C’est pas moi qui l’ai pas fait. Éxégèse d’une erreur présidentielle

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Les confidences du Président à quelques journalistes d’agences de presse et de quotidiens nationaux ont intrigué. Plus par leur format, d’ailleurs, que par leur contenu.
Parmi les nombreux propos tenus par le Président, une erreur confessée l’affaire de l’installation avortée de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD.
Une erreur ? Voire.
Voici les paroles du Président1.
— Il y a eu erreur puisqu’il y a eu polémique.
Notez tout d’abord l’emploi de la forme passive : « il y a eu erreur« . Et l’absence du « complément d’agent« , qui devrait désigner l’auteur de l’erreur. Il y a eu erreur, mais on ignore de qui. La presse n’a pas hésité — c’était probablement dû au contexte — à l’attribuer au Président. C’est peut-être le cas, mais la formulation laisse infuser une forme de doute ; presque de déni.
En passant, admettre une erreur sans s’en attribuer la paternité, c’est jeter un voile discret sur la nature de l’intervention présidentielle dans l’affaire2.
L’utilisation de la conjonction « puisque« .
Selon les meilleurs dictionnaires, celle-ci indique une relation de causalité. Il faut donc comprendre que l’erreur résulte de la polémique. Autrement dit, la polémique se trouve être la cause de l’erreur. Étrange renversement qui appelle quelques remarques.
Tout d’abord, la qualité d’une telle décision politique n’est appréciée qu’à l’aune de son incidence sur le débat public. Qu’elle entraîne une polémique et la décision sera jugée erronée. Qu’elle ne fasse pas vibrer ce que la France compte de plumes, ondes et claviers, et la voici exempte du vice d’erreur.
On ne peut que s’étonner d’un tel critère.
Cette dispute, parfois violente, qu’est la polémique n’a pas manqué d’accompagner les actes et propos du Président de la République au long de son mandat, et dans la très longue campagne qui l’a précédé. Il sait animer et aviver le débat public. Est-ce à dire que chaque polémique trahit l’erreur ? On ne saurait le croire. Il est des décisions louables qui suscitent la querelle et d’autres, dont la discrétion ne garantit pas la qualité.
Plus profondément, cet aveu d’erreur n’en est pas un.
Se serait-il abstenu d’agir en faveur de son fils que la polémique ne serait certes pas née. Mais en renversant le rapport de causalité, le Président indique qu’un débat public moins vif aurait aurait expurgé l’action du Président de toute erreur. De la décision elle-même, il n’y a rien à dire. Ou plutôt, c’est à la polémique qu’il faut attribuer l’erreur, et non pas à la décision, qui flotte dans une admirable neutralité ; notamment au regard de la morale publique.
Autrement dit, s’il existe une erreur du Président, elle ne réside pas dans son intervention, mais dans l’anticipation qu’il avait faite de la réception de celle-ci par l’opinion publique. En particulier l’opinion publique de droite.
Et plus subtilement, la « polémique » a trouvé son expression dans les médias. C’est donc à eux que l’on peut faire le reproche d’avoir nourri une querelle sur une action qui ne semble souffrir — en elle-même — d’aucun vice. Mais peut-être prêté-je là au Président plus qu’il n’a voulu signifier.
Reste que l’inversion de la causalité conduit à épurer l’affaire de l’EPAD de toute faute véritable de la part du Président.
On a vu des aveux plus francs et solides.

Je disconviens à votre analyse. Si je dis :
« il a plu, puisque la route est mouillée»
il ne me semble pas que ce soit la route qui ait provoqué la pluie.
Par contre, je comprends que pour pas se faire mettre profond, vaux mieux crier tôt et fort.
Oui, mais votre inférence est fausse.
Si la route est mouillée, cela ne signifie pas que la cause en soit la pluie. Ce que l’on exprime lorsque l’on dit — abusivement — « il a plus, puisque la route est mouillée », c’est l’idée qu’il a du pleuvoir. Il s’agit donc d’une hypothèse.
Ou alors « Je me suis vautré dans le fossé, c’est la faute à ce putain de virage, vu que je suis un bon conducteur. Les panneaux, les chevrons ? Merde, je suis UN BON CONDUCTEUR, les panneaux et les chevrons sont faits pour les mauvais conducteurs, je ne vois pas en quoi ça devrait me concerner. »
OK, j’ai peut-être poussé la métaphore un peu loin.
