L’hypotéthique racisme de Brice Hortefeux : quelle importance ?

12/09/2009
Par

Comme le lierre, la question s’est répandue sur le web à la suite de la diffusion de l’enregistrement de propos équivoques du ministre de l’intérieur.

Mais est-ce une bonne question ?

Je ne le crois pas. Et pour tout dire, la réponse m’indiffère.

Que Brice Hortefeux entretienne des dispositions xénophobes ou racistes, qu’il nourrisse, au contraire, les sentiments les plus universalistes, ou que son âme se perde, comme tant d’autres, dans les enchevêtrements de la haine et de l’amour, de la crainte et de la générosité, ne devrait pas faire l’objet d’un débat public.

Juridiquement, cela relève de la liberté d’opinion, qui, plus que toute autre dans un société démocratique, doit être protégée contre les ingérences d’autrui. Et ce, quelque soit l’opinion en cause.

Certes, il est loisible à tous de juger que xénophobie et racisme ne méritent que dédain et aversion. Mais cela ne signifie pas que la justice doive s’en mêler. Non plus d’ailleurs, que le débat public.

Ce sont les actes et les discours qui appartiennent à tous. Et s’il existe une discordance entre la conscience et les actes, ce sont les seconds que je jugerai.

Certes, le politique invoque souvent la noblesse de ses convictions pour asseoir ses actes, mais, faute de lire dans les esprit, nous en sommes réduits à juger de la sincérité ou de l’insincérité des convictions mises en avant.

On s’est interrogé, par exemple, sur un hypothétique antisémitisme de Franklin D. Roosevelt. Mais ses discours et ses actes — en particulier à l’égard du régime national-socialiste — sont loin d’être inspiré par de tels sentiments. D’autres, qui s’en sont défendu, ont lutté avec moins de vigueur contre l’entreprise d’extermination — quand ils ne l’ont pas accompagnée.

Pour le dire brutalement, je juge plus sévèrement l’humaniste qui se laisserait aller à la connivence xénophobe dans son discours public, que le raciste — ou le xénophobe — qui tairait ses sentiments, voire professerait publiquement des dispositions contraires.

Et de façon générale, je dirais qu’en la matière, les actes et le verbe comptent bien davantage que la vérité des hommes. Peu importent les témoignages en tous sens sur les dispositions de la conscience de Brice Hortefeux.

Ce n’est pas le ministre de l’intérieur que l’on doit juger1, mais ses seuls propos.

Sont-ils compatibles avec ce qu’on estime devoir être le discours de la République qu’il représente ?

Peuvent-ils affecter l’exercice de sa mission ?

C’est de la réponse à ces question que l’on devrait déduire le jugement à porter sur les actes du ministre. Et réserver, ce faisant, le jugement sur l’homme, qu’on ne connaît point.





  1. Même s’il serait préférable, compte tenu de ses fonctions, que ses interlocuteurs ne puissent douter de sa neutralité. []

Mots-Clés : , ,

28 commentaires to L’hypotéthique racisme de Brice Hortefeux : quelle importance ?

  1. Noto le 12/09/2009 à 20 h 18 min

    soit j’ai mal compris ce texte ou le fait qu’il soit ironique, soit je viens de lire un tas d’énormité que je m’attendais pas à trouver ici…

  2. Gizmo le 12/09/2009 à 20 h 53 min

    Je pense avoir compris, je n’ai pas vue d’ironie, ni d’énormités (à part des coquilles et des fautes d’accord :oops: )

  3. Noto le 12/09/2009 à 21 h 16 min

    Que Brice Hortefeux entretienne des dispositions xénophobes ou racistes, qu’il nourrisse, au contraire, les sentiments les plus universalistes, ou que son âme se perde, comme tant d’autres, dans les enchevêtrements de la haine et de l’amour, de la crainte et de la générosité, ne devrait pas faire l’objet d’un débat public.

    Vulgairement, qu’un ministre tiennent des propos racistes ou pas importe peu.

