Pour ou contre l’instruction civique et morale à l’école

16/02/2008
Par

Le Président Sarkozy aime creuser le sillon du rétablissement de l’autorité.

Voilà qu’hier, il annonçait le retour de l’instruction civique et morale à l’école.

Cette instruction civique et morale prévoit notamment l’ap­prentissage des règles de politesse, la connaissance et le respect des valeurs et des emblèmes de la Ré­pu­blique française : le drapeau tricolore, Marianne, l’hymne na­tional à l’écoute duquel ils devront se lever.

Le moulin à polémique à nouveau relancé — mais s’arrête-t-il jamais ? — caresse aujourd’hui encore la petite école et ce qu’on doit y faire ou dire.

Quelques bribes d’arguments me traversent l’esprit.

Contre l’instruction des règles de politesse :

Celles-ci se diffusent de façon coutumière, par imprégnation plus que par enseignement magistral. Au reste, les professeurs ne s’interdisent pas de les faire connaître lors de leurs cours. De sorte que cet enseignement dédié est au mieux inutile, au pire, contre-productif. La politesse se réduirait à un contenu formel expression d’une autorité qui peut susciter le rejet ; au lieu que de constituer l’expression quotidienne de la vie commune.

A tout prendre, il vaudrait mieux s’interroger sur les autres lieux d’apprentissage, tels que la famille ou l’espace public, relayé par la télévision.

Pour l’instruction des règles de politesse :

Rien n’interdit de poursuivre l’application des règles de politesse en toute classe d’école. Mais un cours de morale pourrait opportunément servir l’explication de devoirs qui peuvent apparaître empreints d’un formalisme désuet.

C’est que la politesse n’est pas seulement l’expression d’un rapport de puissance, qui conduirait celui qui le cède à l’autre à s’incliner devant son pouvoir. Il s’agit également d’un instrument de pacification et — osera-t-on — de fraternité. A cet égard, la notion de « respect » pourrait trouver un contenu un peu moins outrageux et vulgaire que la primitive expression d’agressivité à laquelle elle semble aujourd’hui se réduire.

Et, en passant, quelques usages formels ne sont pas à dédaigner.

Ainsi, nos jeunes lecteurs[1] ne seront pas mal instruits de la différence entre « Je m’excuse« , qui s’autorise de la seule bonne volonté du locuteur, et « Je vous présente mes excuses« , qui fait appel à bienveillance d’autrui. Ce n’est pas qu’une question de style, mais d’attention à l’autre. Une subtilité qui demande un peu de temps à dire et à expliquer.

Contre le lever pendant la Marseillaise

L’amour de la nation ne réside pas dans l’allégeance aux symboles, mais se nourrit mieux de raisons plus tangibles et quotidienne. L’artifice peut suppléer la réalité.

Il n’appartient pas, de surcroît, à l’école de dresser les enfants en brigade ; qu’il lui suffise de leur donner quelque jugement.

Pour le lever pendant la Marseillaise.

La République est avant tout une idée. Et cette idée s’exprime dans des symboles[2]. Qui en regrette la disparition dans le texte du Traité Modificatif ne saurait l’ignorer.

Cela signifie-t-il qu’il faut se lever ?

L’allégeance à une idée ne saurait-être que symbolique. Et il n’est pas honteux que la République en réclame témoignage dans les écoles qu’elle offre à ses enfants.

Quitte à se lever à l’école, il est vrai, on aurait pu attendre que le devoir s’étende aux maîtres, qui font la substance — beaucoup moins symbolique — des œuvres de la République.

En bref,

Contre : Laurent

Pour(-quoi pas ?) : Jules

Notes

[1] Et même les plus âgés.

[2] Un exégète pourrait m’opposer un argument constitutionnel : si l’article 2 vise la langue et la devise de la République, le drapeau et l’hymne sont nationaux

25 commentaires to Pour ou contre l’instruction civique et morale à l’école

  1. Bob le 16/02/2008 à 13 h 27 min

    Et il n’est pas honteux que la République en réclame témoignage dans les écoles qu’elle offre à ses enfants.

