Et si on lançait un dĂ©bat sur l’identitĂ© de l’UMP ?

03/11/2009
Par

800px-Ump_logoEn marge de la question qui agite le dĂ©bat public — mais qu’en est-il de l’opinion ? — on pourrait, sans trop d’ironie, s’interroger sur l’existence d’une identitĂ© politique de l’UMP.

Il est certes convenu, ces derniers temps, de sonder le terroir socialiste. Sans y trouver de pĂ©trole ou autre Ă©nergie — Ă©puisement des ressources, peut-ĂŞtre, mais du fossile Ă  revendre. Rien de tel Ă  l’UMP, dont on peut observer les turbulences de crĂŞtes, mais pas l’oscillation des fondations.

Pourtant, l’actualitĂ© devrait conduire Ă  y jeter un Ĺ“il. Le parti majoritaire a perdu des adhĂ©rents, malgrĂ© une stratĂ©gie de conquĂŞte affirmĂ©e. Suivant les hoquets de l’actualitĂ©, des voix militantes ont exprimĂ© une dĂ©ception empreinte de rancĹ“ur. L’affaire de l’EPAD et, d’une certaine façon, le ballet des polĂ©miques qui a entourĂ© le soutien de FrĂ©dĂ©ric Mitterrand Ă  Roman Polanski ont chahutĂ© des valeurs identitaires de la droite populaire.

Le mĂ©rite, assurĂ©ment, constitue l’une d’entre elles. Il fut — et demeure — professĂ© par le PrĂ©sident Sarkozy. Mais on doit constater que le choix des hommes — et des femmes — a parfois rĂ©pondu davantage Ă  une politique d’image que de compĂ©tence administrative ou politique1. Non, d’ailleurs, que l’image soit indiffĂ©rente au talent politique — il faut bien un peu de charisme — mais elle ne suffit pas Ă  l’embrasser. Plus rĂ©cemment, le soupçon a pu naĂ®tre que les faveurs Ă©taient dĂ©sormais distribuĂ©es sur la seule foi des liens personnels. Ce qui, assurĂ©ment, se trouve très Ă©loignĂ© d’une allocation des charges et honneurs fondĂ©e sur le mĂ©rite.

Pour ce qui concerne les affaires Polanski/Mitterrand, c’Ă©tait autre chose : Une brisure dans la convention de loyautĂ© qui doit unir les Ă©lites et la plèbe. L’UMP se veut populaire. Ce qui interdit de privilĂ©gier les puissants ou les nantis. En soulevant, lors de l’arrestation de Roman Polanski, l’argument de sa carrière artistique, la majoritĂ© a pu laisser croire qu’elle cĂ©dait Ă  une conception diffĂ©renciĂ©e de la justice. Ceux qui ont Ă©tĂ© comblĂ©s des lumières de la notoriĂ©tĂ© devraient-ils Ă©chapper au sort des petites gens lorsqu’ils doivent rĂ©pondre de leurs actes ? C’est peut-ĂŞtre de mentalitĂ© aristocratique — et encore, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e2— mais certainement pas de la sève populaire qui innerve la droite conservatrice contemporaine.

Ceci sans compter les lĂ©gèretĂ©s de mĹ“urs qu’ont mis au jour l’effervescence du dĂ©bat public. Sans ĂŞtre exagĂ©rĂ©ment puritaine, la droite se veut au moins pudique3 ; c’est de bonne convention bourgeoise, comme plĂ©bĂ©ienne. Et si une nouvelle bourgeoisie a pu s’abandonner depuis quelques dizaines d’annĂ©es Ă  un certain libĂ©ralisme des mĹ“urs, elle ne constitue pas le socle Ă©lectoral — ou identitaire — de la droite populaire.

Et de fait, quel est ce panier de valeurs sur lequel l’UMP entend prospĂ©rer ?

Après quelques annĂ©es de domination sarkozienne, on peine Ă  le dĂ©finir. On avait pu croire que le PrĂ©sident en campagne avait trouvĂ© une forme de synthèse moderne et conquĂ©rante pour la droite. On peut dĂ©sormais Ă©mettre quelques doutes. Car c’est finalement davantage un modèle de communication et de Gouvernement que celui-ci a imposĂ©. Modèle qui a largement diffusĂ© Ă  gauche et au centre. Peut-ĂŞtre pas pour le meilleur.

De substrat politique, il n’y a guère. Et l’on peut encore s’interroger sur e qui distingue idĂ©ologiquement la gauche de la droite. Ce que la gauche reproche Ă  la politique du PrĂ©sident Sarkozy — dont l’UMP s’est faite d’indissociable support — tient moins au valeurs qu’il proclame qu’Ă  celles qu’il met en Ĺ“uvre. Ce qui ne signifie pas pour autant que ces dernières puissent ĂŞtre attribuĂ©es Ă  la droite. Et si l’on devait, au calme, chercher le fruit de la querelle, peut-ĂŞtre tomberait-on sur une pomme d’amour plutĂ´t que sur sa sĹ“ur de discorde.

