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Le mystérieux destin du Parti socialiste

Si l’on avait dû, il y quelques semaines, évaluer les chances électorales du Parti socialiste, il n’est guère de doute que le tableau serait apparu flatteur.

Les circonstances le servaient.

La crise économique semblait révéler la pertinence de son diagnostic et infirmer celui de la majorité ; cette dernière, au reste, commençait de subir l’usure naturelle de l’exercice du pouvoir.

Ce parti d’opposition, confortablement installé à l’assemblée nationale et puissant à l’échelle locale, voyait la concurrence s’épuiser, à sa droite comme à sa gauche.

Face à lui, une majorité fatiguée semblait étouffer sous la tutelle de son chef. Celui-ci, quant à lui, souffrait d’une impopularité profonde et persistante.

Rien, donc n’aurait dû laisser prévoir un échec si rude.

Et pourtant. Après les résultats honorables — quoique décevants — des élections de 2007 et le succès de 2008, la défaite cuisante de 2009 semble à peine surprendre.

Faute de mieux, on attribue deux causes à cet épisode. Une crise de leadership et une crise idéologique.

On fait remonter la première, c’est selon, au départ de Lionel Jospin en 2002 ou à la défaite de Ségolène Royal en 2007. Elle rampe au long des mois suivants pour trouver un triste accomplissement dans la victoire mal assise de Martine Aubry en novembre 2008.

Le seconde semble avoir de plus profondes racines. La parenthèse de 1983 ou la chute du Mur de Berlin en 1989. Et depuis, une absence de discours grevée d’une méfiance affirmée devant les expériences dites de “troisième voie“. Le rappel ad nauseam de la singularité nationale semblait traduire davantage le refus de toute innovation que l’affirmation d’un socle de valeurs intangibles.

Ces deux raisons aparaissent l’une et l’autre convaincante si l’on s’en tient à l’étude du seul Parti socialiste. Mais elles ne suffisent pas à expliquer les hoquets de ses scores électoraux, non plus que les éventuels succès et échecs de ses concurrents et adversaires.

On peine à déceler, par exemple, la cohérence idéologique qui anime la majorité. Surtout depuis qu’elle emprunte abondamment à la vulgate sociale-démocrate, après l’avoir éreintée avec tant de virulence. Et que penser du sort du credo libéral que l’on prêtait à tort ou à raison — à tort, selon moi — au Président Sarkozy ? Ne devait-il pas signer, lors de la crise financière, un échec idéologique de l’ampleur de celui de 1983 pour la gauche1 ?

Certes, on pourrait avancer que le Président Sarkozy a placé les enjeux idéologiques de l’opposition démocratique sur d’autres terrains que celui du modèle de gouvernance économique. Le souci de la sécurité, sans doute, mais également le mérite personnel et une certaine transgression des conventions — voire des convenances. Il y a quelques semaines encore, cependant, il jouissait d’une faveur mesurée dans l’opinion.

A bien y regarder du reste, le score honorable de l’UMP aux élections européennes peut ne pas être considéré comme un triomphe. Plutôt comme une victoire par forfait de l’adversaire.

Quant au leadership, il n’a pas permis à François Bayrou de concurrencer le Parti socialiste. Et si l’adhésion à la personnalité de Daniel Cohn-Bendit a certainement favorisé le succès d’Europe écologie, c’est en raison de la singulière posture de leader qu’il adopte. Porte-parole, plutôt que dirigeant de parti, sans prétention à l’exercice du commandement d’autrui.

Ce qui vaut pour le Parti socialiste, donc, ne vaudrait pas pour les autres.

C’est possible, si l’on admet que les crises de leadership et idéologique révèlent plus qu’elles n’expliquent. Ou encore, qu’elles ne sont que le résultat de facteurs peut-être plus profondément ancrés. Osons quelques hypothèses.

L’incapacité du Parti socialiste à faire émerger un leader n’est pas accidentelle, mais structurelle.

Le Parti socialiste est une oligarchie. Or, les Institutions de la Ve République imposent une figure susceptible de prétendre à la fonction de Président.

Tout parti politique est un agrégat de tendances clientèlistes conduites par des personnalités concurrentes. Mais au parti socialiste, ce modèle tend à étouffer la possibilité d’un dirigeant unique, qui impose son projet et sa personne.

Lorsque celui-ci s’impose, c’est par finesse manœuvrière ou blitzkrieg plébiscitaire, mais jamais au terme d’une procédure acceptée par tous. On ne compte, sous la Ve République, que deux chefs du Parti socialiste qui ont su épouser avec succès la direction du parti et la candidature à la Présidentielle. François Mitterrand, de 1971 à 1981 et Lionel Jospin, de 1995 à 1997. Michel Rocard a échoué, et François Hollande n’a pas osé assumer son ambition présidentielle. Quant à Ségolène Royal, elle a manqué la conquête du Parti.

Il est convenu de condamner les “rivalités de personnes” et de regretter la vacuité des idées. Mais cette posture un peu immature interdit la légitimité de l’ambition personnelle, et grève de soupçon toute tentative en ce sens. Et l’on peut juger que Martine Aubry aurait dû affirmer ses prétentions au lieu de de se confiner au rôle d’arbitre comme François Hollande avant elle.

