Max Gallo ou la suffisance du cancre (brève)

27/01/2008
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Aujourd’hui, Max Gallo se gaussait de l’explication du comportement bancaire tirée de l’absence daléa moral.

Pour Bernard Marris, c’est très intéressant, parce que c’est uniquement en terme moral qu’il condamne l’initiative de la Fed : « Voler au secours d’attitudes frauduleuses et criminelles de banquiers, travers et analystes véreux, c’est pousse-au-crime, c’est abolir toute notion d’aléa moral. »

Moi, quant un économiste situe la réflexion à ce plan moral, ça m’inquiète beaucoup, parce qu’en réalité, on est dans un autre domaine.

Ah, comme le terme « moral » excite parfois. Il fait oublier le souci de s’intéresser au propos du locuteur, à lui demander compte de ce qu’on ne comprends pas au lieu que de s’indigner de partout.

Attendri, je me souviens encore comme Sylvain Attal donnait des leçons au Procureur d’Outreau dans l’affaire Humbert, et se scandalisait de ce que l’on ait pu tenir compte de lélément moral de l’infraction.

Mais revenons à notre aléa moral.

Il s’agit d’une notion parfaitement économique qui vise à décrire à une situation dans laquelle l’information est asymétrique sur un marché. Un agent profite donc d’un privilège d’information au détriment d’un autre en prenant un risque qu’il fait peser sur autrui.

La théorie provient de l’économie de l’assurance. L’idée est que les assurés se sachant couverts par un risque vont adopter un comportement plus risqué. La solution est de faire payer une franchise aux assurés pour qu’ils supportent malgré tout une partie du coût de leur impéritie[1].

Bien entendu, cette théorie est particulièrement applicable à l’économie financière.

Et elle n’a à voir que de loin avec un jugement de moralité[2], parfaitement étranger à la matière économique.

Certes, on fera valoir qu’il s’agit d’une morale bien jargonneuse que celle qui est étrangère à la morale.

Je répondrai d’abord que le terme « moral » admet une définition fondée sur le rapport à l’âme ; ainsi des « sciences morales« , dont relève l’étude de l’histoire.

Je répondrai ensuite que celui qui réfléchit sur les propos d’autrui et les commente, en particulier lorsqu’il s’agit de propos techniques, se doit de procéder avec prudence, en présumant son ignorance.

En tout état de cause, une telle méprise devrait appeler à plaindre la médiocrité de la culture juridique ou économique plutôt que de grogner contre les secrets – à ciel ouvert – d’une discipline.

Notes

[1] Une solution analogue doit être employée dans un régime d’indemnisation collective telle que la sécurité sociale pour mesurer l’inflation des actes.

[2] En fait, l’origine du terme semble se perdre dans l’histoire des pratiques de l’assurance : elle désignait alors le risque que prenait l’assureur face à un assuré peut-être malveillant. Mais dans sa version issue des sciences économiques, aucune connotation morale ne s’impose.

14 commentaires to Max Gallo ou la suffisance du cancre (brève)

  1. Raveline le 27/01/2008 à 20 h 09 min

    Humm, « sciences morales » n’est tout de même guère plus employé, sauf peut-être dans l’Académie des Sciences Morales et Politiques… Et puis, bon, en même temps, c’est Max Gallo. Comme disait Voltaire, il est inutile d’écrabouiller les scorpions à coup de massue.

  2. Salviati le 27/01/2008 à 20 h 36 min

    Je suis heureux de trouver sur votre blogue une référence à ce sujet. J’ai également entendu cette intevention de Max Gallo, dans cette émission radio que je trouve par ailleurs remarquable, et j’en aurai souri si celui-ci n’était pas coutumier d’une méconnaissance de l’économie qui se double en plus d’une pédanterie manifeste sur le sujet.

    Je me souviens de la fois où il avait doctement expliqué que l’entente entre les fournisseurs d’accès à Internet était évidente puisque les prix de leurs offres étaient les mêmes…

    L’émission manque cruellement de la présence d’une personne un peu calée en économie, un Jean-Louis Bourlanges n’étant pas de taille à devoir seul rectifier les âneries économiques proférées sans vergogne par Max Gallo ou Eric le Boucher.

  3. Al-Kanz le 27/01/2008 à 21 h 21 min

    Il faudrait peut-être informer l’intello de sa bourde, non ? A-t-il un blog ?

  4. LArtigue le 27/01/2008 à 21 h 55 min

    Merci de réagir, j’ai failli lancer ma savate sur le poste ce matin… – déjà, je m’étais à demi étranglé en l’entendant commencer sa phrase par une référence à Marris.

    Vous aurez relevé, par ailleurs, ses Forces Armées Révolutionnaires Communistes (sic), parce que colombiennes, ça ne fait pas assez rouge.

    Le must : l’OFCE, office français du commerce extérieur…

    - Un festival Gallo, qui ferait bien de retourner à son historiographie du règne de Louis XIV. Mais n’est pas Saint-Simon qui veut.

