Poker au PS

16/07/2009
Par

Bienvenue au PSPT (Parti Socialiste Poker Tour)

Après de jours et des nuits de jeu, on élève les enchères.

Je concède cependant ne pas saisir bien la tactique de la première secrétaire.

La lettre adressée à Manuel Valls n’appelait d’autre réponse que celle qui fut faite.

Songez donc : la secrétaire générale invite un députe socialiste à taire ses critiques ou quitter le navire. Et qui plus est publiquement, via une opportune divulgation par voie de presse.

L’une ou l’autre option était inacceptable pour celui qui entend assouvir quelques ambitions nationales.

Se taire eut été déférer au commandement d’une direction que Manuel Valls conteste dans ses actes et sa légitimité même. Et quitter le parti socialiste sur injonction ne serait pas apparu comme un acte d’indépendance, mais de désertion opportuniste.

Autant dire que le député de l’Essonne n’allait pas se coucher devant la mise. Il lui restait à suivre ou relancer. Et si l’on en juge par les propos employés, c’est bien le second terme de l’alternative qui a été choisi.

En guise de défense, Manuel Valls se fend d’une attaque au missile de croisière : « désinformation« , « aveuglement« , « conception très datée » et autres compliments de la même eau. On est loin de l’apaisement.

Le problème de Martine Aubry est que son acte d’autorité ne supporte pas l’échec.

Car l’autorité n’est pas exactement le pouvoir. Elle procède de l’obéissance plutôt que du commandement. Et faute d’être obéie, une autorité s’éreinte.

Or, l’injonction faite à Manuel Valls ne pouvait être suivie. C’était donc l’assurance pour la première secrétaire d’ébrécher une autorité déjà mal assurée.

Comment l’affaire se résoudra-t-elle ?

On imagine mal que la direction du Parti socialiste demeure coite. Il convient au moins de rétorquer car un silence piteux achèverait de consumer un pouvoir bien mal assis.

Une procédure disciplinaire ne doit pas être négligée. Elle flotte, comme un nuage, sur l’invitation faite de quitter le Parti. Mais à l’exercice maladroit de l’autorité succèderait un acte d’autoritarisme difficile à accepter. Avec des risques de fracture non négligeables.

Car les critiques de Manuel Valls, pour intéressées et virulentes qu’elles soient, sont partagées à gauche et probablement par une partie des sympathisants du Parti socialiste. Et si l’on peut pardonner à la direction d’inféoder la dissidence en période trouble, on ne lui fera pas crédit d’organiser la division. Ce qui ne manquerait pas d’apparaître si une procédure d’exclusion suivait une lettre comminatoire rendue publique.

Je jugeais hier la querelle pichrocoline. De ces agitations minuscules destinées à tromper la torpeur estivale. Et il me plaisait de croire que le ridicule était bien la dernière façon dont la Parti socialiste se distinguait. Le fait est que la ridicule pourrait tourner au tragique.

La seule manière d’éviter les plus grave dommages serait de parvenir à un compromis. Quelques rodomontades partagées1, suivies d’un appel au calme et d’une paix publique matînée de contritions réciproques.

L’un des problèmes de Martine Aubry est qu’elle ne peut proposer l’armistice. Ayant commencé les hostilités, elle se doit d’accepter la paix proposée par d’autres.

Manuel Valls aura quelques difficultés à modérer sa position de son seul chef. Il lui faudra attendre qu’on lui tende la main.

L’initiative devra donc venir d’un tiers, qui en profitera pour se parer de l’image plaisante de conciliateur. Et au milieu des tempêtes, le conciliateur a bien vite fait d’apparaître comme un capitaine.

Il suffit parfois de suivre pour remporter les mises.





  1. Pour ne point donner le sentiment de céder. []

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5 commentaires to Poker au PS

  1. PatLeNain le 16/07/2009 à 17 h 25 min

    Tout ceci me conforte dans l’idée que la direction actuelle du PS vient uniquement d’un front TSS (Tout Sauf Ségo) sans contenu idéologique et programmatique, et que le poste de porte-parole confié à Valls n’était qu’un os à ronger en espérant qu’il se distingue pas trop du rang. Et bien c’est raté, l’os est très bon, et il en trouve dans tous les médias au lieu se faire caliner.
    La position de Aubry n’est pas évidente à tenir, car elle rappelle (à juste titre) que le porte-parole est celui du parti, et pas d’un courant particulier. Agir différemment aurait été difficile si elle voulait conforter sa place de chef du parti. Enfin, ceci n’aurait été qu’un pet de mouche s’il n’y avait eu divulgation dans la presse.

    A mon sens, dans tous les cas, le PS est cuit pour quelques années, laissant le boulevard aux fronts de gauche, aux écologistes et (je l’espère) au MoDem

  2. Facultatif, coiffeur en ville le 16/07/2009 à 20 h 07 min

    Cultivant mon antisocialisme primaire au contact d’authentiques militants socialistes, je ne reconnais nullement dans les grumeaux de parti socialiste que j’entrevois la structure que vous semblez considérer comme universelle aux organisations.

