Dans un rapport remarqué, trois membres de la commission des lois et de la commission des affaires sociales du Sénat ont suggéré que la gestation pour autrui fut introduite dans le droit français.
Les réactions contrastées d’Elisabeth Badinter et de Sylviane Agacinski montrent que la question est loin d’être simple. Entre une définition exagérément biologique de la filiation et le risque de réification du corps humain, ce sont des enjeux lourds qui sont invoqués.
Des enjeux sur lesquels je souhaite revenir après une brève excursion juridique pour éclairer le débat.
A ce jour, en effet, la pratique des « mères porteuses » — ou du louage d’utérus — est prohibée par l’article 16-7 du Code civil :
Toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nulle.
Faute de convention valable, donc, la gestatrice est la mère de l’enfant et ne peut remettre l’enfant à autrui sans l’abandonner.
Au reste, l’article 227-12 du Code pénal punit la provocation à l’abandon comme l’entremise lucrative entre un parent désireux d’abandonner un enfant et celui qui désire l’adopter.
Ce texte adopté en 1994 faisait suite à un arrêt important de l’assemblée plénière de la Cour de cassation rendu le 31 mai 1991.
[C]ette adoption n’était que l’ultime phase d’un processus d’ensemble destiné à permettre à un couple l’accueil à son foyer d’un enfant, conçu en exécution d’un contrat tendant à l’abandon à sa naissance par sa mère, et que, portant atteinte aux principes de l’indisponibilité du corps humain et de l’état des personnes, ce processus constituait un détournement de l’institution de l’adoption.
Cependant, un arrêt de la Cour d’appel de Paris en date du 25 octobre 2007 a jeté le trouble. Un couple a en effet bénéficié de la transcription d’une décision de la Cour suprême de Californie les déclarants parents d’un enfant né à la suite d’une convention de gestation pour autrui. Ce qui a été interprété — à tort sans doute — comme une forme de reconnaissance des conventions de mère porteuse[1].
Le rapport propose de donner un cadre juridique à la gestation pour autrui.
Mais il ne s’agit pas de donner effets aux libres conventions des parties. En réalité, la pratique serait soumise à l’agrément d’une commission médicale et à l’autorisation du juge. Elle ne serait pas rémunérée, mais pourrait faire l’objet d’une indemnisation. On est loin des craintes de « marchandisation » évoquées par Sylviane Agacinski.
Pour autant, les garanties procédurales dégagées dans le rapport n’épuisent pas le problème.
Quoique le rapport s’en défende, la gestation pour autrui effleure la reconnaissance d’un droit à l’enfant.
Les auteurs soulignent en effet le problème :
Une telle consécration serait une perversion de la notion de droits subjectifs. Elle reviendrait à considérer que tout désir crée un droit, alors que la fonction de la loi consiste au contraire à fixer une limite au désir. Un tel droit conduirait également à la déresponsabilisation des individus, qui ne se sentiraient plus tenus d’assumer ou d’affronter leur désir et ses tensions mais se tourneraient vers l’Etat pour qu’il y réponde. Enfin, le droit à l’enfant aboutirait inévitablement à réifier l’enfant, à le transformer en un simple objet auquel chacun aurait droit, fourni par l’Etat et destiné à soulager la souffrance des adultes.
Pour pallier le risque, il s’agit d’enceindre la demande dans des limites strictes : la lutte contre l’infertilité et la difficulté du recours à l’adoption. Autrement dit, il s’agirait d’un « ultime remède« [2].
Mais c’est là, me semble-t-il, que réside le problème.
En effet, l’infertilité heurte une valeur qui submerge les sociétés contemporaines.
Il doit être remédié au désir d’enfant contrarié. Sous l’incapacité à procréer traîne le sentiment d‘injustice. Une injustice à laquelle il est nécessaire de répondre.
Et c’est ainsi que l’enfant se trouve réduit à n’être que l’objet d’un désir. Une forme de réification douteuse[3].
L’on se chicane aujourd’hui pour le droit de visite et d’hébergement. Autrefois, la notion de « garde » traduisait l’idée que les attributions de l’autorité parentale impliquent des pouvoirs du parent sur l’enfant ; mais également des devoirs.