  5. Etienne le 27/01/2008 à 22 h 03 min

    Billet très intéressant, merci d’avoir précisé la définition du concept. Sur ce passage: « Et elle n’a à voir que de loin avec un jugement de moralité, parfaitement étranger à la matière économique » on peut quand même y voir un élément d’immoralité: un agent exploite une information privée à ses propres fins et en l’absence de contrôle. J’aime définir, par provocation, l’aléa moral comme une situation dans laquelle on se comporterait différemment si on avait une webcam pointée sur soi en permanence. Par exemple, notre garagiste nous facturerait-il 3h de main d’oeuvre si on pouvait suivre son travail dans l’atelier? Bien sûr cette définition n’est pas exhaustive (il faudrait aussi lire les pensées du dentiste qui recommande de revenir le voir pour cette autre petite carie). Bref, on pourrait dire qu’aléa de moralité est une meilleure traduction de moral hazard.

  6. Bla le 27/01/2008 à 23 h 32 min

    MARIS, Bernard Maris : c’est pas parce qu’il est nul qu’on doit écorcher son nom…

  7. Facultatif, coiffeur en ville le 28/01/2008 à 7 h 23 min

    Il est toujours très difficile de faire comprendre à quelqu’un quelque chose qu’il a intérêt à ne pas comprendre. Autrefois on évoquait ce phénomène en parlant des petits bourgeois…. : éduqués à ne surtout pas comprendre certaines idées, certains concepts.

  8. sachet le 28/01/2008 à 9 h 13 min

    M. Max Gallo sera reçu le jeudi 31 janvier 2008 à 15 h par M. Alain Decaux au fauteuil de Jean-François Revel. Oser s’en prendre à un tel monsieur: c’est gonflé. cordialement.

  9. Liberal le 28/01/2008 à 16 h 13 min

    En science ou en technique, on essaie généralement de donner aux termes que l’on définit un nom qui aide à saisir de quoi il s’agit.

    Valeur ajoutée, capacité electrique, indice de réfraction, elasticité des prix… Sans être totalement « self-explanatory », ces termes permettent au non-expert d’appréhender les concepts sous-jacents au moins vaguement.

    A contrario, j’ai toujours trouvé que le terme d’alea moral est totalement incompréhensible aux non-experts. Les origines de l’expression expliquent bien entendu cette situation. Mais le résultat des courses, c’est que choisir de parler d’alea moral, c’est faire le choix de n’être compris que par les économistes (ou les sympathisants).

    Alors, il est parfaitement légitime de moquer Max Gallo qui parle de ce qu’il ne connaît pas. Mais je trouve que ceux qui emploient à destination du grand public des termes dont on sait que 99% des gens les comprendront de travers sont tout aussi criticables.

  10. pas perdus le 28/01/2008 à 18 h 16 min

    @ Bla:

    Marris n’est pas un néo-libéral… On peut ne pas partager ses idées sans pour autant porter un jugement si définitif… Il apporte un peu de contradiction dans des débats qui ronronnent…

  11. Totoche le 29/01/2008 à 11 h 15 min

    Un nouveau post sans intérêt, mais l’aléa moral tel qu’il est décrit me semble correct (je m’assure, donc je peux avoir un accident) mais ne me semble pas procéder de l’assymétrie d’information, qui relève plutôt de l’antisélection. Distinction de puriste, l’antisélection jouant sur le type de contrat souscrit, alors que l’aléa moral joue une fois le contrat souscrit.

    Quoi qu’il en soit, ce sont des phénomènes que les assureurs connaissent bien et contre lesquels ils essaient de lutter.

    Le problème de l’aléa moral en assurance est qu’il est très difficile de lutter contre lui. Au mieux la franchise, mais le raisonnement n’est pas convaincant pour les « gros sinistres ». Il l’est plus probablement pour les « petits sinistres », et on le voit particulièrement mis en oeuvre dans le domaine de la santé (le médecin m’arrête deux jours, je choisis de m’arrêter effectivement selon que je suis couvert ou non par ma « mutuelle »).

    Par contre, il existe des moyens de lutter contre l’antisélection, comme par exemple la franchise, mais aussi la sélection médicale pour les candidats à un emprunt bancaire.

  12. - le 29/01/2008 à 12 h 40 min

    « La Société générale » est une personne morale. Un autre exemple où « moral », en français, s’oppose à « matériel », « physique » et non à « immoral ».

  13. Emmanuel le 29/01/2008 à 17 h 04 min

    @Bla :

    Bernard Maris n’est pas dans la pensée unique si vous le trouvez nul à cause de cela c’est fort dommage.

    C’est d’ailleurs parce qu’il n’est pas néo-libéral et à la botte du pouvoir en place qu’il est rarement invité dans les débats à plus grande écoute. Je remercie d’ailleurs Itélé de l’inviter dans « Y a pas que le CAC ».

  14. Facultatif, coiffeur en ville le 29/01/2008 à 18 h 23 min

    Accessoirement, Maris a un classement très enviable comme auteur de livres traitant d’économie.

    Vous croyez vraiment que quand on est nul à ce point on parvient à vendre des livres traitant de sujets aussi arides que le jeu des dérivés ?

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