Il ne faudra pas que l’on s’enflamme demain au matin.
La carte des États, colorĂ©e au grĂ© des victoires, altĂ©rera sans doute les rĂ©sultats vĂ©ritables du vote, c’est Ă dire, le nombre de dĂ©lĂ©guĂ©s Ă la Convention nationale.
En particulier chez les démocrates, qui excitent les passions françaises.
En effet, à la différence des élections présidentielles, les primaires démocrates reposent sur une allocation proportionnelle du nombre de délégués.
Aussi bien Hillary Clinton peut-elle l’emporter en Californie et Ă New York sans que son gain en dĂ©lĂ©guĂ©s soit si sensible qu’il dĂ©termine l’investiture. Un candidat pourrait mĂŞme obtenir plus de dĂ©lĂ©guĂ©s que son concurrent, alors mĂŞme qu’il a remportĂ© moins d’État, mais d’une marge plus grande.
La distribution des victoires d’État, donc, ne suffira pas Ă donner d’indication claire, en particulier si, comme les sondages le disent, Barack Obama a effectuĂ© une remontĂ©e spectaculaire.
A cela, il faut ajouter les super délégués, qui siégeront à la Convention nationale, mais ont été choisis par le Parti démocrate et non pas par le vote. Des résultats électoraux serrés pourraient donc trahir la réalité du rapport de force.
Il est vrai, cependant, que les résultats électoraux par États ne manqueront pas de stimuler les partisans du vainqueur apparent.
Chez les rĂ©publicains, il existe davantage d’États « winner takes all« ; l’influence de la proportionnalitĂ© n’est donc pas si grande. Aussi bien une tendance plus nette pourrait-elle se dĂ©gager, quoique Mitt Romney ne semble pas nettement distancĂ© ; moins que l’intĂ©rĂŞt mĂ©diatique pour John Mc Cain peut le laisser croire en tous les cas.
Chez les uns et les autres, l’influence combinĂ©e des fuseaux horaires et de l’infographie tĂ©lĂ©visuelle troublera jusqu’Ă la fin la dĂ©cision dans l’État de Californie. La coloration progressive des cartes – d’État en État – dessinera un vainqueur apparent, ce qui n’est jamais nĂ©gligeable dans une Ă©lection primaire[1].
Et quelque soit le nombre de dĂ©lĂ©guĂ©s en Californie, la couleur finale de l’État soufflera le parfum de la victoire. Un peu comme la dĂ©faite de la gauche aux dernières municipales fut si bien soignĂ©e des victoires parisiennes et lyonnaises.
A lire dans le New York Times : As 24 States Vote, a Grab for Delegates, and an Edge
Notes
[1] Parce qu’elle dĂ©courage des partisans et stimule les indĂ©cis.
Sais-tu à quel moment on aura les résultats définitifs ?
Pas avant demain dans la matinée française.
Je ne sais pas pourquoi ils sont si fiers de ce système moyennageux.
Stef : c’est vrai que c’est mieux de ne pas avoir de système de primaires du tout, tiens.
Jules, si demain on nse saura pas de manière certaine le nom du candidat, il reste qu’on aura parcouru plus de la moitiĂ© du chemin, et qu’on verra bien quelquechose d’Ă peu près clair se dessiner. Hillary, par exemple, pourrait finir avec 65% des dĂ©lĂ©guĂ©s. Pas insurmontable, ni dĂ©finitif, certes, en thĂ©orie, mais enfin, cela augurerait quand mĂŞme d’une fin très difficile pour Obama.
C’est rare qu’un candidat ait Ă©tĂ© dĂ©signĂ© très tard. Et la ceoncetration, notamment mĂ©diatique, autour de ce super tuesday lui donne un poids majeur dans l’Ă©lection. Sera difficile au perdant de remonter la pente.
Oui, mais ce que je voulais dire, c’est que la victoire dans les États ne signifie pas pour autant celle des dĂ©lĂ©guĂ©s, compte tenu du mode de dĂ©signation.
En consĂ©quence de quoi, il faudra regarder avec attention le nombre des dĂ©lĂ©guĂ©s obtenus avant de s’Ă©merveiller — ou de se dĂ©cevoir — du rĂ©sultat des États.