Peut-être faut-il aller quérir l’explication dans la révolution de la contraception. En libérant le rapport sexuel de ses conséquences procréatrices, l’enfantement devient largement un choix. Ce qui ouvre la possibilité du désir. D’où, peut-être, un nouveau rapport au produit de la procréation qu’est l’enfant.
Nul ne saurait dire ce qui doit motiver la conception d’un enfant. Et le droit ne s’y risque pas. Mais on peut trouver un indice dans le Code civil lorsqu’il pose les obligations que les époux contractent par le mariage à l’endroit de leur futur(s) enfant(s). Le droit — qui porte quelques idéaux moraux — voit le rapport de filiation comme celui des devoirs des parents, et non point comme l’emprise de ces derniers sur l’enfant[4].
Il faut reconnaître à cet égard que la procréation médicalement assistée — technique mise à part — participe de ce même esprit. Et l’on ne voit guère pourquoi la crainte de la réification de l’enfant devrait arrêter la gestation pour autrui alors qu’elle fonde largement les autres techniques de lutte contre l’infertilité.
On peut sans doute regretter que la société contemporaine entretienne de tels rapports à l’enfant et à la procréation, mais il n’est pas de raison que certains le puissent faire valoir et d’autres non.
Notes
[1] L’arrêt a fait l’objet d’un pourvoi devant la Cour de cassation.
[2] Selon le mot emprunté à Jean Carbonnier.
[3] Et je ne suis pas loin de juger que la grande passion contemporaine de la pédophilie se combine tout à fait bien avec cette tendance refoulée à faire de l’enfant un objet.
[4] Encore que la législation contemporaine trouble parfois les principes ; ne serait-ce que par l’emploi du terme « droit » dans le droit de visite et d’hébergement.
En droit, l’intérêt supérieur de l’enfant doit toujours primer.
Vous décrivez un basculement, par le développement de la contraception, de l’enfant « subi » vers l’enfant choisi.
Ne pensez-vous pas que le désir d’enfant permet de mieux préserver son intérêt supérieur ?
Si l’on remonte le temps, on voit l’enfant servir de bras pour nourrir la famille. La réification n’était-elle pas plus importante en ces temps reculés ?
Bien sûr, la technique bouscule les possibilités, mais remet-elle en cause ce qui fonde la parenté, c’est à dire le désir de transmettre la vie ? Remet-elle en cause le point de départ, l’amour entre deux personnes ? Après la lecture du livre « Interdits d’enfants » (Editions Michalon), récit bouleversant d’un couple ayant fondé sa famille gràce à l’aide d’une mère porteuse, j’en doute. Bien au contraire, au travers de toutes les difficultés et les joies traversées par ce couple, on comprend mieux ce qui est le fondement d’une famille. On a connu « un enfant si je veux quand je veux », on entend dans cette histoire « un enfant si je veux, comme je peux et quand nous pouvons ». A méditer.
@ Leopold Stotch,
Si l’on remonte le temps, on voit l’enfant servir de bras pour nourrir la famille. La réification n’était-elle pas plus importante en ces temps reculés ?
Certes, mais elle avait le mérite d’être cohérente avec une société qui ne prétendait pas mettre l’enfant en son centre.
@ Jasmine,
Bien sûr, la technique bouscule les possibilités, mais remet-elle en cause ce qui fonde la parenté, c’est à dire le désir de transmettre la vie ?
C’est une vision pour le moins angélique – donc tout à fait moderne – de la parenté. Il m’a toujours semblé pour ma part que « donner la vie » est au contraire un acte le plus souvent égoïste, ne serait-ce que parce qu’il est unilatéral.
Et si l’on découvre à la naissance que l’enfant n’est pas normal, qu’est-ce qu’on fait ?
@ Jasmine : Je n’ai pas encore lu ce livre donc mon propos est sans doute tronqué. Néanmoins, si vous relevez « les joies traversées » par ce couple, ce dont je ne doute pas, ce même couple a-t-il assez de recul pour se prononcer sur les conséquences psychologiques pour leur enfant ?
Une fois encore, ne confondons pas « un enfant pour une famille » mais « une famille pour un enfant » !
J’admire votre vocabulaire, Cher Monsieur !
Vous auriez parler de « chosisation » de l’enfant plutôt que de « réification » et nous aurions compris tout le drame de la femme stérile, jusque dans l’inconscient de sa propre condition humaine…
Car la stérilité masculine se contente de l’adoption, biologique quand le mâle n’est pas stérile, car à part la présomption de l’article 311-16 du Code civil personne ne sait jamais vraiment de quel père est l’enfant… La paternité est donc toujours une « adoption ».
