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La gourmandise maline de la presse, plutôt.
On apprend aujourd’hui que Frédéric Mitterrand a adressé au Président d’une Cour d’assises des mineurs une lettre attestant de la moralité des deux accusés pour viol.
Un point de droit, et un point de morale — politique, s’entend.
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un « témoignage » au sens de la loi.
En effet, devant une Cour d’assises, prévaut le principe de l’oralité des débats. Cela signifie notamment que les témoignages doivent être faits devant la cour, après qu’il ait été prêté serment. Et si les témoins peuvent s’aider de documents, il ne leur est pas permis de lire leur déposition.
La lettre adressée par Frédéric Mitterrand au Président de la cour d’assises ne peut donc valoir témoignage. En revanche, il est permis au Président d’en donner lecture au cours des débats en vertu de son pouvoir discrétionnaire. Elle ne vaudrait alors que comme simple renseignement.
Le point de morale politique, ensuite.
Il y a, dans cette révélation nouvelle quelque chose de malsain.
Dans le contexte de l’affaire Polanski — ce douteux soutien à l’artiste prévenu d’une infraction sexuelle sur mineure — nourri de la lumière jetée sur la sexualité interlope du ministre, le fait du jour ajoute à un tableau déjà bien esquissé.
Voyez la présentation qui en est faite sur Marianne2.fr : Mitterrand témoin de moralité de deux violeurs.
« Témoin de moralité » et « viol« . L’accolement des termes suffit à rappeler l’engagement du ministre pour Roman Polanski, et se juxtapose avec ses propres errements érotiques. Tout appelle à préjuger que Frédéric Mitterrand vole au secours des violeurs, en raison d’une sienne morale. Ce n’est peut-être pas une campagne de dénigrement, mais cela commence à y ressembler.
Le témoin de moralité, il convient de le rappeler, est celui qui peut éclairer la juridiction répressive sur l’honnêteté du prévenu ou de l’accusé. La déposition doit servir à éclairer les juges sur sa culpabilité éventuelle, mais également de la peine qui lui sera infligée. Il est d’ailleurs prévu dans le Code de procédure pénale que les témoins déposent sur les faits, la personnalité ou la moralité du prévenu ou de l’accusé. Au reste, les témoins de moralité peuvent tout à fait déposer dans un sens défavorable au prévenu ou l’accusé.
Autant dire qu’il ne s’agit certainement pas, comme pourrait le laisser croire une lecture hâtive, de procéder à la justification morale du viol ou des actes des intéressés. Non, la seule fonction de ces témoignages est de faire connaître mieux l’appréciation que les tiers peuvent avoir de la personne mise en cause.
Aussi bien ne pourra-t-on reprocher à Frédéric Mitterrand d’avoir écrit être prêt à faciliter leur réinsertion au sein d’un organisme public — en l’occurrence, la Villa Médicis qu’il dirigeait. Il ne s’agit pas d’un « engagement » au sens juridique du terme. Ni la cour, ni le ministère public, ni les accusés eux-mêmes ne pourraient d’ailleurs s’en prévaloir pour lier la Villa Médicis. Plus bêtement, le propos manifeste la confiance qu’il conserve en la moralité des accusés, au delà des actes qui leur sont reprochés.
Et si Frédéric Mitterrand s’est prononcé en qualité de directeur de la Villa Médicis, c’est que l’attestation de moralité est d’autant plus forte qu’il provient d’une personne honorable — et honoré de la confiance publique. Pareillement, l’usage de la première personne se justifie par la nature de l’acte. Que n’aurait-on pu dire, au contraire, s’il s’était exprimé au nom de l’organisme qu’il dirige.
Alors, certes, il reste l’usage du papier à en-tête. Une maladresse ? Si l’on veut. Mais on peut penser le Président de la cour peu sensible à ces artifices. Pour ne rien dire des autres juges qui ne peuvent recevoir de la lettre que la lecture des propos qu’elle contient.
Mes lecteurs me savent, je crois, fort peu charitable avec les arrangements — même minuscules — que l’on peut faire à la morale publique. Mais je dois dire que dans le cas présent, les reproches adressés à Frédéric Mitterrand me paraissent manquer singulièrement d’assise.
Par ailleurs, le procédé qui consiste à présenter par touches distinctes, à la manière impressionniste, le ministre comme un sybarite volant au secours de la débauche et du crime me paraît, au mieux, teinté de quelque légèreté ; au pire, inspirée par l’intention de nuire.
J’ai trouvé fort choquante la façon dont il s’est précipité au secours de Roman Polanski. Mais je ne juge pas moins douteuse celle dont les médias semblent aujourd’hui souffler sur les braises de l’irritation populaire à coup de titres allusifs et racoleurs.
Oui, cette nouvelle polémique tourne peut-être à l’acharnement.
Mais qu’un homme utilise son nom et sa position pour témoigner en faveur de personnes qu’il ne connaît quasiment pas (puisqu’il indique qu’il ne les as vus petit que 4 ou 5 fois) et demander une relative clémence dans le verdict au motif qu’il pourra les aider à la sortie (même s’il ne les connais pas vraiment en fait)…en plus en utilisant des termes qui laisse un peu le sentiment qu’ils ne sont pas tout à fait responsable de cet « écart » et qu’ils ont eu l’occasion de réflechir…
..et bine moi, je ne trouve pas cela normal et responsable !