Et finalement, le supertuesday ne dĂ©cide pas d’une majoritĂ© si considĂ©rable des dĂ©lĂ©guĂ©s ; donc, si les rĂ©sultats sont serrĂ©s, on devra attendre.
Les dĂ©mocrates et les rĂ©publicains. Je vois une similitude avec notre gauche et notre droite dans l’art de choisir son chef. A gauche, on aime le dĂ©bat, on choisit des personnalitĂ©s qui s’affrontent jusqu’Ă la fin et relativement proches sur le plan du charisme, a droite on a le culte du chef, le futur leader doit pouvoir se dĂ©tacher facilement de ses concurrents afin de paraĂ®tre crĂ©dible.
D’une certaine façon Obama et Clinton se disputent la couronne dans une vraie primaire alors que de l’autre cotĂ©, il s’agit d’une route droite pour un sacre comme pour Sarko.
J’ai dĂ©ja eu l’occasion de le dire : je commence Ă bien aimer ce système de primaires progressives. Les petits Ă©tats qui ont votĂ© en premier ont permis un premier filtre qui a Ă©liminĂ© les guignols francs, sans pour autant verrouiller l’Ă©lection pour un candidat ou pour l’autre. Les gros Ă©tats votent au milieu, ce qui devrait logiquement emporter la dĂ©cision (mais pas forcĂ©ment cette annĂ©e, on sait). Et il reste suffisamment de dĂ©lĂ©guĂ©s Ă dĂ©signer après le super-tuesday pour, Ă©ventuellement, permettre au second de refaire son retard. Ă€ condition d’ĂŞtre très convaincant, ou d’ĂŞtre dĂ©ja en train de remonter très fort.
Je signale un bon papier dans le blog dy NY Times, expliquant quels rĂ©sultats ce soir pourraient aboutir Ă une victoire de l’un ou de l’autre candidat : http://campaignstops.blogs.nytimes.com/2008/02/05/super-surprise/
Dans ma petite ville universitaire de « Upstate NY », Obama est un net vainqueur si je juge par le nombre de pancartes sur la pelouse et de « lapel buttons ». Dont un qui l’a gardĂ© dans la polling station sans que personne ne lui dise rien.
Enfin, pour Clems: non, les primaires rĂ©publicaines ne sont pas encore « une route droite comme un sacre ». Il reste encore au moins deux candidats capables de l’emporter, et mĂŞme si McCain a une certaine avance dans les sondages, il dĂ©clenche une forte inimitiĂ© chez les « purs » conservateurs.
Le systeme n’est pas moyennageux. Il est simplement le resultat d’une organisation federale, dans laquelle chaque Etat choisit son mode d’election. Les Etats des USA sont tout sauf une fiction. Ils ont une veritable identite, une histoire, et une farouche autonomie.
Pire ! Un candidat DĂ©mocrate peut mĂŞme dans un Etat donnĂ© obtenir moins de voix mais plus de dĂ©lĂ©guĂ©s. Les dĂ©lĂ©guĂ©s sont allouĂ©s par « congressional district », pas par Etat.
Exemple (pas tout Ă fait reprĂ©sentatif, c’Ă©tait un Caucus): le Nevada, oĂą Obama a eu un dĂ©lĂ©guĂ© de plus que Clinton (a priori, c’est pas encore sĂ»r).
LSR
Il faut que j’apprenne Ă taper sur un clavier. Après coup, on est clairement dans le cas de figure Ă©voquĂ© : coude-coude, tout est ouvert. Momentum pour Obama, un peu limitĂ© par le fait que la vague ne passe pas la digue, en californie (oĂą le rĂ©sultat est dĂ©cevant par rappoort aux derniers sondages). La vague Obama va-t-elle retomber ou s’entretenir dans les semaines Ă venir ? C’est la vraie question.
J’aurais tendance Ă dire que oui, mais on est dans l’intuition faite de signes. D’abord les rĂ©seaux de volontaires, puis l’argent. Deux points pour Obama. Le web, en mineur, clairement dans un move favorable Ă Obama. Pour Clinton : quelques Ă©lections Ă venir dans des Etats oĂą elle pourrait remporter des victoires symboliques…
J’ai l’impression d’ĂŞtre dans west wing, et qu’on pourrait avoir une convention rigolote…