D’ailleurs, toutes les mères et toutes les visiteuses du nouveau-né vous trouveront d’évidentes ressemblances physiques entre le père putatif et le nourrisson (qui ne ressemble qu’à lui-même et entre plusieurs d’entre-eux, c’est comme les chinois, ils se ressemblent tous : j’ai bien confondu ma fille avec un garçon dans la pouponnière de la clinique !… oh, juste le temps de me faire houspiller vertement par la puéricultrice aux aguêts…)
Le législateur doit-il intervenir ? C’était le sujet du bac des scientifiques de cette année, avec un beau texte de Schopenhauer sur le rôle de l’Etat face à « l’injuste souffrance »… Ca ne vous avait pas échappé, naturellement.
Ce qui revient à poser la question de la « nature de l’humain », celui fait de chaire et d’os. Doit-on légiférer sur le sujet ? Je ne sais pas, trop kon sans doute pour pouvoir répondre à toutes ces questions… de « chosisation » !
Bien à vous. I²
Le doyen Carbonnier semble toucher du doigt une condition sine qua none de la gestation pour autrui : qu’elle demeure un recours ultime !
Ne vaut-il pas mieux en effet assouplir les règles de l’adoption et permettre à de nombreux orphelins d’intégrer un foyer plutôt que d’encourager un droit, somme toute individuel, d’accueillir un enfant au patrimoine génétique semblable au sien ?
Je remarque que les critiques faites sur la gestation pour autrui s’appliquent aussi sur le reste de l’Assistance Médicale à la Procéation et à l’adoption. N’est-ce pas d’ailleurs quelque part instrumentaliser l’enfant que de dire que les couples infertiles n’ont qu’à adopter ? Sans vouloir en blesser un seul ni présumer de leurs qualités, n’existe-t-il pas des cas où l’intérêt de l’enfant aurait été d’être adopté par une famille sans problème de reproduction plutôt que par un couple infertile qui n’arrive pas à faire le deuil de l’enfantement? Opposer ainsi la gestation pour autrui à l’adoption me semble sans fondement : ce sont deux solutions différentes à un problème d’infertilité. Néanmoins, le nombre d’enfants à adopter est ridiculement bas (800 par an pour 30 000 demandes). Dire qu’il y a plein d’enfants malheureux à adopter est un non-sens digne de l’Arche de Zoé. Alors de quel droit empêcher des couples de fonder leur famille gràce à l’aide d’une tierce personne ? Pour revenir sur la question du recul sur la gestation pour autrui, c’est assez confondant. La plupart des personnes qui s’expriment sur le sujet n’a jamais rencontré une situation ou un acteur d’une histoire de gestation pour autrui. A l’inverse, les auteurs du livre Interdits d’enfants documentent et débattent des questions de gestation pour autrui et de dons d’ovules depuis plus de dix ans maintenant, au travers de leur association CLARA dont je fais partie. Enfin, j’insiste, on ne donne pas la vie, on la transmet. C’est toute la différence entre une vision biologique de la parenté et une analyse anthropologique de la parenté.
@ Jasmine : je ne peux vous laisser dire sans réagir que les « critiques faites sur la gestation pour autrui s’appliquent aussi sur le reste de l’AMP et à l’adoption« . Et je parle en toute connaissance de cause étant père adoptif de 3 enfants. Dans la démarche d’adoption, s’il y a évidemment un désir de filiation, il y a également une démarche essentielle qui consiste à donner une famille à un enfant qui n’en a pas ou qui n’en a plus. Il y a également un lien de continuité extraordinaire entre une mère biologique (qui a souvent choisi d’aller au bout de sa grossesse puis de confier son enfant à l’adoption dans un geste non pas d’abandon mais de don) et les parents adoptifs qui accueillent cet enfant. La mère biologique a choisi la vie alors qu’il est si « facile » (techniquement… la démarche psychologique est une autre chose) de renoncer et de préférer l’avortement. Au risque de me répéter, dans la démarche d’adoption, l’enfant existe et attend des parents. Il me semble que dans le débat sur la GPA, ce sont surtout les parents qui revendiquent leur « droit à l’enfant« .
