Il se murmure à grands bruits que la composition du gouvernement pourrait changer.
Bien sûr, l’affaire stimule les espoirs des intéressés et l’attention des observateurs. Sans qu’elle doive émouvoir l’opinion publique, qui ne peut y voir autre chose qu’une opération cosmétique ; l’une des façons, parmi tant d’autres, de ramener les regards sur la geste présidentielle.
Pourtant, le changement de ministres, en République quinquénale, devrait susciter plus d’intérêt.
On peut ne pas partager l’avis d’Yves Thréard, du Figaro. L’enjeu de la composition d’un gouvernement n’est pas plus mince aujourd’hui qu’il l’était hier. Et sans doute devrait-il l’être davantage.
Certes, la conjonction des mandats présidentiels et parlementaires conduit à dissoudre la dyarchie exécutive au profit du Président de la République. De sorte que le Premier Ministre ne conserve qu’un rôle accessoire et indéfinissable.
Il en va autrement des ministres.
Ceux-ci épousent la mission qui leur est assignée par le Président. Ils portent, dans un domaine spécifique, une part de la parole présidentielle devant le Parlement et l’opinion.
Ils ont l’initiative des lois qu’ils défendent devant les assemblées. Or, depuis la réforme de juin 2008, celles-ci peuvent prétendre à une forme d’indocilité, sinon à l’indépendance.
Ils incarnent la substance d’une politique et aussi l’attitude du pouvoir devant l’opinion. Souples ou rugueux, décidés ou pusillanimes, c’est à eux qu’il revient de traduire, dans leur domaine propre, l’impulsion donnée par le Président.
Au Chef de l’État, si l’on veut, le grand dessin. Aux ministres l’art des couleurs et du détail.
Cela suppose, bien sûr, de choisir avec soin les personnalités qui occuperont les postes. Et les changer doit correspondre à une inflexion politique.
Tel n’est pas, il faut bien en convenir, le chemin pris par le Président Sarkozy. Et c’est sans doute une erreur.
Le ministre destiné à assumer une politique se doit de ne pas être contesté dans ses compétences, non plus que dans son orientation politique. Faire porter à Bernard Kouchner le soin d’enterrer l’espoir d’une politique étrangère des droits de l’homme — quoique l’on puisse penser d’une telle ambition — conduit à enterrer Bernard Kouchner lui-même.
La compétence spécifique des ministres suppose que ceux-ci ne soient pas interchangeables ; sauf à admettre qu’ils n’ont pas de compétence spécifique — pour ne pas dire qu’ils sont dépourvus de compétence.
De fait, les conseillers du Président ont pris cette place que devraient occuper les ministres. Ils semblent prendre les décisions en leur lieu et place, les confinant à l’inconfort de la position de porte-parole. Tenus de se dédire au gré des errements présidentiels, désavoués à merci et sous tutelle ostensible de l’Élysée, quel rôle peuvent-ils jouer vis à vis de leurs interlocuteurs de la société civile — ou du parlement ?
Bref, on conviendra que la Président ne sait pas exploiter des institutions façonnées à sa mesure.
Le projet de remaniement en témoigne, qui réduit les ministres à s’agiter pour occuper des postes dépourvus de pouvoirs réels. Et les voici promis à s’agiter encore, tenus de partout par les fils de l’Élysée. Pantins désarticulés par les hoquets d’une politique plus brouillonne que foisonnante.
La valse des ministres n’est pas une spécialité française, les Anglais pratiquent aussi cet art. Ils ont comme nous une pratique de chaises musicales où certains sont interchangeables et reviennent à divers postes. Il suffit de regarder les changements de composition du (des) gouvernement(s) Blair…
Bonjour, (je hais les commentaires malpoli)
En effet, la paupérisation du 1er ministre est la résultante du quinquennat bien plus que de l’actuel chef de l’État. Bien que ce dernier ne fasse rien pour aller à l’encontre de ce processus.
PS: Je profite de l’occasion pour écrire un grand « BRAVO » A ce blog que je lis avec intérêt.
Bonjour,
J’adhère à votre propos, à une nuance près, quand vous estimez que « la compétence spécifique des ministres suppose que ceux-ci ne soient pas interchangeables ; sauf à admettre qu’ils n’ont pas de compétence spécifique — pour ne pas dire qu’ils sont dépourvus de compétence« .
Je me souviens en effet que Raymond Aron avait caractérisé la démocratie comme un régime d’experts (les fonctionnnaires au sein des ministères) sous la direction d’amateurs (vous aurez reconnu les élus).