    En réclamer témoignage ? Je pense que c’est là qu’est le soucis. Doit-on imposer ce témoignage ou doit-il venir du citoyen de lui-même ? L’école ne doit-elle pas justement expliquer les fondements de la république pour que ce « témoignage » vienne de lui-même. Est-ce qu’imposer ce témoignage à des enfants ne serait pas justement contre-productif pour transmettre le respect de la république ?

    De plus il y a pas mal de personnes qui voient assez mal les bénéfices de la république, qui ont plutôt l’impression que la république française est une franche rigolade quand ils regardent leur propre situation. Et ce sentiment est sans doute présent parmi certains adolescents. Je suis quasi certain que ces personnes là ne se lèveront pas au chant national, ni devant le drapeau. J’imagine fort bien les problèmes que cela créera au sein de collèges et lycées (qui ont déjà bien d’autres problèmes), va-t-on assister à des renvois de cours pour « manque de respect envers la république » ? ou « ne connait pas la marseillaise par coeur » ?

    Bref pour l’instruction civique et la connaissance de la république (ce qui existe déjà à mon avis), mais contre imposer son respect.

  2. Laurent le 16/02/2008 à 14 h 08 min

    Jules pris le cul entre deux chaises :-)

  3. Jules (de diner's room) le 16/02/2008 à 14 h 13 min

    Ne compte pas y trouver quelque espace. ;-)

  4. Laurent le 16/02/2008 à 17 h 11 min

    J’ai cessé de rêver ;-)

  5. miquette le 16/02/2008 à 17 h 27 min

    je suis pour l’instruction civique et apprendre à respecter ses professeurs ce qui nest pas le cas actuellement, mais il y a aussi l’éducation des parents car l’école ne peut pas tout faire surtout qu’il y a bcq trop d’élève ds les classes et on ne recrute plus au contraire, il y a une école de la deuxième chances mais si il y avait moins d’élèves ds les clsses peut-être qu’ils sauraient lire et écrire en sortant de l’école et il y aurait moins d’échecs scolaire…..

  6. vieux le 16/02/2008 à 18 h 35 min

    Je ne suis pas sarkosiste et pourtant je lui accorde toute ma bienveillance pour cette remise en service des bonnes vieilles règles de politesse et de respect qui régissaient la bonne morale de notre pays. Il est vrai que c’est une question récurrente, mais, obsédante, est-elle posée au bon endroit ? A mon sens, avant de vouloir éduquer les enfants, il faudrait sans doute se soucier du peu de la morale de beaucoup de parents qui du fait de leur lâcheté devant cette responsabilité, ou du fait que ça les arrangent pour trouver une tranquillité « perdue ou retrouvée suivant le cas » fuient devant cette responsabilité qui est la leur avant d’être celle de l’école et non de l’éducation nationale.( Ce qui ne les empêchent pas d’encaisser les allocations familiales au demeurant pour acheter tout autre chose que des fournitures ou de la nourriture pours leurs enfants, sans parler des bourses et allocations diverses qui leurs sont versées pour les études et qui partent je ne sais ou !!!) L’école devrait à mon sens avoir un travail de continuation de cette éducation parentale, sans pour cela en faire une matière a part entière, mais pour cella les éducateurs devraient pouvoir faire des remontrances aux élèves sans que certains parents montent au créneau, ou s’adressent aux tribunaux qui dans leur « très grande clémence » leur accorde de l’argent sous forme d’indemnités, qui sans vouloir pousser trop loin serviront à payer les échéances de la voiture….. A mon sens la propagation et le contrôle de cette morale avant d’être mise en application devrait retrouver sa vraie valeur, même aux yeux de ceux qui vont être chargé de le faire, ne serai ce que dans le respect et la ponctualité dans leur travail. Lourde tache que d’enseigner le bien et le mal et de vouloir les différencier aux yeux de nos enfants !……..pour cella il faudrait être intouchable a ce niveau, ce qui n’est souvent pas le cas……absentéisme répété, congés de maternité a rallonge etc…. La morale a ses règles qui sont son fondement….apprendre la politesse, a la maison, quand on se lève le matin, on dit bonjour ou on embrasse ses parents, on déjeune on se lave et on s’habille. Lorsqu’on rentre en fin de journée, on se change de vêtements pour être a l’aise, on ne fait pas un repas, mais ses devoirs et on apprend ses leçons…quand on va aux toilettes on tire la chasse d’eau. A l’heure du repas, …on se lave les mains avant de passer a table, on aide a mettre et enlever le couvert, on ne mange pas avec les doigts et on se sert de sa serviette de table pour s’essuyer la bouche et non la manche ou la main….et d’une façon générale on se rend utile quand on a rien a faire avant de se coucher une petite toilette pour pas trop salir les draps du lit et bien se sentir….Quand on se couche on dit bonsoir ou on embrasse ses parents, et on rejoint sa chambre ou son lit en laissant le téléphone portable éteint dans un lieux ou il ne dérangera personne, et ou il n’empêchera pas son propriétaire de se reposer normalement. Quand on arrive dans un lieu, c’est toujours celui qui rentre en dernier qui salue les autres, et lorsqu’on en sort on dit au-revoir…pour ce qui est du respect des autres et de soi même, on s’habille correctement et proprement, dans les salles d’attente et transports publics, on laisse s’asseoir les gens âgés et les femmes enceintes, et d’une manière générale on les aides quand on en a l’occasion. Lorsqu’on se présente en classe, même chose tenue correcte et respect de la personne qui enseigne…..et des copains de classe. Sans oublier la réglementation de l’établissement scolaire et des règles de société qui régissent le tabac les horaires etc. … Quand on fait le tour de ces quelques règles, on se rend vite compte que ce n’est pas le travail de l’instituteur de les enseigner, mais bel et bien aux parents ou responsables des enfants, et dans la journée l’instituteur devrait lui vérifier la bonne application de ces règles. Et comme j’ai lu a quelque part, le fait de s’excuser « soi même » n’absout rien et surtout ne veut rien dire, le fait de présenter ses excuses est une demande de pardon…. Pour ce qui est de la république, elle a ses règles ses lois et ses valeurs, et je trouve normal et naturel que ça fasse parti d’un enseignement qui la perpétue, toujours avec droiture et honnêteté.

