Les voix les plus modérées invoquent un équilibre entre une loi rigoriste — trop — et la miséricorde due à une personnalité singulière.
On peut comprendre l’arbitrage.
Il n’est pas certain, cependant, qu’il soit partout reçu avec la mĂŞme amĂ©nitĂ©. C’est qu’il flotte parfois sur les mĹ“urs un soupçon de puritanisme plĂ©bĂ©ien ; ce sentiment de dĂ©cence commune1 qui inspire parmi les foules ordinaires un regard sĂ©vère sur les dĂ©bordements des puissants.
Or, l’infraction pour laquelle Roman Polanski n’a pas Ă©tĂ© encore condamnĂ© n’est pas de ces dĂ©lits bĂ©nins dont l’opinion publique s’accommode avec plus ou moins d’indulgence. Il s’agit d’une affaire sexuelle qui implique une mineure.
Si le juriste — que je suis — veut chausser sur les questions pĂ©nales les bĂ©sicles du droit, avec ce qu’elles ont de froideur technique, il en va diffĂ©remment de l’opinion publique contemporaine, parfois plus clĂ©mente, souvent plus sĂ©vère. Et il fait bien convenir que le sort des enfants ne l’indiffère pas. En particulier lorsqu’il intĂ©resse une question de mĹ“urs.
Que l’on se souvienne, pour en juger, de l’Ă©ruption populaire qui a suivi l’affaire Dutroux. Les rumeurs auxquelles la justice a fait droit, de l’implication des puissants, persistent toujours. Que l’on se souvienne, encore, de l’affaire d’Outreau et des spĂ©culations sur un hypothĂ©tique rĂ©seau pĂ©dophile. Que l’on se souvienne, enfin, de l’affaire Allègre, Ă Toulouse, et des tumultueuses conjectures sur l’existence de parties fines impliquant des notables. Et puis jetez donc votre regard par delĂ des siècles. Il y eut, jadis, les folies de Tibère et de ces petits poissons. Il y eut Gilles de Retz.
La dĂ©bauche, vice insupportable et dĂ©licieux des Ă©lites. Les histoires de Rome en sont pleines, dĂ©jĂ . L’histoire de France en regorge.
Ajoutez Ă tout cela que l’intĂ©ressĂ© est un artiste. Avec ce que cet Ă©tat charrie de prĂ©jugĂ©s en matière de mĹ“urs.
Ceci pour dire qu’il n’Ă©tait certainement pas nĂ©cessaire de travailler ainsi les consciences populaires, pudibondes et soupçonneuses. Elles sont bien promptes Ă marier l’art et la dĂ©bauche ; la dĂ©bauche et l’aristocratie.
Au delĂ de l’affaire de mĹ“urs et des chicaneries franco-amĂ©ricaines, il y a dans ce dĂ©bat et la façon dont il se tient un trĂ©fonds bien politique. Que les Ă©lites2 volent au secours de l’un des leurs, rattrapĂ© par une histoire au parfum de dĂ©pravation, et l’on pourra juger que celles-ci Ă©chappent sans grand peine Ă un pacte de loyautĂ© implicite. Un pacte qui lie les Ă©lites au peuple dans le respect d’une morale commune.
Ce serait se mĂ©prendre grandement que de croire que les chatoiements de la « pipolisation » ont abaissĂ© les exigences de la plèbe Ă l’endroit des patriciens. Elle donne Ă voir des Ă©carts de conduite ordinaires — adultĂ©rins, par exemple — dont on s’accommode volontiers. Mais elle ne protège pas contre l’affichage des excès.
Invoquer, donc, le talent de l’artiste pour justifier Ă la fois d’un soutien politique et de l’innocuitĂ© d’une transgression licencieuse Ă©tait plus qu’une indĂ©licatesse. C’Ă©tait une indĂ©cence. Plus qu’une maladresse, c’Ă©tait une faute qui creusera davantage encore un sillon dĂ©jĂ bien profond.
Lorsque le pouvoir se montre, il ne se rapproche pas de ses sujets, mais s’en Ă©loigne.

« Si le juriste — que je suis — veut chausser sur les questions pĂ©nales les bĂ©sicles du droit, avec ce qu’elles ont de froideur technique, il en va diffĂ©remment de l’opinion publique contemporaine, parfois plus clĂ©mente, souvent plus sĂ©vère. »
N’y-a-t-il pas matière Ă s’interroger en constatant que le droit n’est jamais Ă l’image de l’opinion de ceux desquels il tire pourtant sa lĂ©gitimitĂ© ?
Peut-il exister un droit respectĂ© s’il n’est pas Ă l’image de l’opinion de ceux qui devraient le respect ?
Gilles de Rais, non? Si je ne m’abuse.
Les deux orthographes sont admises. « Retz » est la plus moderne.
Ah ouetz!
J’ai appris pas mal de petites choses. Et je ne pinaillerai pas
Polanski vit sa vie
…
et maintenant, on va faire une loi pour surveiller/contrĂ´ler/etc…. tous les criminels sexuels mĂŞme longtemps après la fin de leur peine (prononcĂ©e par un jury populaire, et exĂ©cutĂ©e…)
Cette loi est dĂ©jĂ en vigueur. C’est la loi Perben II, qui a créé le FIJAIS.
http://maitre-eolas.fr/post/2007/04/03/592-la-machine-a-fabriquer-des-delinquants
Cordialement,