisit aujourd’hui le Président à en prononcer la fermeture administrative.
Fascinons-nous, voulez-vous, de la technique qui consiste à pallier le résultat d’un vote à bulletin secret par l’organisation d’un vote à main levée.
Pour commencer quelques arguments pêchés par Libération au gré des affichettes ronéotypées :
Face aux referendums, nous affirmons la seule légitimité des AG.
On sait que je ne voue pas un culte aux consultations référendaires. En particulier lorsqu’elles suppléent d’autres procédures juridiquement instituées[1].
Mais l‘assemblée générale[2] n’offre nulle garantie de représentation. Les membres en sont, c’est l’usage, sélectionnés sur leur seule aptitude à rentrer dans un amphithéâtre[3]. La Présidence est auto-proclamée. La prise de parole est assurée par la détention d’un microphone ou les qualités naturelles du bel organe. Le cri et les sifflets y prospèrent.
De surcroît, la procédure de vote à main levée ne me paraît pas de nature à garantir la révélation de la volonté collective.
A moins que celle-ci ne soit indifférente. C’est l’esprit d’une seconde affichette :
Les votes à bulletins secrets doivent être empêchés car ils nuisent au mouvement.
Traduction : seul le mouvement compte ; la volonté collective est indifférente.
Résumons-nous :
Le référendum – qui suppose la participation de tous – est moins légitime que le vote en assemblée générale.
L’expression collective par suffrage secret doit être subordonné à la volonté de quelques uns.
C’est beau comme une dictature[4].
On l’aura compris, je ne goûte pas particulièrement le procédé.
En raison, d’abord, du présupposé selon lequel priver soi-même et autrui du bénéfice d’un service public est un moyen de lutte sociale.
Il est vrai qu’entraver le service public de l’éducation ne coûte point – ou si peu. Il n’est guère d’université qui osera ignorer le blocage en maintenant le standard habituel des examens. Et la gratuité de l’enseignement assure définitivement que le coût apparent du blocage est bien faible[5]. Gageons que dans une université payante, ce genre d’agissement prospérerait moins.
En raison, ensuite, des modalités de la prise de décision collective.
Les divers méthodes et arguments traduisent un mépris de la volonté d’autrui qui ne rassure pas sur la moralité politique des leaders du mouvement.
Enfin, ils sont jeunes ; c’est façon de se faire les dents, avance Dirty Denis.
Jeunes et puérils. Égoïstes aussi, car ils sacrifient beaucoup des autres pour eux-mêmes. Méprisants, encore, car ils ignorent avec superbe les attentes de leurs congénères, nécessairement moins conscients, moins intelligents ou moins concernés qu’eux mêmes.
NB : Outre le billet mi-analytique mi-goguenard de Denys, celui de Paxatagore : il partage mes préventions sur les procédures, mais souligne que ce mode d’expression résulte de la sous-représentation des étudiants dans les instances universitaires.
Authueil s’étonne favorablement de l’organisation de votes à bulletins secrets. Le même notait auparavant – à l’instar de Denys – que le seul usage des mouvements universitaires était de mettre le pieds à l’étrier de futurs leaders politiques. Quoique l’affaire soit mince. C’était l’amusement – un peu accablé – de Versac.
Notes
[1] Mais j’observe quand même que leurs promoteurs ne s’effarouchent pas de vaincre le parallélisme des formes. Aussi bien les attendé-je pour combattre les partisans d’un nouveau référendum en matière de traité modificatif.
[2] En passant, on s’amusera que ce modèle de la société commerciale qu’est l‘assemblée générale a été singé par les adversaires de l’entreprise.
[3] Et encore la presse n’est-elle pas la bienvenue. Triste voile d’opacité sur la procédure.
[4] Je m’en serais voulu de ne pas mettre à jour. Voici ce que déclarait hier, dixit Libération, SUD-étudiant à propos du vote à bulletin secret : « la tentative déguisée de briser le mouvement sous couvert de démocratie« . Comment dire ?
[5] En fait, il est fort élevé, car le contribuable continue de financer l’affaire.
