O tempora, o mores

18/10/2008
Par

Même l’ennemi des fureurs cocardières ne peut que s’émouvoir du traitement réservé à l’un de nos plus illustre représentants.

Dominique Strauss-Kahn souffre aujourd’hui de la plus sournoise des passions : la pudibonderie anglo-saxonne.

Ah, ce n’est pas sur la terre de France que l’on s’inquièterait d’un si bénin libertinage. Non plus que des traditionnelles gratifications qui accompagnent — la courtoisie l’impose — la fin des marivaudages.

Seulement ici, mes chers lecteurs, on sait taire ces choses ; et plutôt que de souffler le vent du déshonneur, il est de coutume d’abaisser le voile de la pudeur.

Mais, revenons à l’incident.

Il y a quelque mois, si l’on en croît la presse, le directeur du FMI s’abandonna à quelque bagatelle avec une collaboratrice.

Laissons aux âmes jalouses le soin de jeter l’opprobre sur cette vénielle infraction aux lois conjugales, et allons plutôt voir ce qu’il en résulta.

Le monde moderne — que la corruption des valeurs viriles étire en tous sens — n’est pas l’ami des amours discrètes. Et il fallut que l’époux apprit l’affaire. On connaît la susceptibilité de ces hommes qui découvrent porter à plusieurs le poids des chaines matrimoniales. Toujours est-il que l’affaire s’acheva par le départ de la collaboratrice volage du FMI. Comme il se doit dans ces circonstances délicates, une indemnité fut accordée.

Juste qu’ici, rien que de très conforme à ce qu’imposent les traditions du commerce amoureux ; du moins, dans les nations où celui-ci prospère harmonieusement.

Mais voilà que l’on s’avise, dans les couloirs du FMI, que le montant de la gratification accordée pourrait ne pas être conforme aux pratiques habituelles en la matière. Qu’elle fut trop élevée, et l’on viendrait à soupçonner la rémunération du silence. Qu’elle fut trop basse, et cela fleurerait la sanction vindicative.

Quoi qu’il en soit, on s’agite à Washington. Voilà un cabinet d’avocat commis pour faire la lumière que l’affaire ; et inonder des lumières les plus vulgaires ce qu’il est convenu, dans une société civilisée, de laisser à l’ombre de l’alcôve. Gaudriole, argent et avocats, voilà bien le cocktail que l’on aime servir aux Amériques.

Le français, instruit de l’art de Labiche et Feydeau, se désolera de ce qu’il faut bien se résoudre à appeler par son nom : une pernicieuse atteinte à l’honneur national menée par une clique de puritains plus sensibles aux écarts des hommes qu’aux abysses de la finance mondiale.

Il est pourtant vrai que les rigidités anglo-saxonnes avaient été autrefois soulignées par le cher Jean Quatremer :

Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique.

S’il faut féliciter la lucidité du journaliste, il n’est pas interdit de s’attrister du succès de son augure.

8 commentaires to O tempora, o mores

  1. Ibn Kafka le 19/10/2008 à 9 h 15 min

    D’autant qu’un livre, Sexus Politicus, avait révélé que son attachement au commerce allait jusqu’au libre-échange…

  2. Robinson le 19/10/2008 à 12 h 19 min

    Rien d’étonnant lorsqu’on voit, toutes proportions gardées, les retentissements qu’avaient connu l’affaire Clinton… Dommage qu’on s’occupe moins de l’action de DSK au FMI que de ce qu’il se passe sous la ceinture.

  3. pHiLoGrApH le 19/10/2008 à 20 h 38 min

    « Ah, ce n’est pas sur la terre de France que l’on s’inquièterait d’un si bénin libertinage »

    C’est moins encore sur cette même terre que l’on reconnaîtra l’acquisition, l’un après l’autre, des vices du Nouveau Monde. Car à y regarder de plus près, il y a lurette que vous autres Français vous inquiétez de qui couche avec qui. Par le show-business vous commençâtes, et par la politique poursuivez-vous. L’objet de vos premières curiosités inquisitoires : les invertis et les mères célibataires… Sous peu, il vous faudra, comme chez les ricains, un certificat de copulation homologué pour accéder au pouvoir.

  4. Guillermito le 19/10/2008 à 23 h 22 min

    Oui, très amusant tout ça, bien écrit et ironique, les coincés du cul anglo-saxons contre la gaudriole française, sauf que, a en croire les articles de presse, un détail crucial semble manquer : ce n’est pas une simple « collaboratrice », mais une subordonnée. Ce qui suggère de possible pressions, des tractations souterraines pas jolies-jolies (pouvoir contre sexe) et donc un manque d’éthique professionnelle probable de la part de DSK.

    Qui a demandé a cette femme anonyme comment elle a vécu cette histoire ? Peut-être elle ne trouve pas cela très amusant.

    Je n’avais rien contre DSK, mais qu’il disparaisse de la circulation, comme Wolfowitz avant lui. Il n’avait qu’a s’adapter a la situation – une institution aux moeurs anglo-saxonnes – comme Quatremer lui avait suggéré. Quand on a un tel pouvoir, on fait attention.

  5. koz le 19/10/2008 à 23 h 26 min

    Je n’arrive pas à bien saisir dans quel sens tu interprètes cette affaire. Mais je trouve surtout DSK fondamentalement irresponsable sur ce coup. Quelle que soit l’hypocrisie outre-atlantique sur ce sujet, il savait très bien ce qu’il en était, et que c’était fournir l’arme pour se faire abattre.

    On peut déplorer la pudibonderie des anglo-saxons. Mais dans les faits, que ce soit pudibond ou non, il risque de se faire abattre en vol. C’est de l’ordre du grand gâchis. Et tout ça parce qu’il ne peut pas s’en empêcher (à croire en plus qu’il n’y avait pas une seule nana pour satisfaire monsieur en dehors du FMI)

  6. Schmorgluck le 20/10/2008 à 8 h 45 min

    D’accord avec Guillermito et koz, pour le coup. C’est peut-être du « gâchis », mais il n’avait qu’à savoir se tenir, et ce qui pourrait ressembler à de la « gaudriole » dans d’autres circonstances a un vague relent de sordide dès lors qu’une hiérarchie est impliquée.

  7. jules (de diner's room) le 20/10/2008 à 12 h 10 min

    Bon, apparemment, j’ai eu le degré bien second sur ce coup.

    Je ne crois pas que cette affaire tienne à la pudibonderie anglo-saxonne, mais à un soupçon de favoritisme — ou de sanction — lié à une relation sentimentale.

    Ce qui semble ne guère choquer sur les terres françaises où l’on préfère se moquer avec acrimonie de la pudibonderie américaine.

    D’où mon billet que je confesse largement parodique.

  8. Escargot cacochyme le 27/10/2008 à 11 h 07 min

    j’ai souvenance d’un précédent commentaire, posté par mes soins il y a quelques temps sous un ancien billet de ce blog, remarquant à votre endroit que « le langage soutenu poussé à l’extrême confine parfois au ridicule ». Quoi que probablement forclos eu égard au délai de retrait, je souhaite retirer cette observation. A dire vrai, vos envolées nous régalent. Continuez!

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