Reste sans doute, comme la dernière feuille d’un arbre d’automne, la rigueur en matière rĂ©pressive. Au risque d’une outrance inefficace. Tant de fois usĂ©e qu’elle semble dĂ©sormais dĂ©tachĂ©e de son objet. Un simple vĂ©hicule Ă©lectoral sans assise intellectuelle, qui peut heurter mon ami Authueil :

Cette surenchère des dĂ©putĂ©s UMP est absolument Ă©cĹ“urante. C’est rare que je m’Ă©nerve, mais lĂ , c’est trop. Et je ne gueule pas seulement après ceux qui ont dĂ©posĂ©s ces amendements dont certains sont inspirĂ©s par des lobbys (je soupçonne très fortement l’institut pour la justice). Je suis aussi en colère contre les dĂ©putĂ©s UMP qui se taisent devant un tel dĂ©chainement de connerie rĂ©pressive. Ils laissent ainsi croire que cette position extrĂ©miste est unanimement partagĂ©e Ă  droite. (…) Cette droite qui s’exprime sur ce texte, c’est celle du rĂ©tablissement de la peine de mort, ce n’est pas la mienne.

De fait, je ne suis pas certain que ladite surenchère tĂ©moigne — seulement — d’une rĂ©affirmation de la tendance rĂ©pressive de la droite populaire. Il s’agit encore, me semble-t-il, d’une forme d’affolement. Une façon de se raccrocher Ă  une recette dĂ©jĂ  fatiguĂ©e, comme l’on serre une bouĂ©e dans le naufrage. Cela trahit la dĂ©sorientation. Une crise d’identitĂ©, peut-ĂŞtre.

Voilà qui appelle un débat national.

Fort heureusement, les campagnes Ă©lectorales sont destinĂ©es Ă  y pourvoir. Pourvu qu’on s’en donne la peine, il est vrai. A droite, mais aussi Ă  gauche.


NB : Le logo de l’UMP est une marque dont la reproduction est soumise Ă  l’article L. 713-3 du Code de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Elle est utilisĂ©e ici, sans autorisation, Ă  titre d’illustration d’un article d’actualitĂ©, et sans risque de confusion pour le public.





  1. Et dans un style analogue, la gratification de la LĂ©gion d’honneur Ă  Ingrid BĂ©tancourt. []
  2. La dignité de la noblesse se paye traditionnellement de la dette de sang. []
  3. La gauche aussi, d’ailleurs. []

Mots-Clés : , , , ,

7 commentaires to Et si on lançait un dĂ©bat sur l’identitĂ© de l’UMP ?

  1. authueil le 03/11/2009 Ă  17 h 33 min

    Oh que si, il y a de l’assise intellectuelle sous ce mouvement de rĂ©pression Ă  outrance ! Le problème, c’est que la tendance humaniste, portĂ©e notamment par les centristes, est totalement absente. Il n’y a mĂŞme plus de dĂ©bat au sein de l’UMP : l’intĂ©rĂŞt mĂ©diatique de la chose suffit Ă  balayer toute critique de fond sur ce type de politique pĂ©nale. Cela permet justement d’Ă©viter le dĂ©bat sur le fond, si jamais certains seraient tentĂ©s de le lancer.

    • Jules le 03/11/2009 Ă  17 h 37 min

      Je ne nie pas qu’il y ait une assise intellectuelle ; je renifle cependant qu’elle n’est pas la seule cause de l’affaire.

  2. xerbias le 03/11/2009 Ă  18 h 44 min

    Je ne crois pas qu’il existe une droite et une gauche en tant que tels, immuables et Ă©ternels. La question de savoir ce qui les distingue donc dans les faits me paraĂ®t donc assez subjective. Je pourrais dire qu’il s’agit de l’idĂ©alisme face au rĂ©alisme, mais on pourra fort bien le contester.

    Il y a, par contre, des courants d’idĂ©es politiques qui perdurent bien davantage. Ce sont leurs agrĂ©gations Ă  chaque Ă©poque qui forment la droite et la gauche du moment. A cette aune, la structure proposĂ©e par RenĂ© RĂ©mond me parait toujours pertinente comme base pouvant ĂŞtre rĂ©actualisĂ©e. L’UMP regroupe donc les caractĂ©ristiques de ses diffĂ©rentes familles de pensĂ©es, chacune apportant des Ă©lĂ©ments forts au pot commun sur diffĂ©rents thèmes.

