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La défense de Jean Sarkozy par Frédéric Lefebvre. Cave canem

486px-Frédéric_LefebvreCave, canis, plutôt.

Le très pertinent Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, s’est fendu d’un communiqué destiné à éteindre la polémique sur la candidature de Jean Sarkozy pour le poste de Président de l’EPAD.

L’UMP regrette que le PS parle de nomination1 pour l’EPAD, en sachant parfaitement qu’il s’agit d’une élection, que la Loi prévoit que ce soit un élu qui doive en prendre la présidence, et qu’à ce titre, tous les conseillers généraux sont légitimes à être candidats.

La première partie de la phrase est tout à fait exacte. La présidence de l’EPAD résulte bien d’une élection, comme en dispose l’article 4 du décret n°58-815 du 9 septembre 1958 créant un établissement public pour l’aménagement de la région dite « de la Défense » dans le département de la Seine2 :

Le conseil d’administration élit son président en son sein.

Au reste, la combinaison du même texte et de l’article 5 du décret3 suppose que les représentants des collectivités locales au Conseil d’administration soient élus.

Cependant, c’est une rapidité que de laisser entendre que le le Président de l’EPAD est élu par les conseillers généraux. Aussi bien que de dire que « tous les conseillers généraux sont légitimes à être candidats« .

En réalité, les membres du conseil d’administration sont « désignés » — il s’agit donc bien ici d’une « nomination » — par les communes et le conseil général parmi leurs élus. Et le président est élu parmi ces membres, par le conseil. Autrement dit, tous les conseillers généraux ne sont pas légitimes à être candidats au poste de président. Seuls ceux qui ont été désignés pour siéger au conseil d’administration le sont.

Cette légère et innocente — comment en douter ? — erreur ayant été corrigée, intéressons-nous à la suite du communiqué.

Suivant une célèbre stratégie de comptoir — « la meilleure défense, c’est l’attaque » — le porte-parole de l’UMP cingle vers les eaux connues du Parti socialiste, comme autrefois Caton sur Carthage4.

Si l’on voulait être d’aussi mauvaise foi que le PS, on pourrait lui demander de renoncer à la nomination de Martine AUBRY comme premier secrétaire ! D’autant que fille de son père, Jacques DELORS, elle a connu très jeune une brillante carrière sous le régime de la nomination.

La mauvaise foi, une disposition que l’on sait bien étrangère à Frédéric Lefebvre. Et l’on imagine sans peine les efforts d’imagination qu’a du lui coûter cet exercice si peu familier. Imagination peu fertile ; son honnêteté s’y refuse. C’est peut-être pour cette raison d’ailleurs, que l’analogie qu’il s’efforce d’établir manque si lamentablement son but.

Si l’on ne peut contester que Martine Aubry soit la fille de Jacques Delors, il sera tout d’abord observé que ce dernier n’a pas été Président de la République.

On notera ensuite qu’à 23 ans, elle cirait les bancs de l’Ecole nationale d’administration après une maîtrise en économie et l’Institut d’études politiques. Le désormais candidat à la Présidence de l’EPAD a pour titre une première année de droit et deux échecs aux examens de la deuxième année.

Note aux profanes : cette deuxième année donne des rudiments de droit civil des contrats et de droit administratif5, toutes choses utiles lorsque l’on se dispose à présider un organisme public d’aménagement d’un quartier d’affaires. Donnons  cependant acte à Jean Sarkozy de connaître le programme de première année. On y suit en Sorbonne un cours de droit de la famille fort édifiant sur le devoir de secours entre parents. Une leçon semble-t-il bien apprise.

Mais revenons à Martine Aubry que nous avions laissé rue de l’université. Elle en sorti pour travailler en ministère. Une affectation qui résulte de la liste des postes ouverts aux diplômé de cette noble institution. Une affectation au reste fort commune, au regard des très élitistes Conseil d’État, Inspection des finances, et Cour des comptes. Une affectation, surtout, qui ne doit rien à la faveur paternelle. Jacques Delors, à l’époque, exerçait comme professeur d’économie à l’université Paris Dauphine.

Ce n’est en 1991 que Martine Aubry commence sa carrière ministérielle. Dût la galanterie se récrier, on mentionnera son âge : quarante et un ans. A cette époque, Jacques Delors présidait la commission européenne. Une noble fonction sans lien avec la composition d’un gouvernement que l’on voudra croire empreinte de l’influence du Président de la République d’alors.

Et si Martine Aubry n’avait pas alors, connu de mandat électif, il en va aujourd’hui, au sein du gouvernement, de Christine Lagarde ou de Frédéric Mitterrand.

Bref, Martine Aubry dut sa première nomination à son rang de sortie à l’ENA. Un parcours tout ce qu’il y a de méritocratique en somme, et conforme aux principes dégagés par le Président de la République dans son discours sur la réforme du lycée.

— Cela voulait dire : « désormais, ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être ‘bien né’ : pour réussir, il faut travailler dur, et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur ».

Principe de justice, mais en même temps, principe d’efficacité : car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ?

On ne saurait mieux dire…





NB : A ma grande honte, j’avais visé des textes applicables à l’EGPD et non à l’EPAD. De ce fait, j’ai tout à fait indûment corrigé rue89 dans les commentaires. Qu’ils veuillent bien accepter mes excuses s’ils me lisent.





