Trois réflexions sur l’affaire Hortefeux

11/09/2009
Par

1. L’enregistrement

On en connaît désormais la source initiale. Il s’agit d’une caméra des chaînes parlementaires. On ignore cependant comment l’extrait est parvenu au Monde.

L’un des protagoniste — victime consentante, pour l’opinion publique — soutient aujourd’hui que l’extrait a fait l’objet de coupures et réfute tout offense. Cela dit, son engagement partisan ne permet pas d’étoffer suffisamment la défense du ministre.

Ce dernier, au reste, ne conteste pas le déroulement de la scène mais son interprétation. Selon lui, le propos visait les sollicitations de photographies, et pas les « arabes »1. On y reviendra.

2. Internet

On rapporte dans la presse que l’objet du litige est apparu sur Internet. C’est à la fois vrai est faux.

Vrai, car l’enregistrement a bien été publié à l’origine sur un site Internet.

Faux, car c’était sur celui du Monde.fr, avec le dispositif journalistique que cela suppose. Au reste, l’organe de presse fait valoir qu’il « s’est procuré » le document. Ce qui implique qu’il en assume la découverte.

Dès lors, ce qui trouble — encore — dans les présentations qui sont faites2, c’est le recours à l’abstraction d’Internet. Comme si le surgissement de cette vidéo procédait d’une entorse aux principes de la collecte d’information journalistique.

Or, l’on sait que la chaîne de publication s’est nouée exclusivement dans le milieu de la presse. Presse audiovisuelle, d’abord, puis presse Internet. A cet égard, on pourra écouter l’entretien accordé par Dominique Wolton à RTL. Il y fustige le jeu auquel se prêtent les journalistes en relayant l’interprétation du Monde, sans effectuer de travail d’enquête, de vérification et de recoupement. Même scepticisme chez Aliocha. Et lire encore Nicolas sur slate.fr

3. Les propos

L’honnêteté impose d’admettre que la ministre n’a pas dit : « Un arabe, il en faut toujours un. C’est quand il y en a trop qu’il y a des problèmes« . En sorte que l’auditeur est conduit à interpréter le discours à la lumière du contexte.

La personnalité de Brice Hortefeux, à cet égard, suscite manifestement un soupçon. Peut-être en raison des fonctions ministérielles exercée, qui impliquent des attributions en matière de droit des étrangers, et colorent le jugement. Un préjugé rapide, convenons-en, mais tenace. Et puis il y a des épisodes ambigus, rappelés par Le Monde.

Concernant le propos lui-même, on a pu observer que la remarque du ministre suivait immédiatement une observation quelque peu maladroite d’une militante :

— C’est notre petit arabe.

A titre personnel, je trouve curieux le choix des termes employés par Brice Hortefeux.

— Il en faut toujours un. C’est quand il y en a trop qu’il y a des problèmes.

D’abord, on peine à voir à quel substantif le ministre se réfère lorsqu’il dit qu’il en faut « un« . « Un » quoi ? Une personne qui sollicite une photographie, comme il le soutient ?

Et à quels « problèmes » Brice Hortefeux fait-il allusion ?

La notion de « problème » présente une connotation générale. Un problème touche tout le monde, et pas seulement le locuteur. L’évocation de son propre embarras devant l’afflux de requêtes eut, selon moi, emporté une autre formulation.

En tout état de cause, et à supposer même que le propos doive être interprété comme l’explique Brice Hortefeux, il est permis d’observer que l’observation de la militante « C’est notre petit Arabe à nous » — aurait mérité un peu plus de la part de celui qui se proclame l’ennemi du racisme et de la discrimination.

Et à ceci, on peut ajouter l’énigmatique référence au « prototype« , qui suit la présentation du militant arabe, comme catholique, amateur de cochon et de bière.

Concluons.

Il faut bien admettre que la diffusion de l’enregistrement, malgré sa source, ne relève pas des pratiques journalistiques traditionnelles. Par ailleurs, les propos du ministre présentent quelque ambiguïté qui auraient du justifier des investigations plus poussées3.

Cependant, le spectateur peut légitimement prêter au discours de Brice Hortefeux le sens que lui ont donné ses opposants politiques. Et invoquer cabale et injustice est empreint de mauvaise foi. Et il n’eut pas été inutile que le principal intéressé convienne que l’enregistrement peut faire naître le doute, au lieu de crier au complot.

Reste, en toute hypothèse, « notre petit arabe« , prononcé par cette militante, sans susciter d’autre réaction de la part du ministre que celle qui fait l’objet des débats du jour.

« Notre petit arabe« .

Et l’on se prend à songer que chaque antisémite a « son juif« .





  1. C’est le terme employé par les militants lors de la discussion. []
  2. Voire, par exemple, le titre d’une chronique dédiée sur RTL : « Quand les politiques se font piéger par la toile« . []
  3. Comme le soutient mordicus mon ami Authueil []

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9 commentaires to Trois réflexions sur l’affaire Hortefeux

  1. GroM le 11/09/2009 à 17 h 44 min

    Il faut noter d’ailleurs que la vidéo en question, telle qu’elle figurait sur le site du monde, fournissait tout le contexte antérieur aux déclarations ministérielles. Je ne crois pas avoir vu de coupure: plan unique, donc. Difficile d’invoquer un « montage ».