    Pour ce qui est du devoir de mémoire, je pense qu’il n’est pas utile de faire porter aux enfants jeunes un tel poids sur eux et leurs faibles épaules et sans être comment dire…..anti ceci ou anti cela, alors il faudrait aussi leur donner un jeune chrétien mort sous tel ou tel dans les arènes de Rome ou ailleurs. Si le devoir de la république est de perpétuer le souvenir, il y a des monuments qui sont là pour nous le rappeler et éveiller la curiosité des enfants ce qui n’est pas plus mal.

  7. Flavie le 16/02/2008 à 19 h 34 min

    Se lever pendant la marseillaise!Pour moi, il s’agit d’une propagande pure et simple.D’ailleurs Staline,Hithler,et tous ces politiques qui avaient tendance à être « légèrement extremistes »,est-ce que ce n’est par ça qu’ils ont commencé?par inculquer aux enfants dès le berceau l’impression qu’ils vivent dans le plus beau pays du monde? Par ailleurs, je suis pour la marseillaise dans sa valeur historique, mas je trouve déplacé de la chanter aujourd’hui.Car qu’est -ce que l’évocation du « sang impur » si ce n’est pas du racisme? Flavie, 15 ans

  8. Emmeline le 16/02/2008 à 19 h 48 min

    « Je ne suis pas sarkosiste et pourtant je lui accorde toute ma bienveillance pour cette remise en service des bonnes vieilles règles de politesse ».

    Hi hi hi. L’idée est certes louable, mais… on parle bien de l’homme qui consultait ses textos pendant que Benoît XVI lui parlait (voire lui donnait la bénédiction) ?

  9. béatrice le 16/02/2008 à 19 h 48 min

    je suis pour l’instruction civique même auprès de nos jeunes bambins,car le respect s’enseigne tôt,de belles valeurs se sont perdues au profit de l’individualisme,du sectarisme et de l’hypocrisie !! mais regardons les dégats et arretons de faire l’autruche,nos enfants attendent que nous leur montrons le bon exemple non? Certes ce n’est pas des cours magistraux mais des valeurs dont nous parlons,et puis arretons de nous étonner de ces réformes qui je le rappelle ont été citées dans le programme de Mr.Sarcozy,un peu de mémoire voyons !!! Et puis au lieu de critiquer sans cesse,donnez donc vos avis les plus pertinents à monsieur le président,il se fera une joie de dialoguer sur vos idées,bonne soirée.

