Crise financière et fêlures européennes

06/10/2008
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Le premier acte des effets politiques de la crise financière s’est joué ces trois derniers jours.

La réunion organisée par le Président de la République française et de l’Union européenne avait laissé imaginer une forme de coopération, sinon de solidarité. Le lendemain, Angela Merkel annonce la garantie des dépôts bancaires par l’état fédéral ; suivie en cela par le Danemark et l’Autriche.

Ce genre de pratique risque de stimuler les attitudes non coopératives des partenaires européens, plus que d’asseoir la possibilité de réponses communes. On peut d’ailleurs noter que la même Angela Merkel n’avait pas manqué d’émettre quelques critiques sur une semblable décision venue des terres vertes d’Irlande.

Il est un fait que les dirigeants des états-membres hésitent à solliciter la contribution de leurs ressortissants pour sauver le système bancaire du voisin. Mais c’est au prix, peut-être, de solutions moins efficaces et inquiétantes pour l’avenir de l’Europe.

En effet, les systèmes financiers européens, malgré les frontières, connaissent une intégration véritable ; et la fragilité de quelques uns pèse sur tous.

De surcroît, les mesures de garanties des dépôts peuvent avoir pour effet de favoriser les banques nationales au profit de leur concurrents ; ceci en période de restructuration du système bancaire. A supposer que l’Union n’y pointe pas son nez — hypothèse improbable — chacun des gouvernements de l’Union serait conduit à proposer des garanties semblables pour tous les établissements de crédits qui relèvent de leur ministère.

Autant dire que les contribuables de chaque nation se retrouveraient en pratique à garantir les risques pris par leur banques, tout autant que par les banques étrangères présentes sur leur sol ; on voit bien que le gouvernement belge se retrouve en situation de soutenir BNP-Parisbas pour assurer la survie de Fortis.

Sur un plan politique, on ne peut que regretter cette tentation de préférer les solutions nationale au détriment de la coopération. Au delà de l’efficacité de ces choix — qui reste à mesurer — l’avenir de la coopération européenne risque d’en être durablement affecté. Établir la confiance prend plus de temps que de faire naître la méfiance. Et dans un système qui repose davantage sur des compromis en écheveau que sur une une rationalité commune, la méfiance réciproque n’est pas une promesse sucrée.

Pour ce qui est de l’action de Nicolas Sarkozy, je suis enclin à quelque indulgence.

Même s’il n’était pas de bonne politique d’exclure l’Espagne de la réunion de samedi[1], l’idée d’une gestion collective de la crise par les grandes nations économiques et financières pouvait apaiser un peu les inquiétudes des grandes institutions de crédit. Las, le résultat n’a pas été à la mesure de l’ambition. Pire, d’une certaine façon, avec la défausse brutale de la Chancelière allemande.

Bien sûr, on peut, comme certains quotidiens britanniques, se gausser de la tendance du Président français à parer chaque succès commun de ses seules couleurs[2]. Et on ne peut écarter qu’au delà des incitations domestiques, la réputation que s’est faite le Président Sarkozy auprès de ses homologues ne favorise guère leur loyauté. Il demeure cependant que l’Union chancelle. Et la dispersion affolées des mesures ne semble pas plonger les marchés financiers dans les eaux calmes du luxe et de la volupté.

Il paraît que nombreuses sont ces personnes qui chutent de haut à décéder d’une crise cardiaque avant l’impact.

Notes

[1] Les dirigeants espagnols en concevront sans doute quelque rancœur.

[2] With his customary bravado, Mr Sarkozy sought to present the summit as a French success.

21 commentaires to Crise financière et fêlures européennes

  1. Gaz! le 06/10/2008 à 16 h 20 min

    « le Présidente de la République française et de l’Union européenne »

    Ho, non, pas vous aussi….

    Ecrasez l’infâme !