C’est totalement un faux débats, le débats se porte sur la loi LRU, est-elle bonne ou mauvaise, est-elle une solution au problèmes de l’enseignement supérieur en France. est-il possible de laisser entrer largement les capitaux privés dans l’enseignement supérieur en lui conservant son rôle d’Education, et en ne transformant pas les université en centre de formation pour entreprises ? est-il souhaitable que les Universités soient mises ainsi en concurrence ? n’est ce pas le rôle de l’Etat d’assurer que la fac de trifouilli les oies, et celle de la sorbonne à paris puisse dispenser un enseignement de la même qualité ?
Bon, alors.
Le « vrai débat« , ce sont les formes du débat public – la « lutte« , selon certains romantiques.
Ce qui fait la différence entre la tyrannie et la démocratie, si vous voulez.
Et ceci est bien plus important que les péripéties d’une loi mineure, tout juste bonne à autoriser des agitations puériles.
En tout état de cause, ce billet n’est pas le lieu où discuter de la médiocrité de la loi LRU. Et pour la bonne forme, j’ajoute qu’elle ne laisse que très insuffisamment entrer les capitaux privés dans l’université, n’instaure guère la concurrence souhaitable en n’établissement nulle procédure de sélection.
Et il est certainement du rôle de l’État d’assurer le meilleur enseignement possible dans les universités publiques. Pour cela, rien de mieux que les mettre en concurrence plutôt que de les laissr se confire dans une dégradation des diplômes. En particulier ceux de Trifouillis-les-oies..
Mais, le disais-je : il ne s’agit pas là d’un billet sur la loi SRU. Et je supprimerai donc les commentaires s’y rapportant.
Le procédé que tu décris si bien dans ton article est bien rodé (ça fait des décennies qu’il est appris aux leaders des mouvements étudiants) et parfaitement manipulatoire. Il permet à une toute petite minorité de militants activistes de faire ce que bon leur chante.
Concrètement, le pourcentage d’étudiants qui participent à ces AG est minime et concrètement toujours où est la solution ? Comment empêcher ces blocages ou occupations ?
Eviter des réformes bâclées, mal branlées, posant plus de questions qu’elles n’en gèrent, et surtout, construites sans concertation entre la Saint-Jean et les vendanges ?
L’UMP en connait pourtant un rayon en matière de ministres de la recherche satellisées suite à des projets de réforme bâclées de la recherche.
Etudiant à Nantes, je ne peux hélas qu’apporter un nouvel élément à votre constat sur la « démocratie » étudiante. Notre faculté étant bloquée depuis à peu près aussi longtemps que celle de Rennes, si ma mémoire gruyeresque ne me trompe pas (ben quoi ? On dit bien abracadabrantesque, non ? Alors pourquoi pas gruyeresque…), il a été décidé par la présidence de l’université d’organiser une consultation par internet (donc libre, avec vérification d’identité (contrairement aux AG) mais avec vote anonyme (contrairement aux AG, bis)).
Résultats :
« La participation a été de 25 %, soit 4149 étudiants sur 16621 étudiants concernés par cette consultation.
- 70,1 % des étudiants se sont prononcés pour la reprise des cours – 22,3 % se sont prononcés contre la reprise des cours – 7,6 % ne se sont pas prononcés. «
(source : http://www.univ-nantes.fr/1194511735294/0/fiche___actualite/&RH= )
La participation est donc, grosso modo, deux fois plus élevée que dans les meilleures Assemblées Générales.
Mais c’est la que la « démocratie » étudiante intervient, tel Zorro, pour défendre le « mouvement » ! La où Rennes invalide les résultats d’un vote à bulletin secret lors de l’AG suivante, Nantes fait mieux encore ! Le résultat de cette consultation électronique a en effet été proclamé invalide 2 jours avant qu’elle ait lieu ! Le Zorro préventif, il fallait y penser, nos amis démocrates bloqueurs l’ont fait.
Bon. Ben j’ai plus qu’à continuer à travailler à la bibliothèque, avec une petit pensée pour les malheureux étudiants de licence qui n’ont plus cours depuis 3 semaines. (Etant moi même en master avec 6h de cours, je ne suis pas franchement touché. Du moins tant que la bibliothèque reste ouverte.)
Nous avons donc d’un côté des spécialistes de l’agit-prop, rompus aux techniques de manipulation des foules. Soit. En quoi sont-ils moins légitimes que les propagandistes de l’autre bord, qui ont des moyens autrement puissants, et qui sont déjà arrivés à vous convaincre qu’on pouvait séparer la forme du fond, et que celle-ci était plus importante que celui-là?