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Les confessions sexuelles de Frédéric Mitterrand : grâce littéraire et disgrâce politique

C’est à l’occasion d’une émission télévisée consacrée à à la récidive que la polémique s’est enflammée.

Marine Le Pen a lu à l’antenne des extraits d’un ouvrage dans lesquels Frédéric Mitterand se décrit comme amateur de relations tarifées avec de jeunes hommes en Thaïlande. L’emploi de termes tels que « garçons » ou « gosses » laissant flotter une ambiguïté sur la conformité de ces pratiques à la loi.

Mon ami Nicolas s’attriste du sort d’un homme qui s’est fourvoyé dans la politique.

Mon ami Authueil se désole des jugements portés à l’emporte-pièce sur les mœurs du ministre.

Philippe Bilger l’invite à démissionner.

Je concède être partagé sur cette affaire.

Tout d’abord, je m’étonne, comme Autheuil, du réveil de certaines âmes. Le livre de Frédéric Mitterrand, fort bien vendu, avait bénéficié d’une promotion confortable. Et le sujet de ses excursions sexuelles avait été évoqué. Non sans complaisance, observe Philippe Bilger. Mais enfin, l’affaire était connue.

Pourquoi la polémique gronde-t-elle autour des écrits de Frédéric Mitterrand alors que ceux-ci étaient connus depuis des années déjà ?

A cause du soutien qu’il a apporté à Roman Polanski, à n’en pas douter.

On ne peut certes pas faire le reproche au ministre d’avoir autrefois publié de telles confessions. Tout au plus peut-on regretter, comme Nicolas, qu’il ait quitté le nid douillet de la gente artistique — à laquelle est permise une certaine licence en matière de sexualité, y compris dans son exhibition — pour plonger dans les torrents de la politique.

On peut en revanche le blâmer d’être intervenu, en qualité de ministre, dans une affaire judiciaire et de mœurs. Il l’a plongée ainsi dans la politique, et avec elle, en cortège, son passé estompé d’ami des arts et d’auteur littéraire. Son œuvre, encore, et le contenu de celle-ci.

On doit s’interroger cependant sur le choix de celui qui l’a nommé. Le Président de la République pouvait-il ignorer que ce genre de détail ne devait pas manquer de surgir ?

Ce n’est pas parce que les tourments de Frédéric Mitterrand avaient été lus par beaucoup qu’ils étaient connus de tous. En particuliers de ceux-là qui peuvent s’offenser de telles pratiques, d’une part. De leur exhibition littéraire, ensuite. Et du commerce de notoriété qui a pu en résulter à la télévision, enfin.

Sans doute les lecteurs de Frédéric Mitterrand et les téléspectateurs de Franz-Olivier Giesbert — voire de Marc-Olivier Fogiel — ont-ils été portés à l’indulgence que l’on semble devoir à tout pêcheur qui se confesse dans les sociétés chrétiennes. Mais d’autres peuvent estimer que l’aveu d’un goût pour ce que la prostitution a de plus sordide ne manque pas de perversité. Et parmi ceux-là, des électeurs de droite, qui ne goûtent guère le libertinage, des électeurs de gauche, qui se troublent de l’exploitation de la misère humaine et tout un électorat populaire, puritain à sa manière.

Quoi qu’il en soit, la complaisance du ministre à l’endroit de Roman Polanski voulait que l’on s’intéresse à son propre cas.

Et de fait, ce cas connaît quelques ombres.

La référence aux « garçons » et aux « gosses » appelle le soupçon de pédophilie — « le nouveau crime contre l’humanité, celui dont on ne se relève pas« , selon Authueil. Et si l’auteur s’en est défendu1, en soulignant que l’usage de ces termes se fait pour désigner hommes et jeunes gens — mais pas les enfants — je ne puis me départir d’un certain embarras devant les sinuosités de la réponse. Il faut dire, cela étant, que le contexte littéraire et analytique de l’entretien conduisait naturellement à faire usage de détours.

Il en va désormais autrement. Le contexte politique n’admet pas les dérobades. Tout du moins, sur les questions de mœurs et de moralité. Qu’il suffise au ministre de se souvenir combien Valery Giscard d’Estaing a pu souffrir d’une défense toute entière contenue dans l’indignation devant les accusations. C’était l’affaire, dite des « diamants de Bokassa ». Et le Président d’alors fut conduit à admettre une petite part de ce qu’on lui imputait. Petite part qui emporta le tout, dans l’opinion publique.

Ce n’est qu’affaire de communication, me direz-vous.

Pas tout à fait. C’est un devoir des politiques que de répondre aux accusations ; voire aux insinuations. Le ministre ne peut se réfugier dans l’asile littéraire ou le respect du à la vie privée. Surtout lorsqu’il a rendue celle-ci publique et en a fait commerce.

Le problème est qu’il ne fera pas l’économie, pour cela, de se prononcer sur son goût pour la prostitution et son environnement. Et ces phrases en particulier.

Je sais ce qu’il y a de vrai. La misère ambiante, le maquereautage généralisé, les montagnes de dollars que ça rapporte quand les gosses n’en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic. Mais cela ne m’empêche pas d’y retourner. Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément.

