On peut s’enthousiasmer pour Barack Obama.
On peut se charmer de son verbe ou sa posture. On peut s’enchanter de la dynamique électorale — so called momentum — qui faisait ménage avec son énergie charismatique. Et on peut ne pas aimer Hillary Clinton.
Mais les structures démographiques sont décisives dans ces primaires, et ce, depuis les premières consultations. Ce qui relativise, en passant, l’hypothèse d’une Amérique post-raciale.
Clinton emporte les votes hispaniques et ceux des femmes. Obama séduit les afro-américains, les jeunes et les classes supérieures. Et ceci promettait la victoire à Clinton dans les deux grands États du Texas et de l’Ohio.
Et ceci fut fait, nonobstant tous les enchantements.
Au Texas, les enquêtes de sortie des urnes montrent que la démographie électorale a encore fait son œuvre. 60 % des hispaniques et des femmes blanches ont choisi Clinton. Obama a conquis le vote afro-américain et les jeunes électeurs. Mais la démographie du Texas favorisait inévitablement Clinton.
En Ohio, ce sont les blancs — hommes et femmes — qui ont privilégié Clinton, ce qui décide de beaucoup. En effet, le vote des hommes était disputé depuis le super tuesday, Obama semblant peu à peu équilibrer l’avantage de Clinton chez les femmes par l’adhésion masculine. Dans cet état si représentatif du vote américain[1], les affiliations socio-démographiques sont lues avec attention.
De façon générale, le vote Obama est présent dans les villes, mais Clinton résiste mieux dans les banlieues — le mode de vie des États-Unis contemporains. Clinton l’emporte chez ceux qui font valoir des inquiétudes sur leur situation économique, ce qui la favorise dans les circonstances actuelles.
Mais les résultats demeurent serrés malgré tout et il semble désormais que la désignation pourrait bien se jouer grâce aux superdélégués — cette partie des délégués choisis par les instances du parti ; voire lors de la convention, avec cette partie des délégués difficile à attribuer, notamment ceux de John Edwards.
Dans cette perspective, Clinton présente encore quelques avantages.
Elle a vaincu dans tous les grands États[2], dont le gain est nécessaire aux démocrates lors de l’élection de novembre. C’est pourquoi l’enjeu du Texas — pourtant républicain — faisait frissonner les deux camps.
Elle a su gagner le vote hispanique, qui sont plus contestés et décisifs que le vote noir[3] pour le grand jour.
A cet égard, la primaire précoce de Floride pourrait finalement compter plus qu’on ne pouvait le prévoir. Clinton l’a emporté nettement, mais elle ne lui procurera pas de délégués en raison de son annulation par le Parti démocrate. Cependant, la Floride est à la fois un grand État et un swing state. Autrement dit, c’est un État qui rapporte de nombreux grands électeurs et qui peut pencher pour les démocrates ou les républicains[4]. C’est aussi un État où le vote hispanique décide de beaucoup. Or, cet électorat se partage facilement entre républicains et démocrates, à la différence du vote afro-américain. La faiblesse structurelle d’Obama lui nuira donc lorsqu’il s’agira pour les démocrates de commencer à calculer.
Or, nul doute désormais que l’on calcule chez les démocrates. Pour les instances du Parti, il s’agit davantage de vaincre en novembre que d’opter pour une personnalité politique ou un projet.
Si les superdélégués sont traditionnellement choisis en fonction de la répartition populaire des votes[5], la situation actuelle pourrait conduire à affadir marginalement cette règle.
Au profit de Clinton, pensai-je, qui dispose de meilleurs relais au sein du Parti.
Et en faisant valoir quelques arguments pour la campagne présidentielle.
Par exemple, Obama apparaît finalement mal connu des électeurs. Or, si Clinton a pu cristalliser quelques méfiances et réticences, elle peut faire valoir qu’elle a subi le feu de l’investigation médiatique, Obama, pour sa part, a su conservé un voile discret qui commence à peine à se lever, à la mesure que sa candidature devenait crédible. C’est ainsi que le Sénateur démocrate du Texas — qui s’était déclaré pour Obama, Kirk Watson, s’est montré incapable de citer une seule mesure ou proposition faite par Obama au Sénat.
