L’impopularité du Président Sarkozy est-elle durable ?

21/01/2008
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Ce n’est pas l’avis d’Authueil. C’est celui d’Éric Dupin.

J’incline, pour ma part, vers une tendance baissière, mâtinée de soubresauts.

Parmi les éléments dont je tiens compte, l’inefficacité des mesures sur le revenu des français, et une lassitude de l’opinion face à une action politique tendue vers la communication. Et la frénésie législatrice pourrait être tenue pour de l’agitation stérile.

C’est la question du pouvoir d’achat qui a supporté les espoirs de beaucoup des électeurs du Président. Mais les politiques mises en place ne permettent pas d’imaginer une amélioration structurelle.

En quelques mots, et à la hache – que les économistes me pardonnent – voici comment l’on peut juger la situation nationale.

Les revenus des français augmentent trop lentement par rapport à certains produits de consommation courante. Le projet du Président consiste pour l’essentiel à modérer la hausse des prix, ou favoriser la baisse de certains. Une politique déflationniste.

Outre que l’histoire ne montre pas que la baisse des prix caractérise une situation économique florissante – ce serait plutôt le contraire – il n’est pas certain que les français attendent la modération des prix. Peut-être préfèrent-ils l’augmentation de leurs revenus.

Quoique l’on y fasse, l’augmentation des revenus suppose une augmentation de la production ou redistribution de la valeur ajoutée au profit des salariés[1]. Dans l’un et l’autre cas, beaucoup de choses dépendent de la croissance de la production et du rapport de force entre les détenteurs de ressources financières et ceux qui offrent leur travail.

Sur le long terme, c’est le nombre d’heures travaillées et le progrès technique qui assurent la croissance de la production. Ils assurent même le niveau de la croissance potentielle d’une économie. A cet égard, les investissement de recherche et développement, de même qu’en formation du capital humain, sont décisifs. A cet égard, les politiques menées aujourd’hui sont indigentes. Et la modestie de la réforme des universités témoigne de celle des ambitions.

Autre aspect de l’augmentation des revenus, le marché du travail. Il faut que celui-ci permette aux salariés d’imposer une concurrence parmi les employeurs. Autrement dit, le plein emploi est nécessaire. En écartant la question de la production, l’optimisation du marché du travail suppose plus de fluidité. Tel n’est pas le sens de l’accord passé entre les partenaires sociaux il y a peu. Cela tient plutôt du frémissement[2].

Rien ne garantit donc dans les réformes récentes une augmentation du revenus des salariés à moyen terme. Et comme la croissance française dépend largement de l’économie mondiale, il est hasardeux d’espérer de la conjoncture.

Si l’on estime que la popularité du Président Sarkozy est lié à la capacité qu’on lui prête de répondre à certains problèmes identifiés, il y a donc lieu pour lui de s’inquiéter.

L’agitation législative n’est certainement pas une réponse de long cours aux questions que peut se poser l’opinion. Le hiatus entre l’activisme présidentiel et la lenteur des résultats peut même favoriser le sentiment d’une politique de diversion. Sentiment excité, entre autres, par quelques excentricités . Ainsi, par exemple, de l’excursion dans le domaine de la foi religieuse[3].

Il ne faut pas négliger les effets d’apprentissage. A mesure que les stimulations présidentielles du débat public se multiplient, la sensibilité de l’opinion s’émousse. Et l’on retombe sur les seules attentes nées de la campagne. Disons principalement, sur l’attente liée au pouvoir d’achat. Aussi bien, les soubresauts s’amenuiseront à la mesure de la confiance que lui prête l’opinion française.

Et ne restera au bout du compte qu’un socle d’opinions favorables peu sensible à l’érosion. Évidemment, la question se pose de savoir à quel niveau s’établit ce socle. Et s’il sera suffisant pour supporter des réformes plus profondes.

Car si l’on gouverne mal avec l’opinion, on ne gouverne pas sans elle.

Notes

[1] Lorsque l’on admet que les électeurs de Nicolas Sarkozy tirent leur revenu de leur salaire.

[2] En revanche, il faudra voir ce qu’il ressort du projet de loi relatif à la réforme du service public de l’emploi.

[3] Une réponse que l’on peut juger opportune face aux jugements de frivolités nourris par les escapades privées du Président. Mais qui peut apparaître bientôt comme l’instrumentalisation d’un débat national assoupi à des fins électorales.

13 commentaires to L’impopularité du Président Sarkozy est-elle durable ?

  1. Facultatif, coiffeur en ville le 21/01/2008 à 13 h 00 min

    En campagne, on répond par des paroles. Aux affaires, par des actes, ou leur absence.

    Prenons le bilan de Nicolas Sarkozy, ministre multi-récidiviste aux affaires : et nous en déduirons rapidement s’il est plus à l’aide en campagne ou au pouvoir.

