Affaire Polanski. Une question politique, après tout.

01/10/2009
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Crédits Langelot

Les voix les plus modérées invoquent un équilibre entre une loi rigoriste — trop — et la miséricorde due à une personnalité singulière.

On peut comprendre l’arbitrage.

Il n’est pas certain, cependant, qu’il soit partout reçu avec la mĂŞme amĂ©nitĂ©. C’est qu’il flotte parfois sur les mĹ“urs un soupçon de puritanisme plĂ©bĂ©ien ; ce sentiment de dĂ©cence commune1 qui inspire parmi les foules ordinaires un regard sĂ©vère sur les dĂ©bordements des puissants.

Or, l’infraction pour laquelle Roman Polanski n’a pas Ă©tĂ© encore condamnĂ© n’est pas de ces dĂ©lits bĂ©nins dont l’opinion publique s’accommode avec plus ou moins d’indulgence. Il s’agit d’une affaire sexuelle qui implique une mineure.

Si le juriste — que je suis — veut chausser sur les questions pĂ©nales les bĂ©sicles du droit, avec ce qu’elles ont de froideur technique, il en va diffĂ©remment de l’opinion publique contemporaine, parfois plus clĂ©mente, souvent plus sĂ©vère. Et il fait bien convenir que le sort des enfants ne l’indiffère pas. En particulier lorsqu’il intĂ©resse une question de mĹ“urs.

Que l’on se souvienne, pour en juger, de l’Ă©ruption populaire qui a suivi l’affaire Dutroux. Les rumeurs auxquelles la justice a fait droit, de l’implication des puissants, persistent toujours. Que l’on se souvienne, encore, de l’affaire d’Outreau et des spĂ©culations sur un hypothĂ©tique rĂ©seau pĂ©dophile. Que l’on se souvienne, enfin, de l’affaire Allègre, Ă  Toulouse, et des tumultueuses conjectures sur l’existence de parties fines impliquant des notables. Et puis jetez donc votre regard par delĂ  des siècles. Il y eut, jadis, les folies de Tibère et de ces petits poissons. Il y eut Gilles de Retz.

La dĂ©bauche, vice insupportable et dĂ©licieux des Ă©lites. Les histoires de Rome en sont pleines, dĂ©jĂ . L’histoire de France en regorge.

Ajoutez Ă  tout cela que l’intĂ©ressĂ© est un artiste. Avec ce que cet Ă©tat charrie de prĂ©jugĂ©s en matière de mĹ“urs.

Ceci pour dire qu’il n’Ă©tait certainement pas nĂ©cessaire de travailler ainsi les consciences populaires, pudibondes et soupçonneuses. Elles sont bien promptes Ă  marier l’art et la dĂ©bauche ; la dĂ©bauche et l’aristocratie.

Au delĂ  de l’affaire de mĹ“urs et des chicaneries franco-amĂ©ricaines, il y a dans ce dĂ©bat et la façon dont il se tient un trĂ©fonds bien politique. Que les Ă©lites2 volent au secours de l’un des leurs, rattrapĂ© par une histoire au parfum de dĂ©pravation, et l’on pourra juger que celles-ci Ă©chappent sans grand peine Ă  un pacte de loyautĂ© implicite. Un pacte qui lie les Ă©lites au peuple dans le respect d’une morale commune.

Ce serait se mĂ©prendre grandement que de croire que les chatoiements de la « pipolisation » ont abaissĂ© les exigences de la plèbe Ă  l’endroit des patriciens. Elle donne Ă  voir des Ă©carts de conduite ordinaires — adultĂ©rins, par exemple — dont on s’accommode volontiers. Mais elle ne protège pas contre l’affichage des excès.

Invoquer, donc, le talent de l’artiste pour justifier Ă  la fois d’un soutien politique et de l’innocuitĂ© d’une transgression licencieuse Ă©tait plus qu’une indĂ©licatesse. C’Ă©tait une indĂ©cence. Plus qu’une maladresse, c’Ă©tait une faute qui creusera davantage encore un sillon dĂ©jĂ  bien profond.

Lorsque le pouvoir se montre, il ne se rapproche pas de ses sujets, mais s’en Ă©loigne.





  1. common decency []
  2. En particulier lorsqu’elles ont Ă©galement fait l’aveu d’une certaine licence en matière de mĹ“urs. Cela fleure la connivence dans le libertinage. []

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6 commentaires to Affaire Polanski. Une question politique, après tout.

  1. Facultatif, coiffeur en ville le 01/10/2009 Ă  19 h 42 min

    « Si le juriste — que je suis — veut chausser sur les questions pĂ©nales les bĂ©sicles du droit, avec ce qu’elles ont de froideur technique, il en va diffĂ©remment de l’opinion publique contemporaine, parfois plus clĂ©mente, souvent plus sĂ©vère. »

    N’y-a-t-il pas matière Ă  s’interroger en constatant que le droit n’est jamais Ă  l’image de l’opinion de ceux desquels il tire pourtant sa lĂ©gitimitĂ© ?

    Peut-il exister un droit respectĂ© s’il n’est pas Ă  l’image de l’opinion de ceux qui devraient le respect ?

  2. Gavilan le 01/10/2009 Ă  21 h 08 min

    Gilles de Rais, non? Si je ne m’abuse.

    • Jules le 01/10/2009 Ă  23 h 28 min

      Les deux orthographes sont admises. « Retz » est la plus moderne.

      • Gavilan le 02/10/2009 Ă  7 h 08 min

        Ah ouetz! :idea: J’ai appris pas mal de petites choses. Et je ne pinaillerai pas ;)

  3. Laukar le 01/10/2009 Ă  23 h 50 min

    Polanski vit sa vie


    et maintenant, on va faire une loi pour surveiller/contrĂ´ler/etc…. tous les criminels sexuels mĂŞme longtemps après la fin de leur peine (prononcĂ©e par un jury populaire, et exĂ©cutĂ©e…)

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