C’est pas moi qui l’ai pas fait. ÉxĂ©gĂšse d’une erreur prĂ©sidentielle

06/11/2009
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CrĂ©dit : ڐ  Licence creative commons

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Les confidences du PrĂ©sident Ă  quelques journalistes d’agences de presse et de quotidiens nationaux ont intriguĂ©. Plus par leur format, d’ailleurs, que par leur contenu.

Parmi les nombreux propos tenus par le PrĂ©sident, une erreur confessĂ©e l’affaire de l’installation avortĂ©e de Jean Sarkozy Ă  la prĂ©sidence de l’EPAD.

Une erreur ? Voire.

Voici les paroles du Président1.

— Il y a eu erreur puisqu’il y a eu polĂ©mique.

Notez tout d’abord l’emploi de la forme passive : « il y a eu erreur« . Et l’absence du « complĂ©ment d’agent« , qui devrait dĂ©signer l’auteur de l’erreur. Il y a eu erreur, mais on ignore de qui. La presse n’a pas hĂ©sitĂ© — c’Ă©tait probablement dĂ» au contexte — Ă  l’attribuer au PrĂ©sident. C’est peut-ĂȘtre le cas, mais la formulation laisse infuser une forme de doute ; presque de dĂ©ni.

En passant, admettre une erreur sans s’en attribuer la paternitĂ©, c’est jeter un voile discret sur la nature de l’intervention prĂ©sidentielle dans l’affaire2.

L’utilisation de la conjonction « puisque« .

Selon les meilleurs dictionnaires, celle-ci indique une relation de causalitĂ©. Il faut donc comprendre que l’erreur rĂ©sulte de la polĂ©mique. Autrement dit, la polĂ©mique se trouve ĂȘtre la cause de l’erreur. Étrange renversement qui appelle quelques remarques.

Tout d’abord, la qualitĂ© d’une telle dĂ©cision politique n’est apprĂ©ciĂ©e qu’Ă  l’aune de son incidence sur le dĂ©bat public. Qu’elle entraĂźne une polĂ©mique et la dĂ©cision sera jugĂ©e erronĂ©e. Qu’elle ne fasse pas vibrer ce que la France compte de plumes, ondes et claviers, et la voici exempte du vice d’erreur.

On ne peut que s’Ă©tonner d’un tel critĂšre.

Cette dispute, parfois violente, qu’est la polĂ©mique n’a pas manquĂ© d’accompagner les actes et propos du PrĂ©sident de la RĂ©publique au long de son mandat, et dans la trĂšs longue campagne qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©. Il sait animer et aviver le dĂ©bat public. Est-ce Ă  dire que chaque polĂ©mique trahit l’erreur ? On ne saurait le croire. Il est des dĂ©cisions louables qui suscitent la querelle et d’autres, dont la discrĂ©tion ne garantit pas la qualitĂ©.

Plus profondĂ©ment, cet aveu d’erreur n’en est pas un.

Se serait-il abstenu d’agir en faveur de son fils que la polĂ©mique ne serait certes pas nĂ©e. Mais en renversant le rapport de causalitĂ©, le PrĂ©sident indique qu’un dĂ©bat public moins vif aurait aurait expurgĂ© l’action du PrĂ©sident de toute erreur. De la dĂ©cision elle-mĂȘme, il n’y a rien Ă  dire. Ou plutĂŽt, c’est Ă  la polĂ©mique qu’il faut attribuer l’erreur, et non pas Ă  la dĂ©cision, qui flotte dans une admirable neutralitĂ© ; notamment au regard de la morale publique.

Autrement dit, s’il existe une erreur du PrĂ©sident, elle ne rĂ©side pas dans son intervention, mais dans l’anticipation qu’il avait faite de la rĂ©ception de celle-ci par l’opinion publique. En particulier l’opinion publique de droite.

Et plus subtilement, la « polĂ©mique » a trouvĂ© son expression dans les mĂ©dias. C’est donc Ă  eux que l’on peut faire le reproche d’avoir nourri une querelle sur une action qui ne semble souffrir — en elle-mĂȘme — d’aucun vice. Mais peut-ĂȘtre prĂȘtĂ©-je lĂ  au PrĂ©sident plus qu’il n’a voulu signifier.

Reste que l’inversion de la causalitĂ© conduit Ă  Ă©purer l’affaire de l’EPAD de toute faute vĂ©ritable de la part du PrĂ©sident.

On a vu des aveux plus francs et solides.





