Pouvez-vous porter une mini-jupe à l’Université ?

11/11/2009
Par

418px-Birth_of_Venus_detailSi l’on s’interroge, dans nos contrées, sur la liberté de se voiler, il en va différemment au Brésil, où la liberté de se dévoiler a donné lieu à une piquante affaire rapportée par le Parisien.

Une étudiante s’était présentée à l’Université vêtue d’une mini-jupe ; ce qui a suscité les quolibets et insultes de ses camarades. Ainsi que son exclusion pour cause d’atteinte à la dignité académique et à la moralité.

L’anecdote a provoqué le trouble dans une opinion politique brésilienne généralement fort libérale en la matière. Elle suscite, en marge, quelques questions sur les rapports qu’une société entretient quant à l’exposition du corps de l’autre.

Sur le fond, le problème résulte du conflit entre une liberté civile et les droits des tiers..

Concernant la liberté civile, il s’agit de celle de se vêtir ou de se dévêtir. Cela résulte du droit au respect de la vie privée, qui organise la protection de l’individu sur les éléments de son intimité ; avec, en corollaire, le droit d’exposer ladite intimité.

Du côté des droits des tiers, il y a bien sûr l’ordre public, qui vise à éviter les troubles causés à la société ; mais aussi de façon plus fugitive et incertaine, une forme de protection contre les troubles causés à l’âme par les comportements d’autrui. Ce que l’on appelle l’offense, lorsqu’elle porte atteinte à l’honneur. Ou l’indécence, lorsqu’elle heurte la pudeur.

Sur le plan de l’ordre public, on ne compte plus les règlements qui préviennent l’exposition de la nudité. Le cinéma national, dans la richesse de son exception culturelle, s’en est d’ailleurs fait l’écho sous forme comique1 en mettant en scène le combat des forces de l’ordre contre la licence des mœurs d’une station balnéaire méditerranéenne.

En matière pénale, c’est l’article 222-32 du Code pénal qui réprime l’exhibition sexuelle2 :

L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende.

On le voit, la répression vise sur une forme de contrainte exercée sur autrui par le seul fait de se montrer. Mais encore la nudité doit-elle faire intervenir le sexe. Au reste, l’exhibition sexuelle est punie au titre des agressions sexuelles.

En matière privée, la question est plus délicate. Ce n’est plus une exhibition brutale de son intimité, mais l’exposition plus ou moins étendue de parties de son corps. Ce n’est plus exactement du sexe — quoiqu’il soit, d’une façon ou d’une autre, en suspens — mais de la séduction.

En principe, le droit au respect de la vie privée protège la licence (dé-)vestimentaire dans le cadre des relations privées. Mais il peut advenir que les relations sociales imposent d’autres sujétions.

Il en va ainsi du cadre scolaire. Les autorités de l’établissement sont fondées à proscrire les tenues provocantes dans le règlement intérieur. Il en irait de même, peut-on penser, dans le cadre universitaire.

Les relations de travail, encore, font émerger des tensions sur la licence vestimentaire. Un arrêt de la Cour d’appel de Nancy en date du 29 novembre 1982 a pu estimer justifié le licenciement d’une salariée « venue au travail porteuse d’un chemisier transparent sur une poitrine nue alors que loin de cacher quoi que ce soit, cette étoffe transparente ne faisait qu’accentuer le caractère accrocheur de la tenue adoptée par la jeune femme« . Il faut dire, pour la bonne forme, que l’employeur avait déjà averti cette dernière d’éviter les accoutrements aguicheurs. De fait, l’employeur — comme, peut-on le penser, les autorités disciplinaires d’un établissement d’enseignement — peut intervenir pour faire cesser les comportements susceptibles de créer un trouble dans l’entreprise.

Bien sûr, la mesure du trouble dépend des circonstances de temps et de lieu. Il va de soit que la tenue vestimentaire d’une aide comptable n’est pas la même que celle d’une danseuse de cabaret3. L’employeur, encore, ne saurait juger du comportement de ses employés sur une plage publique ou dans un lieu de divertissement. En réalité, la question du trouble doit s’apprécier objectivement. Ce qui n’est pas la moindre des difficultés.

Une autre difficulté résulte de la divergence entre un trouble objectif — comme celui causé au sein de l’université brésilienne — et la nécessaire protection des libertés fondamentales. Il ne s’agit pas que le trouble d’une population serve à justifier la permanence d’atteintes trop pesantes aux droits des individus. Quelques centimètres de chair peuvent paraître anodins, mais qu’en serait-il de la couleur de cette chair ? S’il avait été tenu compte du trouble causé par l’inscription de James Meredith à l’Université de Mississippi, y serait-il entré ?

Alors, l’on pourra se gausser à merci de cette communauté universitaire rétrograde du Brésil, mais l’on oubliera pas que les femmes sont invitées à se couvrir les épaules en entrant à Saint-Pierre de Rome. Ce que peu — je n’en suis pas — trouvent choquant.