Si l’on se situe dans ce cadre, on pourrait affirmer que la compétence des ministres n’est pas d’abord technique (les cabinets et l’administration centrale sont là pour ça), mais elle consiste plutôt à savoir comment faire passer les priorités retenues par l’Elysée (et, peut-être, Matignon…) sans occasionner au passage trop de tracas.
Si la compétence d’un ministre est d’abord cela, je pense qu’il est dans l’ordre des choses de considérer qu’ils peuvent changer de ministères, en fonction de l’ampleur des responsabilités que l’on souhaite leur confier.
Il faudra certainement s’en souvenir : l’état de détresse dans lequel se trouvent actuellement les deux ministères de l’éducation doit beaucoup à certaines prises de positions présidentielles de décembre.
Mais, las : un ministre déterminé à jouer un rôle de fusible sait qu’il n’existe que par la foudre appelée à le traverser, tôt ou tard. Concentrer son action sur l’image, c’est implicitement s’admettre incapable de rendre des comptes sur le fond, au besoin en expliquant que « la France est inréformable ».
Je crois que vous vous mélangez un peu les métaphores entre « fusible » et « paratonnerre », cher Facultatif.
Schmorgluck: l’avenir le dira.
Pour ma part, je reste convaincu que notre Président cèdera à la tentation de mettre le feu à un nouveau théâtre d’ombres pour renaître. Et, à l’évidence, le plus tentant à brûler est certainement ce qu’on nomme le « système éducatif » : cette merveille française que le monde entier nous envie pour sa capacité à produire des hordes de causeurs experts d’une langue rare que personne au monde ne comprend.
Par exemple, je me demande bien ce que vont faire les universitaires quand ils comprendront que personne ne sauvera les apparences pour eux. Ne serait-ce que faute de savoir comment.
@ Facultatif: ce qui est étrange dans votre discours (qui est cependant très répandu) c’est qu’il attaque nommément les universitaires alors qu’en fait les élites sont très souvent des gens qui n’ont jamais mis un pied dans l’université et sont passé par nos Grandes Ecoles.
Il est parfaitement illusoire (voire stupide), en France de vouloir réformer l’enseignement supérieur sans jeter un œil sur le système des grandes ecoles (qui pour le coup est réellement unique au monde… notre système universitaire n’étant pas vraiment folklorique par rapport à ce qui se pratique ailleurs)
JaK: Auriez-vous préféré que je sois explicite en parlant des jeunes issus des meilleurs milieux recalés à l’ENA, reçus à Normale Sup et y allant par dépit, recrutés dans le milieu de la recherche publique en sciences humaines et affectés en université, généralement parisienne ou à l’extrème limite de proche pronvince ? ç’aurait pourtant été réducteur, les comportements sociaux, les rites, les réflexes et les oeillères se diffusant tant par voie congénitale que consanguine.
Mais, j’en conviens, toute approche nominaliste a ses limites. Mais tout approche performative également.
Tu veux dire que tu as écrit le contraire de ce que tu pense en insultant les universitaires pour viser les grandes écoles … et tout ça pour éviter qu’on ne reconnaisse de qui tu parles? J’avoue que c’est trop subtil pour moi.
Je rejoins Sébastien.
La compétence d’un ministre est avant tout politique et managériale (s’agissant de son administration). Il peut donc sans difficulté changer de poste, ce qui est amplement démontré par l’expérience dans toutes les démocraties.
Clémenceau lorsqu’il s’était attribué le portefeuille de la Guerre pendant le premier conflit mondial a prononcé sur le sujet des paroles définitives:
Je rejoins à 100% la première intervention de Facultatif. Les deux ministères de l’éducation (éducation nationale d’une part, enseignement supérieur et recherche d’autre part) sont en état de léthargie et de déliquescence depuis six mois. Le président de la République a cassé les reins d’un des seuls ministres efficaces, X. Darcos. Comment se présenter face aux syndicats de l’EdNat quand on a subi un tel désaveu. Depuis, Darcos ne pense qu’à devenir Garde des Sceaux dans cette valse annoncée bien à l’avance. Quant à Pécresse, on comprend qu’elle s’intéresse plus aux élections régionales de 2010 en IdF ; on a vu d’ailleurs à qui menaient le blanc-seing laissé à la CPU (Conférence des présidents d’université). C’est quand on voit ces ministères de l’avenir en court-circuit (surtout au sens propre, mais aussi au sens figuré) qu’on a de quoi être inquiet pour notre pays.
Ci-dessus, lire « à quoi menait » au lieu de « à qui menaient »