  1. J’ajoute le lien. []
  2. J’avais, par erreur, visé les textes relatifs à l’établissement de gestion de la défense qui figure dans le Code de l’urbanisme. []
  3. J’avais par erreur visé initialement les textes relatifs à lEGPD. []
  4. Socialistis pars delenda est. []
  5. Que l’on maîtrise honorablement à l’ENA []
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18 Commentaires

  1. Vous êtes certain qu’il a validé sa première année en totalité ? On peut assister aux cours de 2 eme année avec énormément d’items de première année à repasser. Et à force de louper on finit par perdre le bénéfice des acquis.

    Pour l’instant, il n’a rien, tout juste le bac. Je veux bien lui concéder un niveau BTS en NTIC.

  2. Donnons cependant acte à Jean Sarkozy de connaître le programme de première année. On y suit en Sorbonne un cours de droit de la famille fort édifiant sur le devoir de secours entre parents. Une leçon semble-t-il bien apprise.

    Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites ! Bel et doux enrobage pour une sacrée dose de vitriol. In cauda venenum, comme on dit.

  3. Il y a aussi, je crois, au CA de l’EPAD, des représenants de l’Etat. Je me demande pour qui ils voteront…

    Et sur le conseil ou l’ordre de qui ?

    A propos, le vote a lieu à bulletins secrets ? ou pas ?

  4. http://www.rue89.com/2009/10/13/sur-rtl-francois-fillon-defend-jean-sarkozy-et-se-plante

    Le conseil d’administration est composé de 18 membres.

    Neuf membres représentent l’Etat et sont désignés à raison d’un membre par chacun des ministres concernés (urbanisme, transports, aménagement du territoire, logement, économie, budget, industrie, collectivités locales et culture).

    Et neuf autres « les collectivités locales et établissements publics suivants » :

    •Deux représentants du département des Hauts-de-Seine désignés en son sein par le conseil général.
    •Un représentant de la ville de Paris désigné par le conseil de Paris.
    •Un représentant de chacune des communes de Courbevoie, Nanterre et Puteaux, désigné par les conseils municipaux.
    •Un représentant du Syndicat des transports d’Ile-de-France désigné par le conseil d’administration de cet organisme.
    •Un représentant de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris désigné par le conseil d’administration de la compagnie.
    •Un représentant de la région d’Ile-de-France désigné en son sein par le conseil régional.

    • Vous avez raison, j’ai commis une impardonnable erreur.

      Malheureusement, Rue89 s’est trompé dans sa rectification d’erreur, en s’appuyant sur un texte obsolète.

      La composition du conseil d’administration est déterminée par l’article R. 328-1 du code de l’urbanisme :

      L’Etablissement public de gestion du quartier d’affaires de La Défense, créé par l’article L. 328-1, est administré par un conseil d’administration de treize membres composé de :

      1° Sept représentants du département des Hauts-de-Seine, désignés par le conseil général parmi ses membres ;

      2° Trois représentants de la commune de Courbevoie, désignés par le conseil municipal parmi ses membres ;

      3° Trois représentants de la commune de Puteaux, désignés par le conseil municipal parmi ses membres.

      Soit, des élus exclusivement.

      • Vous citez un article qui décrit le fonctionnement de l’établissement public de gestion du quartier d’affaires de La Défense (dit EPGD) qui est distinct de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Défense (EPAD). Le premier a été créé en 2008 pour rétrocéder aux collectivités, qui en composent le conseil d’administration, la gestion de la dalle et des infrastructures de la Défense. L’EPAD existe lui depuis 1958 et pour quelques mois encore avant sa fusion programmée avec l’Etablissement Public d’Aménagement Seine Arche (EPASA).
        Le conseil d’administration de l’EPAD est bien celui qui est décrit par rue89, il met à parité les collectivités et l’Etat, son but étant de mettre en oeuvre une opération d’intérêt national (OIN) avec la participation des collectivités. Sans l’Etat, pas de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD. On se demande bien pour qui vont voter ses représentants. Quel suspens…

        • Vous avez raison !

          Je me couvre la tête de cendre et modifie derechef le billet.

        • Merci de la rectification de la rectification de la rectification.

          Donc le prince Jean sera désigné… par les représentants de l’Etat !

          • Partiellement seulement. Puisque le conseil d’administration compte neuf représentants de l’État et neuf représentants des collectivités territoriales et administrations compétentes en matière d’équipements publics.

  5. Merci de la rectification.

    Au moins l’Etat n’est pas mouillé. Seuls les élus, hélas.

  6. Juste pour info « la meilleure défence, c’est l’attaque, »est peut-être une reflexion de comptoir mais c’est une citation du célèbre stratège allemand Klausewitz . »

    • Ah oui ?

      Vous pourriez me donner la source ?

    • Clausewitz, avec un C :roll:

      Ceci dit, la phrase est aussi attribuée à Jack Dempsey ou Vince Lombardi ( et bien d’autres encore je suppose…)

      Mais si la phrase apparait quelque part chez Clausewitz, je veux bien la source moi aussi :)

  7. C’est très clairement le meilleur commentaire que j’ai entendu sur cette histoire. Frédéric Lefebvre est une véritable perle ! Merci à vous pour votre douce ironie !

  8. Kirop a raison. Les statuts de l’EPAD, ne sont pas déterminés par les articles R-328 ou autres du code de l’urbanisme, mais par le « Décret n°58-815 du 9 septembre 1958 créant un établissement public pour l’aménagement de la région dite « de la Défense » dans le département de la Seine. » qui se trouve sur http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;?cidTexte=JORFTEXT000000868971&idArticle=&dateTexte=20091017

    Où l’on voit qu’on devrait l’appeler normalement EPARD (Aménagement de la Région de la Défense). Pour le président, il faut lire l’article 4 : « Le président du conseil d’administration est élu par le conseil d’administration« .

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