  2. Bashô le 06/10/2008 à 16 h 44 min

    En effet, le système financier est bien intégré à l’échelle européenne; mais mener une politique forte à l’échelle européenne suppose une autorité (toujours à cette échelle) en ce domaine, tandis que l’élaboration d’une politique concertée prend du temps; or ici il semble y avoir un sentiment d’urgence. Pour les fêlures européennes, je suis plus optimiste que vous: toute croissance ne va pas sans crise, et une fois la tourmente passée, des leçons pourraient être tirées par les gouvernements. Oui, je suis optimiste :)

  3. Facultatif, coiffeur en ville le 06/10/2008 à 17 h 13 min

    « La réunion organisée par le Président de la République française et de l’Union européenne avait laissé imaginer une forme de coopération, sinon de solidarité. Le lendemain, Angela Merkel annonce la garantie des dépôts bancaires par l’état fédéral ; suivie en cela par le Danemark et l’Autriche. »

    La presse allemande signalait dès l’annonce de la réunion que la position allemande était de refuser toute solidarité, au motif que construire un pot commun serait inciter trop de monde à se servir dedans.

  4. Clems le 06/10/2008 à 18 h 31 min

    Elle a bien raison, si on commence à sauver les banques, ils recommenceront dés demain leurs abus. Cela revient à soutenir la crise elle même et ses mécanismes.

    Sauver les banques pour sauver l’économie est une idiotie que l’on tente de faire passer pour sérieuse aux contribuables. On aura bien d’autres défits à relever dans les prochaines années que financer la dette des banques.

    Si on sauve les établissements en difficultés nous n’auront plus aucune marge de manoeuvre pour le reste.

    Il est vraiment amusant de voir les libéraux défendre des solutions de quasi nationalisation alors que leur slogan depuis toujours est que dans une économie libérale il y a des perdants et des gagnants. C’est du moins ce qu’ils avaient déclaré après avoir refusé de secourir La banque d’affaire Herman Brothers.

  5. pas perdus le 06/10/2008 à 18 h 57 min

    Cette crise démontre que l’Europe n’est pas politique.

    Difficile pour certains responsables européens de concevoir une politique concertée et volontariste dans le domaine économique après tant d’années de dérégulation.

    Espérons que la crise ne se développe pas autant sur le continent européen qu’aux Etats-Unis…

  6. jules (de diner's room) le 06/10/2008 à 19 h 00 min

    La garantie des dépôts n’est qu’une façon de sauver les banques qui souffrent aujourd’hui d’un manque de liquidités, plus que d’actifs.

    Et ce que vous appelez une idiotie semble assez partagée parmi les économistes. C’est que, figurez-vous, si une banque n’est pas grand chose, le système bancaire présente quelque utilité.

    La question n’est donc pas de savoir s’il faut faire quelque chose, mais combien on doit engager aujourd’hui pour éviter d’avoir à faire cent fois plus demain.

    En passant, il s’agissait de Lehman Brothers.

  7. Clems le 06/10/2008 à 19 h 29 min

    Si vous pouviez arreter de prendre à témoin les économistes qui sont les mêmes incompétents responsables de cette crise et qui espèrent en encourageant la purge boursière de nous voir céder à la panique et racheter leurs actifs pourris. Alors que pour l’instant la menace de récession est faible.

    Ces économistes conseillaient à l’achat à l’unisson les financières il y a encore moins d’un mois.

    Pour nous faire porter le fardeau et aspirer l’argent de petits porteurs ils sont nettement plus compétents, seul point où je serai d’accord avec vous.

    Lorsqu’il s’agit d’investissements réellement importants il n y a plus personne. Lorsqu’il s’agit de sauver les amis des puissants, on commence à en faire une affaire mondiale et à truquer les marchés. (Vente à découvert interdite pendant trois mois sur les financières)

    C’est une plaisanterie qui tourne au tragique. Vous voulez sauver les banques ? Allez y, vous verrez que cela reviendra comme un boomerang et que la prochaine crise cette fois touchera réellement aux fondamentaux et pour longtemps. Ce n’est pas en soufflant dans une bulle de savon que l’on empêche son éclatement.