Une meilleure analogie pourrait être ces gens qui sont tellement convaincus d’être de bons conducteurs qu’ils estiment que les limitations de vitesse ne les concernent pas. J’espère ne jamais me prendre pour un bon conducteur.
Le « puisque » n’indique pas nécessairement une relation de causalité totale dans le langage parlé. La polémique était ici le révélateur de l’erreur.
Mathématiquement parlant, c’est une condition suffisante pour affirmer qu’il y a bien eu erreur mais pas une condition nécessaire : il y a aurait pu avoir erreur sans polémique.
L’emploi de cette forme par le président vise bien entendu à contourner une éventuellement nouvelle polémique en prolongeant le discours qu’il tiens avec son fils et son équipe depuis le début : « nous sommes honnête ».
Sa phrase contient un argument : « nous ne pouvions pas savoir » dont le but est de le disculper, lui est les siens, « ils n’ont pas fait exprès ». Puis un autre : « il y a eu erreur » qui lui sert à prouver son honnêteté.
C’est très bien étudié. Mais vu le relais qu’en a fait la presse, c’était un peu trop subtil pour eux. Paradoxalement, c’est le côté racoleur de la presse qui vient nous rapprocher d’une plus crédible vérité.
The proof of the pudding is in the eating disent nos voisins anglais. Le raisonnement présidentiel semble frappé au coin du même pragmatisme.
Jules, vous vous trompez par deux fois dans vos analyses linguistiques.
« Notez tout d’abord l’emploi de la forme passive : “il y a eu erreur“. Et l’absence du “complément d’agent“, qui devrait désigner l’auteur de l’erreur. »
Il ne s’agit pas d’une forme passive, mais d’une tournure impersonnelle. Une forme passive serait : Une erreur a été commise.
D’autre part, je lis dans Le Bon Usage de Grevisse, qui est une meilleure référence que vos meilleurs dictionnaires, que « Puisque n’indique pas une véritable cause, mais sert à introduire la justification de ce que l’on dit. » La remarque de Pilou est tout à fait juste et le puisque est très bien employé dans sa phrase.
Je vous suis sur la forme impersonnelle, qui n’invalide cependant pas ma conclusion sur l’absence d’un agent.
Je vous suis moins sur « Le bon usage« , qui admet beaucoup. Cependant, vous aurez noté que cette analyse en termes de justification ne change pas non plus les conclusions que je peux y apporter.
« Selon les meilleurs dictionnaires, celle-ci indique une relation de causalité. Il faut donc comprendre que l’erreur résulte de la polémique. Autrement dit, la polémique se trouve être la cause de l’erreur. Étrange renversement qui appelle quelques remarques. »
euh, sauf votre respect, cher ami, vous êtes vous relu ?
D’une part, la polémique a engendré l’erreur n’a pas de sens en soi. Et qui dit causalité dans un sens dit conséquence dans l’autre : c’est donc du fait qu’il y ait une conséquence (polémique) qu’on en déduit qu’il y a une cause (…)
Sinon, dans « il y a eu erreur « , ce n’est pas la forme passive, mais impersonnelle il me semble. (le fameux « il pleut »)
Vin blanc pas frais ?
Sauf que l’on doit déduire la conséquence de la cause, et non le contraire. Donc, je maintiens.
Si on raisonne par déduction tu as raison Jules mais si l’on raisonne par inférence, c’est l’inverse. C’est par exemple le raisonnement appliqué lors d’une enquête, on déduis des preuves les causes originelles.
Vincent, bien qu’il ait fait une faute d’orthographe dans son propre prénom (j’imagine
), a raison.
Cependant, cela n’altère en aucun cas la pertinence de la remarque, que j’ai d’ailleurs reprise dans mon précédant commentaire. La forme employée par NS sous-entend (de mauvaise foie à mon avis) une absence de culpabilité intentionnelle.
Florian : tapes un peu Vicnent dans google pour voir…
Jules !
à la réflexion, peut être ne parlons nous pas de la même chose : quand Monsieur le président dit » Il y a eu erreur puisqu’il y a eu polémique. », il déduit du fait qu’il y a une polémique que ce fut une erreur. Et il me semble que c’est la pensée de ce dernier. (note : je dois manger avec le président dimanche soir, je lui demanderai !)