    Après, il y a les circonstances : personne, même lui, n’est à l’abri d’un coup de chance. Mais hormis cela qu’attendre ? qu’espérer ?

  2. Liberal le 21/01/2008 à 16 h 29 min

    Comme tu es pessimiste! La réduction des charges pesant sur le travail va dans le bon sens, même si ce n’est que 5 milliards. En tous ca, ça va dans le sens de l’augmentation des heures travaillées.

  3. Clems le 21/01/2008 à 17 h 14 min

    Vous verrez trés vite que cela ne fonctionne pas et que vos idées étaient des utopies.

    Le nombre d’heures dépend du carnet de commandes y compris pour le nombres d’embauches, cela n’a rien à voir avec les 35 heures.

  4. Emmeline le 21/01/2008 à 18 h 07 min

    « La réduction des charges pesant sur le travail va dans le bon sens, même si ce n’est que 5 milliards. En tous ca, ça va dans le sens de l’augmentation des heures travaillées. ».

    How’s that ? il y avait déjà des heures supplémentaires avant (et pas mal même, même si on restait largement au-dessous du contingent autorisé et que le besoin de leur « libération » ne se faisait donc pas cruellement sentir) ; ces 5 milliards peuvent donc n’être qu’une conséquence de la défiscalisation des heures sup’ « habituelles », et non de leur augmentation. J’attends des chiffres me prouvant que le nombre d’heures travaillées a bel et bien augmenté depuis juin 2007…

    (par ailleurs, le chiffre me paraît assez délirant : 5 milliards pour 5 millions de salariés, ça c’est du pouvoir d’achat !)

  5. Facultatif, coiffeur en ville le 21/01/2008 à 19 h 32 min

    Liberal: expliquez-moi donc en quoi la simple réduction française des charges sur le travail français est susceptible de permettre de réduire l’écart « relativement significatif » entre le coût du travail en France et celui de pays à peine moins developpés et infiniment moins riches ?

    Dois-je vous remémorer que les profits des grandes entreprises françaises battent actuellement des records ? Et vous prétendez dans un tel contexte que le coût brut de la main d’oeuvre est un obstacle à l’activité ?

    Vous me parleriez d’une extension effective du champs de la liberté d’exercice ou d’installation, c’est à dire, d’une intensification de la concurrence sur les marchés nationaux des biens et des services, j’aurais pu comprendre… : mais là, vous parlez d’une prime aux activités économiques les plus rentables du territoire : non, franchement, je suis désolé, je n’y crois pas.

  6. jules (de diner's room) le 21/01/2008 à 19 h 56 min

    Il est certain que la diminution du coût du travail constitue un instrument d’augmentation de la demande de travail par les entreprises.

    Mais il me semble que ce n’est pas le principal problème que rencontre le marché français du travail. Les effets devraient être réels, mais marginaux.

    En tous les cas, cela n’assurera pas une augmentation significative du taux de croissance potentielle.

    Il aurait été plus rentable de mettre ces sommes au service du développement des universités.

  7. Clems le 21/01/2008 à 20 h 10 min

    Une silicon valey à la française ? Cela fait des années que l’on ressort le projet et qu’on l’enterre à chaque fois faute de budget…

    C’est vrai que le clientélisme coûte cher et qu’il faut bien le financer.

  8. Facultatif, coiffeur en ville le 21/01/2008 à 21 h 04 min

    Sophia-Antipolis en est une excellente approximation pour le climat, l’activité, l’engorgement des transports, la densité des liaisons aériennes et le prix du foncier ou Saclay pour un truc plus étatico-visible à teneur garantie en normaliens ?

  9. Ferug le 22/01/2008 à 9 h 25 min

    « Il est certain que la diminution du coût du travail constitue un instrument d’augmentation de la demande de travail par les entreprises. »

    Pas sans la liberté d’entreprendre : un des rares points de convergence entre les différents rapports commandés à d’innombrables comités sur la croissance de ces dernières années.

    Le faible niveau de croissance de l’activité économique malgré des marges très élevées pour les entreprises françaises ainsi associés à d’énormes stocks de liquidités incite plutôt à croire que les entrepreneurs ne parviennent plus à entreprendre faute « d’espace » pour ce faire.

  10. Papichou le 22/01/2008 à 20 h 51 min

    Est-il possible de gagner une élection en France avec un programme économique sérieux?

    Le peuple français, il l’a montré bien des fois, pardonne facilement à ses dirigeants de l’avoir trompé à condition que ce soit pour son bien. Ayons l’honnêteté de reconnaitre qu’aucun président n’aurait eu le pouvoir d’augmenter le pouvoir d’achat des français au bout de 6 mois. Au moins Sarkozy a-t-il eu le mérite de situer l’augmentation de la prospérité dans l’augmentation de la quantité de travail et non dans les traites tirées sur les générations futures ou la redistribution des profits.

