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Le PS soutiendra Poul Nyrup Rasmussen à la Présidence de la Commission européenne

Tout du moins, si le Parti socialiste européen peut s’entendre sur sa candidature.

C’est ainsi que le Parti Socialiste entend adopter une posture plus politique au sein du Parlement européen et s’affranchir de la culture de compromis entre sociaux-démocrates et conservateurs qui y règne depuis toujours. Dans cette perspective, il s’efforcerait de promouvoir la candidature de Poul Nyrup Rasmussen, Président du Parti Socialiste Européen contre le renouvellement de José Manuel Barroso.

C’est la principale position politique que j’ai retenu du débat organisé hier par la République des blogs avec Benoît Hamon.

On peut dire que je ne partage pas, il s’en faut de beaucoup, les positions du porte-parole du Parti Socialiste en matière de politique économique et fiscale. Non plus que sur les institutions européennes. Mais sur cette affaire, je le suis parfaitement.

La tradition qui domine les débats du Parlement européen est celle de la recherche du compromis. Conservateurs, démocrates chrétiens et socio-démocrates s’entendent pour adopter des position largement majoritaires que les questions qui leur sont soumises.

De là, sans doute, une aptitude à produire des textes aussi techniques que soporifiques.

Vu de France, où l’on méprise la querelle tout autant qu’on la chérit, le modèle peut fasciner.

— D’où vient-il que ces députés, à Bruxelles, s’entendent comme larrons en foire, mais ne peuvent s’empêcher de se chamailler revenus à Paris ?

— La collection des bonnes volontés n’est-elle pas préférable à des postures vindicatives ignorantes de l’intérêt général ?

Et bien, la chose est à examiner en France.

L’Europe, elle, en paie le prix.

Une première raison tient à ce sentiment que peuvent retirer les citoyens européens d’une machine communautaire étrangère à leurs préoccupations et unie dans la pratique d’une tyrannie douce.

Au moins l’existence d’une opposition clairement marquée — avec les aspects partisans et théâtraux que cela suppose — permettrait-elle de montrer que la politique européenne n’est pas uniforme ; qu’elle résulte de choix fondés sur des convictions ; et que les traités constituent une règle du jeu, et non pas la source d’un fleuve de législation au lit déjà creusé. Autrement dit, une autre politique européenne est possible.

Car aujourd’hui, le débat européen semble s’organiser davantage entre les partisans de l’intégration européenne — qui se rejoignent dans le compromis — et ses adversaires, qui se rejoignent dans un compromis encore plus étrange.

La seconde raison tient au dépassement des clivages nationaux au profit de clivages politiques.

C’est un vice de l’esprit, mais les députés européens se sentent parfois davantage représenter leur état membre que les peuples de l’Union. A la façon déplorable dont les députés de l’assemblée nationale mettent en avant leur circonscription électorale au mépris de la Nation.

La constitution d’un programme politique européen se heurte d’ailleurs aux particularismes nationaux. La Parti Socialiste portugais répugne à mettre en cause José Manuel Barroso, pourtant assez loin de son positionnement politique ; le SPD allemand — nous signale Benoît Hamon, ne s’entend pas avec le Parti Socialiste français sur la question de l’ouverture aux échanges extérieurs en raison de la structure de son économie[1].

Bref, une politisation partisane du débat permettrait peut-être de faire passer l’Europe à une phase démocratique plus proche de la tradition parlementaire. Et de ce fait, stimulerait davantage l’intérêt et l’attention de ses citoyens.

Dans cet esprit, il convient que les partis socio-démocrates mettent en avant le Parti Socialiste Européen et sa vocation à assumer les fonctions exécutives de la Commission européenne.

On doit rappeler que la commission dispose du monopole de l’initiative sur la législation européenne. Elle maîtrise donc l’agenda politique de l’Union, plus encore que le Gouvernement de la Ve République française.

Et si ce sont les états membres qui proposent le nom des commissaires et du Président de la Commission, c’est bien le Parlement qui valide et peut censurer cette même commission. Autant dire que la majorité parlementaire peut imposer sa commission, comme l’assemblée nationale française peut imposer le Premier ministre en période de cohabitation.

Mais un gouvernement a besoin d’un visage. C’est pourquoi il est plus qu’utile que les formations européennes s’entendent sur des candidats à la commission et que ceux-ci émergent du brouillard de la cuisine bruxelloise.

Cependant, les obstacles demeurent.

Et le premier d’entre eux se trouve être le localisme des partis nationaux. Comme on l’a souligné plus haut, l’accord est difficile entre les partis des différents états membres.

En témoigne à cet égard le manifeste du Parti Socialiste Européen, qui fait office de programme de législateur. Dans sa généralité nébuleuse, il n’a rien à envier à une synthèse du Parti Socialiste français. Mais c’est que, comme nous le confirmait Benoît Hamon, les socio-démocrates européens sont loin de s’accorder sur tout.

De fait, le texte n’est pas un compromis — nul n’abandonne quoi que ce soit — mais une base commune unanimiste, donc bien peu diserte. Malgré la longueur du texte, on peine à trouver une seule proposition précise de législation.