Plus sérieusement, il y a effectivement deux analyses :
- il y a eu erreur ? Oui puisqu’il y a eu polémique (ici, polémique est la conséquence de l’erreur)
- était-ce une erreur (affaire EPAD) ? Oui puisqu’il y a eu une polémique (ici Polémique est à prendre dans le sens révélateur de l’erreur)
Ainsi, d’un coté, quand un acte est une erreur, alors on a une polémique. (et on en aura toujours une !). De l’autre, quand on a un acte qui engendre une polémique, alors c’est que cet acte est une erreur. D’un coté, on a effectivement une implicatiion du type « erreur => polémique », de l’autre « acte => polémique => (acte = erreur) »
Ah la richesse de la langue française !!! Et son interprétation !
Sorry vicnent, mon manque d’imagination m’a berné.
« Ainsi, d’un coté, quand un acte est une erreur, alors on a une polémique. »
Pas toujours quand même. Si on peut se tromper, alors on peut aussi ne pas se rendre compte qu’il faudrait polémiquer, une erreur en chaîne donc.
« De l’autre, quand on a un acte qui engendre une polémique, alors c’est que cet acte est une erreur. »
Une erreur de communication alors. Mais c’est faux en général, la suppression de la peine de mort en France par exemple a entraîné une polémique.
Il n’y a pas que la langue française qui soit complexe.
Sauf que l’on doit déduire la conséquence de la cause, et non le contraire.
La relation de déduction et la relation de causalité sont deux choses très différentes, presque indépendante. J’ai l’impression que vous les confondez.
Exemples :
- En mathématiques, on a des relations de déduction, mais pas de relation de causalité.
- En Chimie, on déduit fréquemment la cause à partir de la conséquence : On obeserve un précipté
De toutes manières, vous affirmez que le président a dit que « S’il y a erreur, il y a polémique », vous inversez donc bien la cause
La relation de déduction et la relation de causalité sont deux choses très différentes, presque indépendante. J’ai l’impression que vous les confondez.
Exemples :
- En mathématiques, on a des relations de déduction, mais pas de relation de causalité.
- En Chimie, on déduit fréquemment la cause à partir de la conséquence : On observe un précipité blanc au nitrate d’argent, donc cette eau contient du chlorure.
- En physique, on observe telle trajectoire dans la chambre à brouillard (conséquence) on en déduit qu’un électron a traversé la chambre (cause).
Toutes les observations en sciences dures sont basées sur le fait qu’on déduit la cause de la conséquence.
De toute manière, vous même, dans votre propos, vous déduisez la cause de la conséquence.
En effet, vous affirmez que le président dit « de la polémique, on peut déduire l’erreur » ET « de l’erreur, on peut déduire la polémique ».
Si not’ président y causait la france ça s’rait un scoop
Le mot « puisque » ne désigne par forcément la relation de causalité, mais peut aussi exprimer la relation de déduction.
Exemple : « Il a plu puisque le sol est mouillé »
Il est bien évident que l’humidité du sol n’est pas la cause de la pluie, mais sa conséquence. Cependant, on peut, en constatant l’humidité du sol, en déduire qu’il a plu.
A puisque B peut donc signifier « de B je déduis A », c’est-à-dire « Si B alors A » (parfois on dit « B implique A »).
Dans le propos du président :
A = Il y a erreur
B = Il y a polémique
Ici, le président nous dit que si il y a polémique, il y a erreur (A puisque B), il ne dit pas plus, il ne dit pas la propriété réciproque (B puisque A).
L’extrait suivant fait dire au président « si non-B alors non-A » :
« Qu’elle ne fasse pas vibrer ce que la France compte de plumes, ondes et claviers, et la voici exempte du vice d’erreur. »
« Si A alors B » est trivialement équivalent à « Si non-B alors non-A » (c’est la contraposée).
L’affirmation « Si il n’y a pas polémique, alors il y n’y a pas erreur » (si non-B alors non-A) est logiquement équivalente a « S’il y a erreur, alors il y a polémique » (Si A alors B).
Jules attribue donc au président l’affirmation « Si A alors B », c’est-à-dire « B puisque A ».
Or le président n’a fait que dire « A puisque B » et n’a jamais dit « B puisque A ».
Il s’agit donc d’une erreur de notre hôte, d’une confusion entre « Si A alors B » et « si B alors A ».
En résumé, le président dit que s’il y a eu polémique il y a eu erreur, ce qui n’exclut pas qu’il puisse y avoir erreur sans polémique.
L’argumentaire ne tient pas la route !