    Qu’un ministre, serviteur de l’Etat, héraut de la politique gouvernementale tienne des propos racistes et contraire à tout ce qu’il est censé représenté, contre une partie de la population qu’il est censé servir et qu’on arrive à se poser la question de savoir si ça pose un problème ou pas, je trouve ça énorme.

    Nommons un voyou ministre de la justice, ça n’a pas d’importance….

    • Sartorius le 13/09/2009 à 6 h 18 min

      Vous n’avez malheureusement rien compris.

      Jules vous parle de la différence entre liberté d’opinion et liberté d’expression.

      La liberté d’opinion est totale. Brice Hortefeux est-il raciste? On s’en fiche. Le racisme est une opinion. A moins d’être dans sa tête on ne peut connaître son opinion.

      La liberté d’expression a des limites. Brice Hortefeux a-t-il tenu des propos racistes? On ne s’en fiche pas. Tenir un propos raciste est l’expression d’une opinion.

      • Noto le 13/09/2009 à 13 h 29 min

        La liberté d’opinion n’est absolument pas totale et implique des limitations légales quand au respect d’autrui (pensez à tout ces arabes insultés) et une certaine responsabilité; et est intrinséquement liée à la liberté d’expression surtout quand cette opinion est expriméé.

        • Jules le 13/09/2009 à 13 h 50 min

          Vous confondez allègrement la liberté d’opinion et la liberté d’expression.

          • Noto le 13/09/2009 à 15 h 56 min

            A quel moment?

            • Sartorius le 13/09/2009 à 16 h 05 min

              Dans tout votre message en fait.

              Quand vous dites: « La liberté d’opinion n’est absolument pas totale et implique des limitations légales quand au respect d’autrui (pensez à tout ces arabes insultés) », vous confondez allègrement liberté d’opinion et liberté d’expression.

              Allez donc lire la convention européenne des droits de l’homme, notamment les articles 9 et 10.

              • Noto le 13/09/2009 à 16 h 30 min

                la liberté d’expression comprend la liberté d’opinion et ces libertés peuvent être limité légalement comme le dispose l’article 10 alinéa 2 notamment sur le respect des droits d’autrui.
                Exactement ce que j’ai dit plus haut…relisez bien les 2 articles que vous citez.

                • Sartorius le 13/09/2009 à 16 h 55 min

                  Article 9 – Liberté de pensée, de conscience et de religion

                  Voilà pour la liberté d’opinion: pas de restriction. (Ce qui est limité par l’alinéa 2 de l’article 9 c’est la liberté de manifester sa religion ou ses convictions, et non pas la liberté d’avoir une religion ou des convictions)

                  Article 10 – Liberté d’expression

                  Voilà pour la liberté d’expression: restrictions dans l’alinéa 2 de l’article 10.

                  Maintenant, relisez la première réponse que je vous ai faites, relisez le billet de Jules, et avec les éléments qu’on vous a donné vous devriez comprendre que le billet de Jules ne contient pas le « tas d’énormité » que vous dites.

                • Noto le 13/09/2009 à 18 h 10 min

                  en aucun cas l’article 9 parle de la liberté d’opinion…

                  Juridiquement, cela relève de la liberté d’opinion, qui, plus que toute autre dans un société démocratique, doit être protégée contre les ingérences d’autrui. Et ce, quelque soit l’opinion en cause.

                  Juridiquement, les propos racistes dépassent le cadre de la liberté d’opinion….non?

                  Je suis pas du genre à vouloir avoir toujours raison et j’aime être corrigé quand je suis dans l’erreur mais ici ça me semble évident. Si nous ne sommes toujours pas d’accord ben tant pis j’abandonne j’espere que vous ne m’en tiendrez pas rigueur que nous ne sommes pas parvenus à un consensus.

                • Sartorius le 13/09/2009 à 18 h 26 min

                  Noto : « Juridiquement, les propos racistes dépassent le cadre de la liberté d’opinion….non? »

                  Non, de la liberté d’expression.

                • Sofienne le 13/09/2009 à 19 h 53 min

                  Sauf erreur de ma part, le seul cas de limitation de la liberté d’opinion (et pas d’expression), c’est le « crimepensée » de 1984.