    Certes, les plus célèbres partis socialistes, et notamment, les partis socialistes nationalismes, aimaient à donner à leurs bienveillants dictateurs éclairés des titres d’une modestie confinant à l’hypocrisie : mais pourtant, ce n’est pas pour rien qu’on nomme les premiers personnages des partis des secrétaires : plutôt que des présidents, par exemple.

    Dans un parti socialiste démocrate, on ne demande pas au premier personnage de faire preuve d’autorité : mais simplement de fixer les ordres du jour et des débats, ce qui est déjà énorme.

    Et là où est l’expression d’une position franche de la première secrétaire, c’est de refuser d’inscrire la rénovogloubitation du parti à l’ordre du jour pour préférer commencer par un plus classique diners de cons, auquel, nous le savons tous, elle connait le destin qu’elle subira : avec quelques autres, ce dont tout socialiste authentique la remerciera.

  3. clems le 17/07/2009 à 12 h 18 min

    Elisabeth Guigou :

    «  »En même temps, est-ce qu’il fallait faire comme cela, au risque de donner une visibilité excessive à ces petites phrases, à ces querelles internes dont les militants n’en peuvent plus et dont d’ailleurs, les Français et Françaises regrettent que cela passe comme cela », s’est interrogée l’ancienne ministre. »

  4. Joordan le 17/07/2009 à 13 h 13 min

    Martine Aubry pouvait-elle s’y prendre autrement? Évidemment.

    En tant que Première secrétaire en période de troubles internes et avec une légitimité mal assise, il eut été judicieux de sa part de se cantonner au travail herculéen de la refondation idéologique, en s’extirpant des querelles de personnes, insistant plutôt sur la mise en place de ces conventions thématiques, au sein desquelles elle aurait pu inviter les courants et clubs à venir présenter leurs propositions ou tout du moins les avancées de leur travail de recherche.

    Quant à la communication de la direction du PS, elle s’inscrit trop dans une logique de courants, alors qu’il faudrait faire comme s’ils n’existaient pas. Concrètement, cela veut dire que le message de la direction doit se concentrer sur le fait que le parti s’est mis au travail, et que le programme est bien en cours d’élaboration et ne se limite pas au seul parti socialiste.

    Le PS doit choisir son message, et ce message doit être « Peu importe le nombre de personnes qui pensent pouvoir porter le renouveau, la sélection se fera sur l’adhésion recueillie à l’issue de toutes ces conventions thématiques, lorsque chacun aura fini par offrir une version de son programme et le disputera face aux autres prétendants pendant la procédure de sélection qui aura été choisie (soit au bureau national, soit dans le cadre d’un référendum militant que les statuts autorisent en cas d’obstruction de la part du Premier secrétariat).

    Martine Aubry doit abandonner l’idée de proposer elle-même une alternative, tout ce qu’on attend vraiment d’elle c’est de mettre en place les instances qui permettront à des propositions concrètes et innovantes d’émerger. Etrangement, celui qui s’est lancé dans cette initiative c’est Vincent Peillon avec Robert Hue. C’est ce type d’initiative qu’Aubry aurait du mettre en place, avec le ton (faussement? – mais ça n’a pas d’importance) désintéressé de Vincent Peillon.

    Pour conclure, il faut encore insister sur le travail plus que médiocre du secrétariat à la communication et du porte-parole Benoît Hamon (qui des milliers de qualités par ailleurs, mais qui n’est pas utilisé à bon escient), incapable d’organiser la diffusion d’un message clair. La première étape vers cela serait une refonte des médias utilisés par le PS – trop broussailleux, manquant de cohérence d’ensemble. La deuxième étape serait de laisser le volet opposition du PS au groupe parlementaire, en le dotant de son propre dispositif de communication et en mettant en avant les dissensions de fond avec la majorité.
    Segmenter les outils de communication en deux espaces distincts pourrait permettre au PS d’insister plus fortement sur l’effort qu’il mène pour proposer une alternative à la hauteur des enjeux actuels.

    Un observateur sympathisant de la gauche de progrès

    PS: J’oubliais de préciser que l’une des tâches de la Première secrétaire dans le cadre de l’élaboration idéologique et programmatique est d’organiser la sphère intellectuelle de gauche en un réseau sur lequel le PS pourrait s’appuyer pour rénover sa pensée. Cette sphère est bien trop diffuse et il faut en faire un écosystème.

  5. AO le 18/07/2009 à 0 h 36 min

    Elle devient kamikaze Dame Tartine. A coup sûr c’était l’attaque-suicide, sans garantie de même atteindre la cible…

    Je veux bien être son conseiller en com’ si elle n’a personne (hélas, je n’ose imaginer ce qu’elle dépense en la matière…)

    Misère de la politique, misère des médias…

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