  1. A défait d’être drôle. []
  2. Autrefois, l’ancien article 330 réprimait l’outrage public à la pudeur, qui n’exigeait pas nécessairement que le lieu d’exhibition fut accessible au public. []
  3. Dont l’exposition de la poitrine représente, pour le coup, une obligation professionnelle. []

Mots-Clés : , , , , ,

6 commentaires to Pouvez-vous porter une mini-jupe à l’Université ?

  1. Gizmo le 11/11/2009 à 18 h 00 min

    Je connais un grand nombre de collègues universitaires masculins, qui, l’été venu avec sa période d’examens, ne trouvent pas déplaisant de surveiller depuis le fond des amphithéâtres. Ce poste d’observation offre le paysage de nombreux dos, studieusement penchés sur les copies, dégageant ainsi (c’est l’été, et donc le tee-shirt se fait plus court), à la faveur de jeans taille (très) basse, des naissances de reins délicatement ceinturés de strings, et ornés de tatouages divers. Le spectacle est particulièrement gouté en facultés de droit et de lettres, et fait parfois l’objet de compte rendus circonstanciés pendant les délibérations de jury. (lectrices étudiantes, à bon entendeur…)

    • Rebecca le 14/11/2009 à 4 h 49 min

      Houla, et moi qui avais tendance à oublier que ce sont avant tout des êtres humains pétris d’instinct et de désirs comme tout un chacun…

      Je ferai plus attention la prochaine fois ^_^’

      Quoique cela n’entame en rien mon goût des mini jupes et autres joyeusetés vestimentaires.

  2. Aiki le 12/11/2009 à 2 h 14 min

    Une contrainte ? Mais c’est complètement con comme principe. La personne qui ne veut pas voir n’a qu’à pas regarder ! Il y a une multitude de choses qui sont, elles, de véritables contraintes (donc sans possibilité d’y échapper) imposées à tous et partout et qui sont parfaitement légales : les publicités, la tête de Sarkozy, la coupe du monde de football, les passages des contrôleurs CAF… Et le fait d’interdire l’exposition de son intimité, n’est-ce pas une contrainte imposée à la personne voulant exposer son intimité ??

    De plus, en suivant cette logique, en considérant que s’exhiber, c’est porter une atteinte à l’autre par la contrainte alors que la seule prétendue contrainte et qu’un connard de petit frustré rétrograde et conservateur a croisé la personne découvrant son corps, on peut faire des problème à tout le monde ! Une personne qui a un look ou une gueule qui ne me revient pas et qui croiserait ma route pourrait être foutue en taule et payer des milliers d’euros d’amende. Car c’est vrai, après tout, elle n’avait qu’à pas croiser ma route. Mais c’est stupide !!! C’est l’aberration la plus crasse et celle-ci semble dater d’un autre âge !!!!!

    Il est grand temps que la société se réveille et évolue ENFIN !!!

  3. Bobby le 12/11/2009 à 14 h 06 min

    N’oublions pas, que dans l’état actuel du droit, l’Etat employeur peut sanctionner disciplinairement (ça peut aller jusqu’à révocation) un fonctionnaire dont le comportement public ou privé porte atteinte à la dignité de la fonction.

    Non seulement pour un comportement pénalement répréhensible (atteinte sexuelle sur mineure de la part d’une enseignante – en dehors de ses fonctions, vol par un gendarme, concubinage d’un officier de police avec une prostituée assimilable à du proxénétisme), mais aussi pour des faits non pénélement répréhensibles, comme une institutrice ayant tournée dans un film porno ou une assistante sociale portant un voile pour des raisons religieuses…

    Il reste bien sûr un droit à la vie privée pour les fonctionnaires, mais l’Etat peut y jeter un coup d’oeil dans certains cas…

  4. clems le 12/11/2009 à 21 h 46 min

    Il date de 1982 cet arrêt…. Je ne suis pas certain que cela passerait encore. D’autant plus que « susceptible de causer un trouble » me paraît un argument fort contestable, soit il y a un trouble avéré et démontrable, soit il n’y a rien.

    Ce qui est difficile à démontrer vu que pour certains thérapeutes en entreprise, il faudrait venir travailler nu de temps en temps pour s’y sentir bien en équipe (honnêtement, je ne suis pas fan de l’idée).

  5. seb le 13/11/2009 à 3 h 57 min

    « Ce qui est difficile à démontrer vu que pour certains thérapeutes en entreprise, il faudrait venir travailler nu de temps en temps pour s’y sentir bien en équipe (honnêtement, je ne suis pas fan de l’idée). »

    Ok…Mais avec une feuille de vigne !!! Non que j’ai beaucoup à cacher, mais je préfère réserver certaines parties de ma personne à mon épouse.

    Juste pour savoir, une Ministre ou une élue qui arriverait avec un décolleté comme Angie Merkel, çà pourrait passer ou pas ?

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20090811.OBS7177/?xtmc=A_quipe_de_campagne&xtcr=7

    Ou avec ce genre de « regard » ?
    http://www.holala.ch/7/7/13977-119.jpg?0

    Ou avec une tenue « valérie pecresse » arrangée ?
    http://karinevillard.over-blog.com/30-categorie-10598678.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Markup Controls
Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green