  2. jean-michel courivaud le 11/09/2009 à 18 h 24 min

    Difficile, difficile… ca dépend pour qui:
    http://authueil.org/?2009/09/10/1423-brice-est-il-un-affreux#co

    :-)

  3. Reversus le 11/09/2009 à 19 h 41 min

    Jules,

    Dans l’analyse d’une vidéo, les images comptent parfois plus que les propos. Si tu prends le cas des films de Veit Harlan, ce sont par exemple, les fondus enchainés qui permettent de justifier des intentions racistes du réalisateur, plus que les dialogues du film…

    Dans le cadre de cette vidéo, Brice Hortefeux fait sans doute preuve de racisme puisqu’il se tourne pour répondre à la phrase de la sympathisante : « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière ».

    Brice Hortefeux à cette phrase : « Il ne correspond pas du tout au prototype alors ». L’adverbe prouve en plus qu’il est dans une situation de réponse. »

    Ensuite en ce qui concerne la phrase qui fait polémique, même chose, il répond également à une sympathisante qui dit « c’est notre petite arabe à nous ».

    Cette séquence n’est pas du tout hors contexte, bien au contraire. Elle permet d’être comprise en intégralité. Brice Hortefeux parlait bel et bien d’un arabe. Comme je le disais dans mon dernier billet, outre le racisme évident de la phrase, c’est l’absence totale de discernement qui inquiète. Il est encore possible en 2009 d’être ministre de l’Intérieur et de faire l’amalgame entre délinquance et ethnicité.

  4. Reversus le 11/09/2009 à 19 h 47 min

    La vidéo intégrale ne laisse guère planer de doutes.

  5. Bob le 11/09/2009 à 22 h 49 min

    @Reversus: où voyez-vous un amalgame entre délinquance et ethnicité dans cette vidéo ?

    • Reversus le 12/09/2009 à 2 h 16 min

      Tout simplement dans la phrase qui fait polémique. Pour lui, plusieurs arabes regroupés ensemble engendrent fatalement du désordre. Quand une phrase comme ça est prononcée par un Ministre de l’Intérieur, on est en droit de se poser certaines questions.

      Surtout lorsque l’on remet ça en perspective avec le discours qu’il tenait lors de l’émission de Zone Interdite, peu de temps avant.

  6. Papichou le 11/09/2009 à 23 h 09 min

    Le concert de protestations se fonde sur l’idée que le propos de Brice Hortefeux, prononcé par inadvertance, révèlerait la nature profonde de ses sentiments racistes. Mais la video montre qu’il était conscient de la présence de la caméra. Il faut alors supposer que le racisme de l’auteur est si puissant qu’il échappe au contrôle d’un homme plutôt maîtrisé d’ordinaire.

    Mais si l’on admet au contraire que le ministre savait ce qu’il faisait, une autre explication se fait jour.
    Les élections régionales approchent. Il ne s’agirait pas de laisser s’échapper la fraction de l’électorat lepeniste conquise de haute lutte en 2007.
    Ne trouvez-vous pas quelque similitude avec la pseudo-bourde de la création d’un ministère de l’immigration, de l’intégration et l’identité nationale (sans doute issue du même cerveau) et le tollé qu’elle avait soulevée?

    Un peu, qui mangent du cochon et boivent de la bière, ça va, beaucoup, en burka, bonjour les dégats: une idée plutôt populaire passé le boulevard Saint-Germain.

  7. Liberal le 13/09/2009 à 12 h 18 min

    Je trouve que tu évacues trop rapidement la réaction de la « victime ». Bien entendu, il est partisan, mais il faut aussi voir ce que montre la video à son propos.

    On le voit rire, s’amuser, plaisanter avec une bande de camarades, d’amis. Je n’ai jamais milité dans un parti, mais je suppose qu’on n’y va pas que pour les opinions politiques, il faut aussi s’y sentir bien, aimer les gens avec qui on travaille.

    Cette affaire m’évoque Gran Torino, le dernier Eastwood, où on voit Walt Kowalsky échanger des insultes racistes avec ses amis coiffeur italien et entrepreneur irlandais. Traiter un Italien de voleur n’est pas incompatible avec l’amitié, au contraire en l’occurrence.

    Il est très possible que le « notre Arabe à nous » doive s’entendre dans ce sens-là plutôt que dans celui suggéré par ta dernière phrase.

    • TylerD le 17/09/2009 à 3 h 20 min

      Walt Kowalsky est clairement dépeint comme quelqu’un avec des gros apriori racistes, c’est le contact et l’échange avec ses nouveaux voisins qui le font « évoluer ». C’est juste un peu tout le film…

      De plus il n’est pas ministre :P

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