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La gloire secrète de Monsieur Hortefeux

Ah, la belle âme que ce Monsieur Hortefeux.

Le fidèle serviteur, l’ami.

Il ne craint pas aujourd’hui de souffrir le déshonneur, pourvu que soit sauve la gloire de son ami et maître.

Je les entends d’ici, les mesquins, les retors. Ceux qui, vautours des apparences, se jettent sur l’écume en délaissant les abîmes de la vérité.

Quoi, du ricanement, on se gausse des réticences de Monsieur Hortefeux à accepter le mandat que lui confie le peuple français ? L’on rappelle l’engagement pris d’aller siéger à Strasbourg ou Bruxelles une fois élu ? L’on ratiocine sur le sort fait à l’une1 et le destin choyé de l’autre ?

Oh, on va ironiser. Ça oui.

On rappellera les fortes paroles prononcées par le Président de la République le 24 janvier dernier :

Voilà comment la France redevient influente en Europe : en envoyant les meilleurs au Parlement européen, et en s’abstenant de critiques démagogiques sur la Commission.

J’ajoute, pour être sûr d’être bien compris, qu’une famille politique est faite de combattants et de combattantes. Elle est faite de gens qui aiment le combat, qui aiment convaincre, prendre des risques.
(…)
Parce que, quand il faut gagner, on n’a pas besoin de suiveurs, on a besoin de gagneurs.
Et, croyez-moi, ça doit être une règle dans toutes vos régions, dans tous vos départements, dans toutes vos circonscriptions.
Choisissez des élus, choisissez des responsables qui ont envie, qui y croient.
Je ne crois absolument pas à l’usure d’une famille politique. Je crois à l’usure de chacune ou de chacun d’entre nous, car les gens sentent parfaitement quand on y va par habitude ou quand on y va parce qu’on a vraiment envie d’y aller.
Cette règle vaut pour le président de la République et elle vaut pour le délégué cantonal du plus petit canton de France.
À chaque fois qu’on oublie ces règles, on a des désillusions dans les élections partielles. Voilà la réalité !

Et l’on soulignera que Monsieur Hortefeux ne désirant pas être élu, il a été bien puni par la désillusion de sa victoire. Quelle bassesse.

Et l’on raillera la référence aux « meilleurs« . N’était-il pas assez bon, Monsieur Hortefeux, pour aller porter la parole du Peuple français au Parlement européen ? Quelle médiocrité.

Et l’on moquera la nécessité de la présence de monsieur Hortefeux au gouvernement. Sera-ce à dire, dans un a contrario spécieux, que celle de Madame Dati était importune ? Quelle petitesse.

Et bien oui.

Brice Hortefeux a choisi de mentir, en souscrivant aux engagements des candidats de l’UMP. Il a choisi de trahir la confiance de l’électeur, qui l’avait porté au Parlement. Il a choisi de troubler la force du discours majoritaire, désormais perclus d’incohérence.

Mais ce mensonge, cette trahison, ces maladresses, ce déshonneur, tu les a choisi, Brice, au nom de l’amitié et d’un homme et du service de la République.

(Le lecteur pardonnera la familiarité de l’apostrophe. Elle est dictée par la fraternelle connivence que mon âme voudrait établir avec le Ministre de la République et de la Φιλια.)

Tu souffriras les quolibets des méchants, et pire, peut-être, le soutien des imbéciles.

Mais cela, tu l’ignoreras, tout à la joie du sacrifice de ta personne, pour que le Président ne soit pas privé de ton bras. Le bras sur lequel s’appuie l’ami ; le bras qui porte le glaive du maître.

Tu n’as pas craint déjà de férailler contre les armées de la licence migratoire. Tu n’as pas craint de jeter ton nom en pâture aux tribuns des gueux. Tu n’as pas craint, dans l’exercice de ton ministère, de frôler le Rubicon de la légalité républicaine pour que vive la République.

Tu supporteras cela, Brice, comme le roc, noyé sous les embruns, brise les vagues d’un océan formidable pour protéger la terre des hommes.

C’est dans le silence religieux de sa conscience que je demande à chacun de méditer le destin d’un homme qui, par fidélité, a choisi d’être publiquement crucifié par ses contradictions.





  1. Il s’agit, on l’aura compris, de cette autre ministre du sacrifice qu’est le Garde des sceaux. []
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3 Commentaires

  1. Vous êtes certainement sensible à cet argument : il n’est d’autre gloire que de servir.

    Et à l’heure où tout autre service que public est service d’intérêt, et tout service public en France, de par sa nature nationale, un obstacle à un progrès nécessairement européen, il n’est plus de grandeur que dans le service d’un homme.

    Car quelque faute que l’on puisse commettre en choisissant celle ou celui qu’on sert, elle s’éclipse devant la gandeur du dévouement, du service, de la loyauté, et de l’abnégation. Alors, bravo, Brice, de montrer qu’on peut devenir cet homme devant lequel toute attitude démagogique, comme ces promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent, s’efface. Et ainsi un signal fort de la distance que le Président de la République sait entretenir entre ce qui devrait être, que son discours vante, et ce qui est, qui s’impose dans les décisions qu’on prend.

  2. Notons pour être justes que les palinodies ne sont pas une exclusivité du cercle sarkoziste. Benoit Hamon aussi sait se faire violence.

  3. Ferrailler.

    Mes excuses pour ce commentaire sans gloire et platement orthographique.

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