  10. Turtle Crazy le 16/02/2008 à 20 h 06 min

    » mais s’arrête-t-il jamais

    Si-si. Dès qu’il faut mener de véritables réformes, il s’arrête.

    Béatrice: » que nous leur montrons le bon exemple non?

    C’est amusant de constater que tout ceux qui tiennent ce genre de discours sont les premiers à enfreindre les règle, en particulier en bagnole.

    Combien de fois devrais-je entendre des appels au civisme de la part de gens qui n’hésiteront jamais à se garer leur char sur un trottoir ?

  11. J M le 16/02/2008 à 21 h 03 min

    Bein, ça vous gêne pas a vous d’entendre des expressions du genre « bonnes vieilles méthodes », « bonnes vieilles traditions » .. ? Moi ça me fiche un coup de blues comme si tout ce qui est fait inventé créé n’est que puérilité face a la sagesse de nos aînés que jamais nous n’égalons. A mon avis, c’est plus le langage d’une société vieillissante (et rétrograde) que porteuse d’espoir et d’avenir.

    La Marseillaise est l’hymne national, trés bien, et vous pensez que devoir se lever a son écoute va rendre les gens plus respectueux pour autant ? Le respect est une valeur transmise par la famille, les parents pour l’essentiel, pas par l’école et la Marseillaise (en plus je n’aime pas la musique que je trouve trop va-t-en guerre, mais je n’en suis pas moins respectueux pour autant).

    Tout ça c’est de la démagogie à papa pour faire voter les vieux et les nationalistes dans le bon sens.

  12. Gombro le 16/02/2008 à 22 h 39 min

    ne vaut-il pas encore mieux dire : « je vous prie de (bien vouloir) m’excuser », car personne ne peut s’excuser lui-même (se retirer sa propre faute, en quelque sorte) ?

    Sur le fond, bahhh, évidemment que (en vrac) : 1) C’est du sommet de l’Etat que pourrait venir l’exemple en matière de civisme et de morale, ce qui est rarement le cas. Pardon pour cette remarque candide et naïve. En effet, même si politesse et politique ont la même étymologie, je crains que la seconde soit irrémédiablement tarée pour ce qui concerne la première. Et finalement on s’époumonerait en vain à réclamer que cessent les « salopes », « tocard », « gros Bertrand », « Naboléon » dans la bouche de nos éminents représentants. 2) Comme toujours, tout n’est pas à jeter dans l’idée, mais l’hypocrisie est totale lorsque le même gouvernement se contente de 500 millions d’euros pour l’éducation dans son plan banlieue. Une preuve de « respect » pour les habitants les plus jeunes de ces quartiers ? 3) Se lever pour la Marseillaise ? Chaque fois que l’équipe de France joue les Angliches au rugby ou l’Allemagne au foot, bien sûr !

  13. chocobon le 17/02/2008 à 11 h 50 min

    Pourquoi hésiter à ne pas laisser revenir la morale à l’école ? Y en aurait-il ici, qui souhaitent que la morale soit uniquement le bien de la religion ? On se lève à la messe, on peut se lever aussi à l’écoute de la Marseillaise sans en être plus choqué. Si on ne respecte pas la république, on ne respecte plus rien, parce qu’on ne sait simplement plus ce que signifie le terme « respect ». Si, en cours de morale et d’instruction, on ne devait retenir que ça, ce ne serait déjà pas si mal. On enlève la casquette en classe, on dit bonjour au prof qui nous répond, et on présente des excuses à son camarade qu’on vient de bousculer, ce n’est pas si insensé. Je ne vois même pas comment on peut douter du bien fondé de ces quelques règles.