De fait, le dernier succès du Parti socialiste est venu de l’organisation de primaires. Lorsqu’il s’agit de se choisir un chef, il semble que le peuple de gauche s’y intéresse.

Mais tout n’est pas affaire d’incompétence. A vrai dire, les membres du Parti socialiste aujourd’hui n’ont pas intérêt à modifier un système qui leur garantit un certain confort. Et l’on ne peut blâmer les individus de poursuivre leur intérêt. Il est permis, en revanche, de s’interroger sur un système qui laisse craindre l’effondrement collectif. Car, la faiblesse du Parti socialiste lors des élections nationales peut à terme peser sur son implantation locale. Si d’aventure les verts venaient à devancer les socialistes dans la région parisienne lors d’élections locales2, par exemple, on pourrait craindre pour le sort du Parti socialiste.

Il s’agit donc de trouver un moyen de garantir le choix d’un dirigeant qui ne soit pas contesté dans sa vocation à gouverner l’ordre interne et à prétendre à assurer la fonction de Président de la République.

Bien sûr, le modèle du suffrage universel s’impose. Mais les conséquences doivent s’en suivre.

Il convient d’aligner le choix du dirigeant sur les échéances nationales. Ce qui ne fut pas fait, par crainte du succès de Ségolène Royal. Il convient ensuite que les minoritaires ne contestent pas la légitimité du vainqueur. Ce qui ne fut pas fait à l’issue du congrès de Reims. Il convient encore que les minoritaires fussent garantis dans le partage des droits et honneurs. Ce qui fut fort mal engagé après novembre. Il convient enfin que chacun puisse croire au succès de demain. Ce qui semble le plus ardu.

Si, en effet, je devais avancer un témoignage, en guise de raison, de l’échec du Parti socialiste aux élections européennes, ce serait la défiance dans la capacité de ce Parti à pouvoir prétendre gouverner la Nation.

Au delà des questions de gouvernance et d’idéologie, ce parti transpire la crainte et l’agonie.

Qui s’enchanterait d’un mouvement qui semble ne vivre que pour survivre ? Avec, pour seule ambition que de jeter ses candidats aux élections comme femmes et enfants dans un canot de sauvetage.

Lorsque le Président Sarkozy a été prendre l’UMP, il n’a pas semblé chercher un abri douillet contre l’infortune des temps, mais un instrument au service de son ambition et de son projet. Il a transformé, ce faisant, le club cacochyme d’un Président en exercice fatigué en puissance de conquête. Et l’on aime se sentir puissant. Et l’on aime contempler la puissance.

Le Parti socialiste met en scène son épuisement. Il n’est rien de surprenant à ce que chacun s’en fatigue.

Oui, le Parti socialiste pourrait mourir.

Ce n’est pas parce qu’il ne séduit pas. C’est parce qu’il éreinte chaque jour davantage ses électeurs. La fâcherie n’est pas si grave. Elle peut être effacée. Mais l’indifférence — voire le dégoût — a un parfum plus définitif.

Il ne suffira pas de changer de nom. Mais ce pourrait être nécessaire.





  1. Aux élections européennes de 1984, la droite parlementaire recueillait 43% des suffrages, contre 21% au Parti socialiste et 11 au Parti communiste []
  2. Comme peuvent le laisser imaginer les résultats des élections au Parlement européen. []
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9 Commentaires

  1. Hmmmm le premier postulat me chagrine: “Si l’on avait dû, il y quelques semaines, évaluer les chances électorales du Parti socialiste, il n’est guère de doute que le tableau serait apparu flatteur.
    Car il en est beaucoup, dont moi, qui ne considéraient pas du tout flatteur le bilan du PS en termes de chances, il y a quelques semaines ou quelques mois…

  2. Prenons un peu de recul : s’il y a bien une constante depuis maintenant 27 ans en France, c’est que les français aiment le changement :

    En 1981, Mitterrand : suffisamment innattendu dix huit mois auparavant pour qu’on parle d’évènement historique. Certes, Chirac claquant la porte en 75 y est pour beaucoup, mais Chirac n’est pas l’électeur.

    1986 invention de la cohabitation.

    1988 Mitterrand 2 : qui l’eut cru ?

    1993 Balladur : le CSP++ fat, imbu de lui-même, au charisme de plante fourragère, et sa cohorte d’arrivistes, tôt fauchés par la prochaine vague.

    Et puis, les pommes, (sauce Juppé), et puis l’innattendu Jospin au hasard de l’extraordinaire manoeuvre de dissolution.

    Je ne vois fais pas la suite de l’histoire, vous la connaissez : du moins, si vous avez évité d’essayer de l’oublier sous prétexte qu’elle pourrait sembler contredire l’analyse commune.