[...] This post was mentioned on Twitter by Un swissroll. Un swissroll said: Une seconde affaire Mitterrand ? http://ff.im/-9yRWO [...]
Bien entendu Frédéric Mitterrand n’est que l’ombre de la cible.
Car enfin, voici un Président qui bâtit ses succès électoraux sur la captation des clientèles extérieures à son camp traditionnel.
A l’extrême droite en se proclamant l’ardent défenseur des victimes, l’apôtre de la répression sans concession des délinquants sexuels.
Au centre gauche en raflants quelques figures emblématiques en réserve de la République des hochets.
Voici un ministre tout esbaubi de sa grace nouvelle, comme guéri de ses écrouelles par l’onction d’un viril monarque en retour de l’offrande de son nom, pris en flagrant délit d’indulgence envers les « coupables », « coupable » lui-même.
C’est trop tentant.
Ajoutez à cela que la gent médiatique, d’une vigilance toute pavlovienne, s’était, à l’instar du malheureux ministre, un peu précipitée pour condamner le « mauvais visage » de l’Amérique dans l’affaire Polanski. Un peu désarçonnée de s’apercevoir que l’opinion française se sent en la circonstance plutôt du côté de la pudibonde Amérique, il lui faut rapidement tourner casaque.
Que voulez-vous? Il faut bien vivre en ces temps difficiles pour la Presse.
Hypocrite lecteur,- mon semblable-, mon frêre!
Il a témoigné non pas en faveur de son filleul, mais en faveur de « l’honorabilité » de la mère d’un des accusés, qui avait été sa maquilleuse ; un témoignage « d’estime » pour la famille, et un engagement sur des pistes de réinsertion pour les accusés.
Je n’aime pas ce gouvernement, et guère la politique menée par les sbires de ce ministre (dont je me trouve dépendre professionnellement) ; je trouve aussi qu’il a perdu une occasion de se taire au sujet de Polanski.
Mais là… cette curée est à vomir. Quel comportement les bonnes âmes auraient trouvé digne dans cette histoire? Faire savoir à son ancienne maquilleuse qu’elle pouvait se débrouiller seule? Aurait-ce vraiment été plus honorable?
Je crois que dans cette affaire le probleme c’est que chacun de nous a tendance a se prendr epour un juge. Des juges il y en a dans les tribunaux laisson les donc faire leur metier. Quand a savoir si il faut instruire ou non le cas Mitterand, si il n’y a pas prescription ou une quelconque raison qui l’en empeche, oui.
Instruire ce n’est pas accuser, il y a des soupcons, de lourds soupcons, c’est matiere a instruction et pourquoi diable parce qu’il s’agit d’un ministre il y aurait un traitement different que pour un citoyen lambda ? Alors oui, il faut investiguer, en toute discretion, sans haine, sans a priori et dans le plus grand respect de l’accuse, comme il se doit pour tout accuse mais investiguer pour savoir si il y a crime et si c’est le cas juger.
Ce qui me gène, dans cette nouvelle « affaire », c’est que dans cette missive-témoignage, FREDERIC Mitterrand écrit :
« En tant que directeur de l’Académie de France à Rome, je m’engage personnellement à faciliter toute mesure de réinsertion qui pourrait être prise en considération tant à Paris qu’à Rome dans l’établissement public que je dirige et sous la forme de stage de formation (…) Je dispose d’un certain nombre de contacts qui pourraient être mis à profit. »
Le problème il est là. Ce n’est pas le citoyen lambda, Frédéric Mitterrand, qui faisant appel à son bon coeur, écrit pour témoigner de la moralité de son ex maquilleuse ou coiffeuse (la version diverge selon le média consulté).
Mais un homme qui fait état de la confiance que l’Etat lui accorde, et de son statut de directeur d’un établissement public.
Pour moi, c’est comme si un policier, qui sait que sa parole aura plus de poids que celle d’un individu lambda auprès d’un juge, faisait une lettre à un juge pour défendre la moralité d’une famille de son quartier, en rappelant qu’il est au service de l’Etat, et quelle est sa fonction, dans le but d’intéresser le juge.
C’est donc un abus. Car rien ne justifiait, quelle utilité cela avait il ? Que M. Mitterrand mette en avant et son statut, et l’organisme dont il était alors le directeur n’était d’aucune utilité…Sauf si le but affiché de ladite lettre était d’encourager les juges à être moins sévères ou plus disposés en faveur des délinquants.
L’important, pour moi, ce n’est pas tant le papier utilisé pour rédiger la lettre que le fait de mettre en avant, comme il le fait, sa fonction étatique.
Le papier et l’intitulé « villa Médicis » alerte déjà le destinataire du courrier. Cela donne, tout de suite, une valeur officielle au courrier. Le fait que M. Mitterrand explique qu’en tant que directeur de cet établissement public il s’engage à faire ceci ou cela…Voire à faire fonctionner ses relations, est préjudiciable pour la France.
Je conçois votre trouble. Le passage, tel que cité, frise la prise illégale d’intérêt. Mais dans ce contexte, je crois qu’il ne s’agit de rien d’autre que la manifestation d’une confiance placée dans la moralité des accusés — hors les actes qui leur sont reprochés.
Au reste, je réitère. Un tel engagement n’a aucune valeur juridique.