Finalement, le vrai débat tourne sans doute autour de l’adoption plus qu’autour de la GPA. Cela fait des années que l’on projette de faciliter l’adoption en France et les démarches ont rarement été aussi difficiles qu’actuellement.
En espérant n’avoir blessé personne par mes propos, je vous souhaite une excellente journée !
@Christophe :
La question du droit à l’enfant n’existe pas en matière d’Assistance Médicale à la Protection. Toutes les techniques ont un taux de succès inférieur à 50 % par tentative. C’est pourquoi environ 10 % des couples infertiles resteront sans enfant à la suite d’un long parcours médical. Les couples infertiles sont vite informés de cette réalité implacable. Ce qu’ils revendiquent, c’est le droit d’être soignés (l’infertilité est une maladie au sens de l’OMS). Quand vous dites, « Finalement, le vrai débat tourne sans doute autour de l’adoption plus qu’autour de la GPA. Cela fait des années que l’on projette de faciliter l’adoption en France et les démarches ont rarement été aussi difficiles qu’actuellement. », je pense que vous faîtes fausse route. Non seulement une augmentation des chiffres de l’adoption dans le futur est utopique (le recul de la pauvreté, le progrès de l’accès des femmes à l’émancipation et à la contraception réduit ces situations de détresse), mais de plus je ne voit pas pourquoi cela devrait influencer la question de la légalisation de la gestation pour autrui. De quel droit peut-on retirer la liberté à un couple de choisir entre adoption et gestation pour autrui ?
« Mais il ne s’agit pas de donner effets aux libres conventions des parties. En réalité, la pratique serait soumise à l’agrément d’une commission médicale et à l’autorisation du juge.
Elle ne serait pas rémunérée, mais pourrait faire l’objet d’une indemnisation. On est loin des craintes de « marchandisation » évoquées par Sylviane Agacinski. »
Rémunération et Indemnisation sont peut être des concepts très différents pour un professionnel du droit ou un fiscaliste, mais en pratique c’est la même chose (comme réification et chosification…) : on vous donne des sous pour avoir fait quelque chose. Donc on est bien en plein risque de marchandisation.
J’ai tiqué plusieurs fois en lisant ce billet et les commentaires.
« On est loin des craintes de « marchandisation » évoquées par Sylviane Agacinski. » Etes-vous vraiment naïf ? De l’argent liquide, des cadeaux, des prêts pourraient être des moyens de payer la mère porteuse tout en maintenant le semblant d’une simple indemnisation.
« Et l’on ne voit guère pourquoi la crainte de la réification de l’enfant devrait arrêter la gestation pour autrui alors qu’elle fonde largement les autres techniques de lutte contre l’infertilité. » Vraiment, vous croyez qu’on peut mettre tout sur le même plan ? L’acharnement mis à obtenir un enfant par FIV répétée peut paraître malsain, mais ce n’est pas l’enfant en lui-même qui est réifié, c’est sa conception. 1) Avec la GPA, on va beaucoup plus loin : c’est l’enfant qui change de main à la naissance, qui est (aban)donné. 2)La mère porteuse est réifiée, considérée comme un récipient, un outil de travail, même quand elle est consentante. Outil au service d’une autre femme et non plus d’un homme.
« Opposer ainsi la gestation pour autrui à l’adoption me semble sans fondement : ce sont deux solutions différentes à un problème d’infertilité. » Evidemment non puisque l’un aboutit à faire exister un enfant et l’autre à permettre à un enfant de s’épanouir. L’un revient à faire de la mère qui a accouché un objet, un outil, et pas l’autre (elle n’est jamais obligée d’abandonner, c’est un choix pour celles qui se trouvent dans des conditions très difficiles, parfois un choix pour permettre à leur enfant de mieux s’en sortir).
Et le plus fort (j’ai relu à deux fois) : « Ce qu’ils revendiquent, c’est le droit d’être soignés » Faire grandir un embryon qui deviendra un nouveau-né grâce à une mère porteuse, c’est soigner (?) . … « De quel droit peut-on retirer la liberté à un couple de choisir entre adoption et gestation pour autrui ? » La liberté… qui implique une femme, sa grossesse et son enfant. La loi n’a pas à respecter cette « liberté » qui peut facilement déraper vers les pires exploitations. Décidemment, l’arrière-plan de la gestation pour autrui est bien sinistre.