  1. Elles sont citées expressio verbis dans Le Figaro et le jdd. []
  2. Ce qu’il aurait peut-ĂȘtre convenu de creuser un peu. []

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19 commentaires to C’est pas moi qui l’ai pas fait. ÉxĂ©gĂšse d’une erreur prĂ©sidentielle

  1. Pilou le 06/11/2009 Ă  19 h 34 min

    Je disconviens Ă  votre analyse. Si je dis :
    « il a plu, puisque la route est mouillée»
    il ne me semble pas que ce soit la route qui ait provoqué la pluie.

    Par contre, je comprends que pour pas se faire mettre profond, vaux mieux crier tĂŽt et fort.

    • Jules le 07/11/2009 Ă  10 h 36 min

      Oui, mais votre inférence est fausse.

      Si la route est mouillĂ©e, cela ne signifie pas que la cause en soit la pluie. Ce que l’on exprime lorsque l’on dit — abusivement — « il a plus, puisque la route est mouillĂ©e », c’est l’idĂ©e qu’il a du pleuvoir. Il s’agit donc d’une hypothĂšse.

      • Schmorgluck le 07/11/2009 Ă  11 h 13 min

        Ou alors « Je me suis vautrĂ© dans le fossĂ©, c’est la faute Ă  ce putain de virage, vu que je suis un bon conducteur. Les panneaux, les chevrons ? Merde, je suis UN BON CONDUCTEUR, les panneaux et les chevrons sont faits pour les mauvais conducteurs, je ne vois pas en quoi ça devrait me concerner. »

        OK, j’ai peut-ĂȘtre poussĂ© la mĂ©taphore un peu loin.

        • Schmorgluck le 07/11/2009 Ă  11 h 16 min

          Une meilleure analogie pourrait ĂȘtre ces gens qui sont tellement convaincus d’ĂȘtre de bons conducteurs qu’ils estiment que les limitations de vitesse ne les concernent pas. J’espĂšre ne jamais me prendre pour un bon conducteur.

  2. Florian le 07/11/2009 Ă  11 h 57 min

    Le « puisque » n’indique pas nĂ©cessairement une relation de causalitĂ© totale dans le langage parlĂ©. La polĂ©mique Ă©tait ici le rĂ©vĂ©lateur de l’erreur.

    MathĂ©matiquement parlant, c’est une condition suffisante pour affirmer qu’il y a bien eu erreur mais pas une condition nĂ©cessaire : il y a aurait pu avoir erreur sans polĂ©mique.

    L’emploi de cette forme par le prĂ©sident vise bien entendu Ă  contourner une Ă©ventuellement nouvelle polĂ©mique en prolongeant le discours qu’il tiens avec son fils et son Ă©quipe depuis le dĂ©but : « nous sommes honnĂȘte ».

    Sa phrase contient un argument : « nous ne pouvions pas savoir » dont le but est de le disculper, lui est les siens, « ils n’ont pas fait exprĂšs ». Puis un autre : « il y a eu erreur » qui lui sert Ă  prouver son honnĂȘtetĂ©.

    C’est trĂšs bien Ă©tudiĂ©. Mais vu le relais qu’en a fait la presse, c’Ă©tait un peu trop subtil pour eux. Paradoxalement, c’est le cĂŽtĂ© racoleur de la presse qui vient nous rapprocher d’une plus crĂ©dible vĂ©ritĂ©.

  3. Papichou le 07/11/2009 Ă  13 h 22 min

    The proof of the pudding is in the eating disent nos voisins anglais. Le raisonnement prĂ©sidentiel semble frappĂ© au coin du mĂȘme pragmatisme.

  4. Gwynplaine le 07/11/2009 Ă  14 h 36 min

    Jules, vous vous trompez par deux fois dans vos analyses linguistiques.

    « Notez tout d’abord l’emploi de la forme passive : “il y a eu erreur“. Et l’absence du “complĂ©ment d’agent“, qui devrait dĂ©signer l’auteur de l’erreur. »

    Il ne s’agit pas d’une forme passive, mais d’une tournure impersonnelle. Une forme passive serait : Une erreur a Ă©tĂ© commise.

    D’autre part, je lis dans Le Bon Usage de Grevisse, qui est une meilleure rĂ©fĂ©rence que vos meilleurs dictionnaires, que « Puisque n’indique pas une vĂ©ritable cause, mais sert Ă  introduire la justification de ce que l’on dit. » La remarque de Pilou est tout Ă  fait juste et le puisque est trĂšs bien employĂ© dans sa phrase.

    • Jules le 07/11/2009 Ă  16 h 14 min

      Je vous suis sur la forme impersonnelle, qui n’invalide cependant pas ma conclusion sur l’absence d’un agent.

