What if ?
C’est entendu, Barack Obama vaincra cette nuit.
Les analystes politiques américains le créditent d’une très large victoire en nombre de grands électeurs. Et c’est à peine s’ils émettent quelques réserves pour nourrir l’appétit anxieux du public.
Si John Mc Cain l’emporte en Virginie, puis en Pensylvannie, estime George Stephanopoulos — ancien conseiller de Bill Clinton — sur ABC, alors l’élection pourrait être serrée. Mais le même juge encore qu’une telle erreur des instituts de sondages plongerait les américains dans un état de choc politique.
Non seulement les américains, mais le monde et la France.
Les français n’aiment pas les États-Unis. Il se font un plaisir de les mépriser ou de les haïr. Parfois, il désirent les admirer.
Les citoyens américains ne méprisent pas leur pays, mais il arrive que le pays les déçoive. Il leur prend alors le goût de se contempler sans rougir dans un miroir. Au filtre de leur histoire ; d’une histoire, comme partout, retissée sans cesse par le présent. Au filtre du monde qui les regarde, également.
S’il est vrai que les États-Unis ont un tempérament isolationniste, ils n’ont pas une fibre insulaire. Et le messianisme américain se passe difficilement du désaveu du monde. Aussi bien l‘opinio mundi tient-elle une place récurrente dans les commentaires politiques. Ne disons pas que les américains votent pour redresser une image ternie par deux mandats de politique étrangère incertaine. Mais certainement, l’image qu’il se font de leur nation et de leur patrie sollicite aujourd’hui leur conscience politique.
Barack Obama emprunte à cette tradition purificatrice du changement politique que l’on peut renifler quelques fois par siècle.
Mais si l’on devait aller quérir un antécédent historique, il me semble qu’on devrait le chercher davantage dans les élections de 1980 qui virent Ronald Reagan triompher que dans celles de 1960 où John F. kennedy accéda à la présidence.
Il y a un je-ne-sais-quoi de America is back dans l’espoir porté par Barack Obama. Peut-être moins virilement jeté à la face de la nation et du monde, mais plus profondément curatif. Comme s’il s’agissait d’aller soigner les plaies d’un jardin malade.
Celle d’une économie un peu oublieuse du travail et des travailleurs[1] ; celle d’une société toujours traversée par la fracture raciale, si l’on veut[2]. Celle d’une nation qui s’est découverte non seulement détestée, mais méprisée de par le monde. On peut s’accommoder de ne point être aimé si l’on pense être jalousé. Il est plus difficile de se sentir indigne.
Barack Obama porte à l’évidence un souffle rédempteur que n’a su respirer John Mc Cain.
Mais, si les électeurs aujourd’hui ne choisissent pas Obama, qu’adviendra-t-il de la nation américaine ?
John Mc Cain sera un président probablement prêt au compromis. Un républicain modéré qui devra composer avec un espoir plus grand que l’électorat qui l’aura porté. On ne doit pas craindre l’arrogance, et l’on peut même espérer de l’humilité.
En revanche, on peut s’interroger sur les effets d’une déception abyssale. Car, pour beaucoup, le destin de Barack Obama épouse celui de l’histoire américaine. Non pas seulement en France ou dans le monde, mais dans le corps de la nation américaine ; peut-être même chez certains de ses adversaires politiques. Il y aura des Obama’s republicans comme il y eut des Reagan democrats.
What if… Obama loses the election ?
Peut-être une forme de sécularisation d’une nation qui s’est faite d’elle même une religion.

Je crois que la très grande majorité des habitants de la planète regrettent que les USA ne soient pas un peu plus isolationnistes. Ou, à défaut, simplement ruinés.
On aurait pu croire en votant pour un crétin baptiste qu’on parviendrait assez sûrement à ce résultat.
Mais c’était oublier à quel point l’amérique a tant et tant fait par le passé pour que jamais ne s’éteigne les haines tenaces qu’elle suscite. Mais que disait donc Machiavel, déjà ?
« De là naît une dispute : s’il est meilleur d’être aimé que craint, ou l’inverse. On répond qu’on voudrait être l’un et l’autre ; mais comme il est difficile de les marier ensemble, il est beaucoup plus sûr d’être craint qu’aimé, quand on doit manquer de l’un des deux. » … » Le prince, cependant, doit se faire craindre en sorte que s’il n’acquiert pas l’amour, il évite la haine, car être craint et n’être pas haï peuvent très bien de trouver ensemble… ; mais surtout s’abstenir du bien d’autrui : car les hommes oublient plus vite la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. «
L’idée que des républicains seraient pro-obama (et même certains néocons! cf. fukuyama) avait été développée dans The Economist, dans un Lexington très intéressant.
Sinon, pour rebondir sur la dernière phrase, ce « what if … Obama loses », tentative amusante (parfois réussie, parfois loufoque) de quatre écrivains anglo-saxons, vue sur smallbrother:
http://www.smallbrother.info/article-the+morning+after+the+night+before-4354
Comme quoi, personne ne peut s’empêcher d’y penser à cette éventualité…