Plus veule que de porter un badge nul : l’ôter

16/04/2008
Par

Pour un monde meilleur

Le badge hautement subversif des athlètes français ne sera finalement pas porté à Beijing. La raison en est exprimée par Henri Sérandour.

— Nous ne pouvons pas utiliser un badge franco-français aux Jeux. Nous devons poursuivre nos démarches, mais en faveur d’un badge fait pour tout le monde. Les athlètes français ne m’ont pas dit autre chose. Si hier soir, ma réponse a été trop rapide, je leur devais cependant la vérité. Ce badge était conçu pour le passage de la flamme à Paris.

J’avais cru d’abord — bête méprise — que la devise adoptée risquait de contrarier la charte olympique — on se demande bien comment, il est vrai. Mais c’est le caractère français du badge qui a finalement arrêté le CNOSF.

S’agissait-il de l’incomparable nationalisme qui se dégageait de la mention France, dûment apposée en bleu pâle sur le macaron, ou de la devise elle même ?

On hésite à conclure.

Un commentaire d’Henri Sérandour laisse croire que c’est l’appel au Monde meilleur qui sonnait bien trop français :

— J’ai ensuite vu beaucoup de présidents de Comités Nationaux Olympiques et des membres du CIO, certains venants de pays touchés par la famine, qui feraient bien eux aussi des badges en direction des pays nantis pour leur demander de stopper la montée des prix.

Il est vrai que l’universalisme national a quelque chose de déroutant pour les autres nations, qui, loin d’embrasser le message égoïstement français, lui préfèrent sans doute une devise plus proche de l’esprit olympique.

— Je soutenais leur badge en outrepassant les règles de la charte, car nous étions sur le territoire français, a également dit le Président du CNOSF.

On se pince.

Rappelons d’abord la position initiale du CNOSF :

Le texte est issu d’un des principes fondamentaux de la charte olympique.

Le CNOSF tient aussi à préciser que s’il s’associe au message des athlètes, c’est dans un contexte international où le vœu d’un « monde meilleur » est en accord avec les principes de la trêve olympique pour la paix dans le monde.

Autant dire que le caractère infractionnel du badge n’apparaissait pas si clairement, alors.

On soulignera encore que le badge litigieux devait être présenté aux instances olympiques aux fins de validation et reprise, comme le rappelait Douillet :

— Ce badge a été validé par le président Henri Sérandour. Il est actuellement à Pékin pour la réunion des comités olympiques nationaux, et va porter notre message, directement issu de la charte olympique, auprès du président Jacques Rogge. Nous souhaitons qu’il soit repris par les athlètes du monde entier, dans le respect des règles.

On fera observer enfin à Henri Sérandour qu’à violer la charte sur le territoire français, un message un peu moins lénifiant pouvait être porté.

Ces circonvolutions bouffies d’hypocrisie, loin de servir les droits de l’homme, en révèlent l’usage contemporain. Un support de communication ; l’instrument d’une auto-promotion souvent vulgaire et d’emploi parfois malcommode.

Je préfèrerais de loin que les instances sportives n’essaient pas d’endosser la tunique des combattants des droits. Cela ne favorise pas leur gloire — ce qui n’est pas très grave. Cela plonge les droits de l’homme dans le marécage d’une litanie frivole — ce qui l’est davantage.

Il demeure que le choix d’un badge exprimant la solidarité et la conscience des athlètes peut se révéler d’une difficulté considérable. Je suggère, grande hardiesse, une devise qui ne disconviendra guère[1] et qui témoignera de l’adhésion de chacun à l’idéal olympique :

Pour les jeux olympiques[2]

Notes

[1] Sauf peut-être aux ennemis du sport.

[2] « Pour des jeux olympiques » pourrait choquer les organisateurs.

9 commentaires to Plus veule que de porter un badge nul : l’ôter

  1. Sébastien le 16/04/2008 à 16 h 38 min

    Bonjour,

    Il est vrai que cela paraît très hypocrite.

    Si j’ai bien compris la position du CNOSF, il faudrait un consensus de tous les comités olympiques : si cela implique de recueillir l’accord des comités olympiques chinois (ou même russe…), les discussions autour de la rédaction de ce fameux badge s’annoncent captivantes.

  2. Gizmo le 16/04/2008 à 18 h 41 min

    Quel idéal olympique ? Celui construit par le Baron ? Personnage peu recommandable, aristocrate méprisant les foules, raciste et misogyne ? Qui a écrit : « une Olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte » ? On peut aimer le spectacle sportif, et n’être point dupe de toutes ses turpitudes.

  3. Godwin's Law le 16/04/2008 à 18 h 52 min

    Coubertin a également écrit : « Hitler est l’un des plus grands esprits constructeurs de son temps. »

  4. tokidokix le 16/04/2008 à 22 h 59 min

    J’allais repondre que le baron etait mort un peu tot pour avoir eu une vue d’ensemble sur la carriere d’Hitler… mais la lecture du pseudonyme me fait soudain me rendre compte que c’est en fait un joli trait d’ironie envers Gizmo je laisse donc quand meme un message a l’egard des lentement comprenant (tels que moi)

  5. Shakespire le 17/04/2008 à 1 h 17 min

    Je propose « As You Like it », c’est sans risque.

  6. Godwin's Law le 17/04/2008 à 10 h 55 min

    -> tokidokix Je pourrais ne rien dire et passer pour un esprit fort et ironique mais cela ne serait pas très honnête (et désobligeant pour Gizmo). Au risque de vous décevoir, je me range donc dans le camp des lentement comprenants.

    Le jugement sur Adolf a été prononcé à l’occasion des JO de 1936. A cette date, par exemple, les lois de Nuremberg (15/9/35) avait été promulguées, le camp de concentration de Dachau réservé aux opposants avait été ouvert (3/33). Il manquait certes une vue d’ensemble sur la remarquable carrière d’Hitler mais on disposait peut-être là de quelques indices.

  7. Oppossum le 17/04/2008 à 12 h 06 min

    Un peu rapide et facile , Jules, votre « Ces circonvolutions bouffies d’hypocrisie ». Le grotesque atteint un peu tout le monde parce que le positionnement concret est très difficile. Les jugements critiques un peu éthérés sont nettement plus faciles.

  8. Clems le 17/04/2008 à 21 h 16 min

    Je vois que je ne serai pas le seul à bouder ce spectacle bas de gamme et hautement hypocrite. Je ferai juste une exception pour le noble art (les chinois vont se manger des KO) pour découvrir encore amateur, le futur Ali, Roy Jones de dans 10 ans.

  9. Clems le 18/04/2008 à 20 h 32 min

    Je découvre que je ne suis plus tout seul. Je serai imité par le sélectionneur de l’équipe de France de Football.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Markup Controls
Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green