      Je vous suis moins sur « Le bon usage« , qui admet beaucoup. Cependant, vous aurez notĂ© que cette analyse en termes de justification ne change pas non plus les conclusions que je peux y apporter.

  5. vicnent le 07/11/2009 Ă  14 h 56 min

    « Selon les meilleurs dictionnaires, celle-ci indique une relation de causalitĂ©. Il faut donc comprendre que l’erreur rĂ©sulte de la polĂ©mique. Autrement dit, la polĂ©mique se trouve ĂȘtre la cause de l’erreur. Étrange renversement qui appelle quelques remarques. »

    euh, sauf votre respect, cher ami, vous ĂȘtes vous relu ?

    D’une part, la polĂ©mique a engendrĂ© l’erreur n’a pas de sens en soi. Et qui dit causalitĂ© dans un sens dit consĂ©quence dans l’autre : c’est donc du fait qu’il y ait une consĂ©quence (polĂ©mique) qu’on en dĂ©duit qu’il y a une cause (…)

    Sinon, dans « il y a eu erreur « , ce n’est pas la forme passive, mais impersonnelle il me semble. (le fameux « il pleut »)

    Vin blanc pas frais ? :-)

    • Jules le 07/11/2009 Ă  16 h 15 min

      D’une part, la polĂ©mique a engendrĂ© l’erreur n’a pas de sens en soi. Et qui dit causalitĂ© dans un sens dit consĂ©quence dans l’autre : c’est donc du fait qu’il y ait une consĂ©quence (polĂ©mique) qu’on en dĂ©duit qu’il y a une cause (
)

      Sauf que l’on doit dĂ©duire la consĂ©quence de la cause, et non le contraire. Donc, je maintiens.

      • Florian le 07/11/2009 Ă  18 h 25 min

        Si on raisonne par dĂ©duction tu as raison Jules mais si l’on raisonne par infĂ©rence, c’est l’inverse. C’est par exemple le raisonnement appliquĂ© lors d’une enquĂȘte, on dĂ©duis des preuves les causes originelles.

        Vincent, bien qu’il ait fait une faute d’orthographe dans son propre prĂ©nom (j’imagine ;-) ), a raison.

        Cependant, cela n’altĂšre en aucun cas la pertinence de la remarque, que j’ai d’ailleurs reprise dans mon prĂ©cĂ©dant commentaire. La forme employĂ©e par NS sous-entend (de mauvaise foie Ă  mon avis) une absence de culpabilitĂ© intentionnelle.

        • vicnent le 07/11/2009 Ă  20 h 02 min

          Florian : tapes un peu Vicnent dans google pour voir… :-)

        • vicnent le 07/11/2009 Ă  20 h 09 min

          Jules !

          Ă  la rĂ©flexion, peut ĂȘtre ne parlons nous pas de la mĂȘme chose : quand Monsieur le prĂ©sident dit  » Il y a eu erreur puisqu’il y a eu polĂ©mique. », il dĂ©duit du fait qu’il y a une polĂ©mique que ce fut une erreur. Et il me semble que c’est la pensĂ©e de ce dernier. (note : je dois manger avec le prĂ©sident dimanche soir, je lui demanderai !)

          Plus sérieusement, il y a effectivement deux analyses :

          - il y a eu erreur ? Oui puisqu’il y a eu polĂ©mique (ici, polĂ©mique est la consĂ©quence de l’erreur)
          - Ă©tait-ce une erreur (affaire EPAD) ? Oui puisqu’il y a eu une polĂ©mique (ici PolĂ©mique est Ă  prendre dans le sens rĂ©vĂ©lateur de l’erreur)

          Ainsi, d’un cotĂ©, quand un acte est une erreur, alors on a une polĂ©mique. (et on en aura toujours une !). De l’autre, quand on a un acte qui engendre une polĂ©mique, alors c’est que cet acte est une erreur. D’un cotĂ©, on a effectivement une implicatiion du type « erreur => polĂ©mique », de l’autre « acte => polĂ©mique => (acte = erreur) »

          Ah la richesse de la langue française !!! Et son interprétation !

          • Florian le 07/11/2009 Ă  22 h 08 min

            Sorry vicnent, mon manque d’imagination m’a bernĂ©.

            « Ainsi, d’un cotĂ©, quand un acte est une erreur, alors on a une polĂ©mique.  »

            Pas toujours quand mĂȘme. Si on peut se tromper, alors on peut aussi ne pas se rendre compte qu’il faudrait polĂ©miquer, une erreur en chaĂźne donc.

