Le capitaine est à la barre…

01/10/2008
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Mais le bateau ne vogue pas.

La presse hésite ces jours derniers entre la stimulation des inquiétudes et l’apaisement.

Dans une obscurité brumeuse, le financier ; cet ennemi informe et volage. Dans la lumière, le Président Sarkozy, dressé contre le vent mauvais. En bas, à côté, dans le froid d’un matin de bataille, vous, moi, chacun d’entre nous ; petits épargnants — pas de « grands épargnants » — déposants inquiets.

Et la presse, qui s’est spontanément placée à nos côtés d’anonyme, épousant tout à la fois un étonnement fasciné, une indignation sourde ; parfois une satisfaction un peu revancharde.

Sous la plume de Charles Jaigu et Bruno Jeudy, le Figaro propose ce jour le récit d’une journée du Président de la République qui fait face à la crise. Étrange texte.

Tout commence par l’éveil.

À 4h40, le réveil sonne. Nicolas Sarkozy est retourné chez lui, dans le XVIe arrondissement, pour y dormir quelques heures avant de reprendre le fil des négociations de la veille.

On devine les yeux rougis d’une fatigue au sortir d’un sommeil trop court devant les nécessités de la charge. Un sobre héroïsme se dégage de l’horaire si matinal. « Ceux qui se lèvent tôt…« 

Puis l’on se rend à l’Élysée pour une réunion d’État major. Les maréchaux sont là. L’échéance est brève. A neuf heures, la bourse va ouvrir. Bientôt, Austerlitz ou Waterloo, pas moins. L’atmosphère est au labeur. Pendant que la France se sort du lit dans le matin blême, les maîtres du Pays s’affairent déjà à sauver les trésors nationaux.

Le cas Dexia réglé, Nicolas Sarkozy se prépare, dans la matinée, à recevoir les banquiers et les assureurs dans le salon vert qui jouxte son bureau.

Après l’urgent, le nécessaire. Le système financier français a répondu à l’appel du chef. On sait qu’en terre gaulliste, l’intendance doit suivre. On rapporte le ton volontiers comminatoire du Président. Il ordonne et répond aux doléances des banquiers. Un chef doit diriger et apaiser les craintes. C’est chose faite.

Puis la réception du Premier ministre indien, avec qui l’on parle d’économie, du Président de Renault avec qui l’on parle encore d’économie et des syndicats d’employeurs européens à qui l’on parle toujours d’économie. On rapporte la vigueur et la conviction du Président.

Jusques ici, le récit à des accents quelque peu hagiographiques. C’est le Figaro, me direz-vous. Mais tout de même, le portrait dressé avec la subtilité de la peinture au pistolet ne dit qu’une chose : l’ampleur de la tâche ne fait jamais que rehausser l’aptitude du Président a conduire le vaisseau national dans la tempête. Il décide, coordonne, admoneste, rassure et décide encore. Il dirige.

Et puis — est-ce la lucidité ? — on fait état de la critique de François Bayrou en l’approuvant :

Certes, celui qui est devenu, au fil des mois, l’inlassable procureur du sarkozysme n’a pas tort de souligner que le chef de l’État ne peut pas grand-chose face à un cyclone dont l’œil se trouve à New York et Washington.

En bref, la démonstration de puissance cachait une impuissance. Et sous l’activisme, on devine la gesticulation.

Mais mardi, faute de peser directement sur les événements, Nicolas Sarkozy a voulu à toute force démontrer qu’il y avait bien « un pilote dans l’avion ».

Une opération de communication, donc, que cet emploi du temps traversé d’un pas sûr.

Mais qu’en aurait-on su sans les colorations chatoyantes que lui donnent l’article du Figaro ? Sans le réveil au yeux rouges avant que Paris ne s’éveille ? Sans l’admiration à peine voilée de ses interlocuteurs ?

Étrange texte, donc, qui participe tout à la fois à l’entreprise de propagande qu’au décryptage de cette même entreprise…

NB : L’auteur, pour ne pas négliger les aspects politiques de la geste présidentielle, non plus que leur relative inefficacité, ne juge cependant pas qu’ils sont tout à fait inutiles. Seule l’intéresse ici les curieuses sinuosités de l’article du Figaro.

13 commentaires to Le capitaine est à la barre…

  1. Facultatif, coiffeur en ville le 01/10/2008 à 21 h 20 min

    On ne répètera jamais assez l’idée, popularisée par le regrettée Paul Newman selon laquelle, dans les jeux d’argent auquel votre pays vous invite à jouer, si l’on ne sait pas qui est le dindon de la farce, c’est que, le dindon, c’est vous.

    Le citoyen s’aime-t-il servi rôti, à l’étouffée, ou en croûte roulé dans son épargne ?

  2. BA le 01/10/2008 à 21 h 56 min

    La banque Dexia devait faire faillite. Mardi 30 septembre, la banque Dexia a été sauvée de la faillite par l’argent des contribuables français, belges, et luxembourgeois. Pour renflouer la banque Dexia, le gouvernement français va injecter 3 milliards d’euros, le gouvernement belge va injecter 3 milliards d’euros lui-aussi, le gouvernement luxembourgeois va injecter 800 millions d’euros.

    Non seulement le patron de Dexia a mené sa banque à la faillite, non seulement les contribuables vont devoir payer des milliards d’euros pour renflouer la banque Dexia, mais en plus son patron va toucher 3,73 millions d’euros en parachute doré !

    Lisez cet article :

     » Le patron de Dexia pourrait toucher 3,7 millions d’euros d’indemnités de départ.

    Le président du directoire de la banque franco-belge Dexia, qui vient d’être sauvée de la faillite, pourrait toucher une indemnité de départ de 3,7 millions d’euros, selon les termes de son contrat cité dans le rapport annuel de la banque. « En cas de résiliation par Dexia du contrat » qui le lie à la banque, Axel Miller peut prétendre « à une indemnité égale aux rémunérations fixes et variables et autres avantages correspondant à une période de 24 mois », soit deux ans de salaire, indique ce rapport annuel.

    M. Axel Miller a touché une rémunération fixe de 825 000 euros en 2007, à laquelle s’ajoute une rémunération variable de 1 039 500 euros, selon ce même rapport annuel. Il toucherait donc 3,73 millions d’euros si les termes de ce contrat s’appliquaient. La banque Dexia n’était pas immédiatement disponible pour confirmer cette information. Axel Miller a dit mardi soir à la télévision belge RTBF qu’il était contre les parachutes dorés quand les patrons ont démérité. « Mais en ce qui me concerne, je n’ai pas démérité, et personne ne m’a dit que j’ai démérité », a-t-il ajouté.

    http://www.lesechos.fr/info/finance/afp_00080622-le-patron-de-dexia-pourrait-toucher-3-7-millions-d-euros-d-indemnites-de-depart.htm

    Je répète la phrase du patron de Dexia, Axel Miller :

    ” Mais en ce qui me concerne, je n’ai pas démérité, et personne ne m’a dit que j’ai démérité. ”

    Les contribuables français, belges, et luxembourgeois vont payer 6,4 milliards d’euros pour sauver la banque Dexia de la faillite. Axel Miller va toucher 3,73 millions d’euros en parachutes dorés.

    Vive la Révolution !

  3. Oeil du cyclone le 02/10/2008 à 0 h 26 min

    Ceci dit, si la conjoncture n’était si grave, il n’y aurait pas lieu de s’étonner, car depuis le début, Nicolas Sarkozy est un grand ventilateur : il brasse du vent… et je suis bien d’accord avec vous, cela peut avoir son utilité.

  4. toto le 02/10/2008 à 10 h 54 min

    Et Fillon qui propose de taper dans les recettes du Livret A !

  5. toto le 02/10/2008 à 10 h 57 min

    « Les politiciens ont toujours su que la peur est le meilleur moyen de convaincre les populations réticentes à accorder leur soutien inconditionnel au gouvernement. Que ce soit pour détourner l’attention de la population, pour justifier plus de taxes ou pour faire accepter une législation impopulaire, les politiciens peuvent toujours compter sur un événement dramatique réel ou annoncé.(…) » (auteur inconnu)

  6. toto le 02/10/2008 à 11 h 16 min

    Une lecture plutôt inquiétante :

    « Plan de sauvetage bancaire : Ce que Wall Street espérait gagner »

    http://questionscritiques.free.fr/edito/CP/Pam_Martens/Plan_de_sauvetage_bancaire_Wall_Street_300908.htm

    Pam Materns est-elle une illuminée ?

  7. verel le 02/10/2008 à 12 h 53 min

    A BA : il est très possible que la recapitalisation de Dexia se révèle dans deux ans une excellente affaire pour les États qui y auront participé

    Dexia a été menacée par une crise de confiance qui pouvait déboucher sur une crise de liquidités Comme on ne connait pas ses pertes (elle en a probablement) on ne sait absolument pas si elle a perdu ou non ses fonds propres

    votre raisonnement repose sur des a priori

  8. BA le 02/10/2008 à 17 h 51 min

    La banque Dexia devait faire faillite. Mardi 30 septembre, le gouvernement français, le gouvernement belge, et le gouvernement luxembourgeois ont injecté 6,4 milliards d’euros pour renflouer la banque Dexia. Les contribuables vont verser 6,4 milliards d’euros pour sauver la banque Dexia de la faillite.

    Scandale supplémentaire : le patron de Dexia, Axel Miller, va partir en empochant 3,73 millions d’euros en parachutes dorés.

    Axel Miller a osé éclater de rire quand on lui a parlé de son parachute doré. Regardez cette video insupportable :

    http://aliceadsl.lci.fr/infos/economie/conjoncture/0,,4108048-VU5WX0lEIDUzNg==,00-le-fou-rire-du-patron-de-dexia-sur-son-parachute-dore-.html

  9. aliocha le 02/10/2008 à 19 h 23 min

    Il me semble au contraire qu’il y a une guerre à mener pour la France, via l’Europe, face aux Etats-Unis. Une guerre destinée à revoir la régulation de la finance mondiale ou plutôt à la construire car elle est encore très balbutiante. Par ailleurs, la puissance des Etats-Unis en matière financière est réelle mais elle ne se double plus autant qu’on l’imagine de l’arrogance qu’on a connu. Les groupes cotés américains se délistent, les places européennes commencent à concurrencer réellement New-York et, avec leur pragmatisme légendaire, les américains commencent à écouter ce qui se passe ailleurs que chez eux. Exemple, il y a dix ans, il ne fallait pas leur parler des normes comptables internationales, aujourd’hui ils ont admis l’idée d’abandonner leur référentiel pour appliquer les IFRS. Ils ont menacé longtemps de venir contrôler les cabinets comptables européens auditant des sociétés cotées chez eux, aujourd’hui, ils admettent que nos auditeurs peuvent être aussi performants que les leurs. En ce sens, Sarkozy n’est pas aussi impuissant qu’il y parait. Il me semble que c’est le moment idéal pour l’Europe d’amener les Etats-Unis à la table des négociations pour discuter d’une régulation financière mondiale. A supposer bien sûr que l’Europe se mette d’accord.

  10. Monoi le 03/10/2008 à 11 h 31 min

    @ Aliocha,

    Vous avez entendu parler de Bale 2? Ca s’applique a tout le monde, US compris.

    Beaucoup de gens l’ont dit il y a quelques temps, ca se verifie maintenant, les regles comptables foutent la merde en amplifiant les problemes.

    Les USA ont probablement plus de regles qu’ailleurs. Mais ne laissez pas votre ignorance barrer la route a vos prejudices.

    http://eureferendum.blogspot.com/2008/10/heart-of-crisis.html

  11. aliocha le 03/10/2008 à 16 h 52 min

    @Monoi : Loupé, les Etats-Unis n’appliqueront Bâle 2 que l’an prochain. L’absence de coordination entre les IFRS et Bâle 2 a eu c’est vrai des conséquences pro-cycliques qu’il faut corriger. Ce n’est pas parce qu’une réglementation mondiale montre de sdéfaillances que cela remet en cause la nécessité d’une régulation mondiale. De même que ce n’est pas parce que votre voiture tombe en panne que cela signifie que vous n’avez pas besoin de voiture. Vous saisissez la nuance ?

  12. Monoi le 06/10/2008 à 10 h 52 min

    Loupe, je ne crois pas. La revision du mark to market fait d’ailleurs partie du « bail out » US.

    Quand aux consequences qu’ils faut corriger, c’est plutot le signe que tout experts qu’ils soient, ils nous ont fait du mauvais boulot et prouvent une fois de plus que les marches ont toujours plusieurs longueurs d’avance sur les bareaucrates et politiciens.

    La nuance, c’est que si on est pas capable de fabriquer une voiture qui ne vous mettes pas dans le 1er platane venu, vous vous abstenez d’en faire.

  13. aliocha le 07/10/2008 à 14 h 57 min

    @monoi : si vous condondez normes prudentielles et normes comptables, je ne peux rien pour vous.

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