  4. pascale le 12/09/2009 à 21 h 23 min

    idem

  5. pascale le 12/09/2009 à 21 h 24 min

    idem que Gizmo

  6. Commentaire.s le 12/09/2009 à 23 h 31 min

    Je suis d’accord avec Jules, et donc Gizmo et Pascale.

    Ce que cet article veut dire, il me semble, est : Les pensées personnelles n’ont pas d’importance tant qu’elles restent intimes et n’ont pas d’influence, positive ou négative, sur autrui. Un plaidoyer xénophile ne sauvera pas un geste xénophobe ; des accusations de racisme ne devraient pas ternir un acte humaniste. Les pensées n’ont d’importance tant qu’elles influent sur nos actes. Evidemment il est difficile de totalement dissocier l’un et l’autre mais il ne faut absolument pas oublier que l’acte concret, réalisé primera toujours sur la pensée abstraite, supposée.

    Or l’article précédent montre qu’il y a dans les propos de Brice Hortefeux une profonde ambiguïté. Ce qu’il semble dire n’est pas ce qu’il dit et peut-être pas ce qu’il a voulu dire. Ses propos peuvent correspondre à ce que certains ont compris ou à ce qu’il dit avoir voulu dire. Tout cela appartient au domaine des suppositions ou des affirmations abstraites. Il n’y a qu’une seule chose d’avérée : Brice Hortefeux, dont le poste lui donne une image flirtant avec le racisme, n’a pas condamné une affirmation raciste proférée devant lui. Pas de quoi redorer son blason.

    • Sartorius le 13/09/2009 à 6 h 34 min

      Il n’y a aucune ambiguité dans le propos de Brice Hortefeux. Ce n’est pas le propos de la militante qui est raciste, mais bien la réponse de Brice Hortefeux.

      Les propos de Brice Hortefeux sont bien réels, on les connait exactement, et on peut donc les juger.

  7. Noto le 13/09/2009 à 0 h 37 min

    Les pensées n’ont d’importance tant qu’elles influent sur nos actes. Evidemment il est difficile de totalement dissocier l’un et l’autre

    merci, nous sommes d’accord.

    Ce qui atténuent légèrement les propos de Brice Hortefeux n’est pas du tout le fait qu’il n’ait pas agi de manière concrète prouvant un éventul racisme ( c’est en ce sens que je vois une énormité, je peux être raciste et détester les arabes et ne pas le montrer ostensiblement en société), mais plutôt que ces propos aient été tenus en « off » et n’avaient pas vocation à être connu du public.

    • ancilevien74 le 13/09/2009 à 3 h 24 min

      Le off n’existe pas pour les personnalités publiques.
      Je vois cela comme le contrepoids de la puissance gagnée par le poste.
      Pour vous, des propos tenus en public, à côté d’une caméra de télévision que l’on a vue, sont privés ?
      Il n’y aurait plus aucun discours public alors, que du privé, du « off ».

  8. Curieux le 13/09/2009 à 11 h 32 min

    Enfin un discours sur la liberté d’expression d’opinions qui doit-être absolu dans une démocratie.
    Seules les actes (et par exception les discours qui conduiraient à ces actes) devraient être du domaine de la loi.

  9. Noto le 13/09/2009 à 21 h 11 min

    Pardonnez moi il a le droit d’avoir toute les opinions qu’il veut…tant qu’il ne le montre pas…

    Vous aviez raison cependant; je me coucherai moins bête, je vous en remercie Sartorius.

    Mes excuses , Jules, j’aurai du lire plus consciencieusement votre article afin d’être sûr d’avoir bien compris. J’espère que vous me pardonnerez.

  10. [...] par Nemo le 13 septembre 2009 Billet du dimanche qui se veut plus décontracté après le déferlement de réactions en cascade de la fin de cette semaine.J'avais depuis longtemps envie de rebondir sur [...]

  11. seb le 14/09/2009 à 3 h 33 min

    Moi j’ai une petite question pour jules :

    Sachant que :

    « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004. »

    Que :

    « en vertu de ces principes et de celui de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d’outre-mer qui manifestent la volonté d’y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratique. »

    Et que :

    « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. »

    Puis je demander qu’on enlève à M. Hortefeux :

    –sa carte à l’UMP, et par là même ses fonctions au sein de l’UMP…Puisqu’il ne respecte pas « les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie » tels qu’ils ont été définis dans le préambule de la Constitution ?