Autant dire que les partisans de Clinton auront beau jeu de faire valoir que le soutien des indépendants à Obama tient davantage à leur ignorance qu’à leur adhésion. De son côté, la sénatrice de New-York peut avancer qu’elle l’a emporté significativement chez les électeurs enregistrés comme démocrates, de sorte que sa base est plus solide.
Je demeure donc sur l’avantage structurel que je donnais à Clinton après le super tuesday.
Et je reste encore sur l’idée que Mc Cain a de bonnes chances de l’emporter en novembre. Principalement en raison des facteurs démographiques et sociaux qui désavantageront l’un ou l’autre des candidats démocrates.
Notes
[1] Depuis 1964, l’Ohio a toujours désigné le futur président des États-Unis.
[2] Il ne reste désormais que le grand État de Pennsylvannie.
[3] Plus aisément acquis au candidat démocrate, quel qu’il soit.
[4] Il faut se rappeler de l’élection de 2000 et des résultats contestés qui ont finalement donné la victoire à George W. Bush.
[5] Et non en fonction des délégués obtenus.
Intéressant billet, mais qui néglige quelques faits. Par exemple, Obama a emporté le vote féminin et hispanique dans les primaires qui se sont déroulées entre le 5 février et le 4 mars (Louisiana, Maryland, Wisconsin, Virginia…) Autrement dit, l’explication démographique est un peu légère. Ou alors il faudrait la complèter par le fait qu’elle ne marche que dans les grands états. Mais du coup, il faudrait se poser la question de pourquoi elle ne marche que dans les grands états. Probablement parce que Clinton ne fait campagne sérieusement que dans les grands états.
S’il s’agit d’une stratégie délibérée, ça n’est pas forcément la meilleure pour obtenir un avantage en nombre de délégués. Le parti Démocrate attribuant les délégués à la proportionnelle, Obama a construit, état après état, un net avantage (5 délégués par ci, 10 délégués par là… au total, plus de 100 délégués d’avance maintenant).
Comme le faisait remarquer quelqu’un, le système des primaires permet en tout cas de juger des qualités de gestionnaire et de stratégiste du candidat (comment s’adapter aux différents systèmes (caucus ou primaires), aux différents états, limiter la casse là où on peut…) À ce système de mesure, Obama a bien mieux analysé le système démocrate que Clinton (qui n’avait pas prévu de faire campagne après le super-tuesday, par exemple, ou qui n’a pas fait campagne dans les états à caucus). Ce qui ne lui garantit pas nécessairement la nomination, à cause des super-délégués.
Quand à l’argument sur la base solide, on peut aussi bien le retourner : de toute façon, les électeurs démocrates voteront pour le candidat démocrate (personne n’imagine que New-York irait voter Républicain, même s’il n’a pas voté Obama). Le succès d’Obama auprès des indépendants pourrait au contraire faire basculer plusieurs états (la Géorgie, les deux Carolines, la Virginie…)
Pour le vote féminin, oui, on peut débattre.
Pour le vote hispanique, ce n’est guère que dans les États où la minorité est suffisamment importante pour constituer un enjeu que la question se pose.
En l’occurrence, certains états du Sud où il est significativement plus important que la communauté — caucus — afro-américaine.
Je concède volontiers que la campagne de Clinton n’a pas été des meilleures ; l’eut-elle été que les résultats lui auraient été plus favorables. Mais précisément, sa résistance tient, me semble-t-il, davantage à des facteurs structurels qu’à sa qualité propre de candidate.
Pour les indépendants, je partageais votre analyse il y a peu.
Mais il me semble que l’engagement des indépendants dépendra pour beaucoup de la position des républicains :
Si John Mc Cain doit donner des gages à la droite religieuse, les indépendants pourraient trouver accueil chez n’importe quel démocrate. Et s’il se recentre, l’avantage d’Obama s’amenuise.
Reste l’arithmétique électorale, qui a eu l’avantage de sauver une candidate tout de même peu efficace jusques aujourd’hui.
Je n’ai pas pu accéder à l’article original de M. Yglesias, mais juste au relai de Marginal Revolution. href=http://www.marginalrevolution.com/marginalrevolution/2008/03/what-if-we-elec.html
A se focaliser sur la dimension raciale (afro-américain, hispanique ou blanc – je note que MR ne s’embarrasse pas de politiquement correct et appelle un noir un noir) et sexuée, on oublie la dimension religieuse. Je me demande si elle est déterminante.
Je fais la distinction depuis le début des primaires entre « noir » — il vaudrait mieux dire « coloured » pour demeurer dans les catégories américaines — et afro-américain, parce que le premier terme renvoie exclusivement à l’apparence physique, lors que le second fait appel à la culture et la tradition historique.
De ce point de vue, Obama pouvait ne pas apparaître comme afro-américain. De fait, ce fut le cas dans l’Iowa.
Mais il semble qu’il ait su agréger le vote noir — à partir de la Virgine, je crois, nonobstant son histoire personnelle et les éléments d’identification de la culture afro-américaine qu’il ne partage pas.
Les democrates semblent tres volatiles cette annee, et cela est sans doute du avant tout, je pense, aux particularites, mais aussi, aux grandes qualites des deux candidats. Pour reparer les degats de ce duel fratricide, j’imagine qu’ils vont devoir partager un ticket.
C’est douteux.
Kiki en doute fortement et je peux la suivre.
A la rigueur, Obama pourrait espérer d’une vice-présidence un tremplin pour l’avenir — comme Nixon en son temps.
Pour Clinton, c’est peu vraisemblable.
il y a écrit soutient au lieu de soutien
L’ »arithmétique électorale » est parfois cruelle, aussi.
Gagner un petit état avec une marge de 20 % apporte un avantage de, disons, 6 délégués. Gagner un grand état avec une marge de 1 % apporte un avantage de, environ, 12 délégués. À force de négliger les petits états, Clinton a un retard en délégués qui dépasse la centaine. Les victoires d’hier soir, si importantes sur le plan symbolique, n’ont pas fait évoluer ce chiffre.
Sauf écroulement spectaculaire, il parait désormais acquis qu’Obama terminera la course en tête en nombre de délégués et en nombre de voix (pour qu’il en soit autrement, il faudrait que Clinton gagne toutes les primaires restantes à plus de 65 %). Et en nombre d’états, évidemment.
On peut également ironiser sur le sort de la Floride et du Michigan. Ces deux états ont avancé leur primaire, contre l’avis du parti Démocrate, en espèrant jouer un rôle de « king-makers ». Résultat, ils ont été privés de leurs délégués… et si leur primaires avaient été laissées à la date prévue (c’est-à-dire maintenant) ils auraient un véritable rôle de « king-makers ». Il doit y avoir une morale dans cette histoire…
Un joli lapsus dans la dernière phrase : « candidats démocratiques » au lieu de démocrates…
Pour rebondir sur le commentaire de N. Holzschuch, les petits Etats donnent parfois de bien merveilleuses surprises, puisque la géorgie compense à elle seule pour Obama la victoire de Clinton en Californie !
Quant à l’Ohio, c’est moins les blancs que la frange sociologique des ouvriers que Clinton a réussi à récupérer semble t-il…
Dernier point, la capacité de Clinton de mobiliser, si elle est désignée, les « primo-votants » attirés par Obama fera probablement la différence en Novembre, la démographie US (corrélée aux habitudes ACTUELLES de vote) étant plus favorable aux républicains.
Contre la peine de de mort et la guerre en Irak ? J’achète. Rappelons cette phrase de Jean loup Dabadie dans sa chanson « l’assasin assassiné » « quand la société tue elle passe du côté des assassins ». Quand à son opposition à la guerre en Irak bravo pour Obama Abou Grahib et Guantanamo sont des tâches sur le veston ou la robe d’une certaine Amérique qui vont avoir du mal à partir. Aveec lui l’espoir de la laver n’est pas impossible. Par contre où est passée Hillary Clinton, « l’ex militante de gauche » dans ce combat?