L’excitation devant le « marché aux esclaves« . Cela ne sera sans doute pas pardonné.

L’art de la formule la plus évocatrice est célébrée dans la littérature. Elle est prise pour ce qu’elle est dans l’espace politique. Ce qui, hier encore, n’était qu’une licence de style, devient aujourd’hui une maladresse.

Ce n’est pas tout à fait injuste. On peut admettre du politique qu’il cache sa vie privée. On peut également lui demander de ne point être impudique. Car c’est bien l’impudeur qui est ici en cause. Ce dévoilement des actes, mais surtout des passions sexuelles.

Je me répète.

Lorsque le pouvoir se montre, il ne se rapproche pas de ses sujets, mais s’en éloigne.

Mais à tout prendre, si une démission devait intervenir, je préférerais qu’elle se fonde sur la réaction du ministre lors de l’affaire Polanski. Voire la morgue de sa réponse devant les interpellation dont il a fait l’objet.





  1. C’était dans une émission de Franz-Olivier Gisbert, dont on peut voir un extrait sur ASI. []
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11 Commentaires

  1. J’aime beaucoup cette phrase :

    « Lorsque le pouvoir se montre, il ne se rapproche pas de ses sujets, mais s’en éloigne ». Or, visiblement, la discrétion n’est pas une qualité dans le gouvernement Fillon.

    Sinon, je suis tout à fait d’accord, le ministre ne doit pas faire l’autruche ; en attendant Marine Le Pen a réussi à mobiliser l’opinion et c’est bien révélateur de la fracture qu’il y a en ce moment entre le monde politique et les citoyens. Il fut un temps où tout ce que racontait son père était par nature « nauséabond » et discrédité, aujourd’hui, c’est plus nuancé. Certes, Marine est plus nuancée, mais bon.

    NB : Comme j’ai répondu sur le blog de nv je ne vais pas m’étendre ici !

  2. « Le Président de la République pouvait-il ignorer que ce genre de détail ne devaient pas manquer de surgir ?

    Ce n’est pas parce que les tourments de Frédéric Mitterrand avaient été lus par beaucoup qu’ils étaient connus de tous. »

    Je crois qu’il n’y a plus de question à se poser sur le sujet puisque c’est N. SARKOZY lui-même qui y répond dans une interviex du 07/07 accordées au Nouvel Observateur…

    Elle avait d’ailleurs en son temps fait l’objet de quelques observations puisqu’il ne s’agissait pas de « journalistes » aux commande de cet inteview..

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20090701.OBS2703/nicolas_sarkozy__jai_commis_des_erreurs.html

  3. Le plus épouvantable c’est que le gouvernement vient de supprimer l’institution de « Défenseure des enfants », dirigée par Dominique Versini, et, qu’au même moment, le ministre de la Culture apporte son soutien à un individu qui a violé une gamine de 13 ans, fait l’apologie du tourisme sexuel, et que ce ministre a le soutien d’une bonne partie du gouvernement :

    http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/

    Pour le gouvernement, la position serait donc celle-ci : virons la Défenseure des droits des enfants (Dominique Versini) et soutenons le Défenseur des violeurs-pédophiles et du tourisme sexuel (Frédéric Mitterrand).

    C’est vraiment n’importe quoi, et tout à fait horrible.

    Capitaine Haddock

    • Frédéric Mitterrand n’a jamais défendu le tourisme sexuel. Il a fait état au contraire de son caractère sordide, et tout à la fois du désir que lui inspirait ce même aspect sordide.

      • Et il en a mangé, n’en regrette rien, l’écrit.
        Et notre Président de la République semble trouver courageux de l’écrire.

        Et qu’en dira-t-on, demain, à nos enfants, lorsque, histoire d’en rajouter une couche, il en aura remis une belle tartine aux vingt heures et qu’on en parlera dans toutes les cours de récréation, demain ?

  4. va en thaïlande tu vas voir si les mecs ont 40 ans ! il nous prend vraiment pour des cons le mitterrand
    je sais lire me prends pas pour un con mitterrand :
    « La plupart d’entre eux sont jeunes, beaux, apparemment épargnés par la dévastation qu’on pourrait attendre de leur activité »
    « Ces gosses ont largement l’habitude des hommes bien qu’ils ne les aiment pas vraiment »

    tu vas en thaïlande pour baiser pas pour visiter c’est du tourisme sexuel ! profiter de la misère humaine !
    dégage de ta place de ministre ! quel honte pour la france !

    • Vous êtes néanmoins tenu, sur ce blog, au respect qui s’impose à l’égard d’un ministre de la République et à la courtoisie qui s’impose à l’égard de qui que ce soit. Quelque soit l’intensité de votre critique.

  5. Les confessions sexuelles de Frédéric Mitterrand maintenant en video : Il s’explique sur son tourisme sexuel : voir ici : http://www.dailymotion.com/video/xaqeic_fred

  6. Comme je disais chez Nemo, (et en accord avec Authueil aussi) cette affaire me gêne. Mais ce n’est pas Mitterrand qui me mette mal a l’aise ici (comme la rappel Jules l’histoire est connue) mais l’assimilation que l’on voit poindre de la part de l’extrême droite: homosexuel = pédophile.

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