« Toutes les techniques ont un taux de succès inférieur à 50 % par tentative. »
Si je calcule bien il y a 50% d’échec par tentative, ce qui se traduit pas 50% d’embryions manipulés pour rien auxquels j’ajoute 4 fois le nombre d’embryions implantés (même pour les succès) qui sont stockés dans l’azote liquide. La GPA reste une variante de la FIV avec sont lot de scandales
@jprouen : Vous ne vous en rendez pas compte, mais ce sont vos propos qui correspondent à la réification et à la choséification. En confondant le coût et la valeur, vous déshumanisez volontairement la démarche. Le don gratuit n’existe pas, toute acte à un coût. Quand quelqu’un donne son sang, son temps de travail qu’il ne fera pas est payé par son employeur, le prélèvement et le traitement du sang est payé par la collectivité. Le don de sang n’est pas gratuit, il a un coup, mais qui est sans rapport avec sa valeur qui est inestimable : le sang peut sauver la vie. Ce raisonnement s’applique aussi aux dons d’organes entre personnes vivantes, avec des coûts nettement plus élevés. La collectivité prend en charge l’indisponibilité du donneur (congés maladie par exemple) et personne ne vient dire que c’est une marchandisation du corps humain. C’est ce modèle qu’a retenu le législateur pour la gestation pour autrui sur le plan du remboursement des frais de la gestatrice. En transposant ce coût sur l’enfant à naître, vous faites une disgression qui relève de la manipulation.
@peusd00 : Comme nous sommes nombreux à le signaler, ceux qui clament leur refus de la gestation pour autrui sont presque tous opposés à toute forme d’Assitance Médicale à laa Procréation. Dans deux minutes, vous allez m’expliquez que la masturbation est un péché chez l’homme car elle gaspille des millions de petits êtres en devenir !
@ Jasmine : « ceux qui clament leur refus de la gestation pour autrui sont presque tous opposés à toute forme d’Assitance Médicale à laa Procréation. » C’est faux. Ce n’est pas pour rien que le médecin qui a permis la première FIV en France, la première naissance après diagnostic préimplantatoire, la naissance du premier bébé français issu de la maturation in vitro, j’ai nommé René Frydman, est fermement opposé à la gestation pour autrui.
Sûrement les intégristes sont opposés à tout ce qui touche à la création divine. Mais la majorité de ceux qui refusent la gestation pour autrui refusent marchandisation, réification (pour reprendre des termes déjà employés dans ce billet), les amalgames entre soigner et employer une femme comme un outil.
@Celor,
Elle a dit « presque »…
Ceci dit, il y a matière à s’interroger sur le désir d’enfant et sur les raisons pour lesquelles le législateur et la science devraient à tout prix le satisfaire. Le gain concret pour la société est en tout cas difficilement perceptible.
@Celor : Votre commentaire est très pertinent. Il faut connaître les détails l’histoire de l’assistance médicale à la procréation en France pour cerner la position du Dr Frydman. Rappel des faits : la première Fécondation In Vitro a été réalisée par le Dr Testard et l’accouchement de la mère d’Amandine fait sous la supervision du Dr Frydman. Et qu’a-t-on assisté ? Le Dr Frydman s’est rué dans les media pour se prétendre le père du premier bébé éprouvette français alors que ce n’est pas lui qui a fait la FIV! Au passage, on remarquera le peu d’éthique quand on se prétend père d’un enfant au risque de blesser le véritable père et sa famille. Sans compter l’usage d’un mot stigmatisant comme bébé éprouvette. Suite encore plus signifiante quand le Dr Frydman a accusé sans fondement le Dr Testard de manque d’éthique, et qu’il a quelques années plus tard foncé dans un autre pays pour pratiquer un DPI, au lieu d’utilser sa renommée pour faire démarrer un débat en France sur le DPI (qui a eu lieu plus tard et qui a débouché sur son autorisation). On peut aussi se questionner sur la déontologie du Dr Frydman qui, à en croire un téléfilm à son honneur, embrasse sur la bouche une de ses patientes. On peut légitimement penser que le Dr Frydman fait partie de ces médecins de la première vague de l’assistante médicale à la procréation dont la toute puissance sur les couples infertiles ne souffre aucune contestation et aucune remise en question. Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts et l’on assiste à l’émergence d’une nouvelle génération de médecins plus proches de leurs patients et plus respectueux de l’étique, génération incarnée par les Dr Olivennes et Nisand. Qui se déclarent favorables à la légalisation de la gestation pour autrui dans un cadre très strict. CQFD.
