Quoique l’on puisse penser du discours du Président Sarkozy à Toulon, la crise financière actuelle recèle assurément les ferments d’évolutions politiques intéressantes. C’est que la peur est un puissant moteur de l’action.
Pour autant, rien ne dit que les promesses de mutations dussent être approuvées. Tout dépend de la façon dont se dénoueront les tensions nées aujourd’hui.
On peut dégager au moins trois domaines d’évolution, par ordre d’importance : le champ idéologique, l’intégration européenne et internationale et le rapport des forces politiques en France.
Sur le plan idéologique, il est certain que l’intervention de la puissance publique n’apparaît plus si suspecte qu’elle a pu l’être. S’il apparaissait que la crise actuelle devait être contenue par une action visible de l’État — en particulier aux États-Unis — il est probable que sa légitimité s’en trouverait mieux servie dans le débat public. De sorte que le discours sur le rôle de l’État trouverait peut-être un appui plus solide. Et sans doute la gauche — aujourd’hui sur la défense — pourrait y trouver un peu de grain à moudre.
Pour autant, il n’est pas certain que le capitalisme ne perde pas quelques plumes dans l’affaire. A commencer par la finance. Mais au delà, c’est l’économie de marché dans son ensemble qui pourrait souffrir d’un éventuel revirement idéologique. Que les États aient a faire dans le domaine monétaire se conçoit volontiers ; qu’il déploie son empire dans l’économie marchande ne se justifie pas nécessairement. A ce titre, on peut être se demander ce qu’il adviendra de l’indépendance de la BCE.
Sur le plan européen, on peut envisager deux scénarios.
Dans un scénario optimiste, les fédéralistes parviennent à utiliser les craintes des opinions publiques pour promouvoir l’intégration européenne comme un instrument de réponse à des enjeux supra-nationaux. C’est, me semble-t-il, le propos du Président Sarkozy.
Dans un scénario pessimiste, les états membres se retournent sur leur situation nationale et adoptent des comportements non-coopératifs. C’est ainsi que l’on peut lire les menaces à peine voilées du Président Sarkozy sur le respect de l’orthodoxie budgétaire et la prohibition des aides d’état.
A cet égard, le Conseil européen des 15 et 16 octobre prochains apportera une forme de réponse sur l’orientation de l’Union.
Sur le plan national, la plus grande incertitude règne.
Pour commencer, un éventuel infléchissement de l’idéologie politique dominante dans le sens d’une faveur faite à la puissance publique n’aura sans doute pas en France les effets imaginables ailleurs. C’est que l’on déteste par l’État en terre française, et que le libéralisme et la finance n’ont jamais rencontré la dévotion collective.
Le parti socialiste peut faire valoir la piètre considération dans laquelle elle tient l’évolution libérale de l’économie mondiale. Cependant, les politiques gouvernementales qu’elle a pu mener autrefois peuvent faire hésiter les électeurs sur la pertinence de ses analyses. Après tout, le MATIF et le MONEP, marchés hautement spéculatifs, ont été mis en œuvre sous des gouvernements socialistes.
Le Président Sarkozy a préempté dans son discours le retour de l’État, avec une vigueur et une généralité qui laisse peu de place à la surenchère. En sorte qu’on se demande bien quel projet alternatif le Parti socialiste pourrait proposer. Il peut sans doute invoquer l’incohérence de la politique menée jusques ici, voire le renversement des promesses faites autrefois, ou laisser planer le doute sur la mise en œuvre des actions annoncées[1], mais il lui sera difficile de profiter de la tectonique idéologique qui s’annonce.
Ce d’autant que le Président Sarkozy, pour être de droite, n’est certainement pas un libéral. Le volontarisme politique qu’il a fait valoir s’accommode fort bien d’un développement de l’action de l’État. Et si l’on peut juger que la défense de la puissance publique est une forme de légitimation de l’action présidentielle[2],on peut difficilement reprocher au Président d’ignorer la question économique.
Ajoutez à cela qu’un discours sur l’État peut être opportunément porté par la gauche radicale, qui n’a jamais manqué d’attaquer la finance avec virulence, et l’on voit que le Parti socialiste pourrait se trouver étrangement étouffé de droite et de gauche, par une concurrence verbale efficace.
Autant dire qu’il n’est pas encore temps de se frotter les mains rue de Solferino. Ils pourraient être demain tout aussi inaudibles — et peut-être davantage – qu’ils ne l’étaient hier.
Pour payer, la puissance publique a toujours été bienvenue.
En général, on essaie juste de la tenir à l’écart lors du partage du gibier, mais jamais quand crie famine.
Pour Jules et les commentateurs de Diner’s room, un éclairage intéressant du dernier discours de NS à Toulon à lire ce jour dans le Journal du Dimanche. Points de vue croisés de Jean Peyrelevade, soutien de François Bayrou, et d’Alain Minc, soutien de NS. Bonne lecture et bonne semaine.
Ce qui me fait rire c’est qu’à chaque fois on que l’on parle de taxer les grands patrons qui en temps de crise continue à toucher des salaires « exorbitants et des primes indécentes on » nous fait le chantage suivant : ils risquent de partir à l’étranger! .. Non sans blague.. Vous y croyez à cette bonne farce? Mort de rire pour ma part.; Et dautre part si c’est leur seule objectif …qu’ils partent et bon vent .. ça ne peut être pire..et personne n’est irremplacable! De plus si on agite le mouchoir rouge du communisme pour faire peur, le capitalisme n’est pas « le moins pire des systèmes » vu la pauvreté quil entraine et la crise qu’il génère. Sans compter la destruction de l’environnement. Et rien ne dit qu’on ne puisse envisager pour le futur un autre système et « qu’il soit la fin de l’histoire.. » Quand on parle « du risque » que prennent les banques et les financiers ça me fait également rire car celà ressemble plus à « du tiercé gagant même si le cheval est perdant ». Sauf que ce sont les pauvres qui vont payer pour les riches..Et le scandale injuste c’est qu’aucune banque n’est réllement sanctionnée alors que le lambda se fait virer de son entreprise pour « 1000 fois moins que ça! .. » Comme dirait Souchon « il faut voir comment on nous traîte » J’ajouterais on nous prend pour des con(ne)s! La crise …. pour certain(e)s .. crise de rire….
Entre laisser faire le marché et laisser faire Nicolas Sarkozy, mon coeur ne balance pas.
A lire aussi Jacques Sapir « Sept jours qui ébranlèrent la finance » via Pierre Maura :
http://ecosociopo.blogspot.com/
Tout l’art du débat politique gauche-droite est de surtout savoir se limiter à la promotion de l’interventionnisme d’état. Cette tradition est d’ailleurs bien établie depuis le XIXème, durant laquelle l’Etat alterne entre semer les graines de la prochaine crise financière et profiter de la présente pour accroitre son poids dans l’économie.
Ca peut encore durer quelques dizaines d’années..
Frederick Lordon se lâche :
Frédéric Lordon : « pour en finir avec les crises financières »
http://www.humanite.fr/2008-09-25_Tribune-libre_Frederic-Lordon-pour-en-finir-avec-les-crises-financieres