    Les chrétiens démocrates (pas forcément à la Boutin) se démarquent en étant ceux qui sont le plus engagés pour la construction européenne.
    Les radicaux mettent l’accent sur un humanisme laĂŻc, souvent emprunt de prĂ©occupations sociales.
    Les gaullistes font valoir l’importance d’un pouvoir exĂ©cutif fort, ce qui se transparait dans les institutions.
    Les conservateurs obtiennent gain de cause sur le respect des lois, et en conséquence la fermeté en matière de délinquance.
    Les libĂ©raux orientent la politique Ă©conomique vers une limitation de l’Etat providence.

    Il y a bien sĂ»r des oppositions qui peuvent se former entre ces diffĂ©rents courants, mais je crois que ce sont ces points de convergence qui forment l’identitĂ© de l’UMP. Et si cela ne concerne que le fond, il faudrait aussi rajouter sur la façon de faire une bonne louche de pragmatisme, caractĂ©ristique commune Ă  Chirac et Ă  Sarkozy en fin de compte. J’en reviens alors au « rĂ©alisme ».

    On peut ensuite juger les soubresauts du gouvernement comme on veut. Mais je crois qu’il y a bien une base d’idĂ©es du cĂ´tĂ© de l’UMP vue de façon large.

    • Jules le 04/11/2009 Ă  14 h 46 min

      Oui, mais cette lecture fait l’Ă©conomie des valeurs qui, mises ensemble, font le socle commun de la droite. Et encore celle-ci n’est-elle pas tout Ă  fait la droite populaire.

      Ce que je me demande, c’est ce qui justifie aujourd’hui le choix d’un vote Ă  droite plutĂ´t qu’Ă  gauche, dès lors que la droite — nolens volens — me semble abandonner quelques valeurs identitaires.

  3. Tom Roud le 03/11/2009 Ă  19 h 47 min

    Pour faire dans l’oxymore, ce qui distingue Ă  mon avis fondamentalement la gauche de la droite, c’est l’essentialisme de la droute. Beaucoup des prises de positions et d’actions de Sarkozy ont un très fort fond d’essentialisme, depuis l’attitude envers les criminels et les dĂ©linquants (qui a fautĂ© fautera encore car c’est dans son sang, dans ses gènes, donc il faut le maintenir en prison coĂ»te que coĂ»te et dĂ©barrasser nos rues des mauvaises personnes le plus vite possible avec des peines planchers) jusqu’Ă  celle Ă  l’Ă©gard de Jean Sarkozy, gĂ©nĂ©tiquement douĂ© si l’on comprend bien. Il n’est d’ailleurs pas incohĂ©rent que cette attitude se prolonge dans un dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale, synonyme d’essence si l’on comprend bien (d’oĂą Ă©galement l’appel Ă  la terre, aux racines).

    L’appel Ă  la mĂ©ritocratie dans les discours n’est en rĂ©alitĂ© qu’un travestissement, puisqu’il semble, dans le discours public, que le paresseux, le dĂ©linquant … ne peut changer ou s’amender. D’ailleurs on a bien vu encore une fois dans l’affaire de l’EPAD comment le mĂ©rite de Jean Sarkozy prĂ©cĂ©dait son action.

    • Jules le 04/11/2009 Ă  14 h 48 min

      Peut-ĂŞtre. Mais cet essentialisme permet-il d’identifier la droite aux yeux de ses sympathisants ? Et de fĂ©dĂ©rer leurs votes ? Ce n’est pas certain.

  4. CedricA le 04/11/2009 Ă  0 h 38 min

    Il me semble qu’il faut sĂ©parer le sarkozysme de l’UMP. En effet je suis assez d’accord avec Xerbias pour dire qu’il y a plusieurs droites qui se retrouve dans l’UMP, organisation essentiellement Ă©lectorale, et plus trop idĂ©ologique. En revanche, le sarkozysme existe en tant qu’idĂ©ologie que certain nome capitalisme corporatiste :

    -> Ce n’est pas du libĂ©ralisme, puisqu’il n’y a aucun effort pour que règle du jeu soit Ă©quitable et que la concurrence est faussĂ©e au service des corporations et des amis du prĂ©sident.

    -> Ce n’est certainement pas du Gaulisme puisque l’Ă©tat est mis au service du clan.

    -> Pas non plus démocrate, puisque les contre pouvoir sont effacés.

    -> AssurĂ©ment pas laĂŻc au vu des propos du prĂ©sident sur le la prĂ©dominance du curĂ© sur l’instit, ou les financement religieux qui viennent d’ĂŞtre lĂ©galisĂ©s.

    Donc l’UMP a peut ĂŞtre quelques rĂ©sidus idĂ©ologiques qui n’ont pas encore Ă©tĂ© Ă©crabouillĂ©s par le sarkozisme mĂ©diatique, mais il me semble important de les analyser sĂ©parĂ©ment. Car dès que Nicolas Sarkozy ne sera plus chef de l’Ă©tat, il est fort probable que son courant de pensĂ©e ne sera plus majoritaire, idĂ©ologiquement parlant, au sein de l’UMP.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Markup Controls
Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green