Le système Alain Minc

10/11/2007
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Petits conseils, voici le titre du dernier opus de Laurent Mauduit, finaliste sélectionné pour le Prix des lecteurs du livre d’économie du Sénat.

L’ouvrage est né d’une rupture avec Le Monde ; il porte l’empreinte d’une déception et l’auteur ne s’en cache pas.

Laurent Mauduit entend décrire le capitalisme à la française saisi par les évolutions anglo-saxones à travers le destin et les pratiques d’un homme : Alain Minc.

Ce dernier paraît naviguer d’une main sûre – mais parfois naufrageuse – au confluent d’une tradition de connivence héritée du capitalisme des grands corps et de la brutalité claire des managers anglo-saxons. Une hybridation de la noblesse d’État par la vigueur un peu aventureuse des pionniers.

L’auteur retrace la restructuration des grands groupes de la place de Paris au travers des interventions d’Alain Minc. De la chûte d’Antoine Zacharias à la prise de contrôle d’Havas, en passant par les péripéties de Saint-Gobain, Vinci, Bouygues, l’assistance à Carlo de Benedetti et Vincent Bolloré, et d’autres encore, il est dressé, par touches, un tableau de la guerre des firmes, faite de mariages, de batailles, de rapts et de potions empoisonnées.

Pour Alain Minc, il s’agit de favoriser les transactions – et les susciter souvent – en pesant par son expertise et sa créativité ; mais aussi par l’image qu’il cultive et les réseaux qu’il construit. C’est un rôle d’entremetteur discret que décrit Laurent Mauduit, mâtinée de faiseur de roi et de conspirateur.

Au centre des pratiques décrites, la question des conflits d’intérêts.

Conflit entre l’intérêt propre d’Alain Minc et de ses mandataires, lorsque celui-ci se fait rémunérer les conseils dispensés aux firmes qu’il administre[1]. Ceci ressortit au domaine connu des juristes de droit commercial des conventions réglementées.

Conflit entre l’intérêt des parties lors d’une négociation lorsqu’Alain Minc participe aux instances dirigeantes des deux firmes, ou lorsqu’il se plaît à prodiguer des conseils aux dirigeants de l’une et l’autre. On renifle dans les pratiques décrites quelque parfum de déloyauté – voire de trahison.

Somme toute, l’action d’Alain Minc traduit davantage la persistance d’un jeu de connivences que celui de la modernité libérale.

Quelques observations critiques.

Un problème premier problème tient au présupposé méthodologique.

La description journalistique des actions d’un homme ne permet pas toujours d’appréhender sûrement la part du système. Et l’on ne saurait, à la lecture, déterminer si Alain Minc constitue l’emblème du système, ou s’il a créé autour de sa seule personne une singularité qui trouble le fonctionnement du capitalisme français.

Il apparaît de fait comme un personnage attractif qui perturbe le jeu ordinaire des grands groupes par son influence sur l’élite dirigeante nationale. On comprend certes que le circuit des connivences inspire encore le déroulement des affaires, mais ceci est-il propre à l’élite française ?[2] Et surtout, Alain Minc en est-il le produit le plus achevé ou constitue-t-il, par ses talents particuliers, un artefact singulier ?

On peine à répondre à la question[3]. Et en fait de système, il s’évince de l’ouvrage une forme d’inconsistance de l’élite économique française, fascinée par des graines d’originalité littéraire et des audaces stratégiques qui parfois virent au cataclysme.

En bref, si l’on peut faire le crédit à l’auteur de son point de départ, il est plus difficile de lui concéder celui de l’arrivée.

Le second problème est relatif au prix du livre de l’économie du Sénat.

Sans rien enlever aux qualités intrinsèques de l’ouvrage, il ne m’apparaît pas que celui-ci peut prétendre à enrichir la culture économique.

On y renifle davantage de politique que d’économie. La conquête du pouvoir surplombe jusqu’à l’estomper les enjeux de la production ou du marché.

De surcroît, le domaine d’intervention d’Alain Minc se limite au grands groupes[4]. Et il s’agit pour l’essentiel de favoriser les transactions et la restructuration des puissances industrielles et commerciales. L’on a du reste parfois le sentiment d’un jeu puéril de chaises musicales, où les places de dirigeants comptent davantage que les enjeux stratégiques.

Sans doute l’économie ne dédaigne-t-elle pas de travailler sur le fonctionnement des firmes. Mais il peut sembler exagérément réducteur de réduire l’action des grands groupes aux seules combinaisons de leurs dirigeants.

Exagérément réducteur et probablement trompeur. Car si le jeu d’ombres peut sans doute jeter quelque lumière sur des stratégies des firmes, il tend à distraire le regard des raisons plus vastes. En bref, il ne s’agit pas à proprement parler de la description du système du capitalisme français. Et peut-être le tableau nourrit-il l’idée que l’économie se résume aux ambitions de quelques uns, trop humains.

C’est ainsi, par exemple, le récit de la procédure pour plagiat instruit sur la personnalité d’Alain Minc, mais elle ne trouve guère de place dans l’explication du système économique.

Ne disons pas, pour autant, l’ouvrage dépourvu d’enseignements ni de qualités. Mais j’hésite à le recommander pour diffuser la culture de l’économie dans l’espace public.

NB : Autres critiques de même ordre dans les  »notes d’un économiste.

La lecture roborative d’Alexandre Delaigue, chez les éconoclastes, apporte une critique originale et plutôt favorable à l’ouvrage. Avec, et c’est profitable, quelques références pour enrichir le propos de Laurent Mauduit.

Il me semble néanmoins que l’ouvrage profitera davantage au lecteur averti de quelques notions de science économique. A moins qu’on ne prenne la précaution de lire les analyses d’Alexandre.

Notes

[1] Mais qu’il ne dirige pas. Membre du conseil de surveillance ou du conseil d’administration le plus souvent.

[2] L’ouvrage de Paul Jorion tend à montrer que l’opacité n’est pas une spécialité nationale.

[3] Laurent Mauduit souligne à plusieurs reprises combien la séduction d’Alain Minc repose sur une forme d’originalité.

[4] Même si Laurent Mauduit montre que l’activité d’Alain Minc ne cesse pas aux marches du Palais Brongniart.

2 commentaires to Le système Alain Minc

  1. Candide le 11/11/2007 à 10 h 02 min

    Le duel Laurent Mauduit vs Alain Minc s’est conclu – au final – par la neutralisation- élimination réciproque des deux protagonistes du Monde.

    L’histoire revue par Candide

    http://www.librecours.biz/article-6202939.html

  2. maumau le 13/11/2007 à 11 h 55 min

    Bonjour,

    Economistes!!!…mais qui les fait rois!

    Comment peut on acheter un bouquin d’un économiste qui tout en donnant des conseils s’enrichit lui même…

    Qu’un prof d’économie kaynes ou A. Smith écrivent des théories économiques! OK; mais que ce mec viennent donner des leçons alors que le seul intérêt qui soit crédible chez lui, c’est le sien propre…

    les lecteurs du monde l’on bien compris et les journalistes aussi!!!

    Qu’il crée un journal s’il est capable!!ou une entreprise de production de livres d’économie ou une imprimerie…ensuite on verra si ça marche!!! sinon tout ses écrits c’est pipo!!de la mauvaise métaphysique philosophique.

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