  14. béatrice le 17/02/2008 à 18 h 22 min

    ahhh,enfin des paroles censées et rassurantes,merci « chocobon »pour ce message de tolérance et de respect… concernant mes enfants je leur apprend que se faire respecter est tout aussi important que de respecter l’autre dans sa différence,physique(j’ai des amis de religion variée),morale ou émotionnelle ,on peut avoir droit à l’erreur ,ne sommes nous pas des êtres humains??? Et ces différences,ces mélanges nous rendent plus riches encore dans nos coeurs,à bons entendeurs,

  15. Gwaihir le 17/02/2008 à 22 h 26 min

    Bonjour à tous,

    Etudiant en deuxième année de droit et par conséquent récent lycéen, j’ai pu bénéficier de ce qu’on appelait alors de l »Instruction civique et sociale ». Il s’agissait d’un cours (si je me souviens bien) donné en 3ème, 2nde et 1ère. Ça en fait des années. On y apprenait, notamment en 3ème, certaines institutions ou les symboles européens.

    Loin moi l’idée de généraliser, mais cependant, en 2nde et en 1ère, souvent nos professeurs d’histoire géographie se servait de ces heures pour rattraper du temps sur les programmes d’histoire-géographie souvent « trop chargé »…(Le programme d’instruction ne figure ni au brevet ni au Bac)

    Je suis peut être un peu utopiste, mais maintenant que j’ai pu bénéficier de l’enseignement des différentes branches du droit, je me demande s’il ne serait pas utile d’enseigner (avec examen au BAC ou au brevet), un tel cours, mais essentiellement fixé sur le droit.

    Qu’est ce que la Constitution ? La hiérarchie des normes (pas en détail dans son application). La saisine du Conseil Constitutionnel, les différentes branches du droit. Les différentes institutions françaises. La différence entre procès civil et public. La notion de Nation (Le vouloir vivre ensemble de Renan)…

    Beaucoup de mes anciens camarades ont fait des classes préparatoires, et je me demande parfois dans quelle mesure ils connaissent l’actualité juridique. Pour la plupart des gens, cela doit se résumer à des faits divers.

    Alors c’est certain, on ne va pas régler les problèmes de la délinquance en faisant apprendre le Code Pénal, mais une telle éducation pourrait rendre plus respectueux. Et quoi de plus merveilleux que d’apprendre aux plus jeunes une « justice qui marche », une justice qui différencie procès pénal et civil…et non pas une justice de faits divers.

    Voilà mes petites réflexions sur la question. J’espère ne pas déranger en les communiquant ici, bien que cela soit un peu hors sujet…pour recadrer, je trouve les propositions bien vagues et un peu futile…excusez moi, mais « le drapeau tricolore, Marianne, l’hymne na­tional à l’écoute duquel ils devront se lever », ça n’est pas comme si ça n’était pas enseigné ou connu par la culture de chacun !

    Amicalement !

    PS: C’est ma première intervention sur ce blog, que je consulte assez souvent. Les blogs juridiques, c’est génial ^^

  16. Alex le 19/02/2008 à 11 h 33 min

    « Contre l’instruction des règles de politesse : Celles-ci se diffusent de façon coutumière, par imprégnation plus que par enseignement magistral. »

    Voilà qui me semble très juste. Et c’est bien aussi l’environnement familial qui aura soin d’habituer à quelques manières simples de courtoisie, de sorte qu’elles deviennent autant de « réflexes conditionnés ». Sûr qu’il faut expliquer le pourquoi du « je tiens la porte à la personne qui vient derrière », mais ça rentre mieux lorsque c’est inculqué dès que le bambin franchis les huis. Donc, avoir des parents qui accordent à la politesse un sens, ça prépare mieux.

    Alors, qu’à l’école on apprenne à faire montre d’estime envers autrui, oui chouette, mais si à la maison se cultive l’art d’un « chacun pour sa gueule », risque d’y avoir conflit… Sans être très calé en psychologie on devine que l’impact familial sera généralement le plus costaud.

    Et puis encore faut-il que le Hussard Noir soit respecté, qu’il fasse figure d’exemple, qu’on lui témoigne de la considération. C’est encore ça l’image qu’on a de « l’instit » ? (le sobriquet parle de lui-même !)