    « Article VII

    Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout Citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l’instant : il se rend coupable par la résistance. »

    En accusant un préfet d’avoir proférer des paroles racistes – sans aucune preuve – en « expédiant » l’affaire (mise en retraite du préfet) et ce faisant en empêchant ledit préfet de se défendre, ou d’être défendu, devant un tribunal, qu’on espère impartial, l’individu Hortefeux ne doit il pas être « puni » ?

    –sa place au Gouvernement :

    « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

    Les propos de M. Hortefeux sont ils susceptibles de troubler l’ordre public ? Oui…Dès lors qu’il engage l’Etat, et non sa seule personne, lorsqu’il s’exprime dans un lieu public, même s’il s’agit du cadre d’une réception du parti UMP. C’est en tant que Ministre que M. Hortefeux y était présent, et en tant que tel, il savait que ses propos ne pourraient être que rapporter.

    Qui plus est, Monsieur Hortefeux est Ministre de l’Intérieur. A cet égard, il dispose d’une force publique, destinée à servir tous les Français, sans « discrimination » prévue par la Constitution. Qu’il considère qu’il faut, limite, protéger une partie des Français, contre une autre partie de ces Français, c’est faire preuve de partialité dans son travail. Encore une violation de la Déclaration de 1789.

    Ajoutons à cela, qu’en bon doué qu’il est, le brave Hortefeux a reconnu qu’il insultait une partie des Français. Non pas les « arabes » mais les « auvergnats » ! En plus de discrimination, M. Hortefeux reconnait qu’il accorde une importance plus forte aux dits « arabes » en terme de respectabilité qu’aux auvergnats, qui, le comble ! Sont censés lui apportés leur suffrage au moment des élections ! On appelle çà comment ? Ha oui…Une entorse au principe d’égalité des citoyens devant la loi !

  12. Louis SCHWEITZER le 14/09/2009 à 8 h 59 min

    Non mais, comment peut-on ainsi critiquer les Auvergnats ! En tant qu’Alsacien, je n’aimerais pas cela.

  13. Tortuga le 16/09/2009 à 12 h 05 min

    Hortefeux va, probablement, se présenter de nouveau à des élections. Or, le votant, dans ces élections, est en droit de juger les candidats sur les opinions.

    L’opinion de Brice Hortefeux a donc son importance, même si ce n’est pas le juge, mais l’électeur qui jugera.

    • JaK le 16/09/2009 à 12 h 40 min

      « se présenter à nouveau« 

      M. HORTEFEUX n’a jamais été élu sur son nom (il faut dire qu’il ne s’est jamais présenté à une élection de ce type:
      - il a été conseiller régional: c’est un scrutin de liste (et il n’en était pas tête de liste)
      - il a été député européen: c’est encore un scrutin de liste (il a cependant été tête de liste en 2004).

      Il n’a jamais été maire ou député (et n’a jamais demandé à l’être).

      • Tortuga le 16/09/2009 à 13 h 42 min

        Dans le cas en question, ça ne change rien

  14. Gui1313 le 17/09/2009 à 12 h 51 min

    Quelque chose m’échappe :

    Si les propos de M. Hortefeux se portaient effectivement sur les arabes, et s’il avait été possible de le prouver, il aurait pu être traduit en justice. Or à aucun moment il n’emploie de termes explicites tels que « arabes », etc
    Il aurait pu dire qu’il parlait des fourmis et, aussi invraisemblable que cela paraisse, on n’aurait pas pu le contredire.

    Or il se justifie en disant que le sujet de ses propos était les auvergnats. D’où ma question :

    Comment un propos qualifié de raciste et xénophobe lorsqu’il porte sur les maghrebains devient subitement correct lorsqu’il porte sur les auvergnats ? Quelle difference fondamentale entre les auvergnats et les arabes font de sa declaration une justification ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Markup Controls
Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green