    D’où ma conclusion : qui que l’on soit, si l’on veut gagner, il faut incarner le renouveau, l’ambition. Regardez 2002, regardez les thèmes de campagne : face à un Jospin désespérant et un Chirac qui essaya l’immobilisme, ce fût la campagne porteuse de thèmes nouveaux du FN qui fit le trou dans le concours de barbichettes.

    Alors, qui ira expliquer au PS qu’à force de s’entendre mentir à chaque élection, les français sont habitués et se foutent du programme mais qu’il en faut un, qui ira leur dire qu’il suffirait qu’ils daignent exprimer un projet de société : pas un auquel ils croient, juste une histoire séduisante et un peu cohérente…

    Car après tout, de toute façon, ce sera toujours la pensée unique ENA-strasbourgeo-brusselloise qui fera bien ce qu’elle voudra. A moins, bien entendu, d’élire un Président de la République charismatique et bien décidé à suivre n’importe quelle autre route qu’importe que celle de l’énarchie.

  3. Mitterrand était un homme issu de la Droite vichysto-résistante…

    Ceci dit, la présence d’un dirigeant-candidat suprême pose une question institutionnelle grave. Avoir un tel homme, lui faire hommage est un sacrifice terrible pour l’oligarque. Si jamais, le premier des socialiste gagnait, alors ce dernier aurait en main tous les postes, prébendes et privilèges. Les éléphants pourraient tout aussi bien être envoyés dans le cimetière des ambitions déçues. Gérer des exécutifs locaux, c’est bien plus confortable.

    Ce parti devrait en finir avec son secrétariat national. Il lui faudrait un président avec peu de conseillers, choisis uniquement par lui. Les fidèles serait là pour être éreintés et les autres amadoués. L’opposition mériterait un peu d’intelligence et d’utiliser les bonnes tribunes. Les motions de censure devraient être un vrai discours de contre-politique générale par exemple. Le refus de débattre du discours au Congrès les a privé de l’occasion d’esquisser un contre-programme. Cependant, le premier secrétaire n’est pas parlementaire.

    D’ailleurs, aucun des prétendants à la direction lors du chaotique congrès de Reims ne siège à la Chambre. Hérésie pour une formation très IIIème-IVème République! Erreur funeste de Royal et de Delanoë que d’avoir renoncé à leurs mandats. La légitimité nationale se gagne dans les urnes. Ainsi, aucun dirigeant du PS ne peut mener sa formation politique au front du débat national.

    Le PS agonise de se cantonner au seul local.

    Le PS ferait mieux de se transformer en UMP.
    Et puis zut! que tous les Socialistes qui souhaitent agir pour le bien du pays rejoignent le Mouvement Populaire.

  4. “échèle ”

    Première ligne, troisième paragraphe.

    Argh.

  5. Le PS est juste trop ancré sur le plan local pour vouloir réellement le pouvoir. Trop de local tue le national et crée des baronnies et du clientélisme militant. L’histoire démontre que prendre le pouvoir c’est perdre des localités, des régions et de cela les barons n’en veulent pas. Le PS est devenu un super parti majoritaire sur le plan local et un nain parlementaire.

  6. il est vrai que l’élection locale ménacée, c’est le stattu-quo qui le devbient et bien des élus locaux mous et sans idées qui vont devoir faire bouger le parti.

    Mais c’est aussi un échec de la décentralsiation que le national influe sur le local…dommage.

  7. l’europe est un projet génétiquement de droite.
    un PS européen se tire structurellement une balle dans le pied.
    on peut trouver d’autres explications conjoncturelles mais celle là est durable.
    :mrgreen:

  8. et si tout simplement le parti socialiste ne correspondait plus à un besoin actuel?
    Qui a pensé à seulement lister les besoins actuels et à agir en conséquence (en association, par exemple) pour démarrer un mouvement approprié à ce dont les gens ont besoin?
    Des idées d’une autre époque (68 par exemple, sans vouloir les critiquer pour autant) ne peuvent en aucun cas répondre aux problèmes d’aujourd’hui, d’autant plus qu’elles ont largement contribué à les créer… absence du père, absence de repères, diront les psy: comment tenir encore des propos contre l’autorité? il n’y en a plus nulle part! Le combat de Ségolène R contre son père ne peut plus tellement servir à autre chose qu’au sénariste d’un vieux film en noir et blanc pour vidéo-club.
    mais aussi, une révolte contre la société trop riche et facile des 30 glorieuses, avec circuit dans le Larzac, ne sied plus trop à des jeunes qui n’ont plus même de quoi manger durant leurs études et qui risquent de dépendre de la retraite tardive de leurs parents pour élever les rares enfants qu’ils auront réussi à engendrer entre les études prolongées, le divorce sur-représenté et le RMI généralisé…
    Il faudrait non pas que des jeunes (fonctionnaires de préférence) s’affilient au PS par nostalgie envers les fantasmes de leurs parents-copains, mais que des jeunes normaux (enfin, représentatifs) fondent de nouveaux partis, réseaux, ou un concept quelconque mais constructif avant que EE et le NPA ne fassent tout sauter sous prétexte de nettoyer la planète de tous ces [s]riches[/s] [s]pauvres[/s] …méchants qui la défigurent!

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