Sur Internet, la presse traditionnelle trouve difficilement son chemin.
Il est vrai que celui-ci est semé d’embûches et de détours. C’est une chose que de jeter au vent des feuillets ; c’en est une autre que de publier en ligne. Peut-être parce que la publication ne s’y achève pas par le passage en rotatives mais se poursuit tant que dure la liberté d’accès du public.
Face à la concurrence — plus imaginaire que réelle — des blogs et forums, la presse hésite donc entre l’alignement et l’insularité.
A preuve, cette ouverture aux commentaires qu’elle a peu à peu mise en place. Il est aujourd’hui possible au lecteur d’enrichir les articles de son opinion, éclairée ou aveugle. Une pluie de commentaires et de commentateurs.
Pas toujours, cependant.
Ces derniers jours, deux évènements ont surgi dans l’actualité qui excitent les humeurs de l’opinion. L’agitation proche-orientale, d’une part et la farce triste de Dieudonné M’bala M’bala. Deux évènements complexes, mêlés de morale et de politique. De droit peut-être un peu, mais de façon plus lointaine. On sent sourdre les passions.
Comment les traiter ?
Pour l’affaire dite « Dieudonné« , faut-il l’ignorer ou s’y attarder ? Se contenter de rapporter sèchement les faits et les réactions — moins sèches ? Peut-on prendre position ou se refuser à entrer dans un jeu si bien huilé ?
Pour l’éruption de violences en Palestine, doit-on se contenter encore de faire état des chiffres et des déclarations ? Appeler à la paix, oui, mais n’est-ce pas dérisoire ? Donner des éclairages, sans doute, mais jusqu’où faut-il creuser dans une histoire tourmentée ?
Ce n’est pas, disons-le, une inquiétude de blogueur qui peut choisir le silence. Provisoire ou définitif, à sa discrétion. Nul ne songerait à lui en faire grief.
Et par delà les articles eux-mêmes et les éditoriaux, le tumulte attendu du lectorat. Tumulte prévisible et désormais visible. Il y plane l’ombre de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Ajoutez-y les incertitudes de la loi 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique, et l’on comprends les craintes de la presse en ligne.
De là que Libération, par exemple, ait préféré clore les commentaires de façon préventive dans l’un de ses articles sur l’affaire dite « Dieudonné« . Idem du Monde sur les désordres proche-orientaux[1]. Le Figaro s’en tient, pour l’instant, au libéralisme éditorial.
Il faut admettre que les passions suscitées ne conduisent pas nécessairement à l’intelligence de l’évènement. Peut-être davantage à des secousses plus viscérales qu’intellectuelles.
Mais voilà que resurgit l’ambiguïté du commentaire.
Le « commentaire » est une addition à l’article initial. En marge ou en bas du texte, il en emprunte le statut et la valeur. De là que les journaux en ligne aient préféré souvent suggérer la réaction[2] plus que le commentaire.
La « réaction« , c’est autre chose. Non pas un complément, mais une réponse — avec un grain d’antagonisme, une riposte. La réaction n’épouse pas l’article mais s’en distingue. Avec cela, un nuage implicite de spontanéité émotive. Double opposition donc, entre l’article de ses réactions. Au texte poli par une conscience prudente répond le sursaut des tripes, nécessairement moins réfléchi.
Voilà, bien sûr, une distinction sans nuance. Mais on ne s’étonnera pas que ceux qui n’attendent que des réactions les craignent, quand ceux qui sollicitent des commentaires semblent les attendre avec plus de confiance.
Peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort, il est vrai. Les réaction sont plus faciles à stimuler que les commentaires. Et l’éruption de l’indignation n’autorise pas le temps de délibérer avec soi-même.
Ce serait cependant une mission que pourrait s’assigner la presse en ligne que de faire vivre le débat public plutôt que d’alimenter l’opinion publique.
Et pourquoi pas, au lieu que de prévenir les débordements par le silence ou la modération, imposer un délai de réflexion au commentateur ; quelques minutes pour relire et corriger son texte avant qu’il ne soit proposé à la publication. Avec une procédure de confirmation à plusieurs étages telle qu’on la prévoit pour les achat en ligne. N’a-t-on pas autant à perdre à la prodigalité verbale qu’aux largesses du porte-monnaie ?
Après tout, chacun peut gagner à ce que les compulsions de l’esprit soient retenues, ne serait-ce que pour quelques instants.
Vous aimeriez bien non ? Allez jules un petit compteur.
J’ai peur de parler trop vite – c’est malin – mais que craint la presse exactement ? Des poursuites du fait des commentaires ? Plutôt que de vouloir appliquer une règle de droit dont on peut se demander l’intérêt (la limitation de la liberté de parole ne fait que dissimuler la bêtise humaine, non la vaincre, et je suis d’avis qu’il vaut mieux connaître son ennemi), ne faudrait-il pas… se passer de cette règle ? Pour résumer grossièrement : on peut bien empêcher les cons de parler (ou le con qui sommeille en nous de s’exprimer, à la faveur de l’immédiateté de la réaction, si tu préfères), ça n’en fera pas moins que la bêtise survivra.
Je ne crois pas que la bêtise soit consubstantielle à l’homme. Un peu de rigueur et d’attention en restreignent l’expression.
Du moins, si j’en juge par moi-même.
« imposer un délai de réflexion au commentateur ; quelques minutes pour relire et corriger son texte avant qu’il ne soit proposé à la publication.« > le bouton prévisualiser est la pour cela en théorie… mais qui le pousse ? Pour ma part, très rarement. Et c’est souvent une fois le commentaire en ligne avec les autres, trop tard, que je vois une faute, une mauvaise formulation, une bêtise…
Oui, en effet, comment taire ?
Les commentaires pour les articles qui traitent du Proche Orient sont systématiquement fermés sur le site du Monde, et ça fait bien longtemps que c’est le cas…
et honnêtement c’est tant mieux! les commentaires sur ce genre de sujet ne sont jamais intéressants et se résument tjs à une autre guéguerre pro palestiniens contre pro israeliens..
Les commentaires peuvent aussi servir à critiquer le fond de l’article. Au-delà des réactions épidermiques ou hors-sujet, il arrive que les commentaires signalent des inexactitudes factuelles, des expressions déplacées, voire la superficialité de certaines analyses. Les commentaires sont peut-être plus utiles que le courrier des lecteurs.
Slt tt le monde sava