@Infâme cancrelat :
Pourquoi s’occuper des couples infertiles au travers de parcours médicaux qui coûtent de l’argent à la collectivité ? Par équité tout simplement ! Le syndrôme MRKH, qui est une des principales indications à la gestation pour autrui, frappe 1 femme sur 4000. C’est la même fréquence que la mucoviscidose pour laquelle la communauté se mobilise au travers du Téléthon. Faudrait-il laisser des gens sur le bord de la route sous prétexte que la maladie dont ils souffrent ne représente pas assez de monde ? C’est le parti qu’ont pris la plupart des groupes pharmaceutiques et la plupart des systèmes d’assurances privées. Fort heureusemeent, ce n’est pas le cas de notre pays, même si la sécurité sociale a bien souvent des problèmes de financement.
@ Jasmine : Votre commentaire est parfaitement éloquent. Décidemment, tout y est dans vos messages.
« On a connu « un enfant si je veux quand je veux », on entend dans cette histoire « un enfant si je veux, comme je peux et quand nous pouvons ». » : Comme je peux… Les féministes voulaient le contrôle de leur corps, pas de celui des autres et elles voulaient aussi que les femmes soient considérées comme des êtres complets même sans la maternité. C’est le contraire de ce que revendiquent les partisans de la gestation pour autrui. Même s’il y a des féministes qui la soutiennent, et qui soutiennent aussi la prostitution.
Aucune remarque au sujet de mon premier commentaire, mais une attaque particulièrement basse sur un grand nom de la médecine, qui n’a pas l’avantage de soutenir vos positions. Je me contenterai de relever : « Sans compter l’usage d’un mot stigmatisant comme bébé éprouvette. » Outre qu’il s’agit d’une expression rapide pour dire « bébé conçu en éprouvette », je constate que les expressions « gestation pour autrui » et « gestatrice » comme on le dit couramment sont autrement plus stigmatisantes. Le mot gestation s’emploie pour les animaux, on dit grossesse pour les femmes. Une gestatrice est une femme enceinte, une future mère. Mais cela en dit long sur la conception que les partisans de la « gestation » pour autrui ont de l’enfant, de la femme qui sera outil de travail et récipient des « parents d’intention », des neuf mois pendant lesquels un embryon devient un enfant.
@Celor : J’ai bien l’impression que nous comprenez pas ou ne voulez pas comprendre mes propos. Quand je dis que l’on est passé « d’un enfant si je veux, quand je veux » qui résultait d’une révolte justifiée contre la domination masculine, à « un enfant quand je veux, comme je peux et quand nous pouvons » qui résulte d’une prise de conscience de notre fragilité et de l’inégalité en matière de fertilité. Il n’y a aucune revendication disant qu’une femme n’est pas une vraie femme si elle n’a pas d’enfant (ce qui serait une affirmation assez stupide), mais une revendication qu’une femme puisse en aider une autre à porter un enfant si elle le souhaite. Quand à votre interprétation sur les féministes qui « soutiennent » la prostitution, c’est caricatural, vous ne les avez visiblement pas écoutées ou lues pour en parler comme cela. Que le mot gestation ne vous plaise pas, c’est votre problème, mais c’est le mot utilisé par la médecine et la justice. En faire une interprétation sur le sentiment que l’on éprouve à l’égard des femmes qui font un don de gestation est tout simplement de la pure spéculation. Par contre, il n’y a pas de doute que bébé-éprouvette est un mot stigmatisant et surtout d’une remarquable bêtise : la fécondation in vitro ne se fait dans une éprouvette mais dans un vase de Pétri et rassemble des gamètes qui après fécondation vont devenir des pré-embryons avant transfert dans l’utérus. Ces pré-embryons vont nidifier pour devenir des embryons, puis plus tard un ou des fœtus, et en approchant de la date d’accouchement on parlera seulement de bébé. Parler de conception de bébés en éprouvette est un non-sens dont le but est de déshumaniser un être humain. On ne fabrique pas un bébé, on apporte une assistance médicale. C’est ce que vous ne voulez pas comprendre. Ce n’est pas anodin de rappeler que bébé-éprouvette est le mot qu’utilisaient les opposants à la F.I.V. Quand à ce que j’ai écrit sur « un célèbre Docteur », ce sont seulement des faits que chacun peut vérifier. Si j’avais donné un avis personnel, j’aurais commenté ses propos et cela aurait été plus épicé. Ce que je constate, c’est que vous chercher par tous les moyens de trouver un axe, un mot, une piste pour étayer vos convictions contre la gestation pour autrui. Pour vous, il s’agit obligatoirement de marchandisation. Vous n’arrivez pas à concevoir qu’une femme puisse agir par don, et c’est pourtant ce que l’on constate dans toutes les études cliniques. Ne pas concevoir qu’une femme puisse agir de son propre chef sans être instrumentalisée rappelle sinistrement les propos de ceux qui voulaient interdire aux femmes le droit de vote ou d’exercer certaines professions. C’est la même démarche que je citais pour la FIV : tenter de déshumaniser un enfant parce que sa conception a été aidée par la médecine, tenter de déshumaniser une femme parce qu’elle ne rentre pas dans le schéma classique de la sainte trinité mariage/relation sexuelle/accouchement. Mais au fond, pour qui vous prenez-vous pour vouloir restreindre nos libertés individuelles ?