            « De l’autre, quand on a un acte qui engendre une polĂ©mique, alors c’est que cet acte est une erreur. »

            Une erreur de communication alors. Mais c’est faux en gĂ©nĂ©ral, la suppression de la peine de mort en France par exemple a entraĂźnĂ© une polĂ©mique.

            Il n’y a pas que la langue française qui soit complexe.

      • Tortuga le 09/11/2009 Ă  10 h 41 min

        Sauf que l’on doit dĂ©duire la consĂ©quence de la cause, et non le contraire.

        La relation de dĂ©duction et la relation de causalitĂ© sont deux choses trĂšs diffĂ©rentes, presque indĂ©pendante. J’ai l’impression que vous les confondez.
        Exemples :
        - En mathématiques, on a des relations de déduction, mais pas de relation de causalité.
        - En Chimie, on déduit fréquemment la cause à partir de la conséquence : On obeserve un précipté

        De toutes maniĂšres, vous affirmez que le prĂ©sident a dit que « S’il y a erreur, il y a polĂ©mique », vous inversez donc bien la cause

        • Tortuga le 09/11/2009 Ă  10 h 41 min

          La relation de dĂ©duction et la relation de causalitĂ© sont deux choses trĂšs diffĂ©rentes, presque indĂ©pendante. J’ai l’impression que vous les confondez.
          Exemples :
          - En mathématiques, on a des relations de déduction, mais pas de relation de causalité.
          - En Chimie, on dĂ©duit frĂ©quemment la cause Ă  partir de la consĂ©quence : On observe un prĂ©cipitĂ© blanc au nitrate d’argent, donc cette eau contient du chlorure.
          - En physique, on observe telle trajectoire dans la chambre Ă  brouillard (consĂ©quence) on en dĂ©duit qu’un Ă©lectron a traversĂ© la chambre (cause).

          Toutes les observations en sciences dures sont basĂ©es sur le fait qu’on dĂ©duit la cause de la consĂ©quence.

          De toute maniĂšre, vous mĂȘme, dans votre propos, vous dĂ©duisez la cause de la consĂ©quence.
          En effet, vous affirmez que le prĂ©sident dit « de la polĂ©mique, on peut dĂ©duire l’erreur » ET « de l’erreur, on peut dĂ©duire la polĂ©mique ».

  6. Nanarf le 07/11/2009 Ă  20 h 51 min

    Si not’ prĂ©sident y causait la france ça s’rait un scoop

  7. Tortuga le 09/11/2009 Ă  10 h 26 min

    Le mot « puisque » ne dĂ©signe par forcĂ©ment la relation de causalitĂ©, mais peut aussi exprimer la relation de dĂ©duction.
    Exemple : « Il a plu puisque le sol est mouillĂ© »
    Il est bien Ă©vident que l’humiditĂ© du sol n’est pas la cause de la pluie, mais sa consĂ©quence. Cependant, on peut, en constatant l’humiditĂ© du sol, en dĂ©duire qu’il a plu.

    A puisque B peut donc signifier « de B je dĂ©duis A », c’est-Ă -dire « Si B alors A » (parfois on dit « B implique A »).

    Dans le propos du président :
    A = Il y a erreur
    B = Il y a polémique
    Ici, le président nous dit que si il y a polémique, il y a erreur (A puisque B), il ne dit pas plus, il ne dit pas la propriété réciproque (B puisque A).

    L’extrait suivant fait dire au prĂ©sident « si non-B alors non-A » :
    « Qu’elle ne fasse pas vibrer ce que la France compte de plumes, ondes et claviers, et la voici exempte du vice d’erreur. »

    « Si A alors B » est trivialement Ă©quivalent Ă  « Si non-B alors non-A » (c’est la contraposĂ©e).
    L’affirmation « Si il n’y a pas polĂ©mique, alors il y n’y a pas erreur » (si non-B alors non-A) est logiquement Ă©quivalente a « S’il y a erreur, alors il y a polĂ©mique » (Si A alors B).

    Jules attribue donc au prĂ©sident l’affirmation « Si A alors B », c’est-Ă -dire « B puisque A ».
    Or le prĂ©sident n’a fait que dire « A puisque B » et n’a jamais dit « B puisque A ».
    Il s’agit donc d’une erreur de notre hĂŽte, d’une confusion entre « Si A alors B » et « si B alors A ».
    En rĂ©sumĂ©, le prĂ©sident dit que s’il y a eu polĂ©mique il y a eu erreur, ce qui n’exclut pas qu’il puisse y avoir erreur sans polĂ©mique.

  8. achat immobilier le 21/11/2009 Ă  0 h 27 min

    L’argumentaire ne tient pas la route !

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