Au Parti socialiste, on se bouscule pour ne pas apporter de soutien public à Julien Dray. A l’UMP, c’est tout le contraire.
Mon ami Authueil suggérait hier que la prise de position des portes-paroles de l’UMP était moins dictée par le respect de la présomption d’innocence que par l’opportunité de donner un coup de griffe au Parti socialiste. En témoigne cette flèche du parthe décochée en fin d’interview par Frédéric Lefebvre :
— Le déchaînement médiatique sur un homme tel que nous le voyons aujourd’hui ne correspond pas à ce que me fait de l’idée d’une société qui respecte les règles de droit . Donc, voilà, je dit tout simplement ça, et je pense qu’effectivement, le Parti socialiste aurait pu le dire aussi.
Les prises de parole sont plus clairsemées au Parti socialiste. Mais peut-on l’en blâmer ?
Sans doute le Parti socialiste hésite-t-il à prendre position pour un homme sur lequel pèse le soupçon de l’opinion publique. C’est qu’il ne fait pas bon s’associer à un destin incertain. Et un franc soutien venu des instances officielles aurait l’allure d’un jeu de coterie.
Voyons les choses telles qu’elles peuvent apparaître à la lecture de la presse : la suspicion pèse que des détournements d’argent aient été entrepris pour financer les goûts dispendieux de Julien Dray. Voilà des pratiques auxquelles on peut souhaiter ne pas associer la rue de Solferino. Toute marque d’indulgence fleurerait alors la complicité morale.
D’où un mutisme qui peut sonner comme une forme d’abandon.
Certes, le Parti socialiste pourrait faire valoir avec plus de vigueur le respect de la présomption d’innocence et souligner la rapidité avec laquelle la presse accompagne les prémisses d’une affaire aujourd’hui bien incertaine.
Mais il est un fait que toute tentative en ce sens peut souffrir des interprétations défavorables. Soit que l’on en déduise une forme de connivence. Soit, au contraire, que l’insistance sur la présomption d’innocence ne soit interprétée comme l’aveu d’une culpabilité future.
En témoigne le propos maladroit de Pierre Moscovici sur RMC :
— Il ne faut pas lyncher Julien Dray par avance.
Doit-on entendre qu’on pourra le lyncher plus tard ?
La situation n’est sans doute pas si aisée pour les instances du Parti.
Qu’elles soutiennent Julien Dray, ne serait-ce que d’un doigt et avec mille précautions, et il en sera pour juger que les affairistes marchent main dans la main avec les affairistes.
Qu’elles ignorent l’affaire en la rejetant du côté de la vie privée de l’intéressé, et l’on dira que le Parti socialiste se soustrait bein facilement à ses devoirs, notamment au regard de la présomption d’innocence.
Qu’elles louvoient, et l’on en trouvera pour prêter au Parti socialiste l’un ou l’autre des comportements ; peut-être les deux ensemble. Il n’est pas si facile de trouver une ligne claire dans un océan de défiance.
Tout bien considéré, le silence du Parti socialiste n’est peut-être pas aujourd’hui la pire des stratégies de communication. Même si elle n’est pas très charitable pour le député de l’Essonne. Un silence nécessairement provisoire, cependant, pour ne pas risquer d’être emporté par le fleuve de l’opinion et de la presse.
Ce qui fait la difficulté de la tâche pour le Parti socialiste constitue une opportunité d’or pour l’UMP.
Soutenir un adversaire politique fleure la noblesse d’âme. Ajoutez à cela que l’on peut chatouiller la presse sur son comportement de meute en chasse — une exigence de la profession qui n’est guère appréciée de l’opinion publique. On peut encore profiter de l’occasion pour nourrir l’embarras du Parti socialiste. Tout ceci pour un risque politique nul.
Sans être du grand art, jugeons que ce n’est pas mal troussé.
Un mot sur l’éthique.
Le titre 15 des statuts du Parti socialiste annonce une charte éthique :
Le Parti socialiste est doté d’une charte éthique afin que la transparence, le respect des lois, soient assurés par tous, militants et élus.
C’est le seul article de ce titre, et la charte promise est introuvable.
Jules : est-bien compliqué de pondre un communiqué en deux points.. 1. Le premier, de portée particulière, type: « Nous demandons à ce que la présomption d’innocence soit respectée pour Dray comme pour tout autre citoyen, et lui apportons notre soutien face au lynchage médiatique dont il est victime ». 2. L’autre général (histoire de ne pas présumer la culpabilité), type : « Tout responsable du parti qui est condamné pour détournement de fonds, abus de biens sociaux devra sur le champ présenter sa démission du parti et de tous les mandats électifs qui lui ont été confiés. »
Ca respecte Dray, ça sauve la face du parti. Et n’importe quel parti de n’importe quel pays anglosaxon où la probité est bien plus importante qu’ici sait faire ça.
Jules, tu es d’une cruauté sans nom, encore pire que moi
Dans cette affaire
on peut se féliciter que le juge ait traité J Dray comme n’importe quel citoyen, nonobstant de son rôle politique, c’est à dire qu’ayant été alerté d’une anomalie, il a lancé une enquête
On peut par contre déplorer qu’une fois de plus, ce juge ou d’autres personnes aient cru bon d’organiser des fuites dans la presse
Il ne m’a paru dans ce que j’ai lu, qu’il y avait déchainement médiatique et refus de la présomption d’innocence. Il est vrai que la radio et la télé, sont souvent moins regardants sur les détails ne serait ce parce que plus rapides, et que je ne peux estimer leur comportement faite d’avoir entendu ou vu…
Authueil,
Je vais prendre ça comme un compliment.
Même si je ne suis pas sûr d’avoir été cruel. Franchement, je me demande bien ce que je ferai si j’étais le PS.
Paul,
Deux obstacles :
- Le problème d’une communication dans une opinion publique propre à satisfaire ses préjugés ou à tirer des conclusions défiantes.
- La deuxième partie de votre argument conduirait à interroger le Parti socialiste sur le maintien à la présidence de région de Jean-Paul Huchon, récemment condamné pour prise illégale d’intérêt — un équivalent de l’abus de confiance ou de biens sociaux mais en matière de deniers publics. D’où, en passant, ma remarque sur l’éthique.
Verel,
On ignore si c’est le magistrat — le procureur n’est pas un juge — qui a organisé la fuite.
On peut penser que l’affaire datant de la perquisition, ce pourrait être la police, ou toute autre personne témoin des opérations. Et la plainte de Julien Dray vise directement les services de Tracfin.
Donc, un peu de prudence là-dessus s’impose.
Verel,
C’est très drôle car beaucoup se demandent comment un député peut avoir un train de vie à plusieurs dizaines de milliers d’eus mensuels depuis plusieurs années…….. Se payer des montres Richard Mille à 40.000 eus , les bagnoles et luxe etc…….
Pas étonnant , peut-être un mini Madox à la française!