Oui, bon, tout ceci est intéressant, mais rien n’impose la prise à parti.
Que chacun demeure donc dans les limites de la courtoisie ; limites que je veux strictes.
@ jasmine Je suis presque gênée d’écrire que vos arguments sont spécieux car, à la relecture de ce billet, il me paraît clair que vous même ne pouvez pas mettre au monde un enfant vous-même et que ce sujet vous touche personnellement. Mais n’oubliez pas que des couples qui ont spermatozoïdes, ovules, où la conjointe à un utérus n’arrive pas à devenir parents et que les FIV ne sont pas toujours couronnées de succès.
Soutien de la prostitution ? Recopié d’une interview de Marcela Iacub « Certains pays ont réglé les choses différemment : on y accepte les mères porteuses, on y a légalisé la prostitution… »
On peut faire don d’un gamète, don d’un organe. On ne fait pas un don de gestation. C’est physiologiquement impossible. On donne ou vend un enfant dans certaines sociétés. Ce qui n’est pas permis dans la loi française. (Quant au don d’enfants des sociétés d’Océanie, il s’apparente plutôt à une multiplicité des parentés.)
Que des femmes se prostituent volontairement, je n’en doute pas. Que des femmes croient qu’on ne fait que porter un enfant, qu’il peut se donner, il doit y en avoir, en particulier des mères et des sœurs.
Mais tout ce qui est donné peut être vendu. On ne doit pas accepter la « réification » pour permettre un petit nombre de dons véritables. Des couples frustrés de ne pas pouvoir avoir d’enfant vont déjà à l’étranger trouver une mère porteuse et payer. Légaliser en France ne changera rien. L’aggravera peut-être. Elle créera des besoins : des couples qui n’auraient pas souhaité avoir recours à la gestation pour autrui auront désormais l’idée de la demander. Ceux qui ne se situeront pas dans le « cadre très strict » ou qui ne trouveront pas de mère porteuse donneuse n’abandonneront pas leur projet. Ils iront à l’étranger eux aussi, ou paieront de la main à la main. Et même s’il y a vraiment don ( ?), ces cas posent problème : il n’y a pas deux sortes d’enfants, ceux qui sont mis au monde par leur mère, qui ont reçu d’elle anticorps oxygène tabac, qui reconnaissent la voix et l’odeur de la mère en naissant (même dans le cas de déni de grossesse de la part de celle-ci), et d’autres qui n’auraient été que « portés » (terme réducteur qui témoigne du temps où le bébé était considéré comme un tube digestif) en un acte physiologique. Il est vrai que dans des cas de plus en plus rares d’abandons suivis d’adoptions, l’enfant adopte ensuite une autre mère ; mais trouvez en qui diront que leur gestatrice (toutes les femmes enceintes sont des gestatrices) n’a pas été leur première mère, au départ de leur vie.
« Mais au fond, pour qui vous prenez-vous pour vouloir restreindre nos libertés individuelles ? » Une démocratie restreint considérablement les libertés individuelles. (C’est moins vrai aux Etats-Unis, pays de liberté dans lequel posséder une arme à feu fait partie des droits individuels et où 40 millions de personnes n’ont pas de couverture sociale.) Vous n’avez pas le droit d’épouser une autre femme, d’épouser deux hommes (au nom de quoi ?), de vous faire exciser, de faire justice vous-même y compris auprès du pire criminel, de vous vendre au marché même pour un temps limité. Une femme qui souhaite abandonner son enfant ne peut choisir le couple auquel le confier. Le lancer de nain n’est pas autorisé : pourtant, le nain était consentant et recevait un bon salaire. Quand une association de nains militera pour réinstaurer ce sport, on ne s’en choquera plus, on se demandera comment on a pu limiter les droits des personnes de petite taille.
@ jasmine Je suis presque gênée d’écrire que vos arguments sont spécieux car, à la relecture de ce billet, il me paraît clair que vous même ne pouvez pas mettre au monde un enfant vous-même et que ce sujet vous touche personnellement. Mais n’oubliez pas que des couples qui ont spermatozoïdes, ovules, où la conjointe à un utérus n’arrive pas à devenir parents et que les FIV ne sont pas toujours couronnées de succès.
Soutien de la prostitution ? Recopié d’une interview de Marcela Iacub « Certains pays ont réglé les choses différemment : on y accepte les mères porteuses, on y a légalisé la prostitution… »
On peut faire don d’un gamète, don d’un organe. On ne fait pas un don de gestation. C’est physiologiquement impossible. On donne ou vend un enfant dans certaines sociétés. Ce qui n’est pas permis dans la loi française.(Quant au don d’enfants des sociétés traditionnelles d’Océanie, il s’apparente plutôt à une multiplicité des parentés.)
Que des femmes se prostituent volontairement, je n’en doute pas. Que des femmes croient qu’on ne fait que porter un enfant, qu’il peut se donner, il doit y en avoir, en particulier des mères et des sœurs. Mais tout ce qui est donné peut être vendu. On ne doit pas accepter la « réification » pour permettre un petit nombre de dons véritables. Des couples frustrés de ne pas pouvoir avoir d’enfant vont déjà à l’étranger trouver une mère porteuse et payer. Légaliser en France ne changera rien. L’aggravera peut-être. Elle créera des besoins : des couples qui n’auraient pas souhaité avoir recours à la gestation pour autrui auront désormais l’idée de la demander. Ceux qui ne se situeront pas dans le « cadre très strict » ou qui ne trouveront pas de mère porteuse donneuse n’abandonneront pas leur projet. Ils iront à l’étranger eux aussi, ou paieront de la main à la main. Et même s’il y a vraiment don ( ?), ces cas posent problème : il n’y a pas deux sortes d’enfants, ceux qui sont mis au monde par leur mère, qui ont reçu d’elle anticorps oxygène tabac, qui reconnaissent la voix et l’odeur de la mère en naissant (même dans le cas de déni de grossesse de la part de celle-ci), et d’autres qui n’auraient été que « portés » (terme réducteur qui témoigne du temps où le bébé était considéré comme un tube digestif) en un acte physiologique. Il est vrai que dans des cas de plus en plus rares d’abandons suivis d’adoptions, l’enfant adopte ensuite une autre mère ; mais trouvez en qui diront que leur gestatrice (toutes les femmes enceintes sont des gestatrices) n’a pas été leur première mère, au départ de leur vie.
« Mais au fond, pour qui vous prenez-vous pour vouloir restreindre nos libertés individuelles ? » Une démocratie restreint considérablement les libertés individuelles. (C’est moins vrai aux Etats-Unis, pays de liberté dans lequel posséder une arme à feu fait partie des droits individuels et où 40 millions de personnes n’ont pas de couverture sociale.) Vous n’avez pas le droit d’épouser une autre femme, d’épouser deux hommes (au nom de quoi ?), de vous faire exciser, de faire justice vous-même y compris auprès du pire criminel, de vous vendre au marché même pour un temps limité. Une femme qui souhaite abandonner son enfant ne peut choisir le couple auquel le confier. Le lancer de nain n’est pas autorisé : pourtant, le nain était consentant et recevait un bon salaire. Quand une association de nains militera pour réinstaurer ce sport, on ne s’en choquera plus, on se demandera comment on a pu limiter les droits des personnes de petite taille.