    
    

    Bref, ces annonces du Président, je dirais bien qu’elles ont l’allure d’un enduit de rebouchage, histoire de dire qu’on fait quelque chose, alors qu’on ne sait pas trop comment faire pour que les mômes cessent d’insulter leurs profs. Et puis ça colle avec le « réactionnisme » bon ton qui revient à la mode (les gens qui manquent d’idées, d’esprit d’initiative, d’imagination, ils aiment bien aller chercher des solutions clé-en-main du temps jadis) ; ça colle bien aussi avec le vieillissement de la population, la mode du « retour à l’autorité » et tout le tintouin.

  17. christian le 20/02/2008 à 17 h 35 min

    Se lever pendant la marseillaise? Hmmm, je ne comprends rien(…) on signe des traités européens, on se dit européen et on continue notre nationalisme. Quel enfant connaît aujourd’hui l’hymne européen? Oui oui il y en a un!! Et que dire à cet enfant étranger obligé de chanter un hymne qui n’est pas le sien? Les comparaisons avec les régimes extrêmistes ne sont pas ridicules. L’école sous Pinochet commençait toujours par l’écoute de l’hymne national dans la cour avant d’entrer en classe. C’était dans son programme? Peut-être…je n’ai pas pris la peine de le lire tout comme ceux de De Villiers et Le Pen. Mais 100% des français n’ont pas voté pour lui…et surtout pas les enseignants! Qu’il en tienne compte…un minimum.

  18. jules (de diner's room) le 20/02/2008 à 17 h 43 min

    Il n’est pas question — à ma connaissance — de chanter l’hymne, quoique cela ne me choque nullement.

    L’hymne européen n’a pas de caractère constitutionnel — merci aux nonistes — et en tout état de cause, la double citoyenneté ne suppose pas que l’on doive substituer l’hymne de l’Union à celui de la République.

    Et je ne vois pas ce qui peut bien embarrasser un étranger dans le fait de chanter l’Hymne d’une République qui lui offre l’instruction.

    La comparaison avec le régime de Pinochet vous vaut un point Godwin dérivé.

    L’argument des enseignants n’ayant pas voté pour le Président est non avenu : ils sont fonctionnaires publics et doivent respecter la loi et les directives de l’autorité administrative.

    En passant, la démocratie suppose de se plier à la loi de la majorité, même si l’on se reconnaît dans la minorité.

  19. patrice le 25/02/2008 à 1 h 51 min

    Rien de tout ceci – si même nous en avons besoin – ne peut avoir d’existence que par la conformation des mentalités ( quelques uns ont écrit sur les mentalités ) à ces pratiques. Or , les mentalités, ne sont pas des objets qui s’élaborent dans des rituels scolaires, sauf à considérer les classes comme des lieux de vie au sein desquels toutes les règles de la démocratie doivent jouer.Or ceci parait difficile à mettre en oeuvre. Les professeurs ne sont pas élus, l’administration nommée par tous les protagonistes.

    Exit, de fait, une telle possibilité.

    Mais au fond, ceci serait il imaginable, que ce cercle restreint ne suffirait pas à lui seul à assurer une qualité respectable des echanges communautaires. Ceux-ci prennent leur source dans l’environnement plus vaste de la société elle même. C’est tellement bète à dire.

    Si toutes nos belles écoles du passé, bien polies, sans casquette, se levant dès l’entrée de l’instit, avaient produit les fruits que certains semblent attendre de nouvelles mesures ne signifiant rien d’autre que quelques imprécations pour un retour à l’ordre moral (l’ordre moral…on se demande!)assorties de manoeuvres politiques douteuses…nous ne serions pas là a discuter de ce sujet et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

    Les règles en matière de conduite et de morale, c’est fait pour être transgressé. Et plus elles sont impératives et plus il est agréable de les piétiner.

    Une société peut être plus vertueuse à peut être quelque chance de parvenir à de telles fins. Et ce poids est à mettre sur nos épaules d’adultes plutôt que de charger celles de nos enfants.

    
            
  20. patrice le 25/02/2008 à 1 h 59 min

    Et pour finir, franchement ! Des gens meurent sur les trottoirs. Et sauf à ce que l’on me démontre une relation de causalité avec une casquette posée sur le petit chef de l’écolier pendant la classe et la flambée des prix de l’immobilier, je crois qu’il serait bon de pas trop en rajouter du coté de nos gamins. Il y a beaucoup de bon vouloir souvent de leur part à s’accommoder d’une Ecole dont ils n’ignorent pas l’impéritie dans laquelle notre société la laisse. Il y a une limite à tout. Et je peux bien comprendre leur colère ici ou là quand au bout du compte ils mettent un jour le feu à une bibliothèque.