Alors certes, nous confie Benoît Hamon, le Parti Socialiste français ajoutera ses propositions à celles du manifeste. Mais on a peu de raisons de penser que les électeurs qui s’y fieront ne seront pas déçus[2]. Faute d’avoir été acceptées dans le texte commun, on voit mal qu’elles soient mises en œuvre au Parlement.

Le Parti socialiste, donc, fait de la Présidence de Poul Nyrup Rasmussen un argument de campagne. Je ne m’en afflige pas.

Mais qu’il me soit permis d’attendre que cela dépasse la République des blogs pour apparaître dans le débat public.

Il est vrai que José Manuel Barroso n’a pas suscité l’enthousiasme des citoyens européens. Du moins ceux qui le connaissent[3].

NB : Je prépare également un billet sur l’organisation du débat et de la République des blogs. Réservez vos critiques — que je devine nombreuses — et suggestions pour cette occasion.

Notes

[1] Une bonne chose, cela dit, selon votre serviteur.

[2] Si, déjà, elles ne contredisent pas le manifeste, on pourra se réjouir. Il est vrai qu’il est bien difficile de contredire le manifeste.

[3] Et ils ne sont pas si nombreux.

7 Commentaires

  1. Il est intéressant de noter que Poul Nyrup Rasmussen est un politicien majeur d’un pays qui a déjà dit non à l’euro par référendum, et jouit de diverses exceptions aux traités européens. Et qu’il est bien plus socio-démocrate que socialiste et ce, depuis son plus jeune âge.

    Mais, au moins, ce n’est pas un libéral comme Barroso. Mais autant on peut comprendre qu’un libéral n’ait pas de programme, autant on a du mal à concevoir qu’un socio-démocrate n’en ait pas.

  2. Votre argumentation serait recevable si l’Union européenne avait adopté une structure fédérale. On peut en rêver mais elle n’est pas à l’ordre du jour.

    Dans une conception confédérale, la règle de la majorité ne peut s’appliquer sans être immédiatement ressentie comme une tyrannie de la majorité. Elle ne ferait qu’exacerber les pulsions souverainistes en Europe.
    La constitution de majorités larges produit sans doute des résultats un peu insipides et lents mais qui ont abouti à une réussite sans exemple dans l’histoire.
    C’est moins rigolo que les batailles picrocholines dont nous raffolons mais combien plus efficace!

    PS. Le lapsus qui vous fait écrire communication au lieu de cohabitation est réjouissant.

  3. comme l’assemblée nationale française peut imposer le Premier ministre en période de communication.
    Si lapsus il y’a, il est magnifique :)

  4. Bonjour Jules, Permettez-moi tout d’abord de vous féliciter pour votre blog que je suis depuis quelques temps avec beaucoup d’intérêt. Je vais cependant me permettre une remarque formelle (que vous êtes, cela va sans dire, libre d’ignorer): j’ai toujours trouvé… agaçante votre propension à parsemer vos textes de courtes notes de bas de pages qui pourraient avantageusement traités en incises. Par exemple, en reprenant votre conclusion: « Il est vrai que José Manuel Barroso n’a pas suscité l’enthousiasme des citoyens européens. Du moins ceux qui le connaissent – et ils ne sont pas si nombreux. » Voilà qui nous libérerai de cet inutile va et viens entre le corps du texte et le bas de page…

  5. Si effectivement le PS, et j’espère le PSE, adopte publiquement cette position, quelle bonne nouvelle !

    J’étais profondément consterné après le renoncement du PSE, en novembre dernier, à soutenir une candidature à la présidence de la Commission. Ce genre de renoncement me semble aussi grave pour la construction d’un espace politique européen, et pour sa démocratie, que le meccano institutionnel. L’UE est un espace politique, ou pas ?

    Et égoïstement, cela me privait d’exprimer mon rejet de Barroso par mon bulletin, ce qui est pourtant la moindre des choses à une élection « législative ».

    Merci donc de l’info.

    J’attends impatiemment la suite.

  6. Facultatif,

    L’orientation de P. N. Rasmussen a été souligné par l’un des intervenants à la table. Benoît Hamon a répondu qu’il se rangeait néanmoins dans le camp social-démocrate.

    Mais cela nous a valu un bel argument d’autorité fondé sur sa situation matrimoniale. Plutôt moqué par les commentateurs.

    Papichou,

    Je ne suis pas certain que le consensus conduise à l’appropriation par les citoyens de la règle européenne. Et je tendrai même à juger qu’il est facteur de recours aux positions extrémistes, ou de rejet. En témoigne d’ailleurs les arguments des nonistes de gauche lors du débat référendaire : ils étaient fondé souvent sur le contenu des politiques plus que sur les aspects institutionnels.

    Quiah,

    Je m’efforce de pallier mon incapacité à faire des phrases courtes en recourant, c’est selon, à l’incise ou la note de bas de page. L’incise est choisie si elle s’inscrit dans le rythme de la phrase.

    J’essaierai de mieux faire.

    Charles,

    Moi aussi. Et que cette information soit relayée, puis reprise lors des débats à venir. Le web peut également nourrir le débat dans ce sens.

  7. Bonjour,

    je viens de lire cet article et je souhaite lancer un grand bravo à son auteur. En effet, il est particulièrement intéressant.

    Je me permet donc de mettre votre site en favoris.

    A bientôt

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