    A ce propos Ferug, vérifier vos sources. Les marges des entreprises sont historiquement basses et ne cessent de se dégrader sauf pour les très grandes entreprises qui font d’ailleurs l’essentiel de leurs profits hors de France. Voyez les résultats du commerce extérieur et comparez avec ceux de l’Allemagne où les réformes menées par Gérardt Schroeder ont permis de restaurer la compétitivité des entreprises.

    Au-delà des promesses électorales qui n’engagent, comme d’habitude, que ceux qui veulent bien y croire, l’essentiel se joue sur la volonté et la capacité à mener les réformes structurelles nécessaires. Ce que Sarkozy fera des propositions de la commission Atali nous permettra prochainement de nous en faire une religion définitive.

  11. Ferug le 23/01/2008 à 9 h 08 min

    Mes sources, Papichou, sont juste les notes d’information de Dexia, et il est vrai qu’elles agrègent. Quelles sont les vôtres ?

    Sinon, sur le fond :

    Les marges des entreprises ayant l’essentiel de leur activité sur le marché français dépendent des revenus des ménages : réduisez le coût du travail, vous réduirez d’autant l’argent qu’elles consacreront à leur train de vie à besoins constants (à moins que vous ne croyiez que le travailleur ne sait pas ce qu’implique une baisse des charges sur son train de vie réel ?).

    La baisse des marges des entreprises exerçant essentiellement sur le marché français est donc réelle, puisqu’elle est la conséquence mécanique de la baisse de la part des revenus de la croissance donnée aux travailleurs plutôt qu’aux propriétaires (question du « pouvoir d’achat » et pression déflationniste sur les prix qui en découle). Car la France n’est pas un pays d’actionnaires ou d’investisseurs, mais essentiellement de fonctionnaires et de travailleurs, et donc, que la population ne profite de la mondialisation que par la déflation des prix sur les marchés nationaux, laquelle ne peut exister qu’en présence d’une certaine concurrence.

    Par ailleurs, du fait notamment de la complexité administrative, de l’absence de mètres carrés disponibles à proximité des voies de communication, d’une règlementation devenant hallucinante sur l’aménagement des locaux (savez-vous qu’il faut désormais consulter 18 interlocuteurs pour valider un système de retraitement des eaux nouvellement construit ?), d’un cours du foncier désormais délirant, j’en passe et des meilleures, il faut réellement être idiot pour investir et entreprendre en France lorsqu’on y est pas contraint, surtout lorsqu’on peut choisir une région étrangère limitrophe à la fiscalité toujours plus intéressante (sauf la Suisse)

    Quand aux propriétaires et aux entreprises réalisant des bénéfices, elles ont intérêt, pour d’évidentes raisons fiscales, à délocaliser leurs bénéfices : même au sein de la zone euro (libre-circulation des capitaux, marchandises et services) le choix ne manque pas. Rien de ce que peut y faire le gouvernement hormis réduire les dépenses publiques stériles n’y pourrait rien.

    C’est donc en tout premier lieu l’évolution des dépenses publiques et notamment des dépenses publiques directement imputables à l’état et aux collectivités (et notamment la réduction des dépenses stériles) qui déterminera l’attrait qu’exercera la France pour les créateurs d’activité.

    Réduisez donc le coût du travail en France : vous ne ferez que réduire proportionnellement le revenu des ménages, avec toutes les conséquences prévisibles qui en découleront pour le marché intérieur, au plus grand bénéfice, en effet, des entreprises multinationales désireuses d’exporter tout en réalisant de considérables bénéfices délocalisés.

    Est-il donc si inconcevable d’imaginer que la situation qui semble vous déranger est tout simplement la conséquence logique et prévisible de la pression à la baisse sur les revenus du travail conséquence annexe, mais tout à fait voulue, des lois sur les 35 heures ? Souhaitez-vous alors, à l’UMP, poursuivre dans la direction choisie en 1997 par Jospin et Aubry ?

  12. spider le 23/01/2008 à 14 h 24 min

    Meuh…je ne comprends rien du tout.

  13. Clems le 23/01/2008 à 21 h 11 min

    Le fameux rapport Attali est une telle catastrophe que la sanction risque d’être terrible pour la droite aux municipales…

    Ils vont perdre une clientèle qui est leur est habituellement acquise (patrons de taxis, coiffeurs, petits commerces qui craignent la grande distribution etc)

    Le seul point positif est pour moi la reconnaissance de la valeur ajoutée qu’est pour le pays, l’immigration.

    Si seulement le NS pouvait se servir de cela pour retourner les consciences.

    Mais non, il ne le fera pas.

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