    Ne tirez pas sur le pianiste !

  21. patrice le 25/02/2008 à 2 h 17 min

    « Et je ne vois pas ce qui peut bien embarrasser un étranger dans le fait de chanter l’Hymne d’une République qui lui offre l’instruction. »

    Si les choses étaient si simples…

    Prenons les enfants de l’immigration par exemple…Celle dont les parents ou les grands parents vivaient dans nos colonies autrefois. Ou qui OS à Billancourt ou ailleurs vivaient dans des baraquements en tôles aux portes des lointaines banlieues parisiennes.

    Sort cruel pour certains d’entre eux peut être : l’école est obligatoire. Et vous allez leur demander de chanter la Marseillaise.

    On leur offre l’instruction ? Grand Dieu. Et qui à le plus à y perdre à ce qu’ils ne soient pas scolarisés ? Pas moins qu’eux , nous, autant.

    C’est un mauvais discours en ce sens qu’il pourrait être aussi bien plaqué sur une situation coloniale, sous forme de : « nous leur avons apporté la Civilisation ».

    Non, les choses ne sont pas si simples.

  22. JOCELYNE le 25/02/2008 à 9 h 18 min

    Je suis pour la morale à l’école et aussi à la maison. Il existe un jeu le « MABO » qui présente des situations de bonnes et de mauvaises actions qui donnent droit selon le cas à un « bonus » ou a un « malus ». Ces actions sont représentées sur des cartes par des dessins souvent humoristiques et mettent en scènes la politesse et le savoir-vivre à la maison, à l’école, dans la rue, dans l’autobus, etc. Pour plus d’information sur le jeu, voir le site: http://www.deniere.com

  23. patrice le 25/02/2008 à 9 h 53 min

    @ »En passant, la démocratie suppose de se plier à la loi de la majorité, même si l’on se reconnaît dans la minorité. »

    Ne m’en veuillez pas de cette salve de commentaires.

    Je crois que j’apprécie en général ce que vous laissez penser de vous à vous lire.

    Mais la non plus. La démocratie suppose, et vous auriez aussi bien pu le dire de se plier aux lois qui régissent l’état qui l’accueille, la reçoit, la contiens (un mot ici que je n’ai trouvé). Ici une République avec quelques siècles derrière elle de moeurs et de pratiques. Majorité ou minorité, c’est à elle que nous avons à faire appel.

    Sinon, quel sens aurait donc toute cette actualité concernant le Conseil Constitutionnel ?

    @ »Je suis pour la morale à l’école et aussi à la maison. »

    Comme disent bien des enseignants : « Enseigner la morale… ? Croyez vous que dans le fonctionnement même de ma classe, ce n’est pas quelque chose que je fait déjà chaque jour ? « .

    Monsieur Jourdain, Alain…

    Je crois qu’on mélange tout, certains à dessein; d’autres sans bien savoir….

    Initier une réflexion, à chaud, à partir de situations réelles, c’est probablement ce qu’on fait tous, familles, enseignants, dans la vie.

    Après, vouloir « enseigner » la morale, ce qui est bien, mal, c’est un leurre. Chacun se détermine vis à vis de ses expériences, et, pour beaucoup, le bien ou le mal à mon sens, ne se décrètent pas, du moins à partir d’une pensée laîque.

    Mais quand bien même : dire à un enfant qui frappe son petit copain « c’est mal ce que tu as fait là », croit-on qu’il ne le sait pas lui même ? Est-ce un « enseignement » (à fortiori scolaire) qu’il faudra à celui là pour qu’il cesse ? Une fessée ?

    Ou un échange avec lui et une réflexion de tout son entourage sur ce qui l’a mené là ?

  24. jules (de diner's room) le 25/02/2008 à 10 h 31 min

    Patrice,

    Vous aurez noté qu’il ne s’agit pas de l’enseignement de la morale kantienne, qui se trouve aimablement massacré par l’étique introduction à la philosophie des classes de terminales.

    Et si chacun sait que frapper est mal, on trouve quand même quelques personnes toutes disposées à justifier d’une violence par une insulte. Ce que la morale réprouve.

    Pour ne rien dire des règles formelles de politesse qui ne sévissent plus guère aujourd’hui.

    Je vous accorde que la transgression est un hommage que le vice rend à la vertu ; encore faut-il avoir conscience de trangresser une règle ; ce qui n’a rien d’une évidence.

    Je ne vois pas ce que les français issus d’une famille migrante auraient à redire à la marseillaise. Et je m’étonne que vous les distinguiez de la nation en usant du « eux » et « nous« .

    A l’évidence, nous avons à perdre à la descolarisation de nos enfants ; mais en quoi cela concerne-t-il la question du jour ?

    Je reviens, pardonnez-moi, sur deux de vos remarques.

    La première : discuter avec l’enfant sur les raisons de ses actes n’interdit pas de le sanctionner. Cela vaut de façon générale. Je suis bien persuadé que vous partagez cette opinion, mais à vous lire, certains pourraient croire qu’une très émolliente approche de la transgression s’est glissée dans votre propos.

    La seconde : je ne goûte guère la référence aux gens qui meurent sur les trottoirs ; c’est une façon discrète de disqualifier vos contradicteurs, indifférents au principal, fasciné par l’insignifiant.

  25. patrice le 25/02/2008 à 12 h 11 min

    @ »Vous aurez noté…ce qui n’a rien d’une évidence. »

    Il y aurait sûrement beaucoup à dire sur cette première partie, mais je ne suis pas bien sûr que j’aurais les compétences pour celà. Voire même des propos qui vaillent.

    Seulement : « frapper est mal ». A vrai dire, j’en sais rien. Mais j’ai cette vague idée que ce n’est peut être pas ( voyez la somme de peut être que je mets dans mes commentaires…) en termes de « mal », ou pas uniquement, que l’on peut faire émerger une réflexion chez l’auteur du méfait.

    « @ »Je ne vois pas ce que les français issus d’une famille migrante auraient à redire à la marseillaise. Et je m’étonne que vous les distinguiez de la nation en usant du « eux » et « nous ». »

    1/Moi, si. Et j’ai tenté de l’expliquer, de façon trop concise il est vrai, dans un précédent commentaire. 2/Quant à l’usage du « nous » et du « eux », le fil de cette conversation partait d’un mot que vous aviez utilisé à l’origine, « étranger » (« …embarrasser un étranger ») , lequel, pour dire ( mais restait à savoir dans quel sens vous l’employiez… ) m’avait un peu bousculé. « …français issus de famille migrante » est plus explicite.

    Mais qu’il s’agisse des uns ou des autres, non, ils ne sont pas particulièrement pour moi hors ou dans la nation. Ce sont des enfants à l’école auxquels un savoir est peut être à transmettre , qui que soient et d’où que viennent ces instituteurs qui le tentent. Je n’ai pas vraiment de vision frontalière au sens strict comme au sens étendu du mot.

    @Discuter avec un enfant sur les raisons de ses actes devrait prioritairement aboutir à intervenir à la source de cet acte et je pense que les sciences sociales nous ont assez montré que dans bien des cas, l’enfant est hors de cause.S’il vaut toutefois de le faire participer en tant que protagoniste.

    @Non ce n’est pas une façon « discrète » et je ne cherchais à disqualifier personne. Je ne tiens pas ce que je dis comme étant de plus grande valeur que ce que l’interlocuteur avance de ses idées sur le sujet. Il dit les siennes, je dis les miennes.

    La référence aux gens qui meurent sur les trottoirs était choquante mais je ne peux penser qu’on puisse éviter de l’être quand une question est lancée par un détenteur de l’autorité publique, comme à titre privé. Comme à titre privé. Que propose ce ministre ou certains des commentateurs que j’ai lus ici de faire d’autre que ce que l’Ecole fait déjà, morale, instruction civique… ?

    J’insiste : »…que l’Ecole fait déja ».

    Mais merci de cet échange.

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