En 1958, pendant que Charles de Gaulle s’employait à revenir au pouvoir, on inventait, de l’autre côté de l’Atlantique et de l’équateur, une musique tout à la fois douce, heureuse et triste.
C’était la bossa nova — nouvelle vague — à laquelle Arte consacrait hier une émission.
Née des langueurs de poètes qui regardaient les filles déambuler vers les plages d’Ipanema ou Leblon — ces quartiers aisés de Rio de Janeiro — la bossa a emporté le monde dans son rythme léger. Une musique populaire née des quartiers riches.
Suave et acide, mais si douce, la bossa nova. En ces heures où le soleil réapparaît, un petit détour s’impose.
Tout commence avec Joao Gilberto : chega di saudade. Le disque date de 1958.
Cela n’a l’air de rien, mais le chant est à contre-temps ; écoutez bien. Mélodie simple, mais difficulté subtile des classiques.
Et des voix haves et délicates[1]. Écoutez plutôt Astrud Gilberto.
La bossa, c’est une mélancolie nonchalante. Une forme de tristesse empreinte d’insouciance.
Voilà Maria Creuza, que j’ai eu la chance de voir dans un bar d’Ipanema il y a quelques années, dans l’hiver tiède de Rio.
La bossa parle de choses lointaines. Toujours un peu peu décalée. Un peu d’ailleurs en soi. De Toquinho et Vinicius de Moraes[2], Carta ao tom 74.
Un peu désenchantée, la bossa nova. Les amours qui s’éteignent, les choses perdues, les moments passés.
Bref, la bossa est une école de la nuance qui vous plonge dans un étrange état.
Pour finir avec cette brève introduction, voici Manha de carnaval. Après la nuit folle, les matins bleus et fatigués.
Notes
[1] A rebours du vagissement gonflé au stéroïdes de ces interprètes que l’on dit « à voix » et que la lucidité commande de qualifier « à capacité pulmonaire« .
[2] Vinicius de Moraes est une stature. Poète et ambassadeur, il a écrit quelques centaines de chansons et on lui doit une bonne partie des standards de bossa. C’était également un solide buveur de Whisky, ce qui démontre qu’on n’est pas obligé de satisfaire à l’exotisme de la Caipirinha.
Mince, voilà-t’y pas que je partage aussi vos goûts musicaux. En ce cas, spécial copinage, que pensez vous de cette version de chega di saudade par le Jazz Inside Trio ?
Je ne veux pas m’avancer, mais je dirais que tu as oublié de fermer le double $ d’une balise de note en bas de page…
Superbe. Merci Jules : un des tes meilleurs billets
)
Le premier lien chega di saudade n’a pas l’air de fonctionner
Oh, et rien sur Carlos Jobim, Joao Gilberto et Stan Getz ?
D’accord avec MB (mais je n’y connais rien), d’accord avec Raveline (mais je n’y connais rien), d’accord avec somni sur sa deuxième partie (et je suis formel). D’accord aussi avec spurinna, car, réflexion faite, ça ne me coûte pas grand chose.
D’accord avec FrédéricLN.
Je proclame le 11 juin comme la Journée internationale du « D’accord » (International Day of « I agree »).
MB,
Je ne connaissais pas. Merci.
Raveline,
Il y a effectivement un problème, mais impossible de déceler ce que c’est.
Spurina,
Pour Joao Gilberto, c’est le premier morceau. Pour Tom Jobim, j’avais initialement proposé sa version d‘Insensatez, mais finalement abandonné pour ne pas alourdir. Stan Getz, c’est amusant, mais il y a beaucoup de choses à écouter en bossa avant ses interprétations jazzy.
Ca commence juste après la première boîte deezer. Donc, mea culpa, ce n’est pas une balise à double $. Ca doit être dans le code de l’appel Deezer.
Peut-être y a-t-il un lien entre les deux bugs ? Sur mon Safari en tout cas, la mini-jaquette du premier titre de João Gilberto (celui qui ne marche pas) ne s’affiche pas.
e pensais plus à ce qu’ils avaient fait ensemble.