  8. jules (de diner's room) le 06/10/2008 à 19 h 49 min

    Bon, vous tombez là dans le propos de comptoir. Laissons-là, voulez-vous.

  9. Clems le 06/10/2008 à 19 h 54 min

    D’ailleurs vous remarquerez que les bourses chutent de façon vertigineuse seulement depuis que l’on parle de ce plan.

    Avant, elles se maintenaient nettement mieux malgré la connaissance des risques. Comme quoi ce qui fait la crise actuelle ce ne sont plus les conséquences initiales de la crise mais bel et bien notre naïveté.

  10. Papichou le 07/10/2008 à 1 h 09 min

    Clems
    Le système bancaire est aussi indispensable que l’eau ou l’électricité à moins que votre furia anticapitaliste vous fasse préférer un retour au haut moyen âge.
    Vous aurez sans doute remarqué que les nationalisations dont vous parlez se sont systématiquement traduites par la ruine des actionnaires ce qui est parfaitement conforme à la logique libérale et devrait vous réconforter.

  11. Gaz! le 07/10/2008 à 9 h 37 min

    Qui sert-on en cédant à celui qui emploie le langage pour altérer notre perception des faits ?

    Certainement pas celui que la loi, dit-on, protège, et la liberté des autres oppresse si souvent.

  12. pazmany jeune garde 87 le 07/10/2008 à 12 h 06 min

    Et dire que Sarko voulait mettre en place les Subprimes en France ! Il a bon dos de crier sur les financiers irresponsables maintenant lol Ouf je suis rassuré qu’il ne tienne pas toutes ses promesses ! Par contre l’augmentation du budget de l’Elysée en pleine crise, pas top :

    http://www.jeune-garde87.org/2008/10/06/pas-de-crise-au-chateau/

  13. aliocha le 07/10/2008 à 15 h 02 min

    C’est amusant, depuis 1999 on nous parle de l’Europe financière, on vient même d’en achever la construction juridique. Lamfalussy réveille toi, ils sont devenus fous !

  14. Clems le 07/10/2008 à 17 h 58 min

    « Le système bancaire est aussi indispensable que l’eau « 

    Je ne dis pas le contraire. Ce que je dis , c’est que la crise actuelle n’existe que dans les esprits. Que nous allons dépenser des milliards pour une prière alors même que nous n’avons aucun élément sérieux accréditant la moindre thèse de faillite générale du système bancaire. Et qu’enfin les vraies causes de la crise de confiance ne sont ni évoquées ni même envisagées car impopulaire pour certains. L’histoire des parachutes dorés n’est qu’un contre-feu, une fumisterie lachée en pâture pour le contribuable.

    Seules les banques d’investissements sont menacées et encore pour les plus grosses il était clair que cela tenait du fantasme. Au pire on pouvait raisonnablement s’attendre à une consolidation féroce sur ce secteur.

    Maintenant, il est certain que nous allons rentrer en récession économique tout simplement parce que quelques irresponsables agitent le chiffon rouge et veulent sauver leur propre bilan.

    Depuis que le politique envisage de reprendre les actifs pourris et de sauver les « perdants », il ne faut plus s’attendre à une amélioration, les analystes sont comme des syndicalistes qui viennent de goûter au sang. Ils en voudront toujours plus et continueront d’exercer une pression durable sur les cours.

  15. BA le 07/10/2008 à 21 h 59 min

    Quelles sont les nouvelles du palais du roi Louis XVI ?

    Le budget du palais de l’Elysée est passé de 32,3 à 112,3 millions d’euros en trois ans !

    Lisez cet article :

    Les crédits de l’Elysée en hausse de 11,4 %.

    112,3 millions d’euros.

    Pour 2009, le projet de loi de Finances prévoit des hausses de crédits significatives pour la mission « Pouvoirs publics ». La présidence de la République voit son enveloppe budgétaire augmenter de 11,4 %, pour atteindre 112,3 millions d’euros. L’an passé, le périmètre de l’Elysée avait été modifié par le Parlement, de façon à consolider tous les crédits de fonctionnement et de rémunération des personnels, sommes jusqu’alors assumées par une douzaine de ministères. L’enveloppe de la présidence de la République était ainsi passée de 32,3 millions d’euros à 100,8 millions d’euros.

    http://www.lesechos.fr/info/france/4780472.htm?xtor=EPR-1083

    Budget de l’Elysée en 2007 : 32,3 millions d’euros. Budget de l’Elysée en 2008 : 100,8 millions d’euros. Budget de l’Elysée en 2009 : 112,3 millions d’euros.

    Que Louis XVI en profite : ça ne va pas durer.

  16. BA le 08/10/2008 à 21 h 26 min

    Henry Paulson : d’autres faillites sont à prévoir.

    Source : AFP.

    08/10/2008 | Mise à jour : 21:03 |

    Le ministre du Trésor américain Henry Paulson a déclaré mercredi 8 octobre que d’autres faillites d’institutions financières étaient à prévoir aux Etats-Unis, malgré le plan de sauvetage des banques entré en vigueur vendredi.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/10/08/01011-20081008FILWWW00727-paulson-d-autres-faillites-sont-a-prevoir.php

  17. Clems le 08/10/2008 à 21 h 45 min

    Action concertée des banques fédérales…

    Sans effet enfin presque, c’est pire car elle dénote l’impuissance. Avec désormais un risque majeur sur l’inflation car celle ci était malheureusement bien réelle et concrète avant la crise.

    Voila qui démontre avec férocité l’inutilité et la dangerosité des effets d’annonces ou de tout plan lorsque cela brûle.

    Alors bien entendu ils peuvent continuer jusqu’à satisfaire totalement les analystes tout en hypothéquant définitivement nos chances en matière de pouvoir d’achat.

    Encore que je ne suis pas persuadé que l'image d'une politique de papier désemparée qui cède aux pressions financières en faisant tout et n'importe quoi ne finisse pas par être en soit une nouvelle source de craintes.

    Au passage, ces plongeons et ces écarts en séances boursières provoquées justement par ces actions concertées risquent d’achever définitivement les banques y compris celles qui se portaient bien. Imaginez celles qui jouaient sur des indices… Sans compter les petits entrepreneurs qui ne parvenaient plus à faire exécuter leurs ordres du fait des suspensions.

  18. BA le 09/10/2008 à 21 h 37 min

    Ci-gît le libéralisme, 1979 – 2008.

    Par François Lenglet, rédacteur en chef Economie, politique, international à La Tribune.

    http://www.latribune.fr/opinions/20081009trib000181654/ci-git-le-liberalisme-1979-2008.html

  19. Clems le 09/10/2008 à 21 h 58 min

    Je vais quand même saluer une mesure à laquelle j’adhère, la fermeture de la bourse par l’Islande jusqu’à lundi.

    Voila une action qui si elle était concertée serait réellement efficace contre les spéculateurs.

  20. Clems le 17/10/2008 à 13 h 21 min

    Il y a quelques jours, le 8 octobre je déclarais. « Au passage, ces plongeons et ces écarts en séances boursières provoquées justement par ces actions concertées risquent d’achever définitivement les banques y compris celles qui se portaient bien. Imaginez celles qui jouaient sur des indices. »

    Et aujourd’hui la caisse d’épargne annonce une perte de 600 millions d’euros en raison de prises de positions dangereuses sur le marché des dérivés d’actions justement sur cette période.

    Pan dans les dents. Ils n’apprendront donc jamais. Et avec une ligne de crédit de 300 milliards